La politique de l’emploi défendue par le FDG est la seule qui soit à la fois rationnelle, efficace et humaine.

vendredi 12 février 2016.
 

L’emploi et la croissance en France : deux visions antagoniques.

La politique économique de l’UMP et de leur cercle "d’experts" est en échec sur cette question cruciale de l’emploi puisque dorénavant, 4,8 millions de personnes sont inscrites au pôle emploi soit un salarié sur six : un record ! Selon les chiffres du pôle emploi, c’est 1 million de chômeurs de plus pendant le quinquennat Sarkozy.

- Dire que la crise de 2008 a été déterminante n’est pas exacte : en 2006, le taux chômage était de 9,5 % et il est de 9,7 % fin 2011. Il est vrai qu’il y a eu une amélioration conjoncturelle de courte durée entre février 2006 et février 2008 (le taux passant de 9,4 à 7,6 % ) mais le taux recommence à monter avant la crise entre le printemps et l’automne de 2008. Pendant le quinquennat Sarkozy, le taux de chômage est passé de 8 % en 2007 à 9,7 % en 2012. L’UMP n’a donc pas de leçons à donner à la gauche ce sujet.

En réalité deux logiques économique s’affrontent. Certes, pour la droite comme pour la gauche, il faut que la population puisse acheter les biens et services produits par les entreprises pour que celles-ci remplissent leurs carnets de commandes et créer ainsi de l’emploi.

1 – Le point de vue de la droite et des libéraux.

Mais pour la droite et plus généralement les libéraux, il faut baisser au maximum les coûts de production alors que pour le FDG il faut accroître la demande de consommation en augmentant le pouvoir d’achat.

Comment la droite, plus particulièrement l’UMP , et leurs amis du Medef, font-ils pour baisser les coûts de production ?

En bloquant ou en diminuant les coûts salariaux. Comment s’y prennent ils ?
- Soit en bloquant ou en modérant les le salaire net. Pour ce faire, ils maintiennent un volant de chômage assez élevé pour étouffer les revendications syndicales.
- Ou bien en agissant sur la masse salariale globale : on diminue le nombre de salariés par licenciements : cela peut se faire par mécanisation du travail, pas intensification du travail en utilisant le management par le stress.
- Soit encore en agissant sur les cotisations sociales : exonérations de cotisations sociales patronales ou transfert de ces cotisations sur l’impôt.

- Une autre technique pour diminuer les coûts salariaux globaux consiste à délocaliser totalement l’entreprise vers un pays où la main-d’œuvre et les charges fiscales et sociales sont très faibles, ou partiellement en externalisant certaines des activités, comme par exemple comptabilité, la gestion, etc.. Cette technique, possible dans une économie ouverte aux quatre vents, est bien entendue destructrice d’emplois en France. Le libre échangisme vanté par les libéraux incite à ces délocalisations puisque le marché du travail devient mondial.

- Un autre procédé consiste aussi à utiliser de la main-d’œuvre étrangère de préférence clandestine car plus vulnérable et donc moins exigeante. D’où l’opposition de la droite à la régularisation des sans-papiers sous prétexte (alibi) que cela "ferait un appel d’air !"

Cette diminution des coûts salariaux contribue à augmenter les profits nets des entreprises. Et en effet, les grosses entreprises ont considérablement augmenté leurs profits depuis 10 ans. Or les profits réalisés sont de moins en moins réinvestis dans la production et sont distribués de plus en plus massivement sous forme de dividendes ou placés sur les marchés financiers spéculatifs.

Examinons dans les faits les résultats de cette logique économique de l’UMP, logique très largement diffusée par les médias.

Depuis des décennies la droite répète inlassablement, en écho du Medef, " il faut alléger les "charges" sociales et la fiscalité des entreprises" pour pouvoir créer de l’emploi et faire baisser le chômage. Ainsi, par exemple, de 1991 à 2006, le montant des exonérations à été multiplié par 14. Les exonérations de cotisations sociales s’élevaient à 23,9 milliards d’euros en 2006 puis 30,7 milliards en 2008 et aux environs de 30 milliards depuis cette date. Les exonérations de charges ont bondi de 55 % ces 9 dernières années. Mais ce n’est pas tout.

