La famille du tsar russe Nicolas 2 Romanov n’a pas été tuée par les bolcheviks le 17 juillet 1918 à Ekaterinbourg

samedi 2 décembre 2017.
 

A) Rappels sur le contexte

Du 16ème à la fin du 20ème siècle, la Russie ne connaît pas la même évolution que les territoires de l’Europe occidentale : pas de construction progressive d’un Etat mais une pyramide patrimoniale avec le Tsar à son sommet, pas d’émergence d’une bourgeoisie d’où par exemple guère de philosophie critique des Lumières.

Histoire de la Russie d’Ivan IV (16 janvier 1547) à 1905 : quelques remarques

La société russe du début du 20ème siècle est encore marquée par des structures féodales récentes. Le servage a été aboli officiellement en 1861 (mais d’une part les paysans se retrouvent souvent sans terre et sans ressource, d’autre part les relations entre seigneurs et moujiks en restent imprégnées). Cependant, le développement industriel s’accélère (surtout dans les banlieues des grandes villes).

Le tsarisme représente un régime conservateur au plan sociétal et dictatorial au plan politique.

La Russie tsariste de Nicolas 2 : un état autocratique à caractéristiques pré-fascistes

En janvier 1905, une immense procession (200 000 à 300 000 participants), religieuse, révérencieuse, pacifique et planifiée avec les autorités, vient porter au tsar une pétition rédigée par un pope lié à la police. L’armée tire sans sommation, mitraille et massacre (environ 4000 morts d’après des témoins et journalistes, 96 morts et 333 blessés d’après les services officiels).

Dimanche sanglant de Saint Petersbourg le 22 janvier 1905

Devant un tel mépris, le peuple russe sort de sa torpeur ; une première grande révolution se déploie.

Notre rubrique sur la Révolution russe de 1905 est accessible en cliquant sur ce lien : http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

Le tsar est obligé de lâcher quelques concessions sur lesquelles il revient assez rapidement.

En 1914, le tsar lance la Russie dans la Première guerre mondiale faisant preuve d’une morgue incommensurable pour les vies humaines qu’il sacrifie, pour son peuple qui souffre plusieurs années dans la faim et le froid.

De février à octobre 1917, une vague révolutionnaire puissante abat le régime. Notre rubrique sur la Révolution russe de 1917 est accessible en cliquant sur ce lien : http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

En mai 1918, la guerre civile déclenchée par les monarchistes russes et leurs alliés occidentaux ( USA, Royaume-Uni, Allemagne, France, Canada, Japon, Italie...) contre la Russie des soviets monte en puissance. L’armée allemande occupe la Pologne, les pays baltes, une grosse partie de la Biélorussie et l’Ukraine. Britanniques, Français et marins US débarquent à Mourmansk, mettent sur pied une armée blanche et proclament un gouvernement provisoire. La Légion tchèque se soulève et devient maîtresse de l’Oural.

25 et 26 mai 1918, la Légion tchèque se soulève et sépare la Sibérie de l’URSS

Des armées anti-bolchéviks se renforcent également dans le Sud de l’Oural et en Sibérie.

L’armée blanche sibérienne de Koltchak prend Perm et marche vers Moscou

Les bolchéviks retiennent la famille du tsar (les Romanov) prisonniers dans la villa Ipatiev à Ekaterinbourg, fief ouvrier dans l’Oural. Quelle est alors la composition de cette ex-famille impériale ? le tsar Nicolas 2 (fils du tsar Alexandre 3 et de la fille du roi du Danemark), sa femme (Alix de Hesse-Darmstadt, liée aux familles royales anglaise et allemande), leurs quatre filles Olga (née en 1895), Tatiana (1897), Maria (1899) et Anastasia (1901), leur fils Alexis (1904), la grande duchesse Marie (princesse russe mariée au fils de la reine Victoria et d’un prince allemand).

Les armées blanches royalistes comme les Etats occidentaux intervenant militairement en Russie ne lésinent ni sur les méthodes ni sur le type de propagande utilisé (antisémitisme de masse, fausses informations permanentes...). Pour cette croisade militaire et médiatique, la famille du tsar a nécessairement été massacrée dans des conditions atroces sinon le reste du baratin ne passerait pas parmi les opinions publiques occidentales. Les informations dont disposent les états majors présentent des incohérences et même des contre-preuves. Le journaliste britannique ultraconservateur, Witton a bien résumé à l’époque le seul élément de langage à répéter « Même si le tsar et la famille impériale sont vivants il faut dire qu’ils sont morts ».

Parmi les témoignages des officiers supérieurs occidentaux présents en Russie à l’époque, le commandant français Joseph Lasies a immédiatement émis des doutes quant à cette version fondée sur le besoin d’endoctrinement de la croisade anti-bolchevik plus que sur les faits.

