Le système de corruption généralisé qui règne au FN...

dimanche 5 mars 2017.
 

Gaël Nofri a été conseiller de Marine Le Pen pour la campagne de 2012, avant de prendre ses distances avec le Front national. Il assure avoir été rémunéré par un contrat fictif et dénonce plus largement le "système de corruption généralisé" mis en place par le parti pendant la campagne. Un système que ne pouvait pas ignorer Marine Le Pen, a-t-il assuré à LCI.

Après la parution du compte-rendu d’audition de Marine Le Pen par l’Olaf, Mediapart et Marianne ont mis en ligne un nouveau volet de leur enquête sur le Front national, samedi 25 février. Les deux médias y révèlent que Gaël Nofri, ancien conseiller de Marine Le Pen en région Paca, aurait été rémunéré, pendant la campagne présidentielle de 2012, par un contrat fictif au cabinet de l’expert-comptable du Front national Nicolas Crochet. Interrogé par LCI, Gaël Nofri est revenu sur les faits, et sur les accusations de corruption plus générales qu’il formule envers le parti frontiste.

D’assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen à employé d’un cabinet d’expert-comptable : le contrat "fictif" de Gaël Nofri

En septembre 2011, Gaël Nofri rejoint l’équipe de campagne de Marine Le Pen. Il devient conseiller chargé des services publics auprès de la présidente frontiste, et est investi candidat aux législatives dans les Alpes-Maritimes. "Mon contrat et mes missions devaient courir jusqu’à la fin du mois de juin 2012, après les législatives. Puis les choses ont évolué, en avril on m’a demandé de mettre fin à mon contrat au 1er mai", nous explique le conseiller municipal niçois, désormais passé chez Les Républicains. Jusqu’ici, Gaël Nofri ne remarque rien de suspect dans sa situation : même s’il ne reçoit pas ses fiches de paie, il touche son argent tous les mois. "Vous vous dites que ce sera régularisé, que vous les recevrez un jour lorsque la campagne sera terminée", raconte-t-il. Mais à la fin de celle-ci, il se met à recevoir des feuilles de paie du Parlement européen. Sur ces fiches de paie mensuelles de 4500 euros (de janvier à avril 2012) retrouvées par la justice dans le cadre de l’enquête sur le financement des campagnes de 2012, Gaël Nofri y apparaît comme assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen. "Or, je n’ai jamais signé de contrat d’assistant parlementaire européen pour Jean-Marie Le Pen", assure-t-il.

En juin 2012, l’inscription de Gaël Nofri à Pôle emploi est refusée car ses cotisations sociales n’ont pas été versées. Il demande alors des explications à Marine Le Pen, qui le renvoie vers Nicolas Crochet. Ce dernier, via son cabinet Amboise audit, est l’expert-comptable attitré du Front national. Il est chargé de certifier les comptes de campagne des candidats et établit les contrats et bulletins de paie des assistants locaux des eurodéputés.

Gaël Nofri remarque que le contrat écrit par Nicolas Crochet comporte des erreurs le concernant, mais il le signe tout de même. "J’assume. Je n’avais plus d’emploi, plus de salaire. Quand vous ne pouvez déposer de dossier nulle part (à Pôle emploi, ndlr), vous prenez ce qu’il y a. J’aurais pu ne pas le signer, mais dans ce cas-là, j’attendrais toujours d’avoir ce à quoi j’ai droit. Je suis père de famille, je devais nourrir les miens. Et je n’étais personnellement responsable de rien."

Un "système de corruption généralisé"

Gaël Nofri dénonce également "le système de corruption généralisé" qui aurait régné au sein du parti lors de la campagne de 2012. Reprenant les accusations formulées par la justice à l’encontre du FN, il lui reproche d’avoir, via le micro-parti Jeanne, imposé la surfacturation des kits de campagne aux candidats aux législatives. Une fois investis, ces derniers devaient acquérir un kit unique de campagne (affiches, tracts, expertise comptable, page web...) élaboré par un prestataire unique : Riwal (dirigée par Frédéric Chatillon, un proche de Marine Le Pen depuis toujours, mis en examen dans cette affaire). "Le FN s’en est servi pour récupérer de l’argent sur le dos de l’Etat", enfonce le conseiller municipal de la ville de Nice et "les candidats qui refusaient ces kits étaient exclus", ajoute-t-il.

Selon lui, Marine Le Pen ne pouvait pas l’ignorer

"Oui, Marine Le Pen savait, cela ne fait aucun doute", nous assure Gaël Nofri - un mail publié par Mediapart et Marianne en atteste. "J’ai eu des échanges avec elle à ce sujet. Elle ne m’a jamais répondu personnellement. Elle savait peut-être que les choses n’étaient pas claires."

Pourquoi cette affaire sort cinq ans après les faits, au cours d’une nouvelle campagne présidentielle ?

Gaël Nofri, qui est depuis passé chez Les Républicains, s’empresse de nous expliquer qu’il n’y est pour rien. "J’ai dénoncé tout cela en 2014. Si ça éclate maintenant, c’est que des journalistes ont ressorti l’affaire." Mediapart et Marianne enquêtent depuis plusieurs mois sur le FN, ils ont déjà publié plusieurs articles sur les soupçons d’emplois fictifs d’assistants frontistes au Parlement européen. "Moi je n’avais pas envie que ça sorte, je trouve que le timing est mal choisi. Cela ne renforce ni la justice ni la démocratie", conclut Gaël Nofri.

Justine Faure


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