Le bien commun dans la doctrine sociale de l’Église.

jeudi 20 avril 2017.
 

Le bien commun : une notion centrale dans la doctrine sociale de l’Église.

Comme d’habitude, on peut cliquer sur les liens numérotés pour accéder aux sources

Cet article fait suite au précédent : La lumière du bien commun

Nous avons déjà abordé, sous un autre angle, la question de la doctrine sociale de l’église notre étude : "La doctrine sociale de l’Église à la lumière de l’anticapitalisme et l’anti libéralisme." (0’)

Propos introductif.

Une fois de plus, une étude précise des textes, montre combien la doctrine sociale de l’Église est idéologiquement très proche de la philosophie politique qui sous-tend les positions du Parti de Gauche et, en revanche, est très éloignée de la philosophie politique qui fonde le libéralisme contemporain. Pour ne citer qu’un exemple, l’importance de la société dans la construction et le développement de la personne humaine, personne conçue comme faisant parti intégrante de la grande famille de l’humanité, est tout à fait en harmonie avec les thèses développées dans le programme "L’humain d’abord".

On comprend ainsi pourquoi Jean-Luc Mélenchon est un lecteur attentif des encycliques, ce qui ne l’empêche pas de réagir quand c’est nécessaire, lorsque le Vatican fait trop intrusion dans le champ politique.

"Faire de la politique autrement"pour reprendre une formule qui ne reste trop souvent qu’ incantatoire, c’est, entre autres, prendre le temps et la peine d’aborder et de débattre des questions de fond qui déterminent une vision sociale et politique de la société induisant notamment des choix programmatiques pour conserver la société en l’état ou au contraire la transformer. D’où la nécessité de traiter des problématiques fondamentales de la philosophie politique. L’individu est-il par nature un être égoïste et prédateur toujours en quête de ses intérêts personnels ? Est-ce par la coopération ou la compétition que l’Homo sapiens a pu survivre et se développer jusqu’à nos jours ? Qu’est-ce que le bien commun ? Qu’est-ce que l’intérêt général ? Qu’est-ce que la démocratie ? Etc. Ces questions qui ont certes un versant théorique mais ont aussi un versan pratique et concret. La façon de répondre à ces questions conditionne la manière dont on accepte ou non les inégalités économiques et sociales,la manière de gérer les entreprises, la place que l’on accorde au secteur public, etc. C’est la raison pour laquelle la philosophie politique ne doit pas être réservé à des spécialistes mais doit être l’affaire de tous les citoyens. C’est le sens aussi de mes contributions sur ce site justement appelé : "Midi populaire et citoyen."

1) Qu’est-ce que le bien commun (selon L’abbé Gabriel Billecocq) ?

Il a donné le lundi 9 mars 2015, son quatrième cours de philosophie politique pour l’Institut Civitas. Très intéressante étude introductive. Voir l’exposé vidéo. ici (1) (C’est grâce à cette vidéo que j’ai compris que l’on pouvait relier la notion d’ordre à celle de coopération, idée que j’ai reprise dans mon précédent article : il est urgent de faire émerger du chaos, un nouvel ordre social.)

2) Le bien commun dans la philosophie de Saint-Thomas (2)

3) Le bien commun selon Jacques Maritain (3)

Qui est Jacques Maritain ? Voir Wikipédia ((3’)

Extrait : "Dès le début du premier chapitre intitulé "la société des personnes humaines", J. Maritain précise ce que n’est pas le bien commun. Il n’est pas un bien individuel ou une collection de biens individuels. En cela le philosophe s’oppose au libéralisme qui nie la dimension sociale de la personne humaine. La société pour J. Maritain n’est pas accessoire. Elle est une condition essentielle de l’épanouissement de la personne. Il s’ensuit que, dans sa dimension économique, le bien commun ne relève pas de la microéconomie mais de la macroéconomie. Pour échapper "à l’anarchie des atomes", l’économiste doit réfléchir à la vie humaine du point de vue de l’ensemble et non pas simplement du point de vue des individus. Le clivage entre microéconomie et macroéconomie oppose encore aujourd’hui le libéralisme pur et dur d’origine anglo-saxonne et le libéralisme européen davantage préoccupé par les questions sociales.…"

"Le philosophe définit le bien commun comme la "bonne vie humaine pour la multitude". Il s’agit de donner à chacun et à chacune la mesure d’indépendance qui convient à la vie civilisée. Le bien commun ne consiste pas simplement à nourrir, loger, soigner et éduquer les personnes selon les mots de l’économiste F. Perroux. Il est une oeuvre qui intègre des dimensions politique et spirituelle. "La personne a une dignité absolue parce qu’elle est dans une relation directe avec l’absolu dans lequel seule elle peut trouver son plein accomplissement"

4) Le bien commun dans la doctrine sociale de l’Église catholique.