Voici un premier extrait de son ouvrage Le 20 mars, la presse française reproduisait une dépêche de Washington nous disant que la grande-duchesse Olga, soeur du tsar, avait été retrouvée, avec d’autres personnes, hébergées dans un wagon, là-bas, dans les environs de la mer Noire, à Novorossisk. On croyait la grande-duchesse Olga perdue. La voilà retrouvée. Elle ne figure pas sur la liste des victimes d’Ekaterinenbourg, mais le fait qu’elle est vivante quand on la croyait morte est tout de même de grand intérêt.

Notons que la dépêche de Washington comme ces quelques lignes rédigées voici un siècle sont contradictoires avec la version des faits encore divulguée par Wikipedia "La fusillade se déchaîna aussitôt... Alexandra et la grande-duchesse Olga eurent à peine le temps d’esquisser un signe de croix avant de tomber à leur tour". Par ailleurs, cette version de Wikipedia est très, très différente de celle longtemps considérée comme officielle par la France (rapport du ministre des Affaires étrangères devant l’Assemblée nationale), elle-même fort différente de la version officielle des Russes blancs et également fort différente de diverses autres versions. Leur luxe de détails morbides mais sans rapport avec d’autres textes constitue une première source de doute.

B) La famille Romanov a été assassinée le 17 juillet 1918 à Ekaterinbourg par les bolchéviks : version propagandiste occidentale

Les manuels scolaires d’Histoire comme les revues spécialisées (Historia, L’Histoire...), comme les sites reconnus continuent à déverser leur prétendue vérité : la famille impériale russe a été assassinée par les bolchéviks dans la nuit du 17 au 18 juillet 1918 pour éviter qu’elle ne soit délivrée par les armées blanches victorieuses sur le front de l’Oural à ce moment-là. Une littérature mélodramatique complète cette affirmation concernant la façon dont adultes et enfants ont été traités par les bolchéviks puis surtout la méthode employée pour les assassiner.

Voici comment le site Wikipedia présente la fin des Romanov à son article Nicolas 2 :

Ils sont confiés au commissaire militaire pour l’Oural, Isaac Golochekine, un des compagnons de Lénine, arrivé de Suisse avec lui, mais surtout ami de Sverdlov. En juin, la garde est changée avec à sa tête un bolchevik de toujours, Iakov Iourovski, membre du comité exécutif du soviet de l’Oural et surtout membre du collège de la Tcheka. C’est un problème aigu pour Lénine. Il faut supprimer Nicolas et tous les siens... En dehors de la maison Ipatiev, la situation de l’État bolchévique se dégrade. L’armée blanche approche d’Ekaterinbourg... Il est trop tard pour transférer l’ex-tsar et sa famille dans une zone plus sûre... Le 12 juillet, les officiers de l’Armée rouge préviennent que la chute de la ville n’est plus qu’une question de jours. Lénine et une partie du Bureau Politique décident alors secrètement de faire assassiner le tsar sans aucune autre forme de procès. Le 16 juillet, Golechtchekine reçoit de Sverdlov, à Moscou, l’autorisation d’abattre toute la famille.

Le 16 juillet au soir, Iourovski procura des pistolets à ses hommes. Après minuit, il demanda aux Romanov et à leurs domestiques (Evgueni Botkine, Anna Demidova, Ivan Kharitonov et Aloïs Troupp) de se préparer à être transférés dans un lieu plus sûr. Tout le monde descendit par les escaliers intérieurs jusqu’au sous-solL1 30. L’ex-tsar portait son fils dans ses bras. Il y avait deux chaises, où s’assirent l’empereur et l’impératrice, Alexis se trouvait sur les genoux de son père, les grandes-duchesses et leurs domestiques se trouvaient debout à côté du couple impérial.

Iourovski, prétextant qu’il allait chercher un appareil photographique pour prouver leur bonne santé auprès de Moscou, alla régler les derniers détails du massacre avec ses hommes de mains, puis il ouvrit la double porte où se trouvaient les prisonniers. Les douze hommes s’alignèrent sur le seuil en trois rangs. Dehors, le chauffeur du camion mit le moteur en marche pour couvrir le bruit des détonations.

Au premier rang des tueurs, Iourovski sortit un papier et se mit à le lire rapidement : « Du fait que vos parents continuent leur offensive contre la Russie soviétique, le comité exécutif de l’Oural a pris le décret de vous fusiller. »

La fusillade se déchaîna aussitôt, dans le désordre le plus absolu. Il n’était plus question de préséance révolutionnaire : la plupart des soldats visèrent le tsar. Le choc des multiples impacts le projeta en arrière et il s’effondra, mort sur le coup. Alexandra et la grande-duchesse Olga eurent à peine le temps d’esquisser un signe de croix avant de tomber à leur tour, ainsi que Troupp et Kharitonov. Dans la fumée de la poudre qui emplissait la pièce, le tsarévitch effondré par terre, faisait preuve, selon Iourovski, d’une « étrange vitalité » : il rampait sur le sol en se protégeant la tête de la main. Nikouline, maladroit ou trop énervé, vida sur lui un chargeur sans réussir à le tuer. Iourovski dut l’achever de deux balles dans la tête. (Autre version de wikipedia : Le tsarévitch rampe vers la porte, le Commissaire bolchevik Peter Ermakov lui défonce le crâne à coups de baïonnettes). Le sort des grandes-duchesses fut encore plus horrible : les projectiles ricochaient sur leurs corsets où elles avaient cousu des bijoux et des pierres précieuses pour les dissimuler aux gardiens.

