La notion de classe : un concept absent dans l’univers mental des partis électoralement majoritaires.

dimanche 15 octobre 2017.
 

Un concept que le pouvoir économique et politique, armé de ses médias, tente toujours d’effacer du champ de la réflexion culturelle et politique.

Comme d’habitude, on clique sur les numéros pour accéder aux articles indiqués.

Les textes ci-dessous constituent une suite aux articles suivants :

La notion de classes sociales antagoniques serait-elle obsolète ? Quels rapports de classe aujourd’hui ? (1)

Partis politiques et classes sociales. Gauche élitaire et gauche populaire (2)

1) Les Français ont-ils une conscience de classe ?

Une étude de l’institut de sondage IFOP de décembre 2012 sur la thématique : les Français et la lutte de classe faisait le diagnostic suivant :

"Alors que l’on parle régulièrement du déclin de la conscience de classe, notre enquête révèle que 56 % des Français se sentent appartenir à une classe sociale. Ce score est identique à celui observé en 1987 et est très proche de ceux enregistrés dans le milieu de années 60 : 61 % en 1964 et 59 % en 1967, à la veille de 1968… Si le sentiment d’appartenir à une classe a sensiblement reculé parmi les classes moyennes (-12 points parmi les employés et les professions intermédiaires) et chez les cadres supérieurs (-9 points), la baisse a été plus limitée parmi les ouvriers : -5 points à 53 %. Autre enseignement majeur, 64 % des personnes interrogées estiment que la lutte des classes est une réalité dans la société française d’aujourd’hui…chiffre en progression de près de 20 points par rapport à 1967. Cette hausse peut s’expliquer par le fait que l’idée de la lutte des classes ne prend sans doute pas aujourd’hui tout à fait la même signification qu’à l’époque mais elle indique également que les antagonismes sociaux apparaissent toujours comme très présents dans la société française, notamment dans un contexte de crise et d’augmentations des inégalités salariales.

On peut télécharger l’étude complète en cliquant ici (3)

Ont constate donc une efficacité réelle mais limitée de l’action médiatique qui n’a de cesse que d’évacuer du discours politique ambiant l’existence de classes antagoniques

2) Les trois partis majoritaire sans conscience de classe font système.

Toujours dans la stratégie d’effacement de l’Autre gauche, suite aux élections départementales, les médias ont cru bon d’introduire l’idée de tripartisme, le champ politique étant désormais, selon eux, clivé en trois partis : PS, UMP, FN.

Or, justement, un trait idéologique commun important relie ces trois partis : l’absence dans leur analyse politique de la notion de classes sociales antagoniques.

Le PS comme le FN ne considèrent pas le clivage socio-politique en classes comme établi ou opérationnel. Pour eux, il n’y a pas d’opposition fondamentale entre le capital et le travail.

En effet, les intérêts du patronat bien compris et quelque peu régulés, ne sont nullement contradictoires avec ceux des salariés. Il n’existerait pas de contradiction fondamentale entre leurs intérêts.

Culte du chef, culte du bon patron, créateur de richesses et d’emplois qu’il ne faut surtout pas trop taxer, culte du chef d’entreprise qui réussit grâce à son talent, voire à son génie inné, dont la liberté d’entreprendre ne doit pas être limitée par quelconque fixation d’un revenu maximum constituent une culture politique commune de ces trois partis.

Absence d’analyse de classe, ce "tripartisme" fait donc système. Ces trois partis constituent le centre de ressources technico politiques pour gérer la machine capitaliste au gré de l’importance des tensions sociales pouvant aboutir, durant certaines périodes de l’Histoire, à une remise en cause systémique dans le cas de crise politique majeure.

En revanche, l’Autre gauche, notamment le Front de Gauche, ont une vision classiste tant sur le plan sociologique, économique que politique. Ils n’ont pas pour fonction et ambition de gérer la machine capitaliste dans l’intérêt des puissants. Ils ne font donc pas partie du système bipolaire de la classe dominante. (Voir notre article 2). Il est donc tout à fait "naturel", si j’ose dire, que les médias s’acharnent à les évacuer du champ politique lorsqu’ils parlent de tripartisme.

Il est vrai que je simplifie quelque peu la situation, car une partie de la gauche du PS et quelque micro partis de la constellation de l’extrême droite peuvent avoir une vision de classe, mais cela reste très minoritaire ou marginal au sein de ces organisations.

3) Quelques articles sur la notion de classes sociales

A – Le journal l’Humanité en avril 2015 a publié une série d’articles sur la notion de classes sociales et d’inégalité.

