Mélenchon, le candidat de l’autorité démocratique et du droit à l’intelligence.

lundi 11 décembre 2017.
 

Il peut paraître paradoxal d’invoquer l’autorité de Mélenchon au moment où celui-ci prend parti pour la "France insoumise". Si Mélenchon s’oppose à toute hiérarchie aliénante et aux diverses dominations existant dans notre société de classes, cela ne signifie nullement que la société qu’il appelle de ses vœux ne devrait obéir à aucune règle et devrait être dans un état constamment instable, désordonné et sans aucune ligne directrice.

La spectrographie de l’autorité de Mélenchon ne se mesure pas avec un sonomètre.

Cet article approfondit certains aspects de notre texte précédent : "La rigoureuse cohérence de la démarche politique de Jean-Luc Mélenchon" (1) http://www.gauchemip.org/spip.php?a... Cliquez sur les numéros situés entre parenthèses pour activer les liens permettant d’accéder aux sources.

La crise de l’autorité instrumentalisée par les candidats aux élections.

Dire que la société française, entre autres, a traversé et traverse encore une crise de l’autorité, est devenu un propos banal. Depuis le début des années 2000, de nombreux écrits de librairie et de presse, de nombreuses émissions ont traité de cette question.

Les femmes et hommes politiques, conscients que l’autorité constituait un enjeu de popularité et un créneau électoral, ont intégré dans leur discours, depuis la même période, cette thématique de la crise et de la demande d’autorité. Le terrorisme et les actions militaires récentes ont exacerbé l’utilisation de cette thématique.

Ainsi, dernier exemple en date, on pouvait lire sur le site du gouvernement : " L’autorité : une exigence, une éthique, des actes.", (2)

Mais déjà, en 2013, on pouvait lire dans le journal Le Monde, en reprenant un article du Parisien  : "Pour M. Valls, « nous vivons une crise de l’autorité », et l’objectif principal est de « restaurer pleinement l’autorité » pour que « les relations entre les forces de l’ordre et la population [soient] des relations de confiance ». « La voix des parents, de l’enseignant, du juge, du policier, de l’élu est trop souvent contestée » , a-t-il regretté." (Le Parisien 29/07/2013). Lire l’article complet ici (3)

Mais ce genre de propos sera vite contredit par les faits. Ainsi Mélenchon a-t-il déclaré en mai 2016 : "Le gouvernement a amené l’autorité de l’État au bord de l’effondrement …­Aujourd’hui, Manuel Valls n’a plus de majorité et plus d’autorité dans sa propre famille politique. " (4)

On remarquera que l’utilisation de cette notion est souvent liée à celle de sécurité et de respect ce qui est particulièrement réducteur.

Évidemment, Manuel Valls n’est pas le seul à user de cette référence à l’autorité.

On trouvera une étude intéressante sur la manière dont les candidats à l’élection présidentielle de 2007 rédigée dans le cadre d’un mémoire de DEA de l’Institut Européen de l’Université de Genève (Collection Euryopa VOL. 55-2008) intitulée : " L’ordre et l’autorité dans le discours des candidats à l’élection présidentielle française de 2007 : une étude de contenu " (5)

Un certain nombre d’organismes officiels se drapent de l’emblème Autorité  : Autorité de la concurrence, Autorité des marchés financiers, Etc. Pas toujours facile de connaître le pouvoir relatif de tels organismes.

Par exemple, la Justice (donc l’autorité judiciaire) a annulé et modifié une décision de l’Autorité de la concurrence. Voir article ici (6)

Mais par ailleurs ,nous avons indiqué dans un autre article, combien les Autorités Administratives Indépendantes (AAI) devenaient de plus en plus prépondérantes en France, et à un tel point, que certains constitutionnalistes se demandent si l’on ne devrait parler maintenant de pouvoir administratif en plus des trois pouvoirs déjà existants. Plus de précisions sur ce type d’autorité, cliquez ici. (7). La mise en place de la loi renseignement a montré par exemple comment ce type de pouvoir pouvait s’élargir au détriment du pouvoir judiciaire.

Quoi qu’il en soit, nombre d’institutions éprouvent le besoin d’afficher symboliquement le terme d’Autorité pour affirmer leur puissance dans un contexte historique de crise de l’autorité.

La crise de l’autorité.

En réalité, cette crise de l’autorité a plusieurs origines et peut prendre des formes diverses. En décrire tous les aspects dépasserait le corps de cet article

L’effet dévastateur des guerres.et des totalitarismes.

Selon la célèbre philosophe Hannah Arendt la crise de l’autorité trouverait sa source dans les divers totalitarismes ayant dévasté l’Europe durant le Xxe siècle.

Les anciens ont perdu leur aura avec leur autorité.

Une rupture générationnelle et une crise de la transmission.

