Présidentielles 2017 : LE COMBATTANT OU LE TRANQUILLISANT

jeudi 14 mars 2019.
 

Article original : http://robertmascarell.overblog.com...

Depuis que Mélenchon a proposé sa candidature à l’élection présidentielle, en 2017, le débat fait rage au sein du Front de gauche, entre ses différentes composantes. Le PCF et, à un degré moindre, Ensemble y sont hostiles, le Parti de gauche y est tout à fait favorable.

Les échanges vont bon train sur Facebook et, plus largement, sur Internet, mais évidemment, également dans les relations inter personnelles.

Des membres du PCF, probablement minoritaires, profitent de ce débat pour se livrer à de basses attaques personnelles contre Mélenchon. Rien ne lui est pardonné, tout est passé au crible. Son passé socialiste, son vote Oui au traité de Maastricht en 1992, son caractère emporté, son ego surdimensionné.

D’attaques politiques, pratiquement aucune. Et pour cause, sur toutes les questions essentielles : Europe, relance de l’économie par la demande, taxation bien plus lourde des profits non réinvestis en France, dans l’économie réelle, lutte contre la précarisation des salariés,……… les contempteurs de Mélenchon font la même analyse que lui et proposent les mêmes solutions.

Non, tout tient à une stratégie différente entre le PCF et le Parti de gauche. Elle remonte aux élections municipales, en 2014. Je n’y reviens pas, j’ai eu maintes fois l’occasion de dire ce que j’en pensais. Je veux simplement rappeler que le résultat de cette divergence a eu des effets catastrophiques sur les résultats électoraux de tout le Front de gauche.

Pour la prochaine présidentielle, les leçons de nos échecs ne sont pas tirées. Le PCF et Ensemble viennent de se rallier au principe de l’organisation d’une Primaire commune à toutes les gauches, où postuleront des candidats socio-libéraux, partisans de l’actuelle Europe, et des candidats pour une Europe sociale, tournant le dos aux traités la régissant.

Si donc nos divergences ne sont, pour l’essentiel, pas politiques, hormis sur la stratégie des alliances électorales, il faut bien convenir qu’elles portent sur la personnalité même de Mélenchon.

Nous sommes très nombreux à considérer que de nous tous, celui-ci est de très loin le meilleur candidat possible, par ses qualités d’analystes, de tribun et de débatteur. Dans le débat qui flambe sur Facebook, il m’est arrivé de répondre à des détracteurs de Mélenchon, que notre gauche avait besoin d’un combattant, plus que d’un tranquillisant. Evidemment, beaucoup ont suivi mon regard et ont compris ce que je voulais dire. En clair, comme beaucoup, je regarde les prestations médiatiques de ceux qui portent la parole de notre camp. Plus particulièrement, celles de nos deux leaders les plus emblématiques : Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon.

Je vais donc illustrer mon propos. Pour ce faire, je vous invite à regarder cette vidéo, d’une durée de 2 minutes 36 secondes : https://www.youtube.com/watch?v=Jmq.... Elle est tirée de l’émission de France 2, Des Paroles et Des Actes, du 14 septembre 2014. Y participaient Bayrou, Laurent et Cambadélis.

Bayrou y fait un numéro contre le Code du travail absolument immonde. Depuis, il a renouvelé ce numéro de multiples fois. Bayrou sort ce qu’il appelle le minuscule Code du travail suisse, pesant 120 pages. Puis, ménageant ses effets, il plonge ses mains dans un sac et en sort un énorme Code du travail français, pesant 3 000 pages. Il le balance négligemment sur le bureau, pour que le bruit de la chute indique bien le poids exorbitant de notre Code du travail. Des applaudissements fusent dans le public. L’effet visuel et sonore est totalement réussi.

Autour de Bayrou, Pierre Laurent reste bouche bée. Il le restera tout au long du numéro de Bayrou, mais également ensuite. Comble du comble, c’est Jean-Christophe Cambadélis, qui, à la manière faux-cul des socialistes, va se donner le beau rôle de défendre notre Code du travail. Là encore, Pierre Laurent va rester passif. Jamais, il ne va défendre notre Code du travail. Jamais, il ne va dire à Bayrou, qu’il trompe les téléspectateurs en prétendant que ce Code pèse 3 000 pages. Que l’édition qu’il présente contient les articles du Code du travail, additionnés de commentaires et d’arrêts de la Cour de cassation. Le Code du travail ne pèse que 675 pages. Il n’est pas plus lourd que tous les principaux Codes : civil, pénal, commerce, impôts, sécurité sociale,……. Autant vous le dire, de l’autre côté de mon poste de télé, je bouillais, l’atonie de Pierre Laurent m’a désespéré.

Ce jour-là, je me suis dit que Pierre Laurent était un bien brave homme, qu’il s’exprime correctement et dit des choses proches de ce que je pense, mais qu’il manque singulièrement de combativité. Bref, sa voix est inaudible. Tout le monde ne peut pas être tribun et/ou débatteur.

Je suis certain qu’à sa place, Mélenchon aurait eu tôt fait d’intervenir de façon vigoureuse pour ramener le numéro de Bayrou à ce qu’il est : un odieux mensonge.

Cela dit, je rappelle que Mélenchon n’a fait que proposer sa candidature. Cela veut dire que d’autres candidats peuvent se proposer. Pierre Laurent, Clémentine Autain, le peuvent par exemple. Et si, au terme du débat démocratique qui aura nécessairement lieu, Mélenchon n’était finalement pas choisi, ce qu’évidemment je regretterais, j’annonce que je voterai sans hésitation pour le candidat que nous nous serons choisi.

Il va de soi que cela ne sera possible que si, auparavant, nous faisons tous la clarté sur notre stratégie d’alliances.


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