Campagne de tirs et de démoralisation dans le champ médiatique contre le Parti de gauche.

jeudi 21 août 2014.
 

Cet article s’intégre dans une étude beaucoup plus vaste concernant le fonctionnement de la méga machine médiatique.

Cette étude illustre comment la machine peut prendre comme cible un parti, non pas extrémiste, mais développant des positions démocratiques (pour une 6ème république au service du peuple et non pas d’une classe) et des options économiques en rupture avec un capitalisme du tout marché.

Échelle des revenus de 1 à 20, économie plurielle où coexistent un secteur public diversifié (d’État et de collectivités territoriales), l’économie sociale et solidaire, le secteur privé avec des entreprises à gestion tripartite (propriétaires actionnaires, salariés, usagers), montrent que ce parti n’a rien d’extrémiste.

Mais qu’importe la juste mesure et la raison, qu’importe l’intérêt général, ce parti a tout de même un programme qui s’attaque aux privilèges exorbitants de la grande bourgeoisie. Et cela est insupportable pour elle et ses serviteurs.

Il conviendra donc soit de gommer son existence médiatique, soit de le neutraliser en exploitant à fond médiatiquement la moindre de ses faiblesses objectives ou construites par une manipulation de l’imaginaire .

Le tir groupé dont il va être question ici se déclenche à l’occasion du départ de la direction du PG de Corinne Morel-Darleux fin juin 2014

On assiste à deux vagues de tirs sur le même thème : la désertion du PG par ses militants.. La première commence le 4 juillet. La seconde vague a lieu du 13 au 16 juillet 2014

Ce qui m’intéresse ici est plutôt la description des moyens médiatiques mis en œuvre plutôt que le contenu des critiques qui n’ont pas grand intérêt. En effet le retrait de responsables du PG en raison d’une certaine fatigue ou saturation causée par une charge de responsabilité et de travail importante ne nécessite pas de longs discours.

La démission et le départ de quelques responsables et militants en raison de divergences idéologiques ou de stratégie est un fait relativement banal qui jalonne l’histoire de tous les partis politiques.

L’objectif de l’offensive contre le Parti de gauche est tout simplement l’affaiblissement par démoralisation de ses militants. Il s’agit, non pas d’effectuer une analyse critique fondée sur des faits objectifs recoupés dont le caractère constructif pourrait être bénéfique, mais au contraire de discréditer le Parti de gauche par une entreprise de démoralisation. La démoralisation de l’adversaire politique fait partie de la guerre idéologique.

Évidemment l’offensive a aussi comme objectif de dégrader l’image du PG auprès de la population.

On peut s’interroger sur les raisons d’un tel acharnement à l’encontre d’un parti qualifié par certains de groupuscule.

Aux raisons invoquées ci-dessus, on peut en rajouter une autre. Le PG est attaché à l’idée de rendre autonomes le FdG par rapport au PS et de créer ainsi une force alternative à gauche susceptible de prendre le pouvoir. Et évidemment, une telle perspective gêne beaucoup de monde. D’où la convergence des tirs.

Cette campagne ne doit donc pas inquiéter ou décourager les militants du PG mais au contraire les conforter dans la justesse de leur position On pouvait d’ailleurs commencer à s’inquiéter de l’absence d’offensive médiatique contre le PG en se demandant alors si celui-ci avait gardé un bon indice de dangerosité pour la grande bourgeoisie et son bras armé médiatique. Les militants peuvent donc être satisfaits : ils sont toujours redoutables

1– Ce qui est intéressant d’observer, c’est l’origine de l’attaque  : le Figaro avec son "Scan". Sauf que contrairement à un scanner qui effectue une image objective d’un organe le scan du Figaro n’est rien d’autre qu’une grille de lecture idéologiquement orientée par les lignes de force du champ idéologique libéral émanant et rémanent du pôle de pouvoir de la classe dominante. Mélenchon en photo vêtue de noir avec des lunettes noires : en tenue de deuil ou de "Man in black" : ad libitum

2– La deuxième observation est le phénomène de rafale  : immédiatement après la parution de cet article, de multiples médias reprennent quasi in extenso les affirmations sans aucun contrôle ou travail rédactionnel propre. C’est notamment le cas de quelques sites de fournisseurs d’accès Internet. Il ne s’agit pas forcément de la part de ces sites d’une volonté de nuire mais d’un simple phénomène de duplication pour occuper l’espace Ce n’est évidemment pas le cas des sites d’extrême droite dont le volonté de nuire est à la fois évidente et compréhensible politiquement.

