Parti de Gauche et droit de tendance

mercredi 2 novembre 2016.
 

Lors de la dernière Conférence régionale du Parti de Gauche en Midi Pyrénées, des adhérents toulousains ont défendu la nécessité d’un droit de tendance reconnu statutairement dans le Parti de Gauche.

En tant que coordinateur régional, je leur ai répondu :

- que j’étais pour le droit de tendance dans les organisations du mouvement ouvrier et socialiste

- mais que je ne me battais pas actuellement pour un droit de tendance dans le PG (PG structure transitoire vers une force plus importante type Die Linke ou Syrisa ; parti jeune et divers de type PSU à sa base qui serait incapable de gérer des tendances)

- que le PG était effectivement dès sa création un parti creuset né de formes de politisation conjoncturelles diverses, que sa structuration pyramidale (comité, département, national) dès à présent sur des courants représentés à la proportionnelle pouvait anémier le type de vie démocratique actuelle sans enjeu de pouvoir immédiat, pouvait pousser à une homogénéisation hâtive et formelle autour du courant actuellement majoritaire, celui venu de PRS et de la gauche du Parti Socialiste.

- que j’écrirais rapidement un petit texte pour justifier ma position. Le petit écrit ci-dessous essaie modestement de répondre à cette promesse.

A) Le droit de tendance

Les trois organisations dont j’ai été longtemps adhérent fonctionnait et fonctionnent encore avec un droit de tendance. Quelles sont ces trois organisations ? :

- la Ligue Communiste révolutionnaire dont j’ai été adhérent pendant une douzaine d’années. Ses derniers statuts (2003) précisaient « La LCR reconnaît à ses membres le droit de se regrouper, de se constituer en tendance ou en fraction sur la base d’une plate-forme écrite, y compris en dehors des périodes de préparation de congrès. » Le pourcentage obtenu par les plate-formes lors des congrès donne droit à une représentation proportionnelle.

- le Parti Socialiste dont j’ai contribué à animer la Gauche Socialiste qui a majoritairement évolué vers la création du Parti de Gauche. Le Parti Socialiste aussi permettait la constitution de courants représentés dans les directions à la proportionnelle fonction des résultats de congrès. Le Parti socialiste n’aurait jamais réussi à rester au 20ème siècle le parti de gauche principal en France sans ce droit de tendance ; il n’aurait surtout pas réussi à se recomposer lors du congrès d’Epinay après 1968. Quant à la Gauche Socialiste, nous n’aurions réussi ni à nous constituer, ni à défendre nos positions sérieusement, ni à nous homogénéiser politiquement, ni à réussir la scission vers le Parti de gauche sans ce droit de tendance.

- la Fédération de l’Education Nationale puis la Fédération Syndicale Unitaire reconnaissent également le droit de tendance.

Je pourrais épiloguer longuement sur les défauts de ce fonctionnement en tendances dans chacune des organisations politiques et syndicale susmentionnées. Reste que sur le fond, le droit de tendance leur a été utile et surtout a été utile à la cause démocratique et anticapitaliste que nous défendons.

B) Le droit de tendance constitue un outil démocratique nécessaire mais non une panacée

Le droit de tendance n’a pas empêché la LCR puis NPA de connaître un glissement gauchiste d’une partie de sa base. Il a encore moins empêché plusieurs scissions.

Le droit de tendance n’a pas empêché le catastrophique glissement néolibéral du Parti Socialiste.

Le droit de tendance dans le syndicat majoritaire de l’Education nationale n’a empêché ni la scission entre FSU et UNSA, ni un affaiblissement considérable du syndicalisme enseignant, ni surtout un affaiblissement de l’enseignement public et de sa capacité émancipatrice.

A l’inverse, la suppression du droit de tendance dans le Parti bolchevik a joué un rôle important pour permettre l’accession au pouvoir de Staline et la dégénérescence stalinienne.

A l’inverse aussi, nous pouvons remarquer que les attaques contre le droit de tendance dans des partis ont généralement correspondu à des choix politiques de trahison du mouvement ouvrier. Tel est le cas par exemple pour Paul Faure, ministre d’Etat du Front Populaire, artisan de l’exclusion des pivertistes qui parrainera bientôt le journal socialiste collaborateur L’Effort.

De plus, le droit de tendance peut être seulement un outil de gestion des débats par une direction de parti la maîtrisant totalement.

C) Etapes du droit de tendance

A mon avis, aider au rapport de forces social, construire le Parti de Gauche département par département, affirmer et consolider le Front de Gauche constituent des objectifs décisifs.

Dans le Parti de gauche, l’amélioration des conditions de débat et d’action doit passer par une amélioration des statuts, des instances et des comités en ce sens.

Si avant 2012 ou en 2012, le Parti de gauche réussit à passer électoralement devant le PS, cela signifiera un bouleversement du rapport de forces à gauche. Dans ce cas, le Front de Gauche attirera beaucoup de militants. La question du droit de tendance se posera tout autrement que comme une nécessité interne au PG.

Si avant 2012 ou en 2012, le Parti de gauche ne réussit pas à passer électoralement devant le PS, preuve du maintien de notre marginalisation, il sera nécessaire de prévoir la formule d’un nouveau PG apte à tenir quelques années sans mise en place d’un Die Linke ou Syrisa. Dans ce cas, nous devrons à mon avis mettre en place des instruments plus performants de vie démocratique interne dont une forme de droit de tendance.

Jacques Serieys


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