Fatwa à mourir, de rire ou assassiné : de Mickey condamné à mort à la têtée entre collègues

mercredi 1er novembre 2017.
 

A) Fatwa à mourir assassiné (Chokri Belaid, dernier d’une longue liste)

Le meurtre du dirigeant politique tunisien de gauche Chokri Belaïd ce 6 février 2013 est venu rappeler le rôle des fatwa comme argument de terreur pour maintenir le pouvoir des imams réactionnaires. Le tueur présumé est un membre actif de la mouvance radicale salafiste et de la Ligue de protection de la révolution (LPR), milice brutale pro-islamiste. Selon la radio Mosaïque FM, le tueur "a déjà avoué son implication dans le meurtre de Chokri Belaid et a confié qu’il a exécuté une fatwa qui appelait au meurtre".

Dans le même temps, un imam salafiste égyptien, brandissant un recueil de Hadith, a expliqué froidement que les dirigeants de l’opposition égyptienne méritent, « d’un point de vue légal » d’être tués. Cet appel au meurtre en bonne et due forme a été proféré en direct sur une chaîne de télévision salafiste sans que cela entraîne une procédure judiciaire. Mohamed ElBaradei et Hamdeen Sabahi, coupables de réclamer des présidentielles anticipées et donc de « désobéir » au président Morsi, sont particulièrement visés par la fatwa de la mort. Aux yeux de cet obscur « cheikh » qui répond au nom de Mahmoud Chaabane, ces deux hommes « veulent des présidentielles anticipées et veulent faire tomber le président (Morsi) » ; ils ne « cherchent pas l’intérêt général mais le koursi ».

Voici quelques autres cas récents de fatwas tueuses :

- Salman Rochdi : pour son livre de libre expression "les verset sataniques"

- Van Gogh : pour son Film (celui là a été tué)

- Dhikra Mohammad : car elle s’est comparé au prophète

- Taslima Nasreen : pour sa lutte en faveur de l’émancipation des femmes

- Nawal Saadawi : pour avoir enlevé le voile et pour sa lutte pour l’émancipation de la femme

- Nasr Hamid Abu Zayd : lutte contre le fondamentalisme et libre expression

- Farag Foda : lutte contre le fondamentalisme et libre expression (a été tué)

- Najib Mahfoudh : lutte contre le fondamentalisme et libre expression (tentative échouée)

- Messaoud Bouras : lutte contre le fondamentalisme et libre expression

- Hassan Hanafi : pour la liberté d’expression et de culte

- Youssef Chahine : pour son Film almouhager

- Atif al-Iraqi : pour la liberté d’expression et de culte

- Ragaa al-Naqash : pour la liberté d’expression et de culte

- Mahmoud al-Tohami : pour la liberté d’expression et de culte

- Ahmed Al-Baghdadi : pour liberté d’expression et de culte

- Laila Othman : pour la liberté d’expression et de culte

- Aliya Shoeib : pour la liberté d’expression et de culte

- Hussein Morowwa : pour la liberté d’expression et de culte

- Abdelkader Alloula : pour la liberté d’expression et de culte

- Bekhti Benaouda : pour la liberté d’expression et de culte

- Tahar Djaout : pour la liberté d’expression et de culte

- Youssef Seddik : Tunisien la pour liberté d’expression

B) Fatwa à mourir de rire

1) La fatwa du cheikh Mohammed al-Mounajid

Ce religieux musulman, ancien diplomate, apparaît souvent sur les écrans de la télévision saoudienne et sur Al Jazira pour commenter l’actualité au nom de la charia.

Sa dernière condamnation vise Mickey Mouse :"La charia (loi islamique) requiert l’extermination de toutes les souris, y compris les rongeurs et la célèbre souris de dessin animé".

L’imam a lancé cette fatwa contre la souris de Walt Disney en tant qu’"agent de Satan". Cette espèce animale étant "impure", il a également condamné Jerry le facétieux qui échappe toujours à Tom.

