Népal : révolution communiste sur le toit du monde ?

samedi 8 décembre 2018.
 

B) Népal. Un premier ministre communiste pour le premier gouvernement républicain sur le toit du monde (automne 2015)

Le premier gouvernement républicain de l’histoire récente du Népal sera donc dirigé par un communiste. Dimanche, Khadga Prashad Sharma Oli (Parti communiste du Népal – marxiste-léniniste unifié, CPN-UML) a été élu par les deux tiers de l’Assemblée législative avec 338 voix sur 597. Le score est donc sans appel pour le premier ministre sortant Sushil Koirala (Congrès népalais). Opposant à la monarchie depuis la fin des années 1960, K .P. Sharma Oli entre en clandestinité lorsqu’il rejoint les rangs du Parti communiste en 1970. Il est arrêté une première fois avant de prendre une part active dans la rébellion de Jhapa en 1972. De nouveau arrêté, il passera quatorze années en prison. À la chute du régime Panchayat en 1990, et à la faveur de la transition démocratique, Khadga Prashad Sharma Oli construit sa popularité. Originaire des montagnes de l’Est, il a été député avant d’accéder aux postes de ministres de l’Intérieur puis des Affaires étrangères.

Reconstruction du pays

Le nouveau chef du gouvernement, soutenu par les maoïstes (Parti communiste unifié du Népal – maoïste), a assuré que sa priorité résidait dans la reconstruction titanesque du pays, dont le coût est estimé à 20 % du PIB, après les tremblements de terre dévastateurs d’avril et mai derniers qui causèrent la mort de 8 900 personnes. «  Notre pays a été dévasté par le séisme. J’accélérerai le processus de reconstruction  », a-t-il dit devant les députés.

Malgré les sympathies prochinoises du nouveau premier ministre népalais, le premier ministre conservateur indien lui a adressé ses félicitations. Narendra Modi «  a expliqué que nous avons toujours défendu la paix, la prospérité et le progrès du Népal, qui est aussi dans l’intérêt de l’Inde. L’Inde continuera à apporter toute l’aide, conformément aux aspirations du peuple du Népal, pour la paix, la stabilité et le développement socio-économique du pays  », a défendu le ministère des Affaires étrangères indien.

Très attentive à la situation tendue qui règne au sud du Népal depuis des semaines depuis la promulgation de la Constitution, l’Inde a décrété le blocus la semaine dernière. Alors que la minorité madhesie d’origine indienne, qui s’estime lésée par la nouvelle loi fondamentale, multiplie les manifestations dans la province du Teraï, New Delhi a fermé plusieurs postes-frontières par lesquels transitent le fioul et les denrées alimentaires vers la capitale, Katmandou. Amateur d’échecs, Khadga Prashad Sharma Oli ne devrait pas tarder à être mis à l’épreuve par ses puissants voisins.

A) Népal : révolution communiste sur le toit du monde ?

Durant quelques jours du mois d’avril 2006, les radios, journaux et télévisions ont livré sans cesse quelques petits reportages sensationnels sur le Népal. Une véritable crise révolutionnaire y avait éclaté face à une dictature royale, soutenue par une armée redoutable, connue pour les sales méthodes de sa sale guerre contre les guérillas, et par les gouvernements indiens, américains, chinois, européens.

Que demandaient les manifestants dont le nombre augmentait de jour en jour ? la restauration des libertés civiles et du Parlement. Deux autres objectifs sont apparus au cours de cette crise qui présentent également un intérêt pour nous : d’une part la demande de convocation d’une Assemblée constituante pour décider de la nature du régime politique népalais (nous demandons quant à nous une Constituante européenne), d’autre part l’importance prise par la question de la laïcité dans ce pays aux nombreuses religions. Nous qui entendons souvent des "laïques ouverts et modérés" justifier leur manque de combativité par le fait que "le mot laïcité n’existe qu’en français" avons été surpris d’apprendre qu’il existe en népalais (dharmanipeksh).

Ce pays d’Asie, perché sur les contreforts de l’Himalaya, compte de 25 à 28 millions d’habitants ; il occupe une position stratégique entre l’Inde et la Chine. Sa capitale Katmandou attirait les plus voyageurs parmi la génération des années 68. Durant 150 ans, cette région aux rudes conditions de vie avait fourni des soldats d’élite aux Britanniques (les Gurkhas).

L’histoire récente de ce pays ne manque pas d’intérêt ; dans les années 1950, le Népal participe à la poussée tiers mondiste démocratique ; en 1959, les premières élections législatives sont remportées par un parti socialiste modéré : le parti du congrès népalais. Les Etats Unis fomentent à l’époque des coups d’états militaires, partout dans le "Tiers Monde" contre les gouvernements de gauche démocratiquement élus. En 1962, le roi dissout l’Assemblée, démet le gouvernement, instaure une monarchie absolue participative ( appuyée sur une pyramide de conseils partant des villages).

Dans ce pays rural divisé entre grands propriétaires féodaux vivant dans l’opulance et petits paysans vivant dans la misère, la principale question, c’est celle des réformes agraires. Après d’innombrables palabres et promesses non tenues, des ruraux commencent au début des années 90 à appliquer eux mêmes une mini réforme agraire. La répression militaire et policière est atroce, écoeurante, démesurée. Presque tous les dirigeants sont tués.