Iourovski dira, plus tard, qu’elles étaient « blindées » (ce détail, une fois connu, a alimenté les rumeurs des survivants car les bijoux avaient servi de gilets pare-balles, et également celle d’un fabuleux trésor). Anna Demidova fut aussi longue à mourir. Les tueurs avaient vidé leurs armes, mais cela ne suffit pas, car trois des grandes-duchesses étaient encore en vie. Selon son témoignage, Kabanov alla chercher une baïonnette en forme de couteau d’une Winchester pour les achever. D’autres l’imitèrent.

Aussitôt l’exécution terminée, les corps sont chargés dans un camion et emmenés à un ancien puits de mine, dans le bois de Koptiaki, où ils sont jetés après avoir été dépouillés de leurs vêtements et de leurs bijoux. Iourovski s’avise vite cependant que les Blancs ne tarderont pas à les retrouver. La nuit suivante, aidé d’un autre commando, il repêche les cadavres et les emmène plus loin dans la forêt. À un moment, le camion s’enlise définitivement dans le sentier et il décide de les enterrer sur place. Après avoir fait brûler deux corps, les hommes de Iourovski préparent une fosse commune pour les autres. Ils y installent les corps, les aspergent d’acide sulfurique pour empêcher leur identification s’ils étaient retrouvés, puis remplissent la fosse en plaçant, par dessus, des traverses de chemin de fer.

C) Essai de reconstitution des faits

Notons tout d’abord que cette tuerie de la famille impériale ne correspond pas à la volonté politique du Comité central du parti bolchevik qui a toujours été favorable à un procès public du dernier des Romanov. Début juillet, l’armée de Koltchak s’approche dangereusement de la ville, où sont enfermés Nicolas II et sa famille. Le Comité central du parti bolchevique, envoie à Ekaterinbourg Golechtchekine, un bolchevik parfaitement sûr, pour ramener Nicolas II et sa famille à Moscou et organiser le procès... Il peut s’appuyer sur l’école de guerre transférée par le parti bolchevik de Petrograd à Ekaterinbourg depuis mars 1918.

Rappelons ensuite qu’en juin et juillet 1918, les bolcheviks protègent les Romanov, au moins pour une autre raison politico-militaire : l’empereur d’Allemagne veut que sa famille russe, c’est à dire l’impératrice (allemande) et ses enfants soient bien traités et restent en vie sinon il reprend la guerre stoppée lors du traité de Brest Litovsk. Sur la fin du printemps et l’été 1918, une force, même minime, marchant de Kiev vers Moscou poserait d’énormes problèmes à l’armée rouge. D’ailleurs, Nicolas II écrit dans son journal le 21 juin 1918 "Iourovski… nous a pris nos bijoux… et nous les a rapportés dans une boîte qu’il a cachetée en nous priant d’en vérifier le contenu. Puis il nous l’a remise en garde…"

Dans le contexte, extrêmement troublé de cet été 1918, un ordre venu du Comité central a pu se perdre, ne pas être exécuté... Voyons donc le déroulement des faits connus.

Les armées blanches prennent Ekaterinbourg le 25 juillet 1918, donc quelques jours après le prétendu massacre décrit urbi et orbi.

Ils fouillent toute la région à la recherche de fosse, terre remuée ou brasier et ne trouvent rien.

Le général d’ état-major Bogoskovski qui était passé aux bolcheviks lors de la révolution d’octobre 1917, cadre de l’école de guerre, change de camp en cette fin juillet 2008 et rejoint les rangs de l’armée blanche. Il continuera à nier tout assassinat parmi la famille du tsar.

Un ancien garde rouge de la maison Ipatieff, nommé Paul Malvedieff est fait prisonnier par les armées blanches. Aussitôt, la communication des armées blanches et des pays occidentaux lance ses grandes orgues sur les précisions qu’il va enfin pouvoir donner sur la fin des Romanov. Malheureusement, ces mêmes médias diffusent ensuite l’information selon laquelle il est mort du typhus quelques jours avant de pouvoir témoigner. Bizarre.

Sitôt Ekaterinbourg pris, les Blancs nomment un premier enquêteur, le juge Alexander Namiotkine ; celui-ci conclut que les Romanov ont été envoyés dans la région de Perm (ce juge va disparaître quelques jours plus tard). L’état-major des armées blanches nomme alors un second enquêteur, également juge monarchiste, Ivan Serguéiev ; il conclut dans le même sens que Namiotkine. Il se voit déchargé de l’enquête en janvier 1919 : peu avant son limogeage, il affirme à un journal américain (New York Herald Tribune) que le tsar, le docteur Botkine et les trois domestiques avaient certes été tués dans la maison, mais qu’au contraire l’Impératrice, les quatre filles et le tsarévitch avaient été épargnés. Un troisième juge, Nikolaï Sokolov, dépêché par l’amiral Koltchak en février 1919, aurait conclu en 1924 au massacre collectif et à l’incinération des corps. Tous les médias occidentaux ont utilisé depuis ce constat pour confirmer l’affreux massacre sadique des filles du tsar.