La multiplicité des carnages de grande envergure émaillant tout le Xxe siècle(première et deuxième guerre mondiale, guerres coloniales, guerre du Vietnam, utilisation de l’arme nucléaire à Hiroshima et Nagasaki, etc.) ne permet plus de considérer les générations précédentes comme dépositaire d’une autorité morale et source fiable de transmission de valeurs.

Non seulement le passé apparaît ainsi avec une ténébreuse noirceur mais c’est aussi l’avenir où les dirigeants économiques et politiques actuels lèguent aux générations futures un monde meurtri et sans perspectives.

"…La crise de l’autorité – rupture du « fil de la tradition » – est d’abord une crise de la temporalité. Et qui plus est, elle n’affecte pas seulement l’existence politique mais aussi des sphères pré-politiques telle que l’éducation : là où l’autorité, directement étayée sur l’irréductible dissymétrie générationnelle, se donnait comme l’évidence d’un enracinement temporel. En matière d’éducation, il allait pratiquement de soi que les enfants, nouveaux venus dans un monde qui leur est étranger et qui leur préexiste, ne pouvaient y être introduits que par leurs prédécesseurs adultes (parents, éducateurs) et que ces derniers assumaient la double responsabilité du développement de l’enfant et du maintien ou de la continuité du monde. Or nous sommes aujourd’hui dans la situation où cette double exigence doit s’exercer dans un monde dont la consistance n’est plus structurée par l’autorité ni retenue par la tradition, un monde qui nous paraît souvent protéiforme. Ou encore, comme l’écrivait déjà Tocqueville il y a plus d’un siècle, « je remonte de siècle en siècle jusqu’à l’antiquité la plus reculée : je n’aperçois rien qui ressemble à ce qui est sous mes yeux. Le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres » . Au même moment, Chateaubriand usait dans les Mémoires d’outre tombe d’une formule tout aussi saisissante : « le monde actuel, le monde sans autorité consacrée, semble placé entre deux impossibilités : l’impossibilité du passé et l’impossibilité de l’avenir ».

Si l’on prête attention à la fin de la phrase, à l’expression « impossibilité de l’avenir », on constate que Chateaubriand assigne la perte de l’autorité consacrée non seulement à la défection du passé mais aussi à celle du futur.…" Source : Crise de l’autorite, crise de la transmission par Myriam Revault d’Allonne : (8)

La crise de l’autorité dans l’éducation.

Cette crise de la transmission qui accompagne celle de l’autorité traverse évidemment l’enseignement et il donne lieu à l’émergence de nombreux débats pédagogiques sur le rôle et les modes d’exercice de l’autorité dans le cadre de l’Ecole et de l’Université. Les pédagogies non directives, le socio constructivisme du savoir (GFEN,…), pédagogie active, pédagogie coopérative etc. resurgissent ou font leur apparition. Les événements de mai 68, qui ne sauraient à eux seuls expliquer cette crise de l’autorité, l’accompagnent et conduisent à la création des conseils d’administration et le conseil d’école, une représentation des élèves, dans les établissements scolaires remettant ainsi en cause l’autorité unique du chef d’établissement et aussi, dans une certaine mesure, l’autorité des enseignants. Ces modifications dans le système éducatif ont eu évidemment un impact sur les familles.

Une crise sociétale du modèle patriarcal et de la domination masculine.

Cette remise en cause l’autorité traditionnelle se développe dans le champ sociétal . C’est en 1970 que l’autorité parentale dans le Code civil français remplace la puissance paternelle. (9) La législation évolue alors progressivement pour équilibrer les droits et devoirs des parents envers leurs enfants. La notion d’intérêt supérieur de l’enfant apparaît avec la convention internationale des droits de l’enfant en 1989. Ce n’est donc pas par hasard que dans les textes ministériels de l’Éducation Nationale apparaissent à cette époque la notion "d’élève au centre" de l’appareil éducatif. Pour avoir un historique des droits de l’enfant on peut cliquer ici (10)

À la notion d’autorité traditionnel (imposée) teintée de paternalisme succède alors la notion d’autorité éducative(négociée). Ce point est abordé en détails dans l’étude cité en annexe sur les trois autorités.

L’autorité masculine est progressivement battue en brèche par l’évolution de la législation notamment depuis la fin de la dernière guerre mondiale où apparaît le droit de vote des femmes en France. Je ne ferai pas ici un historique du droit des femmes que l’on peut consulter ici (11) mais je rappellerai un un droit étonnamment récent : une loi de 1965 qui permet aux femmes mariées d’exercer une profession sans l’autorisation de leur mari ! Il aura fallu attendre 1967 la loi Neuwirth rendant légale la contraception. Évidemment, les nouveaux droits des femmes ont été obtenus grâce à l’action des mouvements féministes notamment.

