Néolibéralisme : un pragmatisme au service d’une caste ploutocratique.

vendredi 9 août 2019.
 

Critique de l’article : les origines économiques de l’autoritarisme d’Emmanuel Macron de Romaric Godin

Articles publiés sur le site : http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Étude intéressante pour comprendre les motivations de la dérive autoritaire du néolibéralisme et en particulier celle de Macron.

1– Le néolibéralisme, ce n’est pas en France en 1983.

Mais il me semble que quelques correctifs devraient être apportés à cette analyse. L’économie nommée ici hybride est le résultat d’un compromis caractérisé par les économistes de Fordo–keynésien ; il consiste à répartir d’une manière relativement équitable les gains de productivité du travail entre la bourgeoisie et les salariés.

Cela a lieu pendant la période de reconstruction d’après-guerre et l’expansion de la société de consommation.

Le général De Gaulle et Jean Monnet créent en janvier 1946 le commissariat général au plan. Différents plans se succèdent et le dernier (sixième) se termine en 1976–78. Pour plus de détails cliquez sur le lien : https://www.strategie.gouv.fr/actua...

Durant cette période, l’économie française est donc administrée. L’inspecteur des finances Giscard d’Estaing, ancien ministre de l’économie du général De Gaulle s’éloigne de celui-ci après les élections de 1969 et redevient ministre des finances, sous la présidence de Georges Pompidou (ancien président de la banque Rothschild). En janvier 1974, VGE fait passer une loi obligeant l’État français à emprunter sur les marchés financiers et non plus à la Banque de France. Peu de temps après, la dette publique commence à croître C’est donc à partir des années 1975, que s’impose progressivement en France l’économie dite néolibérale mettant fin à une économie administrée.

C’est précisément durant cette période que le néolibéralisme s’impose aux États-Unis avec l’élection de Reagan et en Angleterre avec l’élection de Thatcher.

Néanmoins la croissance de ce néolibéralisme en France est freinée politiquement par la présence d’un PCF relativement puissant (Jacques Duclos obtient 20 % des voix aux élections présidentielles de 1969) et un programme commun est signé entre les socialistes et communistes en 1972. La grande bourgeoisie organise un contre-feu par la création du Front National en octobre 1972 qui devrait freiner l’expansion de la « coalition socialo — communiste ».

C’est dans l’air du temps… : la Chine en 1978 abandonne l’économie planifiée pour passer à l’économie dite socialiste de marché.

Un bref coup d’arrêt au développement de cette économie néolibérale durant la présidence de Giscard d’Estaing (974–1981) est donné par l’élection de François Mitterrand en 1981. Cet arrêt est de courte durée puisque les socialistes adoptent alors majoritairement la ligne néolibérale à partir de 1983. Différentes vagues de privatisation annulent les nationalisations précédentes.

Bref, tout cela pour dire que le néolibéralisme en France ne démarre pas en 1983 mais un peu plus tôt.

2– Néolibéralisme : oui, un système de croyances mais n’oublions pas les rapports de classe

L’article a le mérite de décrire avec une certaine précision, non pas vraiment les motifs économiques, mais les motifs idéologiques de la dérive autoritaire de Macron.

Il est erroné ici de parler de compromis scientifiques l’économie néoclassique n’a aucune base scientifique solide, comme nous l’avons rappelé dans plusieurs articles.

Est décrit ici une forme de fanatisme idéologique que nous avons mentionné ailleurs. Elle se travestit, en effet, sous la forme d’une sorte de vérité transcendantale qui serait l’ultime réalité.

Un défaut de cet article est de ne pas faire apparaître clairement les rapports de classe et la notion de représentation (mentale) sociale.

Une des clés fondamentales de la domination idéologique de la classe dominante est de faire passer ses intérêts de classe en intérêt général, en intérêt du peuple, en intérêt de la France.

Le travail essentiel des Agents de Action Idéologique et de faire intégrer dans la tête plus grand nombre cette représentation.

La caractéristique principale d’une conscience politique aliénée est intégrée idéologiquement, politiquement, psychologiquement cette représentation mystificatrice.

Les dominants, forts de leur toute-puissance, partagent, pour la plupart, cette représentation de classe. C’est le cas de Macron et de tous ses soutiens. Défendre les riches, c’est donc aussi défendre les pauvres. Défendre le capital, c’est aussi défendre le travail.

Les dominés, qui votent à droite, à l’extrême droite, pour Macron, pour au centre, certains socialistes intègrent à des niveaux divers cette représentation confondant les intérêts de deux classes globalement antagoniques.

Cette confusion s’arc-boute sur une construction idéologique décrite, avec un certain brio, dans l’article

Cette confusion s’accompagne aussi souvent d’un mépris de classe prenant sa source dans une vision aristocratique du politique, le petit peuple étend incapable de réfléchir rationnellement par lui-même, sur le fait que la classe dominante intègre en son sein des clercs souvent des grandes écoles est supposée détenir le savoir suprême. C’est ce que Galbraith appelait déjà « techno structure ».

Ce mépris de classe peut même se propager au sein de la classe dominés : par exemple le mépris de certains salariés ou travailleurs indépendants de droite pour les « assistés », les chômeurs « qui ne veulent rien foutre », les immigrés « qui profitent de nos avantages sociaux », etc.

Pour le coup, restons simpliste : l’autoritarisme accompagnant le néolibéralisme a pour fonction de défendre avec becs et ongles des privilèges de la caste oligarchique dominante lorsque ceux-ci sont menacés par des mouvements sociaux et politiques.

3– Une référence à une vérité transcendante mais que devient le fameux pragmatisme cher aux libéraux ?

Les libéraux de tout poil se prétendent pragmatiques. Voici dans un langage simple comment ce « pragmatisme » s’exprime : « On prend telle ou telle mesure économique financière, et on regarde si ça marche ou si ça ne marche pas. Si ça marche, on prend, on garde ; si ça ne marche pas on jette et on essaie autre chose . Nous, on n’a pas besoin d’idéologie, deux grandes théories, c’est l’expérience qui tranche ! »

Alors examinons le cas du CICE pour ne prendre qu’un exemple Celui-ci est censé permettre une création massive d’emplois. Hollande essaie : : ça ne marche pas. On recommence : Macron essaie : ça ne marche pas. Le nombre d’emplois créés ne correspond pas du tout aux objectifs fixés.

Le CICE a-t-il été abandonné ? Non.

Alors comment expliquer une telle persévérance dans l’erreur ? Par ailleurs, une étude du FMI, a montré que les mesures permettant d’accroître le montant de dividendes des actionnaires ne permettait pas d’améliorer la croissance.

Pour expliquer une telle attitude de déni de l’inefficacité de la mesure, par les néolibéraux on peut se référer à un aveuglement idéologique tel qu’il est décrit dans l’article ou tout simplement par un pragmatisme non pas au service de l’intérêt général mais au service d’une caste oligarchique.

Car en effet le CICE, « ça marche » pour augmenter les marges et remplir les poches des actionnaires mais ça ne marche pas pour créer de l’emploi du pouvoir d’achat pour les salariés.

Alors, restons simpliste : les ultralibéraux construisent des représentations idéologiques pour légitimer, avec leurs Agents de Action Idéologique, un système économique au service d’une caste oligarchique. Lorsque les privilèges de cette caste sont menacés par un mouvement social ou un mouvement politique, le pouvoir en place use de toutes les ressources autoritaires pour pérenniser la domination de cette caste. D’où une la mobilisation du toutes les ressources institutionnelles et régaliennes contre de tels mouvements.

Le néolibéralisme devient un néo autoritarisme.

Hervé Debonrivage


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