Le 12 février 1996, deux ans après les zapatistes du Mexique, des paysans, dont quelques survivants des occupations de terres précédentes, reprennent la lutte, mais cette fois-ci armés. Ainsi commence la "guerre du peuple" dans le but d’établir une "république communiste" ou "démocratie populaire" ( ne pas oublier les traditions paysannes communautaires de cette région). Malgré l’aide militaire massive des Etats Unis, renforcée ces dernières années sous prétexte de lutte contre Al Qaïda (moins de 5% des Népalais sont musulmans), malgré une répression de grande ampleur (13000 morts), dix ans plus tard, les guerrillas tiennent toujours.

Qui dirige le pays pendant ce temps ? une royauté de type antique. Le 1er juin 2001, le prince héritier ivre d’alcool et de cocaïne, tue son père, sa mère et dix autres membres de la famille avant de se "suicider", laissant la place à son frère Gyanendra que les Etats Unis vont soutenir. En février 2005, celui-ci s’octroie les pleins pouvoirs, proclame l’état d’urgence, dissout le Parlement, suspend les partis, incarcère des dirigeants politiques "classiques". C’est ainsi que la guerrilla "maoïste" et les sept partis "démocratiques" dont des libéraux, s’allient contre le roi soutenu par l’armée et les Etats Unis.

La principale force des opposants à la royauté et au féodalisme, aura été leur détermintion : sept semaines de mobilisation, dix huit jours de grève générale, 12 morts des centaines de blessés. Cette détermination aura vaincu toutes les combines pourries entre le roi et les partis "institutionnels" que les chancelleries du monde entier et en particulier d’Europe auront tenté de faire aboutir.

Nous craignions l’isolement des Népalais, la répression, l’usure de la grève générale, les tractations de sommet... Puis nous avons lu le 22 avril 2006 une sorte de communiqué de première victoire des Népalais, émanant de l’AFP :

"C’est la victoire du Peuple !" Le cri explose dans la nuit et c’est en vainqueurs qu’ils avancent par milliers dans le centre de Katmandou, vers le Palais royal honni le matin, après l’annonce du rétablissement du Parlement dissous en 2002 par le roi du Népal.

Après des jours et des jours de cris et de sang, de haine et d’espoir, ils déferlent dans l’obscurité, certains jusqu’à à peine 600 mètres du Palais royal symbole de la monarchie et but ultime des manifestations contre le roi Gyanendra.

"C’est la victoire du Peuple !" "Vive la démocratie !" De tous les côtés ils déferlent, par grappes, d’abord applaudis au passage par des badauds, puis par milliers jubilant, criant, sautant en l’air, chantant, sifflant. Des hommes et des femmes, beaucoup de jeunes gens - qui le matin encore affrontaient les forces de l’ordre - mais aussi des personnes plus âgées. Certains sont en pyjamas. Des voitures klaxonnent, d’autres font des appels de phares.

"Nous avons gagné la bataille, la bataille de la démocratie", lance Avhinay Jha, étudiant de 20 ans, qui savoure la manifestation de la victoire après être descendu chaque jour dans la rue depuis le début du mouvement de protestation contre le souverain qui a pris les pleins pouvoirs le 1er février 2005. "C’est tout simplement notre bonheur que nous célébrons, la victoire du peuple. Maintenant, nous avons notre souveraineté !", dit un autre P.K. Sinha, pharmacien de 54 ans.

Le roi a accepté lundi soir tard la demande de l’opposition de rétablir le Parlement qu’il avait dissous en 2002. C’était une exigence clé de l’alliance des sept principaux partis politiques à l’origine de ce mouvement de protestation sans précédent. "Nous sommes fiers du sang versé, nous sommes fiers de notre peuple", lance Rashul Jha, adolescent de 15 ans qui comme beaucoup d’autres a lancé des pierres contre les policiers au péril de sa vie. Toutes les manifestations avaient été interdites dans le centre de la capitale népalaise depuis le début du mouvement le 6 avril.

Chaque jour depuis, ils avaient été des milliers puis des dizaines et des centaines de milliers à manifester à la périphérie de la capitale, tentant de forcer les barrages vers le Palais, au prix du sang. Au moins 14 manifestants ont été tués par des tirs des forces de l’ordre, des centaines ont été blessés. "Maintenant, les voeux des martyrs doivent être exaucés", dit Keshav Gautem, lycéen de 18 ans.

Cette nuit de lundi à mardi, manifestants et forces de sécurité se rapprochent après avoir lancé des pierres pour les premiers, ouvert le feu pour les seconds. Ils s’interpellent, se saluent, se sourient. Heureux d’avoir enfin fait plier le roi, certains mettent cependant un bémol à leur joie. Dans son adresse à la nation, le roi n’a pas parlé d’Assemblée constituante, une autre demande clé de l’opposition et des rebelles maoïstes qui ont soutenu le mouvement. "La chose vraiment importante, c’est que nous voulons une Assemblée constituante. Les problèmes fondamentaux du pays ne peuvent être résolus sans Assemblée constituante. C’est une étape vers la victoire mais ce n’est pas la victoire totale", estime Keshav Gautem.

D’autres, attendent de voir, échaudés par les vaines promesses du roi ces dernières années d’organiser des élections et de rétablir la démocratie et par ses décisions unilatérales et intempestives de limoger des gouvernements ou de s’arroger les pouvoirs absolus. Peu à peu aussi, la rue est allée au-delà des partis politiques, demandant l’instauration d’une République et le départ du roi, comme le souhaitent d’ailleurs les maoïstes en lutte contre la monarchie depuis 10 ans".

Quand de grandes luttes populaires réussissent en Bolivie et au Népal, il est temps que certains dirigeants européens revoient leurs théories sur "l’éclatement et l’individualisation des salariés" dans un contexte marqué par "la victoire du capitalisme".


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