Or, l’ouverture des archives soviétiques a permis à des journalistes de la BBC de découvrir qu’en fait, seulement un dixième du rapport Sokolov avait été divulgué. L’entièreté de celui-ci a été publié en 1987. L’information décisive est la suivante : le tsar a été exécuté (peut-être son fils) mais la famille a été évacuée vers Perm sur ordre du gouvernement bolchévik, par un train sanitaire (probablement allemand). De plus, Iourovski et la Tchéka n’ont pas été envoyés à Ekaterinbourg pour liquider la famille royale mais au contraire pour protéger les prisonniers, sanctionner les gardes rouges lui ayant manqué de respect (peines de prison).

De nombreux témoins auditionnés par Sokolov affirment avoir vu les femmes de la famille impériale à Perm ( des cheminots, une infirmière, une enseignante, une religieuse...) après le 18 juillet. Les communiqués locaux des bolchéviks dans les jours suivants comme leur affiche placardée dans la ville affirment que Nicolas 2 a été exécuté mais "l’impératrice et son fils sont en lieu sûr". Les premières réactions soviétiques officielles, admettent aussi que le tsar a été fusillé mais démentent le massacre de la famille, envoyée en lieu sûr. Plusieurs hauts dirigeants soviétiques (Tchitcherine à la conférence de Gênes en 1922, Radek, Litvinov, Zinoviev) confirment qu’effectivement les filles sont restées en vie.

D) L’enquête du commandant Lasies

Joseph Lasies est un ancien officier de cavalerie (1888 à 1893), élu député du Gers (1898 à 1910) puis de la Seine ( 1910 à 1919). Il fait alors partie des nombreux élus de droite marqués par un engagement "libéral", antisémite, nationaliste, violemment anti-socialiste puis anticommuniste.

Après la Révolution russe, il est affecté par le gouvernement bleu horizon à la mission militaire française (général Janin) auprès des armées blanches qui combattent les "rouges". Présent en Sibérie et dans l’Oural en 1919 à l’époque des faits, son témoignage en a d’autant plus d’intérêt ; il a été publié sous le titre « La tragédie sibérienne, le drame d’Ekatérinbourg, la fin de l’amiral Kotchak » ; il peut être consulté sur le web. En voici trois extraits :

Premier extrait

Ce drame est-il une réalité ? Est-il un roman ? Je ne me prononce pas.

Chacun jugera sur les renseignements et documents que je vais fournir. C’est le 11 mai 1919 que, pour la première fois, j’ai visité la maison Ipatieff, théâtre de la mort du tsar et de la famille impériale. Cette visite fut courte et consista simplement à visiter les chambres qui furent habitées par les victimes et le sous-sol où, paraît-il, elles furent exécutées.

Ce premier examen me laissa rêveur et perplexe.

Sur mon carnet de route, que je relis en écrivant cet article, j’ai résumé ma première impression par cette ligne laconique : « Je reste sceptique sur les faits tels qu’ils me sont racontés. »

Je fus encore plus troublé le lendemain, 12 mai. Nous étions partis d’Ekaterinenbourg avec le général Janin et nous arrivâmes à Berechagino, où le général Pepelaieff avait établi son quartier général.

Dans la journée, je fus appelé à causer de ma visite de la veille avec le lieu- tenant X..., qui parlait très correctement le français.

‹ Vous doutez de la mort de la famille impériale ? me dit-il. Peut-être avez- vous raison, car moi, en particulier, j’ai des motifs sérieux de croire à sa survie.

Il me lut alors deux lettres émanant d’un membre de sa famille, haut fonctionnaire sous l’ancien régime, dont il me traduisit en me les dictant les passages suivants... « Ces jours derniers, nous avons reçu confirmation au sujet de la santé de ceux que nous aimons. Dieu soit loué ! ! ! »

Le lieutenant X... me signala un colonel qui, lui aussi, avait reçu des lettres indiquant que la famille impériale était en sûreté.

Le colonel, que je vis en passant à Perm, me dit avoir reçu en effet la même confirmation...

Tous ces incidents excitaient ma curiosité au plus haut degré.

Revenu à Ekaterinenbourg, je priai le général Janin de me permettre une deuxième visite à la maison Ipatieff.

Avec la plus grande obligeance, un peu railleuse cependant, il fit part de mon désir au général Gaïda.

Quelques heures après, celui-ci nous prévint que le magistrat instructeur se tiendrait à la disposition des Alliés le lendemain, 15 mai.

Il ajoutait que le magistrat avait ordre de nous donner connaissance de tous les documents et pièces à conviction.