3– Le troisième observation est le phénomène d’écho  : il est intéressant de constater que le journal Humanité fait référence au texte du Figaro sans prendre la précaution de vérifier les affirmations auprès de son allié politique. Où est ici la démarche coopérative et de coordination de l’information au sein du FdG ? Où est la conscience du fonctionnement de la machine médiatique ?

4– La quatrième observation est le phénomène de reprise de tir.

Dans ce cas,, tout en restant concomitant ou consécutif avec le premier tir, il y a alors un travail rédactionnel propre et éventuellement un "complément d’enquête" permettant de confirmer et de renforcer le premier assaut, Observons que ces éventuelles confirmations s’appuient sur de simples témoignages avec toute la subjectivité que cela comporte Ce peut être aussi des rappels historiques mélangeant des comportements de motivations différentes.

Des mots comme "dysfonctionnements, dérive" son trop généraux pour servir de preuve irréfutable.

On constate donc ici un véritable phénomène d’encerclement ou d’embuscade puisque les tirs viennent de tous côtés et quasiment en même temps.

5– La cinquième observation est l’utilisation du dénigrement analytique. Il s’agit d’une reprise de tir à prétention analytique qui mélange à la fois des arguments étayés comme par exemple l’influence des avantages économiques et de situation sur le comportement politique des élus avec des spéculations relevant plus de l’imaginaire que de la réalité. Par exemple la soi-disant ambition de Mélenchon à faire absorber le PCF par le PG ! Notre fabuliste veut nous faire croire qu’un écureuil peut avaler un hippopotame ! Mais ce genre de spéculation a un effet sur un certain nombre de communistes identitaires.

Mélanger des faits établis à des hypothèses spéculatives constitue l’une des techniques de la manipulation des esprits. Dans ce cas il y a deux types de manipulateur : ceux qui croient à leur propre cinéma et ils se manipulent eux – même, ceux qui passent consciemment du plan factuel au plan spéculatif : ce sont les manipulateurs cyniques.

6 – La sixième observation est le relais par des tirs locaux. En effet, la presse ou la télévision régionale peuvent dupliquer en l’adaptant éventuellement le chant funèbre initial en un requiem aux sonorités locales. "L’information" peut être accompagnée de photos aux visages éplorés.

7– La septième observation est globale. On constate l’utilisation répétée de photos, en l’occurrence de Jean-Luc Mélenchon, qui personnifie l’entité politique visée et la cible du champ de tirs.

En l’occurrence l’homme à abattre est Mélenchon puisqu’il incarne et cristallise une force politique pouvant devenir dangereuse pour l’ordre établi. Le but est de détruire l’image fédératrice et de rassembleur en montant en exergue certaines dissensions ponctuelles pouvant apparaître au sein du mouvement.

8– Le huitième observation consiste en un constat d’incohérences. La mise en perspective temporelle des récriminations fait apparaître des incohérences.

a) Par exemple, on reproche d’un côté au PG d’être un parti du chef et d’être hyper centralisé, et d’un autre côté le silence, l’absence de prise de position du même chef apparaît comme insupportable : Mélenchon doit apparaître sur la scène et s’expliquer.

b) Autre incohérence : "la débandade, la désertion, l’hémorragie" de militants serait liée aux résultats des élections du printemps 2014. Or, le bilan du nombre d’adhérents au PG auquel il est fait référence date de janvier 2014, donc avant la tenue de ces élections. La redoutable armée rouge du PG serait passée de 12 000 soldats à 9000. Sur quelles bases objectives cohérentes s’appuient ces chiffres ? Et si cette baisse était avérée, quelles en étaient les causes ?

Purification éthique un jour annoncée par le journal Libération, l’absence de perspectives de carrière politique juteuse pour un certain nombre de militants carriéristes, les invectives de Mélenchon, la dictature de fer du Cháveziste, castriste, prochinois Mélenchon ?

À part ces pseudo arguments construits et propagés par les lignes de force médiatiques du champ idéologique de la classe dominante, aucune analyse sérieuse n’est proposée.

Mais, comme je l’ai dit déjà plus haut, faire une analyse réellement critique serait aider le PG ; or l’objectif est ici de manipuler l’imaginaire pour l’enfoncer le plus possible.

J’ai classé les différents médias en respectant les catégories précédentes.

1– Scan politique du Figaro 03//07/2014

Plusieurs responsables PG démissionnent de la direction nationale Tensions et démissions au sein du parti de Jean-Luc Mélenchon Photo de Jean-Luc Mélenchon en tenue de deuil.

http://www.lefigaro.fr/politique/le...

