Les socialistes français constructeurs hyperactifs du néolibéralisme en France et en Europe.

vendredi 31 mars 2017.
 

La politique du gouvernement Hollande est le résultat programmé d’un long processus de construction du néolibéralisme par les socialistes français (et secondairement par la droite) comme nous allons le voir pour ces 30 dernières années On comprend alors mieux pourquoi ce sont des socialistes français qui ont été à la tête de la commission européenne, de l’OMC, du FMI pendant de longues années.

Comme suite de l’extrait du livre de Michel et Monique Pinçon Charlot La violence des riches, relatif aux réseaux de François Hollande dans le monde de la finance, nous citons un deuxième et dernier extrait de ce livre très éclairant concernant le parti socialiste dans la mondialisation néolibérale.

Néolibéral depuis 1983

Après l’espoir suscité par l’arrivée de l’Union de la gauche au pouvoir, avec l’élection, le 10 mai 1981, de François Mitterrand à la présidence de la République, la nomination de ministres communistes et les promesses de nationalisations tenues, c’est la douche froide dès 1983 avec un plan de « rigueur » chargé de remettre de l’« ordre » dans les comptes publics. Sous couvert de « rigueur » ou de « désinflation compétitive », il s’agit d’amorcer la conversion du Parti socialiste à l’idéologie néolibérale. François Hollande a collaboré à un ouvrage, La Gauche bouge édité en 1985, aujourd’hui « épuisé ».

Ce livre témoigne de l’adhésion au libéralisme d’un homme politique encore très jeune. Âgé de trente et un ans, François Hollande est alors conseiller référendaire à la Cour des comptes et maître de conférences à Sciences Po. Le livre est publié sous le pseudonyme de Jean-François Trans, mais les noms du futur président de la République et des quatre auteurs figurent en page 6. Il s’agit de : Jean-Michel Gaillard, trente-neuf ans, conseiller référendaire à la Cour des comptes et maître de conférences à l’ENA ; Jean-Pierre Jouyet, camarade de promotion à l’ENA de François Hollande, trente et un ans, inspecteur des finances et président du club Démocratie 2000 ; Jean-Yves Le Drian, trente-huit ans, agrégé d’histoire, député-maire de Lorient, actuel ministre de la Défense ; Jean-Pierre Mignard, trente-quatre ans, avocat au barreau de Paris, ancien membre de la direction politique du PSU, adhérent d’une organisation catholique internationale de défense des droits de l’homme.

Dès l’introduction, le lecteur est prévenu : « Finis les rêves, enterrées les illusions, évanouies les chimères. Le réel envahit tout. Les comptes doivent forcément être équilibrés, les prélèvements obligatoires abaissés, les effectifs de la police renforcés, la Défense nationale préservée, les entreprises modernisées, l’initiative libérée » Pas de langue de bois pour ce club des cinq qui veut gagner des postes importants au sein du Parti socialiste, puis, à terme, au niveau national, en fondant un mouvement, « Trans-courants », chargé de balayer les rentes des féodalités installées dans les différentes tendances du Parti socialiste, au bénéfice d’un consensus autour d’une gauche dite « moderne » et libérale.

Les membres de ce petit club prirent l’habitude de se retrouver dans une arrière-salle de la maison d’édition P.O.L. dont Jean-Jacques Augier possédait alors 60 % des parts. « Il ne s’agit plus à la fin du XXe siècle d’assurer la représentation politique de la classe ouvrière alors que les catégories sociales perdent en cohésion et que le salariat s’est profondément recomposé, ou de renforcer encore l’État-providence alors que celui-ci parvient de plus en plus difficilement à se financer et que les risques traditionnels sont correctement couverts. 

Fini la lutte des classes, vive l’individualisme. Individualisme réussi s’il est en phase avec la mondialisation économico-financière et les nouvelles technologies, notamment dans le domaine de l’informatique. Individualisme négatif pour tous les exclus de cette révolution libérale. Une société duale qui fait donc l’impasse sur le conflit entre le capital et le travail.

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Le rôle historique des socialistes français dans la mondialisation libérale

Les Français pensent souvent que les Américains, les Anglais ou les Allemands sont les seuls responsables de la mondialisation du commerce, des affaires et de la finance.

