Angleterre Electorat ouvrier, du travaillisme à l’extrême droite ?

samedi 8 avril 2017.
 

2) Pourquoi une partie de l’électorat ouvrier peut-elle passer du vote socialiste au vote pour l’extrême droite ?

L’article paru dans Le Monde du 20 avril 2006 soulève la question du vote "ouvrier et blanc" pour l’extrême droite.

Il part de l’exemple du bastion travailliste de Barking et de tout l’Est populaire londonien où 25% des électeurs seraient prêts à voter pour le British National Party. Quelles sont les causes de ce glissement idéologique et électoral d’après le rédacteur de l’article Marc Roche :

- les attentats islamistes britanniques du 7 juillet 2005

- les scandales financiers éclaboussant le gouvernement travailliste

- la non-prise en compte de l’électorat populaire par David Cameron et l’opposition conservatrice.

- le système électoral uninominal à un tour qui conduit à la disparition des formations politiques minoritaires.

Marc Roche oublie dans cette liste de raisons, les deux principales :

- le capitalisme financier transnational d’aujourd’hui avec sa dérèglementation du code du travail, sa flexibilité dans les entreprises, ses salaires en baisse, sa précarité, son prix prohibitif des loyers... entraîne une situation sociale de plus en plus difficile et une radicalisation des milieux populaires.

- dans le même temps, la social-démocratie est passée du lien organique avec le syndicalisme ouvrier à un mercenariat politique dans le cadre du capitalisme niant toute responsabilité dans la défense de la classe ouvrière, des salariés et des pauvres. Tony Blair est bien le modèle de ce social-libéralisme moderne qui est seulement l’habillage actuel de la trahison sociale et politique. La grande majorité des dirigeants européens de partis de l’Internationale socialiste ne vaut pas mieux.

Le parti travailliste apparaissant comme un rouage du système en place qui écrase les milieux populaires, ceux-ci cherchent ailleurs une référence politique. Par sa radicalité verbale, par la simplicité de ses réponses... l’extrême droite gagne du terrain à chaque élection.

Reconstruire une gauche apte :

- à expliquer et faire comprendre la responsabilité du capitalisme financier transnational dans la précarisation de la société

- à redonner confiance à notre camp social, c’est à dire les salariés, les précaires, les milieux populaires

- à offrir un allié social du peuple, un débouché politique aux grèves et à la radicalisation ouvrière,

Tel doit être aujourd’hui notre objectif majeur. Il est évident qu’une majorité des grands élus du Parti Socialiste a des objectifs totalement différents.

Vaste chantier !

Oui, un autre monde est possible !

Jacques Serieys le 21 avril 2006

1) L’électorat ouvrier et blanc anglais sensible à l’extrême droite

Jusque-là, la Grande-Bretagne semblait avoir été épargnée par la montée en puissance des mouvements d’extrême droite sur le Vieux Continent. Si le racisme et l’intolérance n’ont pas épargné sa société multiculturelle, la tradition politique était parvenue à tenir en marge le British National Party (BNP), d’extrême droite.

Or, à en croire la secrétaire d’Etat à l’emploi, Margaret Hodge, les élections locales du 4 mai pourraient changer la donne : "Avant, les gens qui votaient BNP ne voulaient pas que cela se sache. Aujourd’hui, ils me le disent (...) sans le moindre sentiment de honte." Cette élue de Barking, circonscription populaire de l’East end londonien, a lancé un cri d’alarme, dimanche 16 avril, sur la progression de l’extrême droite chez les ouvriers. Dans ce bastion des travaillistes, bon nombre de ses électeurs font porter la responsabilité de leur mal-être aux immigrés.

L’afflux d’immigrés d’Europe centrale a provoqué la rancoeur des ouvriers non qualifiés. De plus, la réussite économique de Londres, de Manchester ou de Leeds va de pair avec l’émergence et la consolidation d’une nouvelle élite de jeunes professionnels du tertiaire. La classe ouvrière blanche se sent marginalisée par ces nouveaux venus qui se sont installés dans ses quartiers à grand fracas de spéculation immobilière et de salaires mirobolants.

Selon une enquête de l’organisation philanthropique Joseph Rowntree Reform Trust, 25 % des électeurs dans l’East End de la capitale se déclarent prêts à voter pour le BNP lors du scrutin local.

Le contexte politique et économique actuel pourrait favoriser l’extrême droite. Les attentats du 7 juillet 2005 perpétrés par des islamistes britanniques ont exacerbé les préjugés antimusulmans. Les scandales financiers éclaboussant le gouvernement travailliste ont aggravé la rupture entre le New Labour et sa base populaire.

L’opposition conservatrice, sous la houlette de son nouveau leader, David Cameron, se désintéresse de cette clientèle qu’avait su attirer Margaret Thatcher. Le système électoral, uninominal à un tour, exclut les petites formations qui captent le vote protestataire. Mais cette catégorie d’électeurs ne peut plus se tourner vers les libéraux-démocrates, déconsidérés par leur opposition à la guerre en Irak et des affaires de moeurs.

Marc Roche Article paru dans l’édition du 20.04.06


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