On pourrait d’ailleurs poser aux journalistes du Figaro l’énigme suivante : dans cette tenue que peut bien suivre Mélenchon ?

La réponse est : un corbillard.

Plus difficile est la question : Pourquoi ?

La raison est probablement inaccessible à des journalistes du Figaro mais probablement envisageable pour ceux du magazine Regards

Corbière + Billard = corbillard

Mais nos tireurs préfèrent un horizon funèbre pour le PG à une oraison funèbre pour Mélenchon.

2– Tirs en rafale

Actu orange reprise du Figaro

http://actu.orange.fr/dossier/corin...

La Poste actu plus disponible même titre http://www.laposte.net/thematique/a...

Le Point reprise du Figaro Le PG rongé par la désertion de ces militants

http://www.lepoint.fr/politique/le-...

Portail Free 12/07 /2014 reprise du Point Le parti de gauche rongé par la désertion de ses militants

http://actualite.portail.free.fr/fr...

RTL 03/07/2014 Plusieurs démissions au parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon http://www.rtl.fr/actu/politique/pl...

Planète UMP Le parti de gauche rongé par la désertion de ses militants 14/07/2014 Idem http://www.planete-ump.fr/t35784-Le...

GEO News 04/0 7/2014

Extrême droite Prêchi-prêcha extrême droite http://www.prechi-precha.fr/conseil...

FDesouche Débandade au PG rongé par la désertion de ses militants http://www.fdesouche.com/486905-deb...

FN 42 Reprise du Figaro 16/07/2014 http://www.fn42.fr/article-debandad...

FN 92 13/0 7/2014 Le parti de gauche rongé par la désertion de ses militants Rien ne va plus au parti de gauche. Les rangs de militants se videntpeu à peu dans le parti géré par Jean-Luc Mélenchon et sa garde rapprochée

Égalité réconciliation 04/07/2014 http://www.egaliteetreconciliation....

3– Écho L’Humanité invoque le Figaro 04/07/2014 PG : des responsables du parti quittent la direction nationale

http://www.humanite.fr/pg-des-respo...

4–Reprise de tir

Regards 04/07/2014 PG, c’est le temps des tempêtes http://www.regards.fr/web/au-pg-c-e...

Relayé par hardware.fr http://forum.hardware.fr/hfr/Discus...

"Le site des résistants au nouvel ordre mondial " Voxnr 14/07/2014 En fait, site libéral où écrit le très libéral Gaspard Koenig Le parti de gauche rongé par la désertion de ses militants Un bilan des départs PG pour des raisons très diverses Article de Nina Bontemps-Terry Journaliste dans le magazine Politis puis au Point. http://www.voxnr.com/cc/dep_interie...

5– Dénigrement analytique

Comité Valmy13/07/2014 Le blog de Descartes du Comité Valmy, le noble conglomérat de souverainistes progressistes

Article personnel. "Corinne nous quitte"

http://www.comite-valmy.org/spip.ph... http://descartes.over-blog.fr/2014/...

Le PG apparaît comme une secte Manifestement Descartes a des cartes à jouer contre le Parti de gauche.

6– Les tirs locaux

FR3 Limousin 04/07/2014

http://france3-regions.francetvinfo... Deux photos des élues locales de missionnaires Corinne Morel-Darleux et Laurence Pache

Cette liste ne prétend pas être exhaustive mais donne déjà une bonne idée de ce qu’est une action de marginalisation ou de neutralisation médiatique. Prendre conscience de ce déploiement de force est une nécessité politique.

On constate que des sites proches du Front de gauche ou dits progressistes peuvent participer par contagion ou délibérément à une telle campagne de tirs – ce qui n’est pas sans poser problème – où l’extrême droite est particulière bien représentée.

Il est remarquable de constater que c’est le Figaro qui ait donné le LA pour l’exécution de ce chant funèbre..

Et le Figaro est tout de même le journal qui a le plus fort tirage, qui reçoit les plus fortes subventions de l’État et qui est le véhicule le plus performant de l’idéologie dominante On voit ici le rôle déterminant joué par cet organe de presse dans le champ médiatique libéral.

Cette campagne de tirs est d’intensité moyenne car la totalité de la presse n’y a pas participé. En revanche, Jean-Luc Mélenchon a eu droit à plusieurs reprises à des campagnes de tirs beaucoup plus nourries ces trois dernières années.

