Le dernier combat des lambertistes : des divisions passées à une vision d’avenir ?

lundi 2 octobre 2017.
 

- A) Des textes d’anciens militants lambertistes utiles pour débattre, refonder, réunir, combattre
- B) Eléments sur l’histoire du lambertisme des années 1950 à 1980

A) Des textes d’anciens militants lambertistes utiles pour débattre, refonder, réunir, combattre

Le courant lambertiste était très faible dans mon Sud-Ouest natal durant les années 1966 à 1976 ; pour se construire, il avait besoin de critiquer durement un acteur politique connu comme moi considéré comme un concurrent. Cependant, j’ai souvent lu son hebdomadaire Informations Ouvrières, souvent épluché ses productions historiques et théoriques, souvent discuté avec ses militants. Son apport sur la question du Front Unique m’a fréquemment interrogé sur ma pratique politique au fil des années depuis plus d’un demi-siècle.

Aujourd’hui, le courant lambertiste a explosé entre deux groupes significatifs (POI et POID) mais a surtout produit un grand nombre de petits groupes et individus, parfois un peu perdus mais qui n’ont rien renié de leurs espérances anticapitalistes, démocratiques, sociales, laïques, internationalistes. Ces petits groupes et militants individuels ont publié depuis deux ans plusieurs textes très intéressants qui revisitent non seulement l’histoire du lambertisme mais aussi posent des éléments de bilan du trotskysme et du communisme. C’est là un point positif prouvant que le lambertisme n’était pas une secte.

Dans une période où l’unité de la gauche va de pair avec sa refondation ; dans une période où le cycle ouvert par la révolution russe est clos, laissant partis et militants communistes en déshérence ; dans une période où même les fondements des références républicaines et socialistes demandent à être réactualisés, je félicite ces anciens militants du courant lambertiste pour leur apport utile.

Notre lecteur trouvera plusieurs de ces textes ci-dessous. Quiconque connaît un autre article intéressant peut m’en faire part en forum avec le lien web et je l’ajouterai.

Crise du POI... Témoignage de Charles Berg

Crise au POI (par Vincent Présumey)

Le lambertisme, Jospin et Mitterrand (par Robert Duguet)

Pour un bilan du lambertisme, résumé succinct du travail de Pierre Salvaing

Lambertisme... Quelques réflexions sur le travail de Pierre Salvaing inspirées par ma propre histoire

Suite de la discussion sur le bilan du lambertisme… (Pierre Salvaing)

Le courant « lambertiste » en France – De l’OCI à l’explosion du POI : une cause qui remonte à loin – La dérive bureaucratique (par Bernard Germain, La Sociale)

Un bilan du lambertisme qui reste à faire et qui sera fait (par le groupe La Commune)

Comment "Lionel raconte Jospin" ? Lambertisme et démocratie (par Pascal Meyer)

Crise sans précédent du lambertisme : l’explosion du POI est en cours (Nina Pradier, NPA)

B) Eléments sur l’histoire du lambertisme des années 1950 à 1980

Le trotskisme a été divisé en France depuis le début des années 1950 entre trois grands courants qui ont donné aujourd’hui NPA (Philippe Poutou), LO (Nathalie Arthaud) et lambertistes (POI + POID et d’autres groupes).

Dans les années 1952 et 1953, les dirigeants internationaux de la Quatrième Internationale craignent une marginalisation sectaire propagandiste des organisations et militants trotskistes. Aussi, ils poussent en France à la tactique de l’entrisme, c’est à dire à un militantisme au sein des organisations syndicales et politiques majoritaires du mouvement ouvrier, particulièrement CGT et PCF.

Une majorité du Parti Communiste Internationaliste (Bleibtreu, Boussel dit Lambert, Favre, Lequenne, Just...) refuse cette orientation. Avec les Américains du Socialist Workers Party, elle forme le "Comité international de la Quatrième Internationale".

Leur nouvelle "Organisation communiste internationaliste" (OCI) va être affaiblie, d’une part en France par des exclusions (Bleibtreu, Favre...) et départs (Lequenne...), d’autre part par le retour du SWP dans la Quatrième Internationale (Secrétariat Unifié).