En 1998, paraît le livre du célèbre sociologue Pierre Bourdieu : "La domination masculine" On peut avoir une présentation de cet important ouvrage des sciences sociales cliquant ici (12)

Près de 20 ans plus tard, en 2016, au moment où sont écrits ces lignes, le harcèlement sexuel devient une thématique sociétale d’actualité. Mais n’oublions pas qu’il aura fallu attendre 2012 avec la loi 2012 – 954 du 6 août 2012 pour qu’une loi sur le harcèlement sexuel soit votée !. On accède à cette loi en cliquant ici. (13)

La crise de l’autorité dans les familles.

Les évolutions sociologiques précédentes ont non seulement modifié les rapports d’autorité au sein du couple mais entre les parents et les enfants. Mais à ces facteurs s’ajoutent des causes économiques. Le nombre de femmes salariées augmente considérablement dont un nombre important travaillent à temps partiel. Le stress au travail, les conditions de transport et de logement souvent éprouvantes, la précarité de l’emploi contribuent à rendre peu disponibles les parents pour s’occuper de leurs enfants, souvent délaissés devant un poste de télévision ou une PlayStation, et pire encore , contribuent aussi à faire éclater les cellules familiales. Dans un tel contexte socio-économique, de nombreux enfants et adolescents ont de grandes difficultés à trouver des repères stables. Certains vont essayer de trouver au sein d’une bande l’autorité perdue d’un père perdu de parents absents. Ce genre de phénomène n’est pas nouveau mais a pris de l’ampleur et de l’intensité.

L’autorité dans les entreprises.

La remise en cause des formes traditionnelles d’autorité dans l’entreprise est liée non seulement à des facteurs sociétaux mais surtout aux modifications macro-économiques et micro-économiques du fonctionnement du capitalisme. Certes il existe encore des petites et moyennes entreprises de caractère familial où existe encore un chef d’entreprise muni d’une autorité parfaitement identifiable mais la situation a considérablement changé dans les moyennes et grosses entreprises depuis les années 1970 où le néolibéralisme commençait à se développer de concert avec la mondialisation des échanges et de la production. La direction de l’entreprise tend à se dépersonnaliser et à devenir difficilement identifiable notamment dans les multinationales.

Il ne s’agit plus de diriger du personnel mais de le gérer et éventuellement comme variable d’ajustement dans un contexte fortement concurrentiel et financiarisé. Le vocabulaire change et apparaissent les directions des ressources humaines (DRH). L’une des stratégies dites modernes de gestion, d’apparence non autoritaire, consiste à faire participer les travailleurs à la définition des objectifs de l’entreprise et de leur faire intérioriser ces exigences. "On" demande alors un investissement personnel de chacun même si cet investissement envahit la vie privée. Si les objectifs ne sont pas atteints, ce sont alors les travailleurs eux-mêmes qui en sont considérés comme responsables. Le neuropsychiatre du travail Christophe Dejours a montré le caractère particulièrement destructeur de cette stratégie culpabilisante et perverse.

Examinons un extrait d’article d’un syndicaliste qui connaît bien la question. "Et si le management reprenait le chemin du bon sens ?" Voici un un extrait de cet article de Denis Garnier (auteur du livre : Travail : des traumatismes à l’espérance). Blog de ce syndicaliste exerçant dans le secteur de la santé publique ici (14) URL source de l’article : (15)

"Dans ce nouvel usage de l’entreprise, les directeurs et directrices du personnel sont devenus des directeurs et directrices des ressources humaines. Ils et elles n’encadrent plus pour guider, accompagner, encourager. Ils et elles gèrent en exécutant les directives d’un directoire sous pression d’actionnaires.

Toujours dans cette nouvelle entreprise, les managers de proximité, les N+1 ou N+2 sont chargés de l’organisation du travail. Leurs méthodes, détournées de toute relation humaine, sont aussi froides que l’acier. Elles sévissent dans tous les secteurs, y compris dans la fonction publique. Elles deviennent une des causes essentielles de troubles psychosociaux, sources de nombreux traumatismes. Les traumatismes de l’organisation du travail. Le suicide d’un salarié devient un dégât collatéral d’un management qui n’aurait pas compris le message de l’entreprise. Dans cette organisation du travail, dont la finalité se résume au seul profit qu’il peut procurer, il ne semble plus nécessaire de connaître le métier pour encadrer les hommes et les femmes au travail. Les cadres seraient des exécutants de méthodes venues d’ailleurs.