Un rapport d’information du député Yves Bur s’inquiétait du manque d’évaluations de toutes ces mesures, qui se sont empilées au fil des ans. Il dénombrait ainsi plus de 54 dispositifs d’allègements en 2007. " Avec 28,7 milliards d’euros consacrés en 2007 aux allégements généraux, et plus de 41 milliards d’euros d’exemptions d’assiette, les politiques d’exonérations sociales représentent un total annuel de près de 70 milliards d’euros, hors allégements ciblés." Voir rapport : http://www.assemblee-nationale.fr/1... Et la politique de Sarkozy-Copé n’a fait que faire perdurer et amplifier cette situation.

Quelles ont été les effets sur l’emploi et la croissance ?

•Sans nier la possibilité d’un impact positif conjoncturel et sur des segments particuliers de l’économie , ces mesures d’allégement n’ont absolument pas résolu le problème du chômage. À part 2 périodes : 1987 – 1991 où le chômage a baissé de 3,5 % et 1997 – 2001 où le chômage a baissé d’environ 2 %, le taux de chômage oscille entre 8,5 et 10 % ces 10 dernières années. Sans méconnaître l’impact de la crise qui a probablement été de l’ordre de 1 % ou 1,5 %, les mesures économiques prises par le gouvernement Sarkozy n’ont pas été à la hauteur. Bref, l’impact réel sur le chômage de ces allégements a été faible ou nul mais extrêmement coûteux pour l’État et il a contribué à son endettement. Cette politique économique a été aussi un désastre tant pour les jeunes que pour les seniors.

•Le taux de chômage des moins de 24 ans qui était de 17,3 % fin 2002 puis 22,5 % en 2006 et 19,5 % en 2007 atteint plus de 23 % en 2012. Crise ou pas crise, il continue à progresser.

•En 2012, 80 % des jeunes sont en CDD Les générations sorties de l’école jusqu’en 1973, connaissaient un taux de chômage de 6% dans les 12 mois de leur entrée dans le monde du travail. Pour les générations sorties de l’école de 1985 à aujourd’hui, ce pourcentage oscille autour de 30%. En 2007, seulement 38,5% des jeunes de 15 à 24 ans occupent un emploi ou sont comptabilisés comme chômeurs cherchant un emploi.

•Pour les salariés de plus de 50 ans, le le chômage a augmenté de 13 à 14 %, selon la catégorie du classement du pôle emploi, entre 2010 et 2011.

•Le secteur industriel a particulièrement été touché pendant le dernier quinquennat avec une destruction de 350 000 emplois.

•Plus globalement, entre 2000 et 2008, la croissance du PIB par habitant a été plus modérée pour la France quepour l’Union européenne dans son ensemble : + 1,0% par an contre + 1,3% pour l’Union européenne à 15 et + 1,6% pour l’Union européenne à 27.

On imagine les pertes de rentrées fiscales et sociales pour l’État et les organismes sociaux et ce n’est pas l’ancien ministre du budget, Jean-François Copé, qui s’est plaint de cette situation puisqu’ il en a été l’un des principaux instigateurs.

Mais comme pour aggraver encore la situation du chômage, environ 150 000 emplois ont été supprimés dans la fonction publique.

• Près de 10 000 d’emplois d’aides à domicile ont été supprimés. • En 2009, le nombre de chômeurs en fin de droits a augmenté de 35,2 %. En 2010, un million de demandeurs d’emploi ont perdu leurs droits à l’assurance-chômage. Seuls 38 % de ces chômeurs en fin de droits ont bénéficié d’allocations sociales. 600 000 chômeurs sont dépendants du seul soutien familial, avec un accroissement sensible de la pauvreté en France. Et en complément du chômage, la précarité des emplois. • Au second trimestre 2011, le nombre d’emplois en CDD était de 8 % environ et le nombre de temps partiels environ 16 %, 12 % correspondent à des forfaits en jours. • Faute de pouvoir bénéficient d’un emploi à temps complet suffisamment rémunérateur, 2,2 millions de salariés sont contraints d’être pluriactifs. Ces personnes s’épuisent souvent à se déplacer pour se rendre à plusieurs lieux de travail. La majorité sont des femmes : 85 %. Cette situation touche tous les secteurs : industrie : 150 000 ; services et commerce : 250 000 ; services aux particuliers : 170 000 ; enseignement : 230 000.
- On constate donc que cette vision économique de diminution maximale des coûts salariaux est complètement erronée et désastreuse en termes d’emplois (évidemment aussi en termes de pouvoir d’achat).