4.1– Le bien commun et la doctrine sociale de l’église catholique (DSE)

a) Texte de Dominique Coatanéa enseignante à la faculté de théologie de l’UCO Source : site spécialisé et actualisé sur la doctrine sociale de l’Église catholique (4)

Du même auteure, vidéo (50 mn) sur la dynamique du bien commun.(Sept 2014) (5)

b) Le bien commun dans la participation à la vie sociale selon les préceptes catholiques. Source : catholique. org (6) Extrait :

"…Conformément à la nature sociale de l’homme, le bien de chacun est nécessairement en rapport avec le bien commun. Celui-ci ne peut être défini qu’en référence à la personne humaine…" "Par bien commun, il faut entendre " l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres d’atteindre leur perfection, d’une façon plus totale et plus aisée " (GS 26, § 1 ; cf. GS 74, § 1). Le bien commun intéresse la vie de tous…"

c) Conférences de François Flahault.

Vers une définition du bien commun (7) . Conférence – vidéo de François Flahault (né en 1943, est un philosophe et anthropologue français qui travaille au Centre de recherches sur les arts et le langage comme directeur de recherche au CNRS) Remarquable rétrospective historique. Véritable mine d’idées intéressantes.

Informations sur l’auteur : Wikipédia (7’)

– Toujours du même auteur : Pourquoi le bien commun ? (8)

(Conférence – Vidéo à l’université d’été du diocèse de Valence ; sep2014)

– François Flahault, Le Bien commun vécu, Les Entretiens, Common Good Forum, Violaine Hacker, mai 2013. Vidéo. (9)

d) Le libéralisme, l’homme et le bien commun Axel Kahn (10)

L’auteur : Axel Kahn, né en1944 est un scientifique, médecin généticien et essayiste français. Directeur de recherche à l’INSERM et ancien directeur de l’Institut Cochin, il a été également le président de l’université Paris Descartes (2007-2011) (Cette vidéo présente le livre que nous avons cité dans l’article précédent sur le bien commun)

e) La loi naturelle et le bien commun, quelle citoyenneté ? Par Henri Paul Hude, ancien professeur à l’Institut Pontifical Jean-Paul II près l’Université du Latran (Rome). (11)

4.2 – Article du journal La Croix sur le bien commun dans la DSE (12)

On peut y lire ceci : "…Car le bien commun est « le bien de l’humanité, présente et à venir », précise encore Luc Dubrulle. Il est donc intimement lié au principe de la destination universelle des biens que Gaudium et spes formule en ces termes : « Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples, de sorte que les biens de la Création doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité. » Les biens ne sont pas faits pour être concentrés dans les mains de quelques-uns. Ils doivent être mis au service de tous, en fonction des besoins de chacun Voilà qui vient relativiser le droit de propriété. A ce sujet, le père Roger Baudoin rappelle que « pour l’Église, la propriété n’est jamais un droit absolu ; elle garde toujours une dimension communautaire. C’est ce que Jean-Paul II exprime en disant que toute propriété est sujette à une ‘hypothèque sociale’. Autrui et la communauté des hommes gardent toujours un droit sur toute propriété. » 

4.3 – Le colloque sur le bien commun à l’université de Fribourg dans le sillage du pape François. (13)

Lausanne, 21.08.2015 (cath.ch-apic) La notion de bien commun, qui occupe une place centrale dans l’enseignement social chrétien, est plus que jamais d’actualité avec les constantes interpellations du pape François. L’Université de Fribourg y consacre un colloque (*) du 3 au 5 septembre 2015, sous le patronage de Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, et de l’archevêque Justin Welby, primat de l’Eglise anglicane, qui fera le déplacement de Fribourg. Lire la suite en cliquant sur le lien ci-dessus.