Durant le trajet de la gare, où nous étions cantonnés, à la maison Ipatieff, je me disais en moi-même que la foi dans la survivance de la famille impériale pouvait peut-être expliquer la politique malencontreuse dans laquelle le représentant militaire britannique à Omsk, le général K..., entraînait la France et les Alliés.

Le général K... est un brave soldat, très gentleman, mais monarchiste illuminé, qui rêvait, je crois, de faire jouer à l’amiral Koltchak, en Russie, le rôle que joua Monk jadis en Angleterre.

Son rêve ne fut qu’un rêve, puisque Koltchak n’est plus !... Ses conseils de réaction ne sont pas étrangers à la fin tragique de l’amiral.

Hélas ! il reste une réalité indéniable, c’est que la politique qu’il nous fit suivre a été singulièrement préjudiciable à la France en lui faisant perdre l’ affection et la confiance que les masses démocratiques russes avaient en elle...

Les Alliés furent fidèles au rendez-vous. Avec beaucoup d’affabilité nous fûmes reçus par M. Ipatieff, Mme Ipatieff et le magistrat instructeur. Cette deuxième visite dura longtemps. En sortant, j’écrivis sur mon fidèle carnet de route ce simple mot : « Famille impériale n’a pas été assassinée ici, ni comme on nous l’a dit. Tout au plus le tsar seul a-t-il, peut-être, été exécuté. »

Je discutais pied à pied les arguments du sympathique magistrat... Mon prochain article en exposera les étonnantes et puériles invraisemblances.

Deuxième extrait : Des témoignages troublants qui laisseraient CROIRE QUE LA FAMILLE IMPÉRIALE n’a pas Été ASSASSINÉE

Mon ami le commandant Bolifraud, qui représenta longtemps la mission mi- litaire française à Ekaterinenbourg, et visita avec moi la maison Ipatieff, m’écrit la lettre suivante. Comme elle n’a rien de politique, je crois pouvoir la publier sans inconvénient pour lui :

Mon cher ami,

Vous me demandez de vous rappeler la conversation que nous avons eue ensemble sur le quai de la gare d’ Ekaterinenhourg, en mai 1919, relativement à la probabilité de l’assassinat de la famille impériale.

Je vous disais qu’arrivé en décembre 1918, à Ekaterinenbourg, j’avais essayé de percer ce mystère. Après avoir interrogé de nombreux personnages officiels et non officiels, j’avais cru de bonne foi au drame complet tel qu’il m’avait été raconté, quoique je n’aie jamais pu obtenir un témoignage direct.

J’ ai seulement commencé à avoir quelques doutes à la lecture du rapport officiel du magistrat instructeur...

Agréez, etc.

BOLIFRAUD...

3ème extrait : LE DRAME D’ EKATERINENBOURG d’après le ministre des Affaires étrangères

Je publie cette lettre comme préface afin que mes lecteurs puissent se faire immédiatement une idée des doutes troublants pour tous ceux qui, sur le théâtre même du drame, ont essayé de se faire une conviction. Le discours prononcé par M. Pichon à la Chambre, le 29 décembre 1918, n’est point fait pour les dissiper.

Voici comment s’exprima le ministre des Affaires étrangères :

« Le prince Lwoff était dans une cellule voisine de celle où se trouvaient les membres de la famille impériale... Ils les ont réunis dans une seule pièce et les ayant fait asseoir l’un à côté de l’autre, ils les ont pendant toute la nuit lardés de coups de baïonnette, pour les achever l’un après l’autre le lendemain à coups de revolver : l’empereur, l’impératrice, les grandes-duchesses, le tsarévitch, la dame d’honneur, la lectrice de l’impératrice et toutes les personnes qui touchaient à la famille impériale, si bien que dans cette pièce c’était, m’a dit le prince Lwoff, une véritable mare de sang ! »

A cela, moi qui ai vu le lieu du crime, je réponds que :

1° Il n’y a pas de cellules dans la maison Ipatieff qui, loin d’être une prison, est une des maisons bourgeoises les plus élégantes d’Ekaterinenbourg ;

2° M. Pichon dit que les victimes furent lardées de coups de baïonnette, la nuit, et achevées le lendemain à coups de revolver. Or, le rapport officiel affirme que l’assassinat eut lieu le 17 juillet après minuit et que les cadavres furent immédiatement enlevés sur des fourgons automobiles. S’ils ont été emportés morts dans la nuit, ils n’ont donc pu être achevés le lendemain !

3° Le rapport officiel revient à plusieurs fois sur les précautions prises par les bolcheviks pour entourer leur crime d’un impénétrable mystère, et en particulier sur les précautions prises par eux pour effacer « les traces de sang ». Je ne vois donc pas pour quel motif spécial ils ont fait sortir le prince Lwoff de sa prétendue cellule pour aller lui faire constater que la prétendue cellule voisine était une « véritable mare de sang ». Pourquoi les meurtriers auraient-ils montré au prince Lwoff ce qu’ils voulaient, évidemment, cacher à tous ? Comment se fait-il surtout que le prince Lwoff ne figure pas sur la liste des prisonniers dont le rapport officiel nous donne la liste ?