Après le taylorisme, qui sépare les activités manuelles et intellectuelles, le fordisme, qui encourage le travail à la chaîne, le toyotisme qui fait la chasse au temps perdu et le lean management qui le complète en endormant les consciences, les cadres se doivent d’appliquer la méthode retenue. Le plus souvent, le choix résulte de la formation suivie par les Directrices et Directeurs des ressources humaines fraichement diplômés. Le manque d’expérience et l’absence de confrontation avec la réalité de l’entreprise, ou du service, entretiennent en partie les écarts constatés entre le travail prescrit et le travail réel.”

De la direction des personnels à la gestion des ressources humaines.

Lors d’un colloque je faisais aimablement remarquer à un cadre supérieur que le terme directeur du personnel avait perdu de sa valeur avec l’arrivée des DRH. "Directeur du Personnel ? Mais c’est ringard, dépassé, il faut être moderne ! m’avait-il répondu. ! Et l’humain alors ? Il est dans le titre : "ressources humaines". Directeur des Ressources Humaines. On ne discute pas avec une ressource, on la gère ! Tout est cohérent. On ne dirige plus le personnel, on le gère ! Cette notion de ressources humaines, qui devrait se limiter à la compétence des DRH, semble franchir tous les étages de la hiérarchie. Il n’y a plus de personnels remplaçants mais des mensualités de remplacement. Il n’y a plus de relation, mais des communications. Il n’y a plus d’intérêt pour le travail réel mais des ordres pour du travail prescrit.

Comme nous venons de le voir, c’est au cours des années 70 que se ce nouveau vocable assorti de tous les outils se développe. Le "new Public Management". Ici, la gestion des ressources humaines n’est plus que l’application de formules mathématiques. Les sciences humaines et sociales sont reléguées au rang de sensibleries. Ainsi donc, sous la pression de l’économie nouvelle, le management devient un vrai métier et non plus une fonction. Les écoles de management produisent des jeunes managers inexpérimentés. Là, l’objectif de performance étouffe la valorisation des compétences, écrase l’expérience.…". (fin de l’extrait)

L’un des maux dont souffrent certaines entreprises mais surtout les salariés, c’est l’existence de "chefaillons" ou de "petits chefs" incompétents, tyranniques ou pervers qui rendent difficilement supportable le l’ambiance de travail. Ce fléau social est rarement abordé dans les médias. Pour plus de détails sur la psychologie de ces énergumènes cliquez ici (16) Dans certains cas, il peut apparaître alors un harcèlement moral qui est susceptible de sanctions prévues par le code pénal. Cliquez ici (17) pour en savoir plus

La perte d’autorité des représentants politiques et des institutions.

L’autorité des politiques a perdu une force considérable en raison de leur incapacité à résoudre les problèmes socio-économiques que rencontre la population. Les promesses électorales non tenues, la corruption, l’oubli de l’intérêt général au profit des intérêts privés ont fait perdre toute autorité morale des représentants politiques et des partis. Nous n’insisterons pas sur cet aspect que nous avons développé par ailleurs en examinant la crise de la représentation et de la représentativité politique.

Le manque de respect des adversaires politiques pouvant aller jusqu’à la diffamation aggrave encore la situation. Que penser par exemple, de l’autorité morale d’un Juppé, d’un Copé, d’une NKM qui ont taxé Jean-Luc Mélenchon d’antisémitisme ? Rappelons que ce dernier a gagné son procès en diffamation. (Voir le Figaro en cliquant ici (17))

La non séparation du pouvoir judiciaire et du pouvoir exécutif conduisant à une justice à deux vitesses : l’une pour les forts et l’autre pour les faibles ; l’ instrumentalisation politique des forces policières par le pouvoir, ont fait perdre aussi une bonne part de leur autorité aux institutions régaliennes

Autorité et ordre.

Nous avons eu l’occasion d’aborder le problème de l’ordre dans deux articles. Le capitalisme est un système économique instable à entropie croissante, c’est-à-dire générateur de désordres multiples : crises économiques et financières, guerres, désordres et conflits sociaux,d’intensité variable, etc. Un système laissé à lui-même (laisser-faire = libre-échange et concurrence libre et non faussée) a toujours tendance à devenir instable et désorganisé. Le rôle de régulateur et de stabilisation de l’État a perdu de son efficacité anti entropique

En adoptant et en défendant un système économique générateur de désordre, la droite a perdu toute son autorité idéologique fondée traditionnellement sur la défense d’une société stable, ordonnée, peu changeante, respectueuse des traditions C’est sur cette contradiction que surfe le FN qui prétend défendre un ordre économique en en accord avec le désir d’ordre d’une large frange de la population et notamment des classes populaires. Une partie de la population a compris que l’on ne peut défendre en même temps l’autorité et l’ordre d’une part et un système économique et politique générateur de désordre d’autre part. Mais le FN ne résout pas le problème ne s’attaquant pas à la toute-puissance de la finance et en générant des tensions et violences en prenant comme boucs émissaires des fractions de population

C’est dans un tel contexte socio –psycho politique et économique qu’il convient d’analyser la ligne politique de Jean-Luc Mélenchon, en particulier sur la question de l’autorité et de l’ordre. Cela permettra de comprendre à la fois la complexité et la validité de sa démarche qui tient compte des réalités précédemment décrites.