Or les faits sont têtus. Jacques Delors, délégué national du Parti socialiste pour les relations économiques internationales (1976-1981), est nommé président de la Commission européenne (1985-1994) après avoir été ministre de l’Économie et des Finances du gouvernement Mauroy, de 1981 à 1985, sous la du comité directeur du Parti socialiste, inspecteur général des finances après son passage par l’ENA, HEC et Sciences Po. Ils ont élaboré ensemble la directive de 1988 sur la libéralisation des mouvements de capitaux à l’intérieur de l’Europe.

Puis le traité de Maastricht qui, soumis en 1992 à l’assentiment des Français par référendum, ne recueillit que 51,05 % des suffrages exprimés. Ce traité rendit tout de même obligatoire l’extension de cette libéralisation à des États n’appartenant pas à la Communauté européenne. De 2005 à 2013, Pascal Lamy, pour qui « l’ouverture des marchés et la réduction des obstacles au commerce ont été, restent et resteront essentielles », fut président de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Michel Camdessus, ancien élève de l’ENA, haut fonctionnaire proche du Parti socialiste, nommé directeur du Trésor en 1982, devint gouverneur de la Banque de France en 1984, durant le premier mandat de François Mitterrand. Il occupa ensuite pendant treize ans, de 1987 à 2000, le poste de directeur général du FMI

C’est au château de la Muette, dans le XVIe arrondissement de Paris, qui abrite le siège de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), qu’un haut fonctionnaire du Trésor, toujours sous la présidence de François Mitterrand, Henri Chavranski, présida, de 1982 à 1994, le Comité des mouvements de capitaux et des transactions invisibles (CMIT). Ce diplômé de Sciences Po, ancien élève de l’ENA, considéré comme très proche du Parti socialiste, est d’une grande discrétion sur sa carrière, en contraste avec l’importance des décisions quant à la libéralisation des capitaux qu’il a soutenues à l’OCDE. Ce haut fonctionnaire, convaincu que l’interdépendance des économies ne laissait plus d’autre choix que la libéralisation des mouvements de capitaux entre les États membres, œuvra de tout son poids pour que le code de l’OCDE soit amendé, en 1989, pour y inclure les mouvements à court terme.

Comme l’analyse Rawi Abdelal, un professeur américain de la Harvard Business School, spécialiste d’économie politique internationale, ce sont ces trois Français, Jacques Delors, Michel Camdessus et Henri Chavranski, socialistes ou proches du Parti socialiste, qui ont de manière décisive donné un sérieux coup de pouce à la mondialisation libérale.

On peut d’ailleurs compléter la liste des membres du Parti socialiste impliqués dans la mondialisation libérale avec Dominique Strauss-Kahn, proposé par Nicolas Sarkozy, dès qu’il fut élu président de la République en 2007, pour être candidat au poste de directeur général du FMI où il resta jusqu’à sa chute hautement médiatisée en mai 2011.

C’est encore une Française, Christine Lagarde, qui fut nommée le 30 juin 2011 directrice générale du FMI en remplacement de Dominique Strauss-Kahn. Martine Aubry, la fille de Jacques Delors et alors secrétaire générale du Parti socialiste, a dit, au cours d’un journal télévisé, apprécier les qualités de Christine Lagarde et approuver pleinement sa nomination à la tête du FMI. Le gouvernement socialiste a maintenu cette approbation alors que Christine Lagarde était convoquée les 23 et 24 mai 2013 devant la Cour de justice de la République. « Mme Lagarde garde toute la confiance des autorités françaises dans ses fonctions à la tête du FMI, a assuré Pierre Moscovici. Je le redirai, si nécessaire, par moi-même, ou par l’intermédiaire du représentant de la France au board du Fonds. » La constitution de partie civile, déposée par Pierre Moscovici, ne concerne que l’enquête judiciaire sur un éventuel « abus de pouvoir » du patron du CDR (Consortium de réalisation) chargé de gérer les actifs du Crédit lyonnais et évite la confrontation avec Christine Lagarde qui ne doit des comptes qu’à la Cour de justice de la République. Le statut de témoin assisté que lui a notifié cette institution n’a pas empêché Christine Lagarde de reprendre aussitôt ses fonctions à Washington.

Des instances financières ad hoc ont accompagné la mise en place internationale de ce néolibéralisme conquérant. « La création en 1991, à l’initiative de la France, de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a fourni l’un des symboles les plus aboutis de cet accélérateur international de particules libérales d’abord localisées sur un territoire particulier.