Cependant, l’OCI réussit à progresser dans les années 1960 au sein du mouvement étudiant avec le CLER puis la FER (Fédération des étudiants révolutionnaires) et dans le mouvement syndical (surtout FO et FEN). Lorsqu’explose la grève générale de 1968, il s’agit de l’organisation trotskiste française la plus nombreuse.

Les lambertistes sortent affaiblis de la crise révolutionnaire en raison de plusieurs erreurs politiques durant le mouvement. Pourtant, la mobilisation jeune est telle qu’ils refont rapidement leurs forces, créent l’Alliance des jeunes pour le socialisme (AJS) et l’Alliance des étudiants pour le socialisme (AES) qui réalisent un travail important au sein de l’UNEF-Unité Syndicale . Ces années 1970 marquent l’apogée du courant lambertiste. En octobre 1980, une scission de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), prend le nom de Ligue Communiste Internationaliste (LCI, dirigée par Daniel Gluckstein) et rejoint l’OCI puis PCI.

Autres points forts de l’OCI AJS :

- des historiens de grande valeur comme Pierre Broué et Jean-Jacques Marie.

- des contacts internationaux significatifs "Pour la reconstruction de la Quatrième Internationale".

- une attention aux processus de recomposition de la gauche (Nouveau Parti Socialiste, Programme Commun, Union de la gauche) bien plus suivie et concrète que les autres groupes trotskistes.

- un soutien fort aux opposants russes persécutés

- un appareil de permanents dévoués, actifs, politiquement formés qui donnent à l’organisation une surface d’intervention supérieure à sa réalité militante.

B) Eléments sur l’histoire du lambertisme des années 1980 à aujourd’hui

De 1980 à 2008, le courant lambertiste change plusieurs fois de sigle : OCI unifiée (OCI-U) en 1980, Parti communiste internationaliste (PCI) en 1981, Pour un Parti des travailleurs en 1984, Mouvement pour un parti des travailleurs (MPPT) en 1985, Parti des travailleurs (PT) en 1991, Parti ouvrier indépendant (POI) en 2008.

Cependant il est à nouveau affaibli par :

- des échecs électoraux : 0,9% aux élections européennes de 1984, 0,38% à l’élection présidentielle de 1988, 0,47% à l’élection présidentielle de 2002, 0,34% à l’élection présidentielle de 2007.

- des scissions : la LOR (Ligue Ouvrière Révolutionnaire), Convergences Socialistes de Cambadélis et Darriulat en 1986, le "Comité pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire" (Stéphane Just, Serge Goudard) ...

- des exclusions contre quiconque met en cause Pierre Boussel : Charles Berg en 1979, Stephane Just en 1984, René Revol, Pierre Broué en 1989, André Lacire-Langevin et Michel Panthou (1991), Pedro Carrasquedo, Antonio Guzman et Alexis Corbière en 1992...

Après la mort de Lambert en 2008, Daniel Gluckstein prend la direction du parti. Revendiquant une dizaine de milliers d’adhérents répartis en quatre courants (Trotskistes, Communistes, Socialistes, Anarcho-syndicalistes) dont le CCI rassemblerait les lambertistes, nous savions tous que la réalité était nettement moins enthousiasmante.

Fin 2015, le POI a explosé entre deux organisations farouchement concurrentes :

- le POI (Marc Gauquelin-Lacaze, Dan Moutot, Lucien Gauthier-Ulysse, Josette Logereau)

- et le POID (Daniel Gluckstein, Gérard Schivardi, Jean Markun, Christel Keiser)

A l’heure actuelle nous pouvons constater que de nombreux anciens militants lambertistes sont très présents dans le champ politique :

- au Parti Socialiste avec en particulier Lionel Jospin et Jean-Christophe Cambadélis

- au Parti de Gauche avec Jean-Luc Mélenchon

- sur le web avec plusieurs sites intéressants et connus, même si certaines orientations sont largement discutables comme

http://la-sociale.viabloga.com/

http://socialisme-2010.fr/blog2016/

Jacques Serieys


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