5) Le bien commun dans la constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes (GS) (14)

Pour avoir des informations sur la nature de cette constitution pastorale, voir Wikipédia (14’)

"26. Promouvoir le bien commun

1. Parce que les liens humains s’intensifient et s’étendent peu à peu à l’univers entier, le bien commun, c’est-à-dire cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée, prend aujourd’hui une extension de plus en plus universelle, et par suite recouvre des droits et des devoirs qui concernent tout le genre humain. Tout groupe doit tenir compte des besoins et des légitimes aspirations des autres groupes, et plus encore du bien commun de l’ensemble de la famille humaine [46].

2. Mais en même temps grandit la conscience de l’éminente dignité de la personne humaine, supérieure à toutes choses et dont les droits et les devoirs sont universels et inviolables. Il faut donc rendre accessible à l’homme tout ce dont il a besoin pour mener une vie vraiment humaine, par exemple : nourriture, vêtement, habitat, droit de choisir librement son état de vie et de fonder une famille, droit à l’éducation, au travail, à la réputation, au respect, à une information convenable, droit d’agir selon la droite règle de sa conscience, droit à la sauvegarde de la vie privée et à une juste liberté, y compris en matière religieuse.

3. Aussi l’ordre social et son progrès doivent-ils toujours tourner au bien des personnes, puisque l’ordre des choses doit être subordonné à l’ordre des personnes et non l’inverse. Le Seigneur lui-même le suggère lorsqu’il a dit : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat [47]. » Cet ordre doit sans cesse se développer, avoir pour base la vérité, s’édifier sur la justice, et être vivifié par l’amour ; il doit trouver dans la liberté un équilibre toujours plus humain [48]. Pour y parvenir, il faut travailler au renouvellement des mentalités et entreprendre de vastes transformations sociales.

4. L’Esprit de Dieu qui, par une providence admirable, conduit le cours des temps et rénove la face de la terre, est présent à cette évolution. Quant au ferment évangélique, c’est lui qui a suscité et suscite dans le cœur humain une exigence incoercible de dignité."

6) Le bien commun dans les encycliques sociales de l’Église.

Nous avons gardé les numéros de paragraphes des encycliques.

6.1 – Encyclique Populorum progressio de Paul VI sur le développement des peuples (1967) (15)

La propriété

23. "Si quelqu’un, jouissant des richesses du monde, voit son frère dans la nécessite et lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui (21) ?" On sait avec quelle fermeté les Pères de l’Église ont précisé quelle doit être l’attitude de ceux qui possèdent, en face de ceux qui sont dans le besoin : "Ce n’est pas de ton bien, affirme ainsi saint Ambroise, que tu fais largesse au pauvre, tu lui rends ce qui lui appartient. Car ce qui est donné en commun pour l’usage de tous, voilà ce que tu t’arroges. La terre est donnée à tout le monde, et pas seulement aux riches (22)." C’est dire que la propriété privée ne constitue pour personne un droit inconditionnel et absolu. Nul n’est fondé à réserver à son usage exclusif ce qui passe son besoin, quand les autres manquent du nécessaire. En un mot, "le droit de propriété ne doit jamais s’exercer au détriment de l’utilité commune, selon la doctrine traditionnelle chez les Pères de l’Église et les grands théologiens".

S’il arrive qu’un confit surgisse "entre droits privés acquis et exigences communautaires primordiales", il appartient aux pouvoirs publics "de s’attacher à le résoudre, avec l’active participation des personnes et des groupes sociaux (23)."

L’usage des revenus

24. Le bien commun exige donc parfois l’expropriation si, du fait de leur étendue, de leur exploitation faible ou nulle, de la misère qui en résulte pour les populations, du dommage considérable porté aux intérêts du pays, certains domaines font obstacle à la prospérité collective. En l’affirmant avec netteté (24), le Concile a rappelé aussi non moins clairement que le revenu disponible n’est pas abandonné au libre caprice des hommes et que les spéculations égoïstes doivent être bannies. On ne saurait dès lors admettre que des citoyens pourvus de revenus abondants, provenant des ressources et de l’activité nationales, en transfèrent une part considérable à l’étranger pour leur seul avantage personnel, sans souci du tort évident qu’ils font par là subir à leur patrie (25).