Chargée d’encourager les pays de l’Est à privatiser leurs économies, la BERD fut confiée à son “inventeur”, Jacques Attali  » Ce polytechnicien, membre du Conseil d’État, a orchestré, la présidence de François Mitterrand, la nationalisation d’industries et de banques françaises en 1981 avant de prendre un virage néolibéral définitif.

L’oligarchie libérale est ainsi faite que, depuis le tournant de 1983 au cours duquel les élites du Parti socialiste ont assumé leur « modernité », c’est-à-dire leur adhésion au libéralisme, elle peut défendre ses intérêts en faisant jouer l’alternance entre la droite et la gauche. On change le personnel, mais, comme avec le miroir aux alouettes, il s’agit de faire briller l’espoir pour mieux neutraliser le gibier.

Fin du texte extrait du livre La violence des riches

Pour comprendre mieux le saut des socialistes au milieu des années 80 dans l’abîme du néolibéralisme, on peut se référer à une interview de Frédéric Lordon par Daniel Mermet

DM : pour vous FL il y a une date très importante dans l’histoire récente de notre beau pays, c’est 1986, c’est la loi de dérèglementation financière, et vous considérez qu’un certain « journalisme décérébré », c’est vous qui le dites, ne met pas assez en avant cette date que vous considérez comme une charnière. Pourquoi ? parce que c’est le moment où par cette loi de dérèglementation financière on a vu la finance « actionnariale », je vous cites, prendre le pouvoir et ce pouvoir vous le comparez à ce que peut être, ou ce qu’a pu être le pouvoir dans certaines sociétés sur certaines sociétés : tantôt de l’église, tantôt du parti unique, tantôt de l’armé, donc nous vivrions, selon vous, sous l’empire et l’emprise de cette finance actionnariale.

FL : Oui, c’est vrai qu’il y a un certain journalisme qui a une inclination pour la commémoration débile et insignifiante, qui fête toutes les choses anecdotiques et parfaitement secondaires et qui oublie toutes les choses importantes - pourtant elles ne sont pas en si grand nombre... - mais il y en a certaines tout de même qu’on ne peut pas louper.

J’aime beaucoup rappeler cette date de 1986 qui est la loi de déréglementation financière, loi votée à l’époque des socialistes, c’est Pierre Bérégovoy qui en avait eu l’initiative - ça aussi je ne me lasse pas de le répéter - et dont je soutiens qu’elle est l’évènement peut-être le plus important qu’ait connu la société française dans le demi-siècle écoulé.

Lorsque cette loi est votée on change de monde. Alors évidemment comme disait, un philosophe moustachu, je veux parler de Nietzsche, les idées révolutionnaires arrivent sur des pattes de colombe, et à l’époque personne ne s’en est aperçu mais en fait c’était la première étape d’une transformation de première grandeur, qui allait emporter toute la société française, et aussi tout les sociétés occidentales, et qu’on a résumée sous le nom de « déréglementation financière ».

Alors la loi de 1986 c’est le premier étage de la fusée. Qu’est ce qu’elle fait cette loi, outre qu’elle introduit de la concurrence dans le petit milieu des agents de change etc... - mais ce n’est pas le plus important - ? Elle abolit surtout les restrictions qui existaient jusqu’ici à la liberté de mouvements des capitaux. Donc les capitaux internationaux peuvent maintenant aller et venir sans la moindre entrave. En particulier tous les capitaux de la finance américaine - parce que c’est un haut lieu de concentration du capital financier - vont pouvoir se déverser sur le marché français, en repartir comme bon leur semble, et tout le monde à l’époque pense que ça va être une bénédiction pour notre économie.

DM : En 86 est-ce que la France avait le choix de ne pas le faire, de ne pas promulguer cette loi, de ne pas l’adopter ?

FL : A l’époque le choix était encore ouvert mais le débat s’était goupillé dans des termes tels qu’évidemment cette affaire nous était présentée comme une nécessité absolument inéluctable. En l’espèce l’un des grands arguments qui était fourni par les géniteurs de la réforme en question avait déjà trait aux arguments de la concurrence puisqu’on nous disait : « écoutez, regardez, les américains ont fait leur déréglementation financière, les anglais sont sur le point de la faire à leur tour et voilà, les places boursières vont entrer en concurrence internationale, par conséquent, il est de la plus haute importance que la place de Paris s’aligne. » Ça c’était un argument parmi tant d’autres. Il y en avait d’autres qui ont peut-être pesé plus encore mais, qui sont des arguments plus techniques, je ne sais pas s’il est très utile de s’y attarder.