Nous en produisons ici une partie.

a) «  Les bien-nés des beaux quartiers s’accaparent les richesses de la planète et le travail des ‘‘sans-dents’’  » (4)

Par Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, sociologues

« Dans un monde où le capitalisme spéculatif le plus débridé ne profite essentiellement qu’aux plus riches au point que 85 personnes d’entre eux possèdent autant que la moitié des plus pauvres de la terre, soit 3 milliards 500 millions d’êtres humains, les sociologues que nous sommes soutiennent avec vigueur toutes les initiatives qui vont à l’encontre d’une situation lourde de menaces.

Souvent, malheureusement, égalité et inégalité sont pensées comme une échelle, une sorte d’ascenseur social que les pauvres pourraient prendre dans le sens de la montée et les riches dans le sens de la descente. Nos recherches sur les familles oligarchiques qui concentrent toutes les formes de richesse et de pouvoir montrent qu’on ne peut s’en tenir à la seule dimension économique et monétaire de la richesse. La classe dominante domine aujourd’hui sans partage grâce aussi à la richesse de relations sociales qui lui permettent de contrôler les institutions liées à l’économie et à la finance mais également celles liées au politique, à l’art ou à la culture. Le monde des puissants est aussi celui des énarques et des grandes écoles, sans parler du contrôle qu’ils exercent sur le marché de l’art.

Enfin, pour passer de la domination économique par la propriété des moyens de production à la domination symbolique avec le consentement des travailleurs et des dominés à leur propre exploitation, la richesse symbolique est nécessaire. Elle se manifeste par toute sorte de symboles, depuis les patronymes familiaux jusqu’aux châteaux classés monuments historiques, en passant par l’élégance des corps chargés de transformer les privilèges les plus arbitraires en qualité(s) naturelle(s), innée(s) et non point sociale(s).

Notre société n’est donc pas un continuum social qui irait des pauvres aux riches, mais bien des rapports de classe antagoniques à travers lesquels les “bien-nés” des beaux quartiers s’accaparent les richesses de la planète et le travail des “sans-dents”.  »

b) Les classes sociales sont-elles toujours un point de répère pertinent dans notre société ?

Source : L’Humanité 7 Avril, 2015 (5)

h1) Quand la lutte des classes brouille les repères de(s) classe(s)

par Paul Bouffartigue Sociologue au CNRS, a dirigé le Retour des classes sociales (nouvelle édition, février 2015). 

À l’aide de Marx, pour qui les classes se construisent dans leur(s) lutte(s), on comprend mieux les paradoxes du présent. Notre société est plus que jamais une société de classes  : s’y radicalise et s’y universalise un conflit central entre une oligarchie soudée aux intérêts de la finance et le peuple. D’ailleurs, la conscience qu’il existe une lutte des classes semble vivace.

Pourtant, il nous faut prendre acte – et tenter d’en comprendre les sources et les implications – du bouleversement des anciens contours et identités de classe, du basculement du sentiment d’appartenance à la classe ouvrière vers celui de classe moyenne. Y compris dans de larges segments des classes populaires. C’est que les formes actuelles de la lutte de classe se traduisent par un paysage social où ont été largement balayées les représentations des classes consolidées lors des années 1930 à 1960, et profondément modifiées les conditions matérielles d’existence qui leur sont associées.

En tant que classe en soi, il n’est guère difficile de repérer une vaste classe des travailleurs salariés, subalternes et intermédiaires, diversement soumise aux processus d’exploitation et de domination. Mais elle ne fait pas face, en soi, à la grande bourgeoisie, quant à elle toujours aussi consciente et mobilisée. Elle paraît éclatée, sous l’effet, entre autres, du chômage de masse, de la précarité, des discours populistes et xénophobes, d’un sentiment d’abandon par les gauches.

Point de repère pertinent pour décrire notre société, les classes le demeurent. Les sources statistiques le confirment  : les inégalités, les distances et les proximités entre grands groupes socioprofessionnels ont un caractère systémique. Classes populaires, moyennes et supérieures peuvent être distinguées au regard de la distribution de leurs avoirs et de leurs pouvoirs. Les sources socio-ethnographiques permettent quant à elles d’affiner ce tableau. Elles montrent comment s’intriquent aux rapports de classe d’autres rapports sociaux – de sexe, de race, de générations – en construisant pratiques et identités sociales concrètes… Tout en amenant rarement les individus, par ailleurs objectivement membres des classes populaires, à se reconnaître subjectivement dans ces dernières.

La montée d’un sentiment de paupérisation ou de déclassement social et d’hostilité aux classes dirigeantes va de pair avec la montée des conflits identitaires et du ressentiment pour les plus pauvres, perçus comme assistés.