En voici les noms. Je cite textuellement... Dans aucune page du rapport, il n’est question du prince Lwoff. Quelqu’un pourra-t-il croire qu’un personnage de son importance ait été ainsi oublié et pourra-t-on, surtout, croire que s’il eût été présent, il n’aurait pas été exécuté comme les autres au lieu d’être invité à constater que la cellule voisine de la sienne « n’était plus qu’une mare de sang ». Il était trop haut placé pour être épargné.

Je ne suspecte pas sa bonne foi, car je sais qu’il est un galant homme, pas plus que je ne suspecte la bonne foi de M. Pichon. Il est probable que le premier se sera mal exprimé, ou que le second aura mal compris.

Le prince Lwoff a bien été emprisonné à la prison d’Ekaterinenbourg, distante de quatre kilomètres de la maison Ipatieff dans laquelle il n’a jamais séjourné !

4ème extrait : NICOLAS II AURAIT ETE FUSILLE MAIS DES DOUTES SUBSISTENT SUR LE SORT DE LA FAMILLE IMPÉRIALE

Je crois, sans en avoir cependant une preuve certaine, à la mort du tsar. Voici pourquoi. En juillet 1918, les Allemands... avaient certainement des agents à eux à la maison Ipatieff puisque sur le mur de la petite chambre où, dit-on, eut lieu l’exécution de treize personnes, on trouve ces mots inscrits en allemand : « Cette nuit même, l’empereur a été fusillé. » Si la famille impériale avait subi le même sort, il est probable que l’inscription en aurait fait mention. Ce qu’il m’est difficile d’admettre c’est que les Allemands qu’ils aient permis l’assassinat de l’héritier et de toute la famille impériale. En dehors des liens de parenté, il y avait pour eux un intérêt politique majeur à ne pas laisser établir un pareil précédent chez leurs voisins.

Le 20 juillet, le journal officiel des bolcheviks à Ekaterinenbourg prévenait les habitants que le tsar avait été exécuté, mais que la famille impériale « avait été évacuée ».

Le témoin, dont j’ai parlé dans mon dernier article, qui se trouvait sur place en juillet 1918, m’a très nettement affirmé la véracité de cette information parue au journal officiel local Izvestia. Ceci concorde du reste avec l’inscription restée sur le mur : « Cette nuit même, l’empereur a été fusillé. »

5ème extrait : Prokopia Koukhtenkoff

Un certain Prokopia Koukhtenkoff aurait entendu au club des ouvriers d’une usine des responsables bolcheviks parler entre eux de cette opération « Remarquant que Koukhtenkoff écoutait leur conversation, ils sortirent dans le jardin, mais Koukhtenkoff les ayant suivis, et s étant caché dans l’herbe, il entendit leur conversation » D’après lui, les Tchèques approchaient d’Ekaterinenbourg ce qui obligeait les Rouges à tuer la famille impériale. Lasies fait remarquer que « pour des gens pris de panique, les meurtriers ne manquaient ni de patience ni de sang-froid, puisqu’ils auraient passé la journée du 17, du 18 et du 19, à enterrer, déterrer, réenterrer, redéterrer pour les enterrer de nouveau, treize cadavres, et en exécutant ces opérations en plusieurs endroits à la fois ». De plus, les Tchèques entrèrent dans la ville le 25 juillet, cherchèrent et ne trouvèrent nulle part aux alentours, ni aux environs d’Ekaterinenbourg trace de « ces multiples exhumations et inhumations, pas de fosses creusées, pas de terre remuée ».

Lasies insiste sur les contradictions flagrantes entre les témoignages validés par les Blancs et les Occidentaux Si l’incinération a été le terme et a eu lieu le 17 juillet, jour du crime, ainsi que l’affirment des paysans du village de Koptiaki, comment expliquer, puisque tout était fini le 17, que Koukthenkoff ait entendu dire à un des acteurs du drame que le 19, il travaillait encore à transporter les cadavres d’un endroit à un autre ? L’un des deux témoignages est faux. Lequel ?

D) Eléments complémentaires un siècle plus tard

D1) Les rares témoignages sur la tuerie de la famille impériale présentent des incohérences évidentes. Nous l’avons vu pour le prince Lwow. Il en va de même pour

Si l’enquête du juge Sokolov (rappelons-le, nommé par l’état-major des armées blanches) correspond à la vérité, trois questions se posent aujourd’hui :

- la présence d’un train sanitaire allemand au fin fond de l’Oural pour évacuer la famille royale est-elle envisageable ?

- vers quel "lieu sûr" le gouvernement bolchévik a-t-il bien pu diriger la famille impériale en pleine guerre civile et étrangère ?

- Que sont donc devenus ces enfants de la famille impériale sauvés ?