6.2 – Encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI (2009) (16)

Nous avons relevé toutes les occurrences de la notion de "bien commun" dans cette encyclique, ce qui permet de l’articuler avec d’autres notions. Nous avons rappelé le numéro de paragraphe concernant chaque occurrence. Nous avons fait précéder la citation par un petit titre rappelant le contexte.

Position centrale du bien commun avec la justice.

6 « Caritas in veritate » est un principe sur lequel se fonde la doctrine sociale de l’Église, un principe qui prend une forme opératoire par des critères d’orientation de l’action morale. Je désire en rappeler deux de manière particulière ; ils sont dictés principalement par l’engagement en faveur du développement dans une société en voie de mondialisation : la justice et le bien commun.

Le bien commun et la société.

7 …Il faut ensuite prendre en grande considération le bien commun. Aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien et mettre tout en œuvre pour cela. À côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société : le bien commun. C’est le bien du ‘nous-tous’, constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui forment une communauté sociale [4]. Ce n’est pas un bien recherché pour lui-même, mais pour les personnes qui font partie de la communauté sociale et qui, en elle seule, peuvent arriver réellement et plus efficacement à leur bien. C’est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher. Œuvrer en vue du bien commun signifie d’une part, prendre soin et, d’autre part, se servir de l’ensemble des institutions qui structurent juridiquement, civilement, et culturellement la vie sociale qui prend ainsi la forme de la pólis, de la cité.

On aime d’autant plus efficacement le prochain que l’on travaille davantage en faveur du bien commun qui répond également à ses besoins réels. Tout chrétien est appelé à vivre cette charité, selon sa vocation et selon ses possibilités d’influence au service de la pólis. C’est là la voie institutionnelle – politique peut-on dire aussi – de la charité, qui n’est pas moins qualifiée et déterminante que la charité qui est directement en rapport avec le prochain, hors des médiations institutionnelles de la cité. L’engagement pour le bien commun, quand la charité l’anime, a une valeur supérieure à celle de l’engagement purement séculier et politique.

Comme tout engagement en faveur de la justice, il s’inscrit dans le témoignage de la charité divine qui, agissant dans le temps, prépare l’éternité. Quand elle est inspirée et animée par la charité, l’action de l’homme contribue à l’édification de cette cité de Dieu universelle vers laquelle avance l’histoire de la famille humaine. Dans une société en voie de mondialisation, le bien commun et l’engagement en sa faveur ne peuvent pas ne pas assumer les dimensions de la famille humaine tout entière, c’est-à-dire de la communauté des peuples et des Nations [5], au point de donner forme d’unité et de paix à la cité des hommes, et d’en faire, en quelque sorte, la préfiguration anticipée de la cité sans frontières de Dieu.

Le bien commun et le profit.

21 … Le profit est utile si, en tant que moyen, il est orienté vers un but qui lui donne un sens relatif aussi bien quant à la façon de le créer que de l’utiliser. La visée exclusive du profit, s’il est produit de façon mauvaise ou s’il n’a pas le bien commun pour but ultime, risque de détruire la richesse et d’engendrer la pauvreté

La finalité de l’activité économique doit être le bien commun.

36 L’activité économique ne peut résoudre tous les problèmes sociaux par la simple extension de la logique marchande. Celle-là doit viser la recherche du bien commun, que la communauté politique d’abord doit aussi prendre en charge. C’est pourquoi il faut avoir présent à l’esprit que séparer l’agir économique, à qui il reviendrait seulement de produire de la richesse, de l’agir politique, à qui il reviendrait de rechercher la justice au moyen de la redistribution, est une cause de graves déséquilibres.

La gratuité et le bien commun.

38 …Aujourd’hui, nous pouvons dire que la vie économique doit être comprise comme une réalité à plusieurs dimensions : en chacune d’elles, à divers degrés et selon des modalités spécifiques, l’aspect de la réciprocité fraternelle doit être présent. À l’époque de la mondialisation, l’activité économique ne peut faire abstraction de la gratuité, qui répand et alimente la solidarité et la responsabilité pour la justice et pour le bien commun auprès de ses différents sujets et acteurs. Il s’agit, en réalité, d’une forme concrète et profonde de démocratie économique.

Le bien commun et l’entreprise élargie.