En réalité, cette obsession aveugle de vouloir à tout prix restreindre les salaires a pour effet de faire baisser l’activité des entreprises, de diminuer la demande, d’augmenter l’endettement des ménages et de l’État et surtout de provoquer un chômage de masse.

2 – Le point de vue du Front de gauche.

- La vision du FDG est totalement opposée : il faut augmenter les salaires et notamment le SMIC pour relancer l’activité des entreprises (On peut se reporter à notre article : il faut augmenter les salaires !)

. En outre les effets secondaires de cette mesure sont très positifs : diminution du déficit budgétaire de l’État en augmentant les recettes fiscales ainsi créées, modération de l’endettement des ménages .Remarquons que le FN n’a pas l’intention d’aller chercher l’argent là où il est, raison pour laquelle il ne peut prétendre augmenter le SMIC !

Mais, répétons-le, cette manière de voir s’oppose à celle de la droite qui a en fait pour rôle essentiel de faire croître les revenus des super cadres et des gros propriétaires de l’industrie, du tertiaire, de faire croître aussi autant que faire se peut les dividendes des actionnaires sans exigence de réinvestissement productif.

- Évidemment cette politique de relance de l’activité par la hausse du pouvoir d’achat passe aussi par une réindustrialisation de la France, par une politique favorisant l’investissement productif, y compris dans les activités du tertiaire et de l’économie sociale et solidaire et décourageant la spéculation financière. Des mesures fiscales adaptées aux tailles des entreprises et à leurs efforts pour favoriser l’emploi et l’innovation sont des leviers importants pour atteindre ces objectifs. Il faut pour cela mettre fin à la mise sous tutelle des entreprises par la finance. à défaut de cela, une augmentation de la demande risque d’augmenter le volume des importations et n’avoir qu’un effet très limité sur l’emploi des entreprises françaises. mais ce n’est pas ce chemin qui a été suivi par l’UMP. Ce parti a préféré favoriser la distribution de dividendes aux actionnaires plutôt que l’investissement productif. d’ailleurs, la politique fiscale de l’UMP et du Medef privilégie le capital ou détriment du travail

Les effets bénéfiques annoncés par l’UMP et ses plumitifs sont en contradiction totale avec les faits constatés . Et ce désaveu par les faits n’empêche pas les hommes politiques de droite de persévérer dans leur erreur. Mais cette persévérance ne peut s’expliquer précisément que par une logique de classe. L’UMP est bien le bras politique de la haute finance et des actionnaires. Son secrétaire général, Jean-François Copé, se veut être l’Ami des riches. Les théories économiques avancées ne sont en réalité que de la foutaise, un alibi pour justifier et dissimuler une logique de classes.

-  En outre, les mesures à prendre contre la crise ont été à l’inverse dans de ce qu’il aurait fallu rationnellement faire.

- Ainsi, l’exonération des cotisations sociales pour les heures supplémentaires a fait exploser leur nombre qui a atteint 735 millions d’heures en 2011, nombre correspondant ainsi à la non création de de 457 373 emplois à plein temps. Cela a coûté 4 milliards d’euros par an aux finances publiques qui auraient pu financer la création de 100 000 emplois à temps plein.

- La fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC en décembre 2008 a été catastrophique pour les personnels. Dorénavant 75 % d’entre eux sont sous statut privé, 956 centres ont été fermés, des centaines de postes ont été supprimés alors que le chômage est en augmentation Un agent doit en moyenne traiter 290 dossiers mais ce chiffre déjà très élevé peut être largement dépassé. Suicides et tentatives de suicide apparaissent depuis 2009. Parallèlement des agences privées de reclassement sont autorisées par la loi depuis 2008. Un rapport du ministère du travail montre que ces agences privées sont beaucoup plus coûteuses (en moyenne 2200 € par reclassement, au lieu de 1100 € pour le pour le pôle emploi) et de moins bonne efficacité !