Et même lors des hauts de cycles de conflictualité sociale, la contestation peine à se situer sur le terrain de l’alternative politique. Parmi les nombreux éclairages à ces paradoxes, un retour critique sur l’histoire du mouvement ouvrier est utile  : des séquelles laissées par la marginalisation des orientations syndicales et politiques privilégiant l’auto-organisation des dominés, à celles de la question coloniale, en passant par les questions du travail et du consumérisme, de l’adhésion au mode de développement fondé sur le fordisme. La nostalgie des classes d’antan paralyse l’action.

Aucun groupe ne remplacera le groupe ouvrier comme noyau fédérateur. Une nouvelle vision, moins sociologique et plus politique, de la mobilisation, de l’unification et de la promotion possibles des opprimés dans les conditions contemporaines, reste à construire.  

b2) Des inégalités reproduites de génération en génération

par Marie Cartier Université de Nantes, Isabelle Coutant CNRS, Olivier Masclet Université Paris-Descartes, Nicolas Renahy Inra et Yasmine Siblot Université Paris-VIII Auteurs de Sociologie des classes populaires contemporaines. Éditions Armand Colin, 2015, 368 pages, 34 euros

Il semble aujourd’hui plus facile de parler de classes sociales pour décrire le haut de la société que le bas. La croissance des inégalités de richesse économique, le maintien des écarts de richesse culturelle en dépit de la massification scolaire, la culture d’un entre-soi résidentiel dans des espaces proches des centres urbains offrent aux groupes sociaux les mieux dotés des conditions d’existence et un avenir privilégiés, pour eux-mêmes comme pour leurs enfants. Finalement, que de larges parties de la France d’en haut, quand bien même celles-ci sont loin de se reconnaître toujours comme telles, forment une classe à la fois sur le papier (on peut repérer des propriétés communes et distinctives) et mobilisée (qui sait défendre ses intérêts), est un fait peu discuté.

Mais parler de classes populaires fait davantage problème. Ces groupes seraient trop fragmentés pour qu’on puisse parler de classe. Il est vrai que les classes populaires contemporaines que l’on définit un peu mécaniquement en agrégeant les ouvriers et les employés forment un ensemble hétérogène, lui-même structuré par des inégalités qui désavantagent les non-qualifiés, les femmes et les immigrés.

Ces inégalités, plus documentées qu’autrefois, sont aussi plus fortes du fait de la divergence des conditions d’emploi  : ouvriers et employés stables des fonctions publiques et des grandes entreprises ont aujourd’hui un avantage certain sur ceux des petites entreprises ou sur les contractuels voués au chômage et à la précarité.

Mais, s’il existe bel et bien des écarts en matière de stabilité des conditions économiques d’existence et de style de vie entre ouvriers et employés et en leur sein, ces écarts sont moins importants que ceux qui, encore et toujours, les séparent des classes moyennes et supérieures. C’est net en termes de salaires (écarts de 1 à 3) et encore plus de patrimoine (écarts de 1 à 10, voire de 1 à 100 si on compare les ouvriers non qualifiés aux professions libérales), mais aussi sur tous les autres plans  : les ouvriers et les employés consacrent une part toujours plus importante de leur budget pour se loger et se nourrir et toujours moins pour se distraire ou partir en vacances.

La mortalité des employés et surtout des ouvriers est plus élevée, de même que leur exposition aux maladies et accidents professionnels ou encore à la vieillesse en situation de dépendance. L’accès aux études pour leurs enfants se fait toujours principalement dans des filières courtes et peu valorisées.

Enfin, la hausse continue de l’abstention et des votes intermittents parmi les ouvriers et les employés, l’éclatement de leurs votes entre gauche et extrême droite, mais aussi le recul de leur part parmi les dirigeants politiques, les élus, les militants marquent une différence forte avec les autres groupes sociaux.

Par-delà ces indicateurs d’inégalités, trois processus rapprochent aujourd’hui ouvriers et employés, et entretiennent leur position sociale dominée.

1. L’assignation des moins diplômés à des activités professionnelles peu considérées, souvent usantes physiquement mais aussi psychologiquement (les véritables situations de tension au travail, celles où les exigences du travail sont élevées, mais les ressources pour y faire face absentes, concernent davantage les salariés d’exécution) et qui s’effectuent de plus en plus souvent selon des horaires atypiques ou décalés, très contraignants pour la vie familiale et personnelle.