L’autorité de Jean-Luc Mélenchon

En examinant les différentes typologies de l’autorité, on constate que Mélenchon en occupe tout le spectre.

Le mot autorité est de même racine que le mot auteur. Or Mélenchon, est non seulement auteur de plusieurs livres, mais aussi auteur et moteur de différentes initiatives politiques : création du Parti de gauche, du Mouvement pour la 6ème république pour ne citer que les plus récentes.

Il est aussi porteur d’une autorité institutionnelle ayant occupé plusieurs fonctions d’élus et d’État.

Il représente aussi une certaine compétence intellectuelle par sa formation, différentes publications, son expérience d’homme d’État, de nombreuses conférences argumentées.

L’un des ressorts de l’autorité est aussi la fermeté qui ne signifie pas dureté . En effet, celle-ci implique une compréhension des autres pour être ressentie comme légitime mais aussi la rigueur, la cohérence et la pédagogie.

Son aisance oratoire mêlant à la fois raison et passion lui confère un certain charisme et un statut de leader pour une partie des classes populaires..

Mélenchon jouit aussi d’une autorité morale n’ayant pas fait l’objet de procédures judiciaires l’impliquant dans des affaires financières et de fraude. Par ailleurs, il n’a jamais instrumentalisé à son profit les poursuites judiciaires auxquelles certains de ses adversaires politiques étaient confrontés. Il place toujours le débat ou la confrontation sur le plan politique.

La nécessité de relier la posture d’autorité de Mélenchon à son programme politique.

Sans passer en revue la totalité des lignes de force de son programme politique, l’énumération suivante suffit à comprendre la nécessité de faire preuve d’autorité : faire en sorte que la finance ne soit plus le chef d’orchestre de l’économie, plafonner les revenus, redéfinir les traités européens en ne lâchant pas prise face aux exigences du gouvernement allemand, sortir de l’OTAN, mettre fin à la fraude et l’évasion fiscale, augmenter le SMIC substantiellement , mettre un terme aux inégalités fiscales. Il est bien évident qu’il faut alors faire preuve non seulement d’autorité mais aussi de combativité et de persévérance.

Quelle autorité respecte Mélenchon ?

Il ne respecte pas l’autorité des forts mais l’autorité des faibles : les sans-emploi, les sans-papiers, les sans revenus, les jeunes sans parents, etc. Le philosophe Emmanuel Levinas a très bien analysé cette « autorité de la faiblesse », qui s’impose justement parce qu’elle est vulnérable, et qu’elle témoigne d’un dénuement qui constitue en soi un appel exigeant réponse.

Il respecte l’autorité qui est liée à la compétence , au savoir. Il accorde beaucoup d’importance au monde intellectuel. (Scientifique, artistique, etc.)

Il respecte l’autorité démocratique (des citoyens) et républicaine si celle-ci défend réellement l’intérêt général, le bien commun et plus largement le commun.

Mélenchon n’est pas du tout partisan d’un pouvoir autoritaire mais d’un pouvoir parlementaire où la démocratie continue des citoyens puisse s’exercer.

L’autorité politique que défend Mélenchon est complexe et n’a pas grand-chose à voir avec les caricatures enfantines d’un Monsieur muscle usante du Karcher, de la matraque.et de quelque opération coup de poing. En effet, il concilie la verticalité institutionnelle et l’horizontalité de l’auto organisation des citoyens

Il articule les actions nationales et les actions locales. L’ensemble du système doit rester sous le contrôle populaire avec droit de révocation des élus.

Reprenons quelques points que nous avons examinés précédemment.

Il veut restaurer la valeur symbolique de la transmission et de la tradition dans ce qu’elles ont de progressiste. D’où l’importance qu’il accorde aux créateurs (artistes, scientifiques, techniciens, etc.) et aux enseignants qui transmettent le patrimoine culturel et scientifique de l’humanité. Mais aussi l’importance accordée à la mémoire des luttes sociales et de libération qui ont permis aux salariés d’acquérir des droits sociaux et de nouveaux droits civils et civiques.

Il ne reste cependant pas rivé au passé comme certain(e)s l’ont affirmé sans réfléchir car il propose des perspectives d’avenir en mettant au premier plan les problèmes écologiques à résoudre et en proposant des solutions. Par exemple il propose de développer les énergies renouvelables, l’économie circulaire, l’économie de la mer, l’agriculture paysanne et biologique, les circuits courts, etc.