Mon analyse précédente de l’action des médias contre le Parti de gauche signifie-t-elle que celui-ci soit exempt de toute critique ? Qu’il ne puisse pas exister des dysfonctionnements ou des oppositions interpersonnelles ? Évidemment non. Ce petit parti créée en 2008 ne dispose pas des moyens logistiques, d’une armée de permanents comme cela peut exister dans d’autres partis politiques grassement subventionnés à hauteur de plusieurs millions d’euros par l’État et par des dons privés.

La participation systématique à toutes les campagnes électorales est déjà en soi un travail important nécessitant beaucoup de temps, d’énergie, et de fatigue nerveuse.

Et le temps passé aux problèmes d’organisation interne est probablement insuffisant. Il est tout à fait possible qu’un manque de coordination et d’information mutuelle puissent provoquer des dissensions. Il n’est donc pas étonnant qu’un certain nombre de responsables puissent éprouver le besoin de se poser et tout simplement de se reposer. Mais ce genre de considérations semble échapper totalement à tous ces tireurs champions du copier–coller.

Il est non seulement normal mais nécessaire d’exercer un esprit critique concernant une organisation politique mais encore faut-il que celle-ci soit fondée sur des faits soigneusement analysés et pas seulement sur des témoignages dont la fiabilité peut être très variable. Le politique est ici interprétée une fois de plus en terme de psychologisation des rapports sociaux, en terme de comportements – ce qui est la règle dans le champ médiatique – et non pas en terme d’analyse de programmes et de positionnement par rapport à ceux–ci, un terme d’analyse précise du fonctionnement organisationnel.

À l’opposé de tout cela, dans tous ces articles, on est dans le témoignage, dans la plainte, dans le vague, dans la spéculation, dans la brume. Et on fait de cette brume un gaz répulsif.

Je ne considère pas le Parti de gauche comme un parti où" tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de faire des articles critiques concernant la stratégie du Front de gauche et de ses insuffisances organisationnelles. Mais cette critique s’est toujours voulue constructive et amicale dans le seul but d’améliorer les choses.

Les critiques dont il s’agit ici ne sont pas de cette nature. Elles ont d’emblée un caractère délibérément agressif. Il s’agit de critiques fondées sur des sables mouvants dont le seul but est d’affaiblir le PG.

Que le magazine Regards émette des critiques à l’encontre de telle ou telle composante du FdG me paraît normal et même souhaitable mais son contenu argumentaire est faible et surtout cette critique survient au même moment, et avec des affirmations proches ou identiques à celles utilisés par la droite et l’extrême droite et s’inscrit elle-même dans une véritable campagne de tirs groupés : c’est surtout cela qui pose problème.

Et ce problème, je l’ai déjà décrit : il s’agit de l’inconscient médiatique, c’est-à-dire de l’absence totale de réflexion et d’étude sur le fonctionnement médiatique vu dans sa globalité et ses localités. (Voir mon article : L’inconscient médiatique  : une cécité collective.) Cette inconscience peut conduire à des comportements particulièrement destructifs, et notamment à l’autodestruction.

L’analyse des médias est complexe car le champ médiatique est particulièrement hétérogène.

De même que l’on ne peut assimiler l’État à un simple "exercice de la violence d’une classe sur une autre" comme le voudrait une catéchèse marxiste ultra simpliste, les médias ne se réduisent pas uniquement à leur fonction de propagation de l’ensemble du spectre de l’idéologie libéral mais remplit aussi d’autres fonctions qu’il convient aussi d’analyser. Et même dans sa fonction de formatage, les moules utilisés sont de formes variées.

Les médias peuvent être aussi de véritables moyens d’information et voire même de formation lorsque l’on se réfère à certains documentaires par exemple

J’ai moi-même utilisé maintes fois des articles figurant dans le Figaro, les Échos, Libération, etc. non pas parce que ces articles me conviendraient idéologiquement et iraient dans mon sens, mais parce que je considère après analyse et recoupements qu’ils véhicules des informations fiables.

Il est nécessaire de disposer d’avis contradictoires et de développer le débat d’idées. Et dans ce sens, je considère que si la droite n’existait pas, il faudrait l’inventer. Mais encore faut-il que ces débats d’idées ne soient pas des affrontements stériles sans aucun appui argumentaire sérieux

Mais il faut toujours avoir à l’esprit cette question : à qui appartiennent ces organes de presse lorsqu’ils traitent des partis politiques de l’Autre gauche. Il faut alors être particulièrement vigilant car le plus souvent, dans ce cas, la volonté de nuire supplante la volonté d’analyse.

Hervé Debonrivage


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