41… Ce n’est pas sans raison que Paul VI enseignait que « tout travailleur est un créateur » [101]. C’est justement pour répondre aux exigences et à la dignité de celui qui travaille, ainsi qu’aux besoins de la société, que divers types d’entreprises existent, bien au-delà de la seule distinction entre « privé » et « public ». Chacune requiert et exprime une capacité d’entreprise singulière. Dans le but de créer une économie qui, dans un proche avenir, sache se mettre au service du bien commun national et mondial, il est opportun de tenir compte de cette signification élargie de l’entrepreneuriat…

Culture et religion doivent œuvrer avec discernement pour le bien commun.

55… Un discernement concernant la contribution que peuvent apporter les cultures et les religions en vue d’édifier la communauté sociale dans le respect du bien commun s’avère nécessaire, en particulier de la part de ceux qui exercent le pouvoir politique. Un tel discernement devra se fonder sur le critère de la charité et de la vérité…

Le dialogue entre croyants et non-croyants

57. Le dialogue fécond entre foi et raison ne peut que rendre plus efficace l’œuvre de la charité dans le champ social et constitue le cadre le plus approprié pour encourager la collaboration fraternelle entre croyants et non-croyants dans leur commune intention de travailler pour la justice et pour la paix de l’humanité.

Le bien commun dans la mondialisation.

…Pour ne pas engendrer un dangereux pouvoir universel de type monocratique, la « gouvernance » de la mondialisation doit être de nature subsidiaire, articulée à de multiples niveaux et sur divers plans qui collaborent entre eux. La mondialisation réclame certainement une autorité, puisque est en jeu le problème du bien commun qu’il faut poursuivre ensemble ; cependant cette autorité devra être exercée de manière subsidiaire et polyarchique [138] pour, d’une part, ne pas porter atteinte à la liberté et, d’autre part, être concrètement efficace.

ONU et bien commun monial

67…Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII. Une telle Autorité devra être réglée par le droit, se conformer de manière cohérente aux principes de subsidiarité et de solidarité, être ordonnée à la réalisation du bien commun [147], s’engager pour la promotion d’un authentique développement humain intégral qui s’inspire des valeurs de l’amour et de la vérité. Cette Autorité devra en outre être reconnue par tous, jouir d’un pouvoir effectif pour assurer à chacun la sécurité, le respect de la justice et des droits [148].

La nécessité de la conscience du bien commun dans les décisions techniques et politiques.

71 (Propos sur les moyens technologiques)…Le développement ne sera jamais complètement garanti par des forces, pour ainsi dire automatiques et impersonnelles, que ce soit celles du marché ou celles de la politique internationale. Le développement est impossible, s’il n’y a pas des hommes droits, des acteurs économiques et des hommes politiques fortement interpellés dans leur conscience par le souci du bien commun. La compétence professionnelle et la cohérence morale sont nécessaires l’une et l’autre. Quand l’absolutisation de la technique prévaut, il y a confusion entre les fins et les moyens : pour l’homme

Le bien commun et les médias.

72 (Propos sur lesmoyens de communication) … le sens et la finalité des médias doivent être recherchés sur une base anthropologique. Cela signifie qu’ils peuvent être une occasion d’humanisation non seulement quand, grâce au développement technologique, ils offrent de plus grandes possibilités de communication et d’information, mais surtout quand ils sont structurés et orientés à la lumière d’une image de la personne et du bien commun qui en respecte les valeurs universelles.

Le bien commun spirituel et moral.

76… Il n’y pas de développement plénier et de bien commun universel sans bien spirituel et moral des personnes, considérées dans l’intégrité de leur âme et de leur corps.

78…Dieu nous donne la force de lutter et de souffrir par amour du bien commun, parce qu’Il est notre Tout, notre plus grande espérance

6.3 – Encyclique Lumen Fidéi (La lumière de la foi) du pape François (29/06/2013) (17)

Attention : il ne s’agit pas ici à proprement parler d’une encyclique sociale. La quatrième partie de cette encyclique s’intitule : "la foi et le bien commun" Il serait trop long de citer l’ensemble du texte mais on peut retenir cette idée que la foi doit servir le bien commun de l’humanité et constitue en elle-même un bien commun.