La revue, très sérieuse, Historiens et Géographes datée de novembre 2013 publie un interview de Marc Ferro qui répond bien à ces questions :

« L’impératrice est allemande. Ses quatre filles sont à demi allemandes et Guillaume II (empereur d’Allemagne) est le parrain de l’aînée, Olga. » Une négociation s’engage entre dirigeants bolchéviks ( Tchitchérine, Radek, Joffé) et représentants du Kaiser. Un accord est conclu : les bolchéviks laissent partir l’impératrice et ses filles par Perm et Moscou jusqu’à Kiev alors occupé par l’armée allemande. « Tchitchérine gère ces déplacements début octobre 1918. Parallèlement, les Allemands libèrent Karl Liebnecht et Jogisches qui étaient incarcérés. »

Que sont donc devenus ces enfants de la famille impériale sauvés ?

- « Olga, filleule de Guillaume II, aurait reçu de son parrain une pension qu’il a continué à verser jusqu’à sa mort en 1941. Elle serait décédée en exil en Italie, protégée par la papauté.

- De même, la papauté aurait fourni un asile à Alexandra, l’impératrice, à Lemberg, en Pologne, dans un couvent où elle a vécu avec Tatiana jusqu’à ce que les autorités allemandes et italiennes les aient ramenées en Italie, près du lac de Côme et à Rome.

- Quant à Anastasia, des documents témoignent qu’elle s’est échappée de Perm avec son gardien, a été reprise comme en atteste le Dr Outkine qui l’a examinée. On la retrouve en Allemagne enceinte, puis reconnue par deux tantes romanov, par un oncle prince de Hesse et par sa tante Irène de Prusse, soeur de sa mère...

- Marie aurait été conduite à Kiev pour épouser un prince ukrainien ce dont atteste son journal personnel que m’a communiqué son petit-fils.

- Le tsarevitch se serait échappé et on n’a pas de trace de lui à Perm, mais le mystère demeure. »

* Concernant la "survie hypothétique" de la famille de Nicolas II, Wikipedia vient d’ajouter à son article :

Sous un nom polonais, "Comtesse Cécile Czapska", Maria fut évacuée en octobre 1918 vers l’Ukraine (alors occupée par les Allemands) et épousa en Roumanie un prince ukrainien en janvier 1919, Nicolas Dolgorouki. Installée à partir de 1920 en Europe occidentale (Belgique et Italie) elle se fit désormais appeler comtesse Cecilia di Fonzo Tchapskaia, mais se fit enterrer début décembre 1970 avec une photo au nord de Rome sous le nom de "SAI Maria Nikolaïevna Romanov Dolgorouki (1899-1970)". Elle était alors mère de deux filles et grand-mère d’un garçon ; elle décéda à l’âge de 71 ans d’un cancer près d’un an après son mari (janvier 1970). La découverte fortuite de la tombe au cimetière romain de Flaminio par les autorités italiennes à la fin de 1979, après la publication du livre de Summers et Mangold obligea plusieurs auteurs à développer la controverse, et le petit-fils de la défunte, Alexis Durazzo, à se montrer début 1980, avec le testament dont elle avait souhaité la publication dix ans après sa mort, puis à éditer un livre en 1982.

* Un témoin oculaire de la survie encore en vie en mars 1980 (84 ans), l’officier ukrainien, Andréas Schwetz, profita de la publication du testament pour déposer. Il l’avait accompagné lors de son évacuation de Perm en octobre 1918 jusqu’à son mariage à Bucarest le 20 janvier 1919 et avait gardé depuis le contact avec la famille. Il pouvait aussi attester de l’identité d’Alexis Durazzo. Ce dernier se considérait également comme le petit-neveu d’Anastasia en la personne d’Anna Anderson. Dans son livre une photographie nous le montre avec Frédéric de Saxe d’Altincourt en 1980 qui était à la fois le cousin germain des enfants de Nicolas II et le meilleur ami d’Anna Anderson. Durazzo considérait aussi la prétendante Marga Boodts comme sa grande-tante Olga Nicolaievna Romanov. A ce titre une autre pierre tombale italienne, détruite en 1995, fut signalée par lui à Michel Wartelle qui la photographia : elle se trouvait au nord de la péninsule au cimetière de Mennagio près du lac de Côme. Sur cette tombe, était écrite en allemand cette information : "En mémoire d’Olga Nikolaïevna 1895-1976, fille aînée du Tsar Nicolas II de Russie." Exfiltrée vers l’Allemagne à la fin de 1918, en direction inverse de Maria (vers Vladivostock) elle prit en 1919 le pseudonyme de Marga Boodts et hormis une courte période de mariage (1926-1928) elle resta célibataire, vécut dans les propriétés terriennes de Guillaume II (son parrain) au nord-est de l’Allemagne jusqu’en juin 1939. Sa vie y fut facilitée par une pension secrète de l’ex-Kaiser exilé aux Pays-Bas. Elle s’installa ensuite au nord de l’Italie à Mennagio jusqu’à sa mort le 13 octobre 1976 à 80 ans. Il faut préciser que contrairement à Tatiana, Anastasia, Alexis et un peu Maria ce fut la seule prétendante, au titre ducal d’Olga Romanov.