2. Une raréfaction depuis les années 1980 des voies de promotion vers les professions intermédiaires et des possibilités d’accès au statut de petit fonctionnaire ou d’indépendant  : à l’inverse, les circulations entre employés et ouvriers se sont accrues entre générations.

3. Les alliances conjugales restent fortement inscrites dans la classe sociale d’origine – 40 % des couples sont formés d’ouvriers, d’employés ou d’inac-
tifs –, cette homogamie sociale contribuant largement aux mécanismes de la reproduction des inégalités d’une génération à l’autre.

Ces processus concrets donnent aujourd’hui à l’expérience individuelle du salariat d’exécution la consistance d’une condition de classe. La démobilisation politique des ouvriers et des employés, visible depuis les années 1980, n’enlève rien à la pérennité de cette condition.  

b3) Nourrir la conscience de classe par Nasser Mansouri-Guilani, économiste

La réponse se trouve dans les propos d’un financier américain  : il y a une lutte des classes dans le monde et, pour l’instant, c’est ma classe qui l’emporte  ! Cette formulation exprime une identité de classe à travers la lutte des classes.

Sans cette identité, le mot devient pervers, par exemple lorsqu’on parle de laclasse politique qui gouverne le pays de façon indifférenciée. Une telle formule favorise le simplisme et l’extrême droite.

Le concept de classe est un repère pour la compréhension de la société et la transformation sociale. Dans un système capitaliste, les rapports sociaux sont définis selon les intérêts conflictuels de deux entités bien distinctes  : le capital et le travail. Il s’agit de l’exploitation du travail par le capital.

L’identité de chaque classe est déterminée selon sa place dans les rapports d’exploitation et de domination  ; elle s’exprime par un ensemble de positionnements politiques, idéologiques, voire culturels. Le concept de classe exprime une réalité mouvante car le système évolue en permanence, ce qui rend plus difficiles la compréhension et l’explication de l’exploitation et des rapports conflictuels entre les individus ou les groupes d’individus qui représentent le travail et le capital. Jadis, le patron représentait le capital et l’ouvrier le travail.

À présent, le monde du travail englobe un ensemble plus vaste  : un salariat plus qualifié mais précarisé et une armée de réserve de privés d’emploi. Le patron, à qui on a affaire quotidiennement, est souvent salarié, représentant et agissant pour le compte des propriétaires ou actionnaires. Les actionnaires sont souvent anonymes et transnationaux. Parfois, ce sont des fonds de pension ou autres fonds qui agissent pour le compte des salariés. Enfin, le salarié peut être aussi actionnaire et porter en son sein la contradiction entre le travail et le capital.

Malgré ces complexités, la réalité demeure  : dans le système capitaliste, les intérêts du capital et du travail sont conflictuels. Si, en tant que salariés, les gens veulent avoir de meilleures conditions, plus de salaire, plus de formation…, ces revendications entrent en conflit avec la logique de rentabilité qui motive la production capitaliste.

Dans le contexte de la mondialisation et du développement des marchés financiers, partout dans
le monde la part des travailleurs dans les richesses qu’ils produisent diminue. Plus que jamais, nous assistons à une communauté d’intérêts des travailleurs.

Contrairement aux apparences, les travailleurs français résidant dans les régions sinistrées ont plus d’intérêts communs avec les travailleurs des autres pays qu’avec leurs compatriotes français propriétaires des sites fermés ou des entreprises délocalisées. Comprendre et expliquer cette réalité est difficile mais indispensable pour la transformation sociale.

On retrouve là la question de la construction d’une conscience de classe pour connaître ses intérêts et devenir acteur de la transformation sociale. De ce point de vue, les détenteurs de capitaux et leurs protecteurs sont en avance.

Un ensemble de facteurs contribue à l’affaiblissement de la conscience de classe des travailleurs  : pratiques patronales et pression idéologique des libéraux et des médias  ; abandon de l’idée de progrès social par une partie de la gauche  ; peur d’assumer l’identité de classe des travailleurs par crainte d’être taxé d’archaïsme…

Profitant des dégâts du libéralisme, le FN mobilise le vote populaire au service des intérêts du capital. Assumer, haut et fort, l’identité de classe des travailleurs – au lieu d’employer des formules vagues comme les classes moyennes – est, pour les progressistes, le meilleur moyen de lutter contre la montée du FN.

Autres articles du journal l’Humanité sur cette thématique : (6)

B – Le retour des classes sociales ? Par Louis Chauvel

Source : Département des études de l’OFCE, cellule de sociologie IEP et OSC (7 )

La fin des classes sociales semblerait une évidence pour de nombreux auteurs contemporains, au point que cette question a disparu de la production des sciences sociales, en France particulièrement. L’objectif de cet article est de revenir sur le problème empirique des classes sociales et sur leur évolution au cours des dernièresdécennies.

