Projet Macron : simple « relookage » des recettes éculées du quinquennat Hollande

dimanche 16 avril 2017.
 

On allait voir ce qu’on allait voir. Après avoir brassé du vent pendant des mois grâce à une communication impressionniste consistant à saupoudrer de temps à autre une proposition lors d’un meeting, le candidat d’En marche ! s’est résolu à dévoiler son programme économique vendredi, simple « relookage » d’un quinquennat qui a échoué à conjurer le chômage de masse. Loin de la « révolution » annoncée, ses principales propositions s’inspirent des vieilles recettