Pour un bilan du lambertisme OCI, PT, POI...

vendredi 13 octobre 2017.
 

- A) Quelques textes intéressants sur le sujet
- B) CINQUANTE ANS APRES LA FONDATION DE L OCI (Par Bernard Fischer)
- C) Quelques notes sur la question de l’entrisme, par Robert Duguet

A) Quelques textes sur le sujet

Crise du POI... Témoignage de Charles Berg

Crise au POI (par Vincent Présumey)

Le lambertisme, Jospin et Mitterrand (par Robert Duguet)

Crise du POI... Témoignage de Charles Berg

Le courant « lambertiste » en France – De l’OCI à l’explosion du POI : une cause qui remonte à loin – La dérive bureaucratique (par Bernard Germain, La Sociale)

Un bilan du lambertisme qui reste à faire et qui sera fait (par le groupe La Commune)

Comment "Lionel raconte Jospin" ? Lambertisme et démocratie (par Pascal Meyer)

Le dernier combat des lambertistes

Crise sans précédent du lambertisme : l’explosion du POI est en cours (Nina Pradier, NPA)

B) CINQUANTE ANS APRES LA FONDATION DE L OCI (Par Bernard Fischer)

On me demande de plus en plus mon point de vue relatif à la crise et à la scission du Parti Ouvrier Indépendant (POI).

Vous trouverez ci-dessous les deux ou trois questions les plus importantes de l’histoire et donc de la crise de cette organisation politique.

Cette organisation politique était une organisation politique sui generis, c’était une organisation politique d’un genre particulier.

Le courant politique lambertiste était un courant politique d’origine révolutionnaire, socialiste, communiste et trotskyste. Il n’était plus depuis longtemps ni révolutionnaire, ni socialiste, ni communiste, ni trotskyste.

Il apparaissait dans les cinquante dernières années sous quatre ou cinq appellations successives distinctes. C’était d’abord l’Organisation Communiste Internationaliste entre 1965 et 1981. C’était ensuite le Parti Communiste Internationaliste entre 1981 et 1985 et le Parti des Travailleurs entre 1985 et 2008, c’était enfin le POI depuis 2008.

On le connaissait généralement sous le nom de courant lambertiste.Ce n’était pas une organisation politique, c’était une organisation sectaire et Lambert était le pseudonyme de Pierre Boussel, le fondateur de la secte.

La disparition du fondateur de la secte en 2008 entraînait logiquement la scission entre les deux principaux héritiers de Pierre Boussel, Marc Gauquelin et Daniel Gluckstein, et la crise finale de la secte aujourd’hui, sept ans plus tard.

Le courant lambertiste ne présentait pratiquement jamais de candidats aux élections et, quand il présentait des candidats, cette exception confirmait bien évidemment la règle et ces candidats obtenaient des scores extrêmement faibles inférieurs à un pour cent des voix.

La stratégie du courant lambertiste, c’était la stratégie du coucou, la stratégie de l’entrisme à l’intérieur des autres organisations politiques et syndicales de gauche, principalement la stratégie politique d’entrisme à l’intérieur du parti socialiste français et la stratégie syndicale d’entrisme à l’intérieur des confédérations syndicales françaises, principalement des deux plus importantes d’entre elles, la Confédération Générale du Travail (CGT) et la CGT Force Ouvrière.

La stratégie politique d’entrisme à l’intérieur du parti socialiste donnait au moins deux résultats importants. Le courant lambertiste donnait à la France un premier ministre et il donnait au parti socialiste son actuel premier secrétaire.

La stratégie syndicale d’entrisme à l’intérieur de la CGT Force Ouvrière commençait il y a plusieurs dizaines d’années et de nombreux livres décrivaient en détail cette stratégie entriste.

Je conseille en particulier à mes lecteurs la lecture du livre de Christophe Bourseiller aux éditions Bartillat en 1997 dont le titre était « cet étrange Monsieur Blondel, enquête sur le syndicat Force Ouvrière ».

La stratégie syndicale d’entrisme du courant lambertiste à l’intérieur de la CGT était plus récente et il y a pour l’instant moins d’informations relatives à cette stratégie entriste. Il y a très peu de messages relatifs par exemple à l’intervention des militants du POI dans la récente crise de la CGT dont le résultat était la démission de Thierry Le Paon et l’élection de Philippe Martinez comme secrétaire général de la CGT.

Un mois après l’élection de Philippe Martinez à la direction de la CGT en février 2015, il y avait le congrès de la fédération de la santé de la CGT en mars 2015 et les militants de la fédération de la santé votaient massivement contre la secrétaire générale de la fédération de la santé, Nathalie Gamionchipi. Elle était la compagne de Philippe Martinez et les militants du POI à l’intérieur de la fédération de la santé votaient pour elle.

Nous en arrivons à l’actuelle crise du POI. Il y a de plus en plus de messages électroniques relatifs à cette crise dans lesquels on trouve de violentes accusations personnelles réciproques entre les militants du POI de Marc Gauquelin et ceux du POI de Daniel Gluckstein.

Je ne les diffuse pas. Ils sont facilement disponibles si on consulte par exemple les sites et les blogs électroniques personnels de trois anciens militants du courant lambertiste, Vincent Présumey, Denis Collin et Pedro Carrasquedo.

Ils comportent de violentes attaques personnelles réciproques, mais aussi des accusations réciproques de délits et d’infractions à la législation française, en particulier d’escroquerie à la sécurité sociale et de la plus importante d’entre elle, celle de travail clandestin.

Nous en arrivons aux causes les plus profondes et les plus anciennes de la crise du POI. Pendant de nombreuses années, des dizaines de militants travaillaient en permanence pour le parti, Lambert ne les déclarait pas, ou bien il versait les salaires en liquide, ou bien il ne payait pas les cotisations sociales. Tous les gouvernements successifs, en particulier les gouvernements socialistes, connaissaient parfaitement bien ces pratiques et personne ne portait jamais plainte. Aucun agent de contrôle de la sécurité sociale ne contrôlait jamais l’association gestionnaire du POI et son trésorier et ne faisait jamais aucun redressement. Lambert était lui-même pendant des années agent de contrôle de la sécurité sociale.

Il y avait finalement un seul procès, le procès de l’affaire de la Mutuelle Nationale des Etudiants de France (MNEF) en 2004 dont les principaux responsables étaient déjà les principaux responsables de l’ancienne fédération étudiante du PCI, avant ou après leur adhésion au Parti Socialiste. Ils bénéficiaient de condamnations ridiculement faibles.

Les principaux acteurs de cette histoire respectaient toujours une véritable omerta, une véritable loi du silence.

A chaque nouvelle crise du courant lambertiste, on nous promettait un grand déballage, des mémoires, des révélations et des plaintes.

Depuis le début de la dernière crise du POI, il y a bientôt six mois, on nous fait à nouveau les mêmes promesses.

Nous sommes sceptiques et dubitatifs, mais nous verrons bien.

Vendredi 16 Octobre 2015

C) Quelques notes sur la question de l’entrisme, par Robert Duguet

Compléments de réflexion sur la lettre de Bernard Fischer : 50 ans après la constitution de l’OCI

J’ai bien reçu tes notes sur la crise actuelle du POI et de ses racines historiques. Le point de vue de Bernard Germain auquel je répondais récemment sur le site de la Sociale soulignait de mon point de vue une facette du problème, à savoir l’histoire du courant lambertiste à travers sa politique syndicale. Toi tu axes essentiellement ton propos sur la question de l’entrisme. Discutons et évitons les jugements à l’emporte-pièce, c’est une question importante…

Incontestablement le lambertisme est issu de la tradition révolutionnaire du mouvement ouvrier et de l’apport de l’action et de la pensée de Léon Trotsky. Et je me garderais bien dans la situation de réaction et de barbarie dans laquelle nous sommes entrés, particulièrement depuis la première offensive contre l’état irakien dans les années 1990 et l’effondrement du modèle soviétique, de minimiser l’apport considérable de Trotsky à l’héritage révolutionnaire. Dans le bilan à tirer de l’histoire de la IVème Internationale, il est nécessaire d’établir comment une organisation issu de cette tradition est devenue une bureaucratie corrompue, puis une véritable secte. Je ne suis pas prêt à rejeter le rôle joué par le groupe Lambert dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie et le soutien aux messalistes, pas plus que le refus de suivre la fraction Pablo dans l’adaptation aux partis staliniens, partis qui auraient défendus la marche vers le socialisme avec leurs méthodes, pas plus que le combat contre le gauchisme dans les années qui ont suivi la grève générale de 1968. Ce qui vient après, c’est en quelque sorte une histoire somme toute assez classique : en l’absence de perspectives révolutionnaires, les tentations sont fortes de s’adapter à ce que le réformisme offre de possibilités, tant sur le plan syndical que politique. La corruption, c’est comme la calvitie, c’est un processus qui se développe sur de longues années.

Tu entames une réflexion sur la question de l’entrisme : c’est vrai que c’était une spécialité de la maison... La référence à Trotsky et à la politique des trotskystes aussi bien par rapport à l’évolution de la SFIO avant le Front Populaire de 1936, que de la question du POUM dans la révolution espagnole est très largement usurpée par la direction Lambert. Face au rôle purement négatif joué par l’Internationale stalinisée, dans la question allemande notamment et qui aboutit à la montée de Hitler au pouvoir, il se trouve que le parti socialiste français connait une évolution sur sa gauche, c’est la génération militante de 1936. Trotsky encourage ses jeunes camarades à entrer dans la SFIO, mais drapeau déployé comme une fraction qui défend ses propres objectifs vers un mouvement politique révolutionnaire. Idem dans la question espagnole où Trotsky n’approuvera pas la base de constitution du POUM, en subodorant d’ailleurs la question régionale catalane alors qu’ il était favorable à l’entrée des révolutionnaires dans les jeunesses du PSOE et dans le PSOE pour accompagner le virage à gauche de la fraction Largo Caballero, qui était favorable contre les staliniens dans la guerre civile à un gouvernement de l’Alliance Ouvrière. C’est le parti stalinien qui captera cette évolution à gauche des jeunesses, qui assassinera l’avant-garde espagnole et ramènera le pouvoir dans l’escarcelle des républicains, « l’ombre de la bourgeoisie » … Mais l’entrisme version Trotsky c’est l’entrée dans la social-démocratie quand celle-ci est poussée au pouvoir par les masses, puis la sortie quand cette dernière exerce le pouvoir. Trotsky n’approuve pas la constitution de la Gauche Révolutionnaire de Marceau Pivert, car cette dernière s’installe comme un courant permanent de la SFIO… L’entrisme est une stratégie ponctuelle liée à la faiblesse organique du courant révolutionnaire dans les années qui précédent le cataclysme de 1940, qui est par ailleurs menacé physiquement par les appareils des PC. La version pabliste, puis lambertiste de l’entrisme, c’est tout à fait autre chose : les uns voient dans le bloc de l’Est bureaucratique un système qui avance avec ses méthodes vers le socialisme, les autres d’une position antistalinienne fondée à une adaptation au réformisme dans une période les années de reconstruction permettent au réformisme de se refaire une santé.

L’accusation d’entrisme à l’encontre des lambertistes relève de la propagande du PCF et des médias. D’entrisme il n’y en a pas, puisque la présence d’une flottille de sous-marins au sein du PS dans la décennie 1970-1980 jusqu’à la prise du secrétariat du parti par Jospin relève purement et simplement d’un accord politique entre Lambert et l’environnement de Mitterand, et très vraisemblablement de Mitterand lui-même. Le sens de l’opération faite sur le PS est donnée par le fait que Lambert et la direction de l’OCI de l’époque se sont toujours opposés à la constitution d’une aile gauche dans le PS. Les années qui ont précédé la prise du pouvoir de 1981 ont vu un vrai développement de masse des sections socialistes et une évolution sur la gauche du mitterandisme. Des opportunités s’ouvraient : Mitterand était coincé entre la montée de la deuxième gauche de Rocard et le courant nationaliste et crypto-PCF de Chevènement. C’est Mélenchon, qui n’était absolument pas lié à l’appareil de Lambert, qui occupera le créneau de construction d’une gauche socialiste, mais dans des conditions qui n’étaient pas du tout celles de l’émergence d’un courant révolutionnaire comme celui incarné par Pivert et ses camarades. Et Mélenchon a toujours défendu qu’il n’était pas un entriste mais une composante du socialisme : son départ en 2008 procédait du fait qu’il était devenu impossible de défendre une politique timidement réformiste dans le PS (voir à ce sujet le programme du Front de Gauche pour la présidentielle de 2012).

L’entrisme, version Trotsky, impliquait pour des raisons ponctuelles, l’entrée d’un corps étranger au sein de la social-démocratie, à savoir un courant révolutionnaire qui n’avait pas du tout l’intention de se plier aux exigences de l’appareil parlementaire du parti. Quant à l’entrisme chez Lambert, il faudrait sans doute inventer un autre terme, il s’agissait de prendre pied dans plusieurs appareils syndicaux et politiques et de garantir une position de pouvoir et de carrière pour ses cadre politiques : de ce point de vue les Cambadélis, Jospin et compagnie, entre autres, l’ont bien compris… ils vont jusqu’au bout de la liquidation de l’héritage. Quand on pense à ce qu’a pu faire Jospin comme ministre de l’Education Nationale à contrario de tout ce qu’une génération révolutionnaire avait défendu dans le domaine de l’école, de la laïcité, des valeurs républicaines instituées par les services publics, l’égalité devant la loi et devant le savoir, quel naufrage...


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