Il ne s’agit pas de "rétablir l’ordre" mais plutôt d’empêcher le désordre de s’instaurer en ayant un programme politique et économique permettant à tous d’obtenir une bonne éducation, un bon niveau de qualification et un emploi stable redonnant du sens au travail de chacun.

Évidemment, la démarche est beaucoup plus complexe et exigeante que de se présenter avec une matraque à la main, de désigner des boucs–émissaires. Mélenchon ne spécule pas avec la peur, le sentiment d’insécurité mais fait appel à l’intelligence des citoyens qu’il considère comme capables de faire marcher leur tête non seulement avec l’émotion mais aussi avec la raison.

Ce n’est pas en allongeant le temps de travail et l’âge de la retraite que l’on permettra aux familles de s’occuper correctement de leurs enfants. Il est donc nécessaire pour Mélenchon de diminuer encore le temps de travail des salariés. De surcroît, en s’attaquant aux inégalités et en obligeant les actionnaires à investir dans le système productif plutôt que de spéculer, en rendant impossible l’évasion fiscale, il est tout à fait possible de dégager les dizaines de milliards d’euros nécessaires pour donner plus de moyens à l’école et aux familles pour mieux vivre.

Quant à l’autorité dans les entreprises, Mélenchon défend un programme accordant plus de droits aux travailleurs, autrement dit accordant une autorité réelle au collectif des travailleurs et qui empêche une "gestion des personnels" par des techniques de management destructrices. L’autorité de l’entreprise devait être répartie entre le propriétaire du capital, les salariés, les collectivités locales et éventuellement les usagers ou consommateurs.

Mélenchon est attaché à certaines hiérarchies : l’ordre de la hiérarchie des normes inscrit dans le code du travail que le patronat et le gouvernement Hollande essaient de détruire et à la hiérarchie des qualifications fondée sur la formation et l’expérience professionnelle empêchant ainsi le patronat de payer les salariés selon ses bons vouloirs.

Mélenchon et l’usage de la raison. Mélenchon est-il populiste ?

L’autorité de Mélenchon est aussi complexe car il utilise la persuasion pour convaincre. Or selon une certaine définition de l’autorité, celle-ci se dispense à la fois de la force et de la persuasion. On ne peut donc pas dire au sens propre , selon cette définition que Mélenchon est un homme politique autoritaire.

De fait, Mélenchon utilise constamment la raison et articule des arguments rationnellement. Cela signifie qu’il ne considère pas les citoyens comme des veaux (De Gaulle dans son livre "le fil de l’épée") ou comme des moutons suivant leur berger.

Tout démagogue et populiste (de droite) considère, en s’appuyant, comme tous les dictateurs du Xxe siècle, sur les travaux de Gustave Le Bon, que la foule et même le peuple est insensible à l’argumentation raisonnée et n’est réceptif qu’à des slogans, des gesticulations émotionnelles. (Voir l’annexe). Les journalistes et autres politologues qui accusent Mélenchon de populiste en le comparant aux populistes de l’extrême droite, devraient améliorer leur formation en lisant l’ouvrage de référence du populisme que constitue le livre de Le Bon dont nous avons cité un extrait en annexe.

En revanche, si être populiste c’est considérer le peuple comme ultime souverain, alors oui, Jean-Luc Mélenchon est populiste. Remarquons en passant qu’il ne suffit pas , comme l’a dit jadis Boulanger dans l’un de ses discours, (Nevers, 2 décembre 1888) que la république "doit être faite par le peuple et pour le peuple" : encore faut-il préciser ce que signifie le peuple et "par le peuple" (par des représentants du peuple ? Lesquels ?).

Remarquons que les populistes de droite et d’extrême droite ont un certain mépris pour les intellectuels et considèrent les partis comme inutiles (césarisme, bonapartisme) et n’apprécient guère le régime parlementaires Rien de tout cela chez Mélenchon qui considère les intellectuels comme faisant partie à part entière du peuple (sans considération hiérarchique) et qu’il faut considérer avec respect. Il affirme, par ailleurs le rôle essentiel des partis politiques si ceux ci ne se réduisent pas à des écuries électorales servant les intérêts des puissants.

Ainsi, nous avons montré ici qu’il existait trois raisons qui font que Mélenchon ne peut être en aucun cas assimilé à un populiste au sens que l’on accorde à ce terme pour les populistes de droite. Ceux qui font de telles confusions sont donc des escrocs intellectuels manipulateurs ou des ignorants.