Quel reproche adresse-t-il aux personnages virtuels Mickey et Jerry ? De rendre les souris sympathiques au public contrairement à la Vérité révélée par le Prophète au nom d’Allah, Seigneur de l’Univers.

2) Qu’est-ce qu’une fatwa ?

La fatwa est un jugement porté par un spécialiste (mufti) de loi religieuse (« ilm al kalam » littéralement la science des mots !) en islam.

Les fatawas ont d’autant plus d’importance dans des pays où la loi islamique constitue la base du droit civil et du droit pénal.

La fatwa s’appuie généralement sur une affirmation ou un récit du Coran.

La première fatwa remonte au prophète Mahomat lui-même. Après sa razzia sur Badr, il s’emporte contre une poétesse nommée Asma bint Marwan " Est-ce que personne ne me débarassera de la fille de Marwan ?" Un homme du clan de la poétesse s’introduisit le soir même chez elle alors qu’elle dormait son dernier enfant encore au sein. Il la transperça de son épée, reçut l’aval de Mahomet et ne subit aucun reproche de la famille Marwan.

3) Pluto en danger. Religions et fatwa contre les animaux : souris, cochon, chien

Toutes les religions fourmillent d’interdits concernant les animaux. Il serait trop long d’aborder cette question ici. Notons seulement que l’islam considère comme particulièrement impurs : la souris, le cochon et encore plus, le chien.

Voici l’exemple d’une fatwa récente suite à la question suivante posée par une famille : Nous avons chez nous une chienne que nous avons apprivoisée ... avant de connaître la position de l’islam sur ce sujet. Puis, lorsque nous nous sommes informés, nous avons chassé l’animal mais il n’a pas voulu nous quitter car il s’est habitué à la maison... Quelle est la solution ?"

Réponse du mufti : "... L’impureté des chiens est la plus grave de tous les animaux, car la souillure du chien ne se purifie que par sept lavages dont l’un doit être fait à l’aide de sable. Même le porc qu’Allah décrit dans le Coran comme étant interdit et comme étant une souillure n’atteint pas le même degré d’impureté que le chien... Je conseille donc aux personnes (qui possèdent des chiens) de les faire sortir de leurs demeures. Quant à ceux qui en ont besoin pour la chasse, le labour ou la garde d’un troupeau, il n’y a pas de mal à cela car le prophète, prière et salut d’Allah sur lui, l’a permis. Reste enfin la réponse à la question du frère ; nous lui disons : Si tu fais sortir cette chienne de chez toi et que tu l’expulses, tu ne seras pas responsable d’elle. Ne la garde donc pas et ne lui offre pas l’hospitalité et il se peut qu’à force de rester devant la porte, elle finisse par partir... et se nourrir des bienfaits d’Allah comme le font les autres chiens".

4) Depuis deux ans, multiplication et radicalisation des fatwas

Confrontés à l’insertion progressive des populations arabes dans la société contemporaine, des imams se défendent avec leur arme : la fatwa.

En septembre 2008, le plus haut juge saoudien Ibn Salih al-Luhaydan, a déclaré que les propriétaires et rédacteurs en chef de chaînes satellitaires méritent la mort vu le contenu de leur programme : "Il est permis de tuer" pour mettre fin à cette "diablerie".

Sous la présidence du grand mufti d’Arabie saoudite Cheikh Abdelaziz il-cheikh (également à la tête du Conseil des grands oulémas) le Conseil de jurisprudence islamique (Ligue islamique mondiale) a édicté la fatwa suivante : "Il est interdit d’utiliser les versets du Coran comme sonnerie de téléphone portable car un tel usage nuirait au Coran par une interruption abrupte des versets psalmodiés ou par leur psalmodie dans des lieux inappropriés".

Parmi d’autres fatawas, notons :

* celle récente condamnant à mort un couple musulman devenu chrétien en Egypte, lancée par le recteur de la faculté d’études islamiques de la prestigieuse université Al Azhar du Caire.

