21 mai 1944 : François Pengam est arrêté, fusillé puis Edouard Leclerc soupçonné de collaboration

mardi 21 mars 2017.
 

Edouard Leclerc, fondateur des grands magasins portant son nom est décédé le 17 septembre 2012. Fils d’un militaire fréquentant les Croix de Feu, élève du Petit séminaire des prêtres du Sacré-Coeur, sa trajectoire personnelle ne le prédestinait pas à la réussite commerciale. Par contre, elle explique son choix non Résistant durant la Seconde guerre mondiale comme des millions d’autres Français, des dizaines de millions d’autres européens, ni plus, ni moins.

En mai 1944, Edouard Leclerc donne à Herbert Shaad (sous-officier allemand chargé de la traque des Résistants) quelques noms dont celui de Pengam, membre de la Résistance (FFI FTP).

Sur le dossier militaire de François Pengam, nous pouvons lire : « Jeune patriote animé d’un courage exceptionnel, engagé dans la résistance dès novembre 1942, a , sur sa demande, été incorporé dans un groupe de choc. Dès les premières opérations de sabotage, a révélé immédiatement de rares qualités d’initiative et de bravoure qui le faisaient citer comme modèle à ses camarades de combat… est tombé à 19 ans, emportant dans la tombe les noms de ses camarades qu’il n’avait pas voulu livrer »…

Le groupe F.T.P. auquel participait François PENGAM, commandé par Jean SIZORN, a répertorié à son actif :

* 9 déraillements de trains réussis

* destruction d’une douzaine de pylônes électriques

* de nombreux autres sabotages de moindre importance

Le 21 mai 1944, plusieurs jeunes de l’Office central de Landerneau ( François PENGAM, Jean QUINTRIC, Auguste ABEGUILLE, LE PAGE, François CORRE et Henri LAGADEC), sont arrêtés, interrogés et certains torturés par SCHAAD.

François Pengam " a été prévenu qu’il serait fusillé, j’étais justement en bas et je puis vous assurer que sa conduite et son courage en cette circonstance m’ont par la suite été un modèle et m’ont aidé à supporter les durs moments à venir.

Il a encore mangé quelque chose, fumé une cigarette et écrit deux lettres qu’un adjudant chef nommé Frenzel de Leipzig, une vraie brute, a déchiré par la suite.

François a écrit ces lettres sans trembler et d’une écriture parfaite, je l’admirais. Nous avons parlé quelques phrases ensemble, les allemands me demandaient ce qu’il disait, je répondais qu’il voulait une autre cigarette ou autre chose, mais François m’avait demandé « il n’y a pas un moyen pour se sauver ». Que voulez-vous que je dise dans un cas pareil, j’étais moi même un pauvre détenu, très surveillé et mon sort tenait aussi à un fil. Les mois avant j’avais réfléchi « que faire s’ils te condamnent », il n’y avait qu’un moyen, qui pouvait réussir 1 fois sur 100, sauter de l’auto en route, qui allait vers le champ de tir. C’est ce que je lui disais. Mais il savait l’impossibilité de cette chose... François a été emmené ; quelques jours plus tard j’ai entendu que cet adjudant (qui a déchiré les lettres) disait que ce sale français avait crié « Vive la France » en mourant. Encore une fois, je peux vous certifier que votre fils est mort très courageusement, il était très résigné pendant ses dernières heures et que sa mort héroïque était vraiment un exemple." (Témoignage d’un soldat allemand d’origine lorraine, emprisonné alors pour désertion qui réussira plus tard à rejoindre les lignes alliées).

François Pengam est fusillé le 27 mai 1944 à 20h30.

Qui était ce sous-officier Hubert Shaad avec lequel Edouard Leclerc reconnaît avoir eu des discussions ? le responsable des opérations du Kommando IC 343 de Landerneau (une vingtaine d’hommes) chargé « de traquer les résistants et de les éliminer, éventuellement de les arrêter pour les faire parler » (selon un historien spécialiste de la collaboration en Bretagne).

Entre avril et août 1944, les hommes de son groupe sèment la terreur dans les maquis bretons, tuant, torturant ou livrant au peloton d’exécution plusieurs dizaines de personnes. Les résistants sont "cuisinés" au siège du Kommando, le manoir de Colleville, une maison de deux étages construite au XVIIIe siècle, en plein centre de Landerneau. "Aucun habitant ne pouvait ignorer ce qui s’y passait", estime le même historien.

Source : http://www.lexpress.fr/actualite/so...

Arrêté le 3 septembre 1944 et interrogé le lendemain sur les faits ayant précédé l’arrestation, Edouard Leclerc précise avoir "donné" plusieurs noms d’habitants de Landerneau.

"J’ai été questionné par Schaad [...], je lui ai donné la liste des chefs directeurs de l’Office central, parmi lesquels se trouvaient Messieurs H..., B..., Pengam, L...

"Par mes paroles imprudentes, je reconnais que Le L... du patronage a été arrêté sur mes informations à Schaad. Il fut relâché un jour après."

Il a également "signalé un Espagnol [...] qui était supposé communiste. Cet individu ne fut pas relâché mais il devait rester persona grata à la Gestapo".