Une petite bourgeoisie intellectuelle considère que Mélenchon est populiste lorsqu’il se réfère aux mouvements populaires du passé : Révolution de 1789, 1830 1848, commune de Paris, Front populaire… En réalité il ne s’agit ici que de rappels historiques pour montrer que sa propre démarche de la « "révolution citoyenne" n’a rien d’exceptionnel mais s’inscrit dans un mouvement historique qui ne date pas d’hier

La même petite bourgeoisie l’accuse de populisme lorsqu’il invoque l’existence d’une classe sociale dominante et va même le comparer à des représentants de l’extrême droite qui invoquent l’opposition entre "les gros" et " les petits". Or l’existence d’une telle classe dominante est un fait économique et sociologique analysé depuis Marx et remis en évidence par des études économiques et sociologiques scientifiquement établies. (Travaux de Thomas Piketty, de Michel et Monique Pinçon,…). Ce qui est en cause pour Mélenchon ce ne sont pas des capitalistes en tant qu’individus mais une organisation économique et sociale complexe. Tous les sociologues ayant étudié les idéologies d’extrême droite savent que ces idéologies n’intègrent pas une vision classiste de la société. Leur conception de l’oligarchie s’apparente plus à la conception simpliste d’un groupe de prédateurs opérant en bande organisée, à une sorte de complot permanent. La même petite bourgeoisie, le plus souvent dépourvue de toute conscience de classe, pense que Mélenchon considère l’oligarchie financière comme un bouc émissaire, à la manière d’un démagogue d’extrême droite. On ne peut que conseiller, avec bienveillance, à ces gens, de reprendre des cours de philosophie et de sociologie politique pour améliorer leur formation.

Si l’on analyse l’ensemble des meetings de Mélenchon, on constate en réalité qu’il fait certes usage d’argumentations raisonnées mais que ses discours ont une charge émotionnelle, voire passionnelle Et heureusement, car sinon, ses propos resteraient froids et son public finirait par être inattentif. Il n’est pas nécessaire de connaître les six fonctions du langage de Jakobson (18) pour comprendre que le langage a un contenu émotionnel. (fonction expressive).

Quant à savoir si ses propos sont "trop intellectuels" pour être compris d’un public à faible niveau de culture, c’est une autre histoire qui ne saurait être tranchée sans une analyse fine du niveau de langage tant sur le plan lexical que sur le plan syntaxique. Mais il faudrait discerner pour éclairer cette question les interviews radio–télévisés des meetings et des conférences qui ne s’adressent pas forcément au même public.

Annexe :1 : La raison vue par Gustave Le Bon.

Source : Psychologie des foules de Gustave Le Bon page 65 (PUF Édition de 1963) Ce livre a été édité pour la première fois en 1895. Voir Wikipédia (19)

Livre disponible gratuitement en format PDF (classique des sciences sociales ; Université du Québec) en cliquant ici (20)

$ 4. La rsison (texte de Le Bon)

Dans l’énumération des facteurs capables d’impressionner l’âme des foules, nous pourrions nous dispenser de mentionner la raison, s’il n’était nécessaire d’indiquer la valeur négative de son influence.

Nous avons déjà montré que les foules ne sont pas influençables par des raisonnements, et ne comprennent que de grossières associations d’idées. Aussi est–ce à leurs sentiments et jamais à leur raison que font appel les orateurs qui savent les impressionner. Les lois de la Iogique rationnelle n’ont aucune action sur elles (1). Pour vaincre les foules, il faut d’abord se rendre bien compte des sentiments dont elles sont animées, feindre de Ies partager, puis tenter de les modifier, en provoquant au moyen d’associations rudimentaires, certaines images suggestives ; savoir revenir au besoin sur ses pas, deviner surtout à chaque instant les sentiments qu’on fait naître.

Cette nécessité de varier son langage suivant l’effet produit au moment où l’on parle, frappe d’avance d’impuissance tout discours étudié et préparé. L’orateur suivant sa pensée et non celle de ses auditeurs, perd par ce seul fait toute influence.

Les esprits logiques, habitués aux chaînes de raisonnement un peu serrées, ne peuvent s’empêcher d’avoir recours à ce mode de persuasion quand ils s’adressent aux foules, et le manque d’effet de leurs arguments les surprend toujours. « Les conséquences mathématiques usuelles fondées sur le syllogisme, c’est-à-dire sur des associations d’identités, écrit un logicien, sont nécessaires... La nécessité forcerait l’assentiment même d’une masse inorga­nique si celle-ci était capable de suivre des associations d’iden­tités. » Sans doute ; mais la foule n’est pas plus apte que la masse inorganique à les suivre, ni même à les entendre. Essayez de convaincre par un raisonnement des esprits primitifs, sauvages ou enfants, par exemple, et vous vous rendrez compte de la faible valeur que possède ce mode d’argumentation.