Mais l’essentiel c’est qu’encore une fois cette date de 1986 est la première étape, qui va être suivie par deux autres qui sont, à mon avis, au moins aussi importantes. Et ce sont ces trois choses qui forment cette espèce d’ensemble qu’on appelle la déréglementation financière. La deuxième de ces choses, c’est le processus de concentration de l’épargne des salariés sous une forme financiarisée dans le bilan de ces grands investisseurs institutionnels que sont les fonds de pension et les fonds mutuels. L’épargne du petit investisseur, l’épargne du petit retraité, isolé, tout seul, ça n’est rien, ça ne compte pour rien, c’est une goutte d’eau dans l’océan des mouvements de capitaux. Par contre l’épargne agrégée, concentrée par ces grands captateurs que sont les investisseurs institutionnels, alors ça c’est la force de frappe financière par excellence dans le système. Et donc ce sont les mouvements de cette épargne agrégée qui vont faire la dynamique des cours des actifs, leur hausse, leur écroulement parfois etc...

Fin de l’extrait de l’interview

Changement de monde dit Frédéric Lordon, c’est effectivement aussi le cas en Angleterre, avec ce que l’on a appelé le Big Bang du 27 octobre 1986 à la bourse de Londres où entre en application le Financial service Actinstaurant une déréglementation généralisée sur la place financière à l’initiative de Margaret Thatcher.

Voici un autre extrait intéressant d’un dossier intitulé : "La dérégulation financière : la cause de la crise ou… sa conséquence ?" . Publication de Lutte ouvrière ; Lutte de classe No 142 ; mars 2012.

En France, de gauche à droite, une même politique.

Il ne s’agit pas de croire que seuls les États américain et britannique ont procédé à cette déréglementation massive : parce qu’elle correspondait aux besoins d’une classe capitaliste depuis longtemps mondiale, tous les pays industrialisés ont fait de même, notamment la France. L’un des premiers cadeaux aux banquiers y fut fait par le président Pompidou et son ministre de l’Économie Giscard d’Estaing, via la loi du 3 janvier 1973. L’article 25 de cette loi stipulait que l’État n’avait plus le droit d’emprunter de l’argent directement auprès de la Banque de France… ce qui l’obligea désormais à se tourner vers les banques privées pour financer sa dette. Il ne faut certes pas exagérer la portée de cette loi, comme le fait aujourd’hui le milieu altermondialiste, pour qui la loi de 1973 serait la cause de tous les problèmes actuels. Mais elle a indiscutablement été, pour les banques privées, une belle opportunité, ne serait-ce que parce que, depuis, les banques privées ont la possibilité d’emprunter de l’argent à taux très faible auprès des banques centrales, et de le prêter aussitôt aux États à des taux bien supérieurs !

Signalons que c’est aussi de cette époque que date l’obligation pour les em-ployeurs de verser les salaires par chèque ou virement et non en liquide, mettant ainsi la masse salariale à la disposition des banquiers.

Mais le véritable démarrage de la déréglementation financière s’est fait sous les auspices des gouvernements socialistes du début des années quatre-vingt. La nationalisation d’un certain nombre de grandes banques françaises sous Mitterrand (Crédit commercial de France, BNP, Suez et Paribas), loin d’être une opération défavorable aux banquiers, a au contraire permis que ce soit sous l’égide de l’État, et à ses frais, que s’opère la réorganisation du système bancaire français : la modernisation informatique, indispensable pour jouer dans la cour mondiale des grands, se fit avec l’argent public.

Les banques nationalisées furent fortement concentrées, tandis qu’en 1984 la « loi bancaire » de Delors mettait fin à l’équivalent du Glass-Steagall Act en France, la loi qui séparait les banques d’affaires et les banques de dépôt.