* celle réitérée récemment émanant de l’Assemblée de jurisprudence (La Mecque) contre la franc-maçonnerie.

* la réunion du Conseil suprême de la fatwa pour dénoncer le risque que le permis de conduire implique pour la virginité des femmes

Arabie saoudite : permettre à une femme de conduire nuit à sa virginité !!

5) Fatwa et capitalisme

En mai juin 2008, la chaîne Al Jazeera a retransmis la fatwa du célèbre prédicateur Youssef Al Qaradawi visant à limiter le temps de prière pendant les heures de travail et ainsi à augmenter la productivité.

Il a été soutenu par tous ses collègues théologiens égyptiens comme le cheikh Fouzi El Zizhaf "Il a raison. Je ne peux pas dire le contraire ; il ne faut pas gaspiller le temps de travail en utilisant la prière comme prétexte".

Même le Secrétaire Général du Conseil supérieur des affaires islamiques Mohammed Al Shakhat A Gendi est intervenu sur le sujet : "Dix minutes sont tout à fait suffisantes pour prier et l’amélioration de la productivité n’est pas du tout contraire à l’islam".

Autre conséquence du capitalisme : la fatwa en libre service auprès d’imams. Une chaîne de télévision indienne a diffusé une émission en caméra cachée montrant des membres du clergé musulman en train de négocier le prix d’ue fatwa.

Le magazine Time Asia :""Pour une somme aussi modique que 60 dollars, des journalistes ont pu ainsi obtenir des fatwas écrites en ourdou sur des sujets variés et divers : interdire l’usage de cartes de crédit, des lits doubles ou encore des téléphones portables équipés de caméras. D’autres fatwas interdisent aux musulmans de jouer dans des films, de faire don de leurs organes ou d’apprendre l’anglais à leurs enfants. Une fatwa se prononçait contre la télévision et une autre pour", poursuit l’hebdomadaire.

Plus grave encore, il s’est avéré que certaines personnes ayant émis ces fatwas contre un paiement comptant sont, par ailleurs, enseignants dans de grandes institutions comme le Darul Uloom, le puissant séminaire musulman de Deoband, où au moins deux personnes ont déjà été suspendues de leur poste, signale Time. En Inde la communauté musulmane compte quelque 150 millions de fidèles, soit 12 % de la population. A l’échelle mondiale, les musulmans indiens se placent de par leur nombre en troisième position. "Le scandale des pots-de-vin pour une fatwa a réanimé le débat sur le sens d’une fatwa et, surtout, sur la légitimité de l’autorité qui la décrète." Source : kabylienews.com

Autre conséquence du capitalisme sur la fatwa : Le site IslamOnLine, basé au Caire, diffuse à la chaîne depuis six ans, les fatwas du célèbre Youssef al-Qaradawi en anglais et en arabe. La hotline surtaxée El-Hatef el-islami répond de même à 500 questions par jour (1000 durant le ramadan).

6) Fatwa et corps de la femme. Z’avez pas vu Mirza ?

La multiplication de chaînes satellitaires captables de tous les points du monde modifie complètement le statut social du religieux fondé sur son rôle de seul guide d’une communauté vis à vis de l’extérieur et de Dieu.

Prenons le cas du mufti Haseeb-ul-hasan Siddiqui, haut personnage religieux, membre du Conseil des Ulémas sunnite. Il est très attaché au voile islamique et aux vêtements permettant de cacher complètement le corps de la femme. Il allume la télévision ; et là, damnation éternelle, que voit-il ? une musulmane participant aux huitièmes de finale du dernier tournoi de tennis féminin de Flushing Meadows.

Le guide spirituel lance une fatwa contre la joueuse Sania Mirza : "La robe qu’elle porte sur les courts de tennis non seulement découvre de larges parties de son corps mais elle ne laisse rien à l’imagination". Il affirme que "l’islam n’autorise pas une femme à porter des jupes, des shorts et des hauts sans manches".