Fin d’octobre 1944, Edouard Leclerc est détenu à Landerneau, en compagnie de plusieurs membres du Kommando, dont Herbert Schaad en personne. Accusé "d’atteinte à la sécurité extérieure de l’Etat", le jeune Breton est ensuite transféré, toujours avec eux, à Quimper, afin d’être jugé, comme le relate le journal Le Télégramme de Brest et de l’Ouest, dans son édition du 28 novembre 1944. Il a encore été détenu près de quatre mois aux côtés de Herbert Schaad, avec qui "il a beaucoup discuté", comme il l’a d’ailleurs précisé, plus tard, dans son livre. Et cela, jusqu’au classement sans suite du dossier, en février 1945.

Source : http://www.lexpress.fr/actualite/so...

Quelques appuis font alors valoir un dossier pour défendre Edouard Leclerc "examiné au point de vue médical". Il bénéficie d’un non-lieu car il est reconnu "irresponsable de ses actes".

Hubert Shaad sera jugé par le Tribunal Permanent des Forces Armées (T.P.F.A.) de Paris, du 26 au 28 novembre 1951, pour assassinats, meurtres, coups et blessures volontaires, pillages, incendies criminels, commis entre avril et août 1944 dans la région de Landerneau. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Il sera libéré le 26 juin 1954.

Il est intéressant de connaître le procès-verbal d’audition de l’officier SS :

Source : http://www.bertrandgobin.fr/

Arrestation des Gars d’Arvor

- "Un soir, le jeune Edouard Leclerc, qui m’avait auparavant fourni des renseignements, est venu me trouver à la Kommandantur pour me signaler une liste de personnes de Landerneau qui s’absentaient fréquemment la nuit et qui devaient faire partie de la Résistance. Sur cette liste figurait le nom de Paugam père. Leclerc nous accompagna pour nous indiquer les domiciles des personnes qu’il avait désignées. Cinq ou six arrestations furent opérées, dont celle de Henri Lagadec qui nous avait été signalé par Corre."

Affaire Liserin

- "Ce n’est pas Mme Liserin mais Edouard Leclerc qui nous a signalé que Lucien Liard était communiste et faisait partie de l’association « Les Faucons Rouges ». A cette occasion, Edouard Leclerc nous signala également que M Hourdet, Directeur Général de l’Office Central avait touché du blé en supplément et nous a laissé entendre que cela lui permettait de ravitailler le maquis."

Arrestation de Le Page

- "Edouard Leclerc est venu à plusieurs reprises à la Kommandantur. Il m’a dit qu’il était un fervent partisan de la collaboration et que c’était pour cela qu’il me faisait des offres de service.

Quelques temps plus tard, me disant qu’il était repéré et que c’était trop dangereux de venir à la Kommandantur, il me fixa des rendez vous dans le cimetière. Mais je n’attachais pas une grande importance à ce qu’il me disait.

Il m’annonça un jour que le gardien du cimetière Le Page lui aurait offert un pistolet. Les frères Le Page furent arrêtés puis relâchés sur l’intervention du père de Edouard Leclerc.

Il me signala également un dépôt d’armes dans le cimetière, mais nous n’avons rien trouvé. Il dénonça Le Lann qui avait rejoint le maquis.

Enfin, il me remit une liste sur laquelle figuraient des noms dont celui du père Pengam, des deux frères Corre. Edouard Leclerc nous accompagna pour effectuer ces arrestations, mais je ne crois pas qu’il ait revêtu l’uniforme allemand pour cette occasion."

Edouard Leclerc a été décoré de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Il menace de plainte en diffamation suite au rappel de cette histoire.

2) Réactions de personnalités socialistes au décès d’Edouard Leclerc

"François Hollande, président de la République

Le chef de l’État a rendu hommage à un chef d’entreprise « qui a rénové la grande distribution française, tout en faisant de la défense des consommateurs et d’une certaine éthique commerciale un combat incessant ».

Jean-Marc Ayrault, Premier ministre.

Le chef du gouvernement a salué « une réussite économique incontestable ».

Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances

« Initiateur de la distribution à bas prix, il fit de la défense du consommateur l’un des piliers de sa stratégie commerciale. Son esprit visionnaire était unanimement reconnu. Le parcours de M.Leclerc (...) témoigne de son ambition et de sa détermination. »

Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense

« Édouard Leclerc était un visionnaire qui avait fait le choix, osé à cette époque, de vendre à prix de gros les produits de la vie courante. Il restera incontestablement cet entrepreneur breton devenu le père de la grande distribution française. »

Pierrick Massiot, président du Conseil régional de Bretagne

« Sa capacité d’innovation et son esprit pionnier forcent l’admiration. C’est un des plus grands entrepreneurs bretons qui nous a quittés aujourd’hui et je tiens à lui rendre hommage. » "

Pierre Maille, président du Conseil général du Finistère

« Avec Edouard Leclerc disparaît une personnalité économique remarquable du Finistère. (...) Son action à la tête du mouvement Leclerc a été à l’origine de la création de milliers d’emplois. »


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