* Une photographie éditée par Alexis Durazzo et Michel Wartelle puis mentionnée par Marc Ferro, nous montre Maria, son mari Nicolas et Olga ensemble en 1957 à l’hôtel du Cap d’Antibes sur la Côte d’Azur. Un déplacement des deux sœurs au Vatican sous le pontificat de Pie XII, d’abord sous la seconde guerre mondiale (la reine d’Italie est citée), rapportée par un témoin, Sœur Pasqualina Lehnert 30 permit à Olga de recevoir une nouvelle pension rendue doublement nécessaire par la mort de Guillaume II en 1941 et les redistributions systématiques de terre dans la nouvelle Allemagne de l’Est d’après-guerre. Après la mort de Pie XII, ce fut le grand duc Nicolas d’Oldenbourg, filleul allemand de Nicolas II qui prit le relais. Michel Wartelle a publié en annexe de son livre de nombreuses attestations notariées de témoins allemands qui assuraient dans les années 1940 et 1950 (dont une confidence de Guillaume II en avril 1941) de la véritable identité aristocratique de Magda Boodts31. Surtout un cousin germain allemand des grandes duchesses et du tsarévitch, Sigimund de Prusse, la rencontra en 1957 ; ils se reconnurent et échangèrent des souvenirs d’enfance. Enfin l’Impératrice a vécu en Pologne dans un couvent de Lvov de la fin de 1918 à septembre 1939, mois de l’occupation de L’vov par les Soviétiques, puis dans le monastère florentin des Suori della Mantelate où elle décéda en 1942 à l’âge de 69 ou de 70 ans et y fut enterrée sous son nom de jeune fille : Alicia d’Acia32. Il a existé deux témoins, l’un recueilli par Alexis Durazzo en dernière minute (octobre 1980), Jean–Amédée Baron de Montagnac-Vcorcos, par Alexis Durazzo33,et l’autre encore en vie en 2010 au couvent de Florence par Franck Ferrand pour son roman L’ombre des Romanov qui ont informé de sa survie en Pologne et en Italie, hautement protégée par les autorités pontificales34. Il faut d’ailleurs préciser que jusqu’en septembre 1970 Maria résidait surtout en Belgique et que sentant la mort venir elle choisit de se faire opérer et enterrer dans le pays où mourut sa mère, et où vivait encore sa sœur Olga qui se déplaça à l’hôpital de Rome pour l’opération. Par ailleurs aucune prétendante ne se fit jamais passer pour cette impératrice. La connaissance plausible par l’Église russe du passage attesté de ces trois femmes Romanov au Vatican ou dans des monastères pontificaux, explique aux yeux de plusieurs chercheurs le refus du patriarche de Russie de se rendre aux cérémonies de juillet 1998...

Un lecteur rationnel pourrait poser une dernière question : Pourquoi donc les Occidentaux ont-ils autant brouillé les pistes autour du prétendu "massacre" de la famille impériale ?

Les Alliés (Français, Britanniques, Américains, Japonais...) appuient alors en Russie, les socialistes révolutionnaires qui veulent effectivement la réouverture de la guerre russe contre les empires centraux (Allemagne, Autriche). Ces socialistes révolutionnaires se trouvent en position de force à la fois

- dans l’armée de Samara, opposée aux armées rouges qui marche vers Ekaterinbourg

- dans le soviet d’Ekaterinbourg par le biais des socialistes révolutionnaires de gauche

L’historien Marc Ferro, apporte sur ce point également, des précisions claires et intéressantes :

« Des socialistes révolutionnaires de gauche, au soviet d’Ekaterinbourg, avaient exigé qu’on hâte l’exécution des Romanov.

Les SR de gauche... stigmatisent Lénine et les bolcheviks d’avoir signé la paix de Brest-Litovsk avec Guillaume II... A titre d’avertissement, le 6 juillet 1918, ces SR de gauche assassinent l’ambassadeur d’Allemagne à Moscou, le comte Mirbach. Ils veulent qu’on exécute la famille impériale.

L’impératrice est allemande. Ses quatre filles sont à demi allemandes et Guillaume II est le parrain de l’aînée, Olga. Si les SR passent seuls à l’acte, Guillaume II ne peut pas ne pas réagir ; ce sera la guerre. »

Aussitôt après l’armistice de Rethondes le 11 novembre 1918, les Alliés se lancent dans une intervention militaire directe puissante, dans l’armement massif des armées blanches et leur soutien. La fable d’un assassinat de la famille impériale russe par les bolcheviks les arrange vis à vis de l’opinion mondiale et surtout des Russes blancs. Ainsi, le fameux rapport Sokolov se voit censuré de tout ce qui peut laisser supposer une protection rouge des Romanov et une évacuation en lieu sûr de ses membres autres que le tsar.

La violente propagande anticommuniste ne pouvait que prolonger le mensonge jusqu’à aujourd’hui.

Hiacynthe, janvier 2013

Guerre civile russe. Pourquoi les Rouges ont-ils gagné ? 29 octobre 1917 à octobre 1922


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message