Réaction immédiate de l’hebdomadaire Shoddan : il ne publie plus de photo de Sania Mirza.

7) Conformément à une fatwa, toute femme doit-elle la têtée à son collègue de travail ? une épouse peut-elle être répudiée si elle refuse de donner le sein aux amis de son mari ?

L’ouléma égyptien Izzat Al-Attiyah vient d’édicter coup sur coup deux fatawas :

la têtée au travail par son collègue D’après cet ouléma, pour travailler dans un même bureau, seule à seul avec un collègue, et pouvoir ôter son voile, une femme doit allaiter son collaborateur à cinq reprises. Explication du guide spirituel : "le fait qu’elle lui donne le sein est considéré comme un acte maternel empêchant tout acte sexuel entre les deux". Un homme d’affaires algérois, attiré par une de ses employées, en a été pris de ferveur religieuse, voulant exploiter la fatwa pour têter son employée.

la têtée du ramadan obligeant la femme musulmane à "donner son sein à têter aux amis de son mari durant le ramadan". Cette fatwa a tellement été prise au pied de la lettre par des Algériens que le cheikh Shamseddine Bouroubi s’en est ému : "« des femmes [l’]ont appelé en pleurant, le suppliant d’intervenir pour les sauver de cette situation. Les époux exigent qu’elles allaitent des amis conviés à passer le ramadan au domicile familial. Et pour éviter toute relation ambigüe, les époux forcent leur femme à donner le sein aux amis pour nouer une affiliation familiale par le lait, empêchant ainsi toute relation illicite ».

Shamseddine Bouroubi dénonce cette « dérive dangereuse et inquiétante de l’islam dans le pays » et demande aux oulémas et aux prêcheurs d’intervenir.

9) Egypte Islamisme violent et fatwas imbéciles

10) Conclusion : vers un tournant prochain dans l’islam ?

Le principal constat à faire depuis deux ans en matière de fatwa, ce n’est pas l’incongruité de certaines ( cela on le savait depuis longtemps), c’est que leur critique provient essentiellement du monde arabo-musulman.

Tel est le cas par exemple contre la fatwa concernant Mickey sur le plateau Al-Jazirah : "Mohammed Al-Munjid ... déclare que "Mickey Mouse doit être tué". Il explique plein d’assurance, que, "la souris est impure selon la loi religieuse" et qu’en conséquence "Mickey Mouse doit être tué comme doit l’être une souris". Cela relève d’une confusion entre la réalité et la métaphore, mais le résultat dépasse le personnage de Walt Disney. C’est à se demander si notre drame culturel a atteint le point où il ne reste plus que Mickey Mouse comme cible pour les guerriers de la reislamisation... Ce qui m’excède, c’est que (cette affaire)... a provoqué des ricanements à propos de notre culture, qui, comme ils disent, ne permet pas seulement de tuer des humains mais va jusqu’à vouloir assassiner des personnages de bande dessinée".

Tel est le cas au Maroc où un avocat a porté plainte contre la fatwa d’un imam : "J’ai déposé une plainte contre un dénommé Mohamed Ben Abderrahman Al Maghrawi pour avoir émis un avis autorisant les filles à se marier dès l’âge de 9 ans", affirme Mourad Bekkouri, avocat du barreau de Rabat. "J’ai porté plainte contre l’atteinte au Code de la famille, aux droits des enfants et au risque de viol", a ajouté l’avocat.

Tel est le cas au Yémen où un juge a soutenu une fillette de 8 ans mariée de force, violée et maltraitée par son mari plus âgé de 22 ans.

Ce type d’exemple pourrait être multiplié. Ceci dit, par rapport aux année 1960, il est évident que le fondamentalisme musulman a nettement progressé et représente aujourd’hui un des principaux obstacles au progrès humain sur notre planète.

Jacques Serieys


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