Il n’est même pas besoin de descendre jusqu’aux êtres primitifs pour constater la complète impuissance des raisonnements quand ils ont à lutter contre des sentiments. Rappelons-nous simplement combien ont été tenaces pendant de longs siècles des superstitions religieuses, contraires à la plus simple logique. Durant près de deux mille ans, les plus lumineux génies ont été courbés sous leurs lois, et il fallut arriver aux temps modernes pour que leur véracité ait pu seulement être contestée. Le Moyen Age et la Renaissance possédèrent bien des hommes éclairés ; ils n’en ont pas possédé un seul auquel le raisonnement ait montré les côtés enfantins de ces superstitions, et fait naître un faible doute sur les méfaits du diable ou la nécessité de brûler les sorciers.

Faut-il regretter que la raison ne soit pas le guide des foules ? Nous n’oserions le dire. La raison humaine n’eût pas réussi sans doute à entraîner l’humanité dans les voies de la civilisation avec l’ardeur et la hardiesse dont l’ont soulevée ses chimères. Filles de l’inconscient qui nous mène, ces chimères étaient probablement nécessaires. Chaque race porte dans sa constitution mentale les lois de ses destinées, et peut-être obéit-elle à ces lois par un inéluctable instinct, même dans ses impulsions en apparence les plus irraisonnées. Il semble parfois que les peuples soient soumis à des forces secrètes analogues à celles qui obligent le gland à se transformer en chêne ou la comète à suivre son orbite.

Le peu que nous pouvons pressentir de ces forces doit être cherché dans la marche générale de l’évolution d’un peuple et non dans les faits isolés d’où cette évolution semble parfois surgir. On pourrait aussi ajouter cette citation de Le Bon : « L’affirmation pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve, est un des plus sûrs moyens de faire pénétrer une idée dans l’esprit des foules. Plus l’affirmation est concise, plus elle est dépourvue de toute apparence de preuves et de démonstration, plus elle a d’autorité. Les livres religieux et les codes de tous les âges ont toujours procédé par simple affirmation. »

Annexe 2 : Ressources documentaires sur l’autorité

Définition de la notion d’autorité.

"Le terme d’autorité date du début du XIIe siècle. Il est emprunté au latin classique auctoritas, dérivé de auctor, qui provient du verbe augere (« augmenter ») et signifie « celui qui accroît ». Auctor a donné le terme auteur, mais désigne aussi le fondateur, le conseiller ou encore le garant (Rey, 2005). Au sens le plus général, l’autorité désigne une certaine puissance, une supériorité par laquelle on se fait respecter sans recourir à la contrainte ni à la persuasion ; c’est également le crédit accordé à un texte ou à un écrivain. Au plan institutionnel comme au plan énonciatif, elle est ce « surcroît », indiqué par son étymologie, qui permet d’obtenir l’obéissance volontaire ou l’adhésion de l’esprit.

L’autorité est une notion très vaste, qui couvre différents domaines « pré-politiques » (l’éducation ou la famille) et politiques. Elle concerne des personnes ou des institutions (autorité d’un père, d’un professeur, d’un prince, d’un auteur, de l’Église), mais peut être entendue en un sens plus large : on parle de l’autorité de la loi, de la chose jugée, des Écritures ou encore de la raison.

Enfin, l’autorité suscite l’adhésion en toute liberté, mais elle peut être asservissante ou libératrice, usurpée ou mise au service des autres. On ne peut déterminer facilement si l’obéissance ou la croyance qu’elle suscite sont dues à la reconnaissance de la légitimité du pouvoir ou du discours, ou si elles sont extorquées sans violence – ce qui pose le difficile problème des formes idéologiques de l’autorité. On s’interrogera notamment sur les transformations de l’autorité dans la modernité, qui ont pu conduire à parler de crise."

Lire la suite sur Dico Po (21)

Voir aussi Wikipédia : L’autorité (22)

Hannah Arendt et la crise de l’autorité (23)

L’autorité dans la société d’aujourd’hui Quelle légitimité et quels modes d’exercice ? (24)

Les trois conceptions actuelles de l’autorité . Les cahiers pédagogiques 28/03/2008 de Bruno Robbes (25)

Comment concilier autorité et démocratie ? Par Isabelle Lechevallier (26)

Crise de l’autorite, crise de la transmission par Myriam Revault d’Allonnes (27)

Crise de l’autorité ou crise de la démocratie ? Entretien avec Gérard Mendel (28)

Une histoire de l’autorité de Gérard Mendel (Livre) Une présentation (29)

Institut Européen l’Université de Genève (Collection Euryopa VOL. 55-2008) L’ordre et l’autorité dans le discours des candidats à l’élection présidentielle française de 2007 : une étude de contenu (30)

Ministère de la justice : les personnes titulaires de l’autorité parentale (31)

Boulanger : quel populisme ? (32) Émission de France Culture : concordance des temps du 14/05/2016

Hervé Debonrivage


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