En revenant sur la question des inégalités économiques et sociales structurées, et sur les éléments culturels et subjectifs susceptibles de sous-tendre les classes sociales, deux périodes historiques s’opposent nettement.

– D’une part, la période de croissance rapide de l’après-guerre a vu l’effacement d’une partie du contenu objectif des classes sociales.

– D’autre part, depuis la fin des années 1970, au contraire, des inégalités structurées se reconstituent et déterminent objectivement les conditions de vie de groupes sociaux repérables. Néanmoins, ces inégalités structurées, renaissantes, ne sont guère organisées par une conscience capable d’animer un mouvement collectif durable et de donner une expression aux rapports sociaux sous-jacents, ce qui n’est pas sans poser problème pour l’identité sociale des membres des classes populaires, au travers d’un phénomène de dyssocialisation.

Objectivement visibles mais subjectivement désarticulées, les classes sociales sont porteuses d’un avenir plus ouvert qu’on ne le conçoit généralement

Lire la suite de l’étude en cliquant ici (7) (46 pages)

C – Les classes sociales n’ont pas disparu.

Source : Extrait du document du Parti de Gauche : "Tout est possible"

La société reste aujourd’hui divisée en classes aux intérêts antagonistes. A l’oligarchie et ses alliés dans la bourgeoisie traditionnelle et dans le salariat (cadres supérieurs, hauts fonctionnaires,…) s’opposent les classes populaires (ouvriers, employés, petits agriculteurs,…) et des populations intermédiaires.

Même si elles ont des modes de vie et des niveaux de revenu différents, les classes populaires et intermédiaires n’ont que leur force de travail pour vivre et partagent la même place dans les rapports de production. C’est ce rapport qui comprime les salaires. C’est lui aussi qui fragilise les statuts, qui accroît le chômage, qui remet en cause les droits à l’éducation, à la santé, à la sécurité, etc.

L’antagonisme de classe demeure, qui redouble la brutalité du patriarcat pour de nombreuses femmes. Bien au-delà des catégories les plus démunies, la peur du déclassement social gagne aujourd’hui des millions d’hommes et de femmes à travers le pays. Actifs privés de leur droit à l’emploi, chômeurs et précaires ne se distinguent, parmi la classe des travailleurs, qu’en ce qu’ils font le plus nettement l’expérience de la violence de l’exploitation.

La toute-puissance du capital s’étend peu à peu à toutes les sphères de la société, à chaque segment de la vie. L’habitat, avec ses zones de relégation et ses quartiers pour riches, l’alimentation, réservant la malbouffe au plus grand nombre. Elle rythme et conditionne le temps. L’urbain est un levier de l’exploitation. La ségrégation économique, spatiale et culturelle est le reflet des divisions sociales.

Loin d’une quelconque « moyennisation », le monde social est en voie de désagrégation et c’est bien vers le bas que la très grande majorité de la population voit ses conditions d’existence s’homogénéiser.

En revanche, cette classe sociale n’a pas conscience d’elle-même ni de ses intérêts communs. Le capitalisme a réussi à imposer l’individualisme comme norme et la réussite individuelle comme valeur. En opposant les chômeurs et les salariés, en dressant les pauvres contre les encore plus pauvres, en enfermant dans des « origines » ethniques ou religieuses, il mine les solidarités et joue sur la peur du déclassement.

En mettant en scène une grande « classe moyenne » d’une part et des exclus de l’autre, le système rend honteuse l’appartenance aux classes populaires et « moyennise » des populations aux réalités très diverses. Notre travail politique s’inscrit dans la lutte des classes, et notre tâche est de reconstruire cette conscience de classe. Nous devons rendre la dignité et la fierté à la culture ouvrière et populaire. Notre rôle est de travailler à une nouvelle alliance sociale et politique à vocation majoritaire autour de la défense d’intérêts communs et d’un projet commun.

Au-delà de la reconstruction de la conscience de classe, c’est la bataille pour l’unité du peuple qu’il faut mener. La catastrophe écologique démontre l’existence d’un intérêt général humain : préserver l’écosystème qui rend la vie humaine possible.

D – Les rapports sociaux de classes, Entretien avec Alain Bihr

Source :La Revue du projet, n° 32, décembre 2013 Alain Bihr, est sociologue. Il est professeur émérite à l’Université de Franche-Comté.Cliquez ici (8) pour accéder à l’entretien

Hervé Debonrivage


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