Il est instructif de lire ces lignes issues d’une histoire du système bancaire fran-çais publiée par la Fédération des banques françaises : « Le monde de la banque était [auparavant] compartimenté, réglementé. […] La loi bancaire de 1984 […] a été le point de départ d’un mouvement continu de décloisonnement du crédit et de déréglementation du système bancaire. […] L’emprise exercée par l’État n’empêcha pas le paysage bancaire d’évoluer : les grandes banques se rapprochèrent des compagnies d’assurances, les plus puissantes d’entre elles constituèrent des groupes financiers complexes, et elles poursuivirent leurs efforts d’implantation à l’étranger. »

Deux ans plus tard, la deuxième loi bancaire, portée par le « socialiste » Bérégovoy, achevait le travail, notamment en supprimant le monopole de la Banque de France sur la fixation des taux d’intérêt et en créant un cadre juridique unique pour toutes les institutions financières.

À ce sujet, à un autre chaud partisan de la déréglementation, l’économiste David Thesmar, professeur de finances à HEC et chroniqueur au journal Les Échos, écrit : « Au début des années quatre-vingt, l’économie française était extrêmement réglementée ; les banques ne choisissaient ni le taux auquel elles prêtaient, ni combien elles prêtaient. La déréglementation a levé tous ces blocages. [… Auparavant,] lorsque la Banque de France estimait qu’il y avait trop de monnaie en circulation, elle demandait aux banques de réduire leurs prêts. Tous les mois, les patrons des grandes banques rencontraient ceux de la Banque de France et recevaient des directives. Pour simplifier, avant la déréglementation, le travail d’un banquier consistait à prêter une enveloppe relativement étroite dans un menu de taux donné ! […]

La loi bancaire a fait le ménage, en définissant quatre grandes catégories de banques : les banques normales, les banques mutualistes, les banques d’investissement et les caisses d’épargne. Elle a autorisé les banques normales à exercer également les métiers des banques d’investissement. […] Les deux autres mesures qui comptent, rappelons-le, sont la suppression de l’encadrement du crédit et la suppression d’une grande partie des prêts bonifiés. Ces changements ont révolutionné la façon de penser des banquiers, qui sont devenus responsables de leur politique de prêt. »

L’enthousiasme de ce digne professeur ne se comprend qu’à partir du moment où l’on se place du point de vue des banquiers, à qui ces deux lois ont permis de se transformer en acteurs majeurs de la spéculation financière, à l’échelle du globe. Et cette politique s’est poursuivie, sans la moindre anicroche, lorsque la droite a succédé aux affaires à la gauche, en 1986.

La privatisation des banques, préparée par la loi Bérégovoy, s’est poursuivie sous Chirac (RPR), sous Rocard (PS), sous Balladur (RPR) et sous Jospin (PS). Le fait que l’État déroule le tapis rouge aux financiers pour leur permettre de spéculer librement est une politique qui, selon l’expression pudique du même David Thesmar, « transcende les alternances politiques ». C’est également sous Bérégovoy qu’a été créé le second marché, permettant aux entreprises de taille moyenne d’être cotées en Bourse, et c’est Bérégovoy toujours qui a créé en février 1986 le Matif (marché à terme des instruments financiers), dédié à la spéculation financière pure sur les obligations, les bons du Trésor ou les devises). On le voit, la « gauche », qui fait mine aujourd’hui, campagne électorale oblige, de vouloir « réguler » la finance, porte une responsabilité dans le fait d’avoir créé un cadre légal donnant toute liberté aux requins de la finance pour se jeter sur le monde.

D’ailleurs, l’actuel candidat socialiste François Hollande ne s’en cache pas : ne vient-il pas de se vanter, dans le Guardian britannique du 13 février 2012, du fait que « la gauche a gouverné pendant quinze ans, pendant lesquels elle a libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance »

Fin de l’extrait

Et pour achever ce tableau accablant sur la responsabilité des (soi-disant) socialistes français dans la crise économique actuelle qui frappe notre pays, indiquons ceci : selon le webzine Les crises.fr qui s’appuie sur des études du FMI, deux tiers des mesures de dérégulation financière ont été prises par des hommes politiques socialistes en France sur la période 1981 2011.

Après lecture de ces rappels historiques, il est clair qu’il ne faut rien attendre de sérieux du gouvernement Hollande pour s’attaquer à la toute-puissance de la finance.

La loi bancairequi a été votée en juillet 2013 confirme la soumission du gouvernement à la volonté des banquiers.

Nous allons maintenant nous référer au magazine libéral Les Échos

Le magazine Les Échos qui n’a rien de gauchiste, par la voix d’un certain nombre de membres du Cercle des Échos, montre le caractère non abouti de la loi pour la séparation des activités de dépôt des activités spéculatives..