51 "…La foi fait comprendre la structuration des relations humaines, parce qu’elle en perçoit le fondement ultime et le destin définitif en Dieu, dans son amour, et elle éclaire ainsi l’art de l’édification, en devenant un service du bien commun. Oui, la foi est un bien pour tous, elle est un bien commun, sa lumière n’éclaire pas seulement l’intérieur de l’Église et ne sert pas seulement à construire une cité éternelle dans l’au-delà ; elle nous aide aussi à édifier nos sociétés, afin que nous marchions vers un avenir plein d’espérance…".

6.4 – Encyclique "Laudato Si’ " du pape François (18/06/2015) (18)

Le bien commun apparaît un grand nombre de fois et nous avons relevé ses occurrences.

Le rythme effréné imposé par la croissance économique et technologique aux humains est en décalage avec le rythme beaucoup plus lent des rythmes biologiques et ne sert pas nécessairement le bien commun.

18. "L’accélération continuelle des changements de l’humanité et de la planète s’associe aujourd’hui à l’intensification des rythmes de vie et de travail, dans ce que certains appellent ‘‘rapidación’’. Bien que le changement fasse partie de la dynamique des systèmes complexes, la rapidité que les actions humaines lui imposent aujourd’hui contraste avec la lenteur naturelle de l’évolution biologique. À cela, s’ajoute le fait que les objectifs de ce changement rapide et constant ne sont pas nécessairement orientés vers le bien commun, ni vers le développement humain, durable et intégral. Le changement est quelque chose de désirable, mais il devient préoccupant quand il en vient à détériorer le monde et la qualité de vie d’une grande partie de l’humanité.…"

Un paragraphe entier s’intitule : "Le climat comme bien commun." Il commence comme suit  :

23 "Le climat est un bien commun, de tous et pour tous. Au niveau global, c’est un système complexe en relation avec beaucoup de conditions essentielles pour la vie humaine. Il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique.…"

L’incurie des responsables politiques pour défendre le bien commun..

54. "…La faiblesse de la réaction politique internationale est frappante. La soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l’échec des Sommets mondiaux sur l’environnement. Il y a trop d’intérêts particuliers, et très facilement l’intérêt économique arrive à prévaloir sur le bien commun et à manipuler l’information pour ne pas voir affectés ses projets…"En ce sens, le Document d’Aparecida réclame que « dans les interventions sur les ressources naturelles ne prédominent pas les intérêts des groupes économiques qui ravagent déraisonnablement les sources de la vie ».…"

Un chapitre entier est consacré au bien commun traité en en rapport avec l’écologie humaine. Le voici  :,

IV. Le principe du bien commun

156. L’écologie humaine est inséparable de la notion de bien commun, un principe qui joue un rôle central et unificateur dans l’éthique sociale. C’est « l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée »

157. Le bien commun présuppose le respect de la personne humaine comme telle, avec des droits fondamentaux et inaliénables ordonnés à son développement intégral. Le bien commun exige aussi le bien-être social et le développement des divers groupes intermédiaires, selon le principe de subsidiarité. Parmi ceux-ci, la famille se distingue spécialement comme cellule de base de la société. Finalement, le bien commun requiert la paix sociale, c’est-à-dire la stabilité et la sécurité d’un certain ordre, qui ne se réalise pas sans une attention particulière à la justice distributive, dont la violation génère toujours la violence. Toute la société – et en elle, d’une manière spéciale l’État, – a l’obligation de défendre et de promouvoir le bien commun.

158. Dans les conditions actuelles de la société mondiale, où il y a tant d’inégalités et où sont toujours plus nombreuses les personnes marginalisées, privées des droits humains fondamentaux, le principe du bien commun devient immédiatement comme conséquence logique et inéluctable, un appel à la solidarité et à une option préférentielle pour les plus pauvres. Cette option implique de tirer les conséquences de la destination commune des biens de la terre, mais, comme j’ai essayé de l’exprimer dans l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium,[123] elle exige de considérer avant tout l’immense dignité du pauvre à la lumière des convictions de foi les plus profondes. Il suffit de regarder la réalité pour comprendre que cette option est aujourd’hui une exigence éthique fondamentale pour la réalisation effective du bien commun

V – La justice entre générations.

159. La notion de bien commun inclut aussi les générations futures. Les crises économiques internationales ont montré de façon crue les effets nuisibles qu’entraîne la méconnaissance d’un destin commun, dont ceux qui viennent derrière nous ne peuvent pas être exclus…". Les gouvernements nationaux ne respectent pas le bien commun mondial.