- Pour le FDG, la hausse du SMIC et des salaires se financent par un transfert d’une partie des dividendes des actionnaires vers les salaires . Pour les PME et TPE, il est prévu un pôle bancaire public permettant à ces entreprises d’emprunter à des taux bas. D’autre part la fiscalité serait plus équitablement répartie : il est anormal que plus une entreprise est petite, plus son taux d’imposition est élevé. L’imposition sur les bénéfices sera fonction de l’effort fait par l’entreprise pour réinvestir dans la production de biens et services. Des aides de l’État seraient accordées aux petites entreprises pour financer l’augmentation du SMIC.

- Pour le FDG, la croissance économique est conditionnée par l’augmentation de la demande et donc du pouvoir d’achat mais ne doit pas se faire sans analyse de la qualité de cette croissance : elle doit s’intégrer dans la planification écologique. Et c’est pour cette raison que l’on préfère utiliser le mot activité que le mot croissance qui est un mot fourre-tout.

- Le FDG n’est évidemment pas, par principe, opposé à la diminution des coûts de production, mais encore faut-il que cette diminution obtenue par une augmentation de la productivité du travail ne se fasse pas au détriment des conditions de travail et du niveau de salaire des travailleurs. Il ne s’agit pas de produire n’importe comment n’importe quoi.

- L’humain ne peut être réduit à un simple outil de production, c’est-à-dire à sa force de travail. L’humain d’abord, cela signifie que le travailleur garde sa dignité, sa liberté, sa citoyenneté d’humain au sein de l’entreprise, entreprise qui acquiert alors une dimension sociale et éthique et qui ne se réduit plus à une entité purement économique.

3 – Des explications erronées du chômage.

- Une autre conception toute aussi erronée de l’UMP et du FN est aussi la suivante : il y a du chômage car le marché du travail est trop rigide du fait de contraintes légales faisant obstacle à la fluidité du marché du travail. A bas le SMIC ! Allégeons le code du travail ! Sans faire un développement argumenté que l’on trouvera à l’adresse suivante, le petit détail est que cette analyse ne réussit pas à expliquer la création de deux millions d’emplois entre 1997 et 2001. En outre dans les pays scandinaves où le droit social est particulière développé, le chômage a été longtemps un taux faible. http://www.fondation-copernic.org/s...

D’autres pseudo explications sont souvent aussi utilisées subrepticement ou ouvertement : l’immigration et l’inadéquation formation – emploi. (thèmes aussi bien utilisés par le FN que par l’UMP) • Il n’y a aucune corrélation statistique entre le taux d’immigration depuis 30 ans et le taux de chômage en France. De même, il n’y a pas de corrélation statistique significative entre le taux d’immigration dans différents pays d’Europe et le taux de chômage. Il ne faut tout de même pas oublier que cet argument qui en n’est pas un a été abondamment utilisé par les fascistes entre 1930 et 1939 en Europe.

• Les efforts considérables développées par l’enseignement technologique, professionnel du niveau secondaire et par les universités en offrant aux étudiants des licences et des mastères professionnels débouchant sur des professions porteuses n’ont pas empêché le développement du chômage chez les jeunes. Quant aux hommes politiques qui osent dire que dans ce domaine rien n’a été fait, ils témoignent d’une ignorance totale de la réalité de l’enseignement en France.

Pour conclure, remarquons que les mesures préconisées par le FDG rejoignent les conclusions de l’organisation internationale du travail dans son rapport mondial sur l’emploi. C’est en relançant l’activité des entreprises par l’augmentation de la demande des ménages et la stimulation de la liquidité financière des entreprises rendue possible par des taux d’emprunt d’intérêt faibles qu’une politique de l’emploi peut être efficace. Or c’est précisément grâce à un pôle financier public important qu’il est possible d’envisager des taux faibles. Les taux d’intérêt des banques privées servant à financer les rentiers et les actionnaires ne peuvent être que relativement élevés. C’est donc tout le contraire d’une politique d’austérité qui est défendue par l’ OIT.

Notes :

- Le chômage en Europe : http://www.google.com/publicdata/ex...
- Rapport complet de l’OIT sur l’emploi : http://www.ilo.org/global/publicati...

Hervé Debonrivage


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