Le plus bienveillant, Edouard de Lamaze, titre : "Loi bancaire : la France pionnière pour l’EuropeL" (15/07/13)

Le Cercle. Suite à l’accord en Commission Mixte Paritaire Assemblée Nationale - Sénat, la loi bancaire sur la séparation et la régulation des activités bancaires va être soumise pour adoption. Outre la dimension purement financière (séparation des activités), la loi rappelle les obligations citoyennes des banques pour protéger les populations les plus fragiles."

Lire la suite  : Propos lénifiants à défaut d’être léninistes, mais il est bien contraint de reconnaître que : " … elle (l’Europe) tarde à mettre en œuvre le rapport Liikanen, http://fr.wikipedia.org/wiki/Rappor... remis en octobre (2012) dernier à la Commission, et qui préconisait une séparation nette entre fonds propres affectés aux activités de crédit et ceux affectés aux activités spéculatives. […] Le débat sur la délimitation des activités cantonnées dans une filiale ne fait que commencer. A la différence de ce que préconise le rapport Liikanen, la France et l’Allemagne ont choisi de maintenir la tenue de marché dans l’entité recevant les dépôts, pour la raison principalement technique qu’il est très difficile de distinguer celle- ci des autres activités de marché.…"

Et ce point de "détail" vide la loi de son sens ! Le diable se cache dans les détails… Indiquons que le webzine Bastamag en étudiant le projet de loi avait détecté cette fumisterie dans son article : "Réforme bancaire : comment le gouvernement s’est écrasé devant le monde de la finance." (11/02/13)

Ce "point de détail", entre autres, n’a pas échappé à Jacques Cheminade du cercle des Échos qui écrit : "Loi bancaire : le législateur s’est soumis à la volonté des banquiers d’affaires" (19/07/13)

Le cercle. "L’adoption de la loi bancaire par nos parlementaires n’est pas surprenante, mais est inacceptable. Face au risque majeur de nouvelle crise financière mondiale, il demeure plus que jamais urgent de couper les banques en deux.

Après l’Assemblée nationale, le Sénat vient de voter la loi de séparation et de régulation des activités bancaires. Le législateur s’est ainsi soumis à la volonté des banquiers d’affaires, en leur procurant une feuille de vigne. L’État continuera en effet à garantir la quasi-totalité de leurs activités, ce qui leur permet non seulement d’obtenir gratuitement des taux d’intérêt plus bas sur les marchés, mais de s’assurer un renflouement par le contribuable au détriment de l’intérêt général. De plus, non seulement les déposants au-dessus de 100 000 euros ne sont plus protégés en cas de défaillance des établissements – baptisée sous le nom de "résolution" –, mais pour ceux au-dessous de 100 000 euros, le Fonds de garantie n’est qu’un parapluie percé.… "

Dominique Doise du même cercle n’est pas plus enthousiaste : "Loi de séparation et de régulation des activités bancaires : Gribouille a encore frappé" (21/10/13)

Le Cercle. "Conçue sur un sophisme cette loi, dont les modalités de mise en œuvre sont problématiques, met inutilement à la charge de l’Etat des responsabilités nouvelles sans atteindre, pour autant, ses objectifs de lutte contre les risques systémiques et de réduction de l’aléa moral. Elle peut également inciter des banques à déménager hors de France certaines activités et donc des emplois" . Lire la suite

Fin des commentaires des Échos

En connaissant l’historique précédent, où l’on a vu que les socialistes avaient été à l’origine de la fusions de ces deux types d’activités en France, on constate ici le dogmatisme libéral d’un gouvernement qui ne veut pas remettre en cause un dispositif qui a pourtant prouvé sa grande nocivité. L’incapacité ou l’absence de volonté de reconnaître ses propres erreurs porte un nom : l’aveuglement intégriste.

On peut pronostiquer sans trop de risques d’erreur, comme le fait Michael Miguères des Échos que "La réforme fiscale n’aura pas lieu" (25/11/13)

Ce n’est pas par hasard que ce sont des socialistes français qui ont été, pendant de longues années, à la présidence de la commission européenne, à la présidence de la banque mondiale, à la présidence du FMI. Ce sont les champions actuels du technolibéralisme planétaire.

Hervé Debonrivage


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