169."…Les négociations internationales ne peuvent pas avancer de manière significative en raison de la position des pays qui mettent leurs intérêts nationaux au dessus du bien commun général…"

Les règles, de droit au service du bien commun.

177."…Le droit, qui établit les règles des comportements acceptables à la lumière du bien commun, est un facteur qui fonctionne comme un modérateur important. Les limites qu’une société saine, mature et souveraine doit imposer sont liées à la prévision, à la précaution, aux régulations adéquates, à la vigilance dans l’application des normes, à la lutte contre la corruption, aux actions de contrôle opérationnel sur les effets émergents non désirés des processus productifs, et à l’intervention opportune face aux risques incertains ou potentiels…".

Pas de grande politique sans préoccupation du bien commun

178. "…La grandeur politique se révèle quand, dans les moments difficiles, on œuvre pour les grands principes et en pensant au bien commun à long terme.…"

Le débat idéologique ne doit pas affecter le bien commun.

188 "…Encore une fois je répète que l’Église n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique, mais j’invite à un débat honnête et transparent, pour que les besoins particuliers ou les idéologies n’affectent pas le bien commun."

Penser au bien commun, c’est se mettre au service de la vie,

189. "…Aujourd’hui, en pensant au bien commun, nous avons impérieusement besoin que la politique et l’économie, en dialogue, se mettent résolument au service de la vie,spécialement de la vie humaine."

Pouvoir et bien commun.

196 "…mais qui exige en même temps plus de responsabilité pour le bien commun de la part de celu qui détient plus de pouvoir."

Crise écologique et bien commun.

202. "…La gravité de la crise écologique exige que tous nous pensions au bien commun et avancions sur un chemin de dialogue…"

L’engagement pour le bien commun.

231. "…L’amour de la société et l’engagement pour le bien commun sont une forme excellente de charité qui, non seulement concerne les relations entre les individus mais aussi les « macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques »…"

Actions citoyennes et bien commun.

232. "…Tout le monde n’est pas appelé à travailler directement en politique ; mais au sein de la société germe une variété innombrable d’associations qui interviennent en faveur du bien commun en préservant l’environnement naturel et urbain.…"

Prière (extrait) "Ô Dieu, Un et Trine,… "…Illumine les détenteurs du pouvoir et de l’argent pour qu’ils se gardent du péché de l’indifférence, aiment le bien commun, promeuvent les faibles, et prennent soin de ce monde que nous habitons"

7) La Bible, l’État et le bien commun (dans État et bien commun, perspectives historiques et enjeux) Par Adrian Schenker. Google book ici (19)

Adrian Schenker, né en 1939 à Zurich, est un dominicain et bibliste suisse spécialiste de l’Ancien Testament. Il est professeur émérite à la faculté de théologie et ancien vice-recteur (1983-1988) de l’université de Fribourg.

8) Érasme et le bien commun du savoir.

Il faut évidemment replacer ce texte dans son contexte historique d’une société féodale,très hiérarchisée et christianisée et qui est écrit 60 ans seulement après l’invention de l’imprimerie en Europe (premier texte imprimé : extrait de la Bible).

" Le soleil est un bien commun, offert à tout le monde. Il n’en va pas autrement avec la science du Christ… Je suis tout à fait opposé à l’avis de ceux qui ne veulent pas que les lettres divines soient traduites en langue vulgaire pour être lues par les profanes, comme si l’enseignement du Christ était si voilé que seule une poignée de théologiens pouvait le comprendre, ou bien comme si le rempart de la religion chrétienne était fait de l’ignorance où on la tiendrait. Je voudrais que toutes les plus humbles des femmes lisent les évangiles, lisent les épîtres de saint Paul. Puissent ces livres être traduits en toutes les langues, de façon que les Écossais, les Irlandais, mais aussi les Turcs et les Sarrasins soient en mesure de les lire et de les connaître… Puisse le paysan au manche de sa charrue en chanter des passages, le tisserand à ses lisses en moduler quelque air, ou le voyageur alléger la fatigue de la route avec ses récits ". (Érasme. Préface du Nouveau Testament, 1516).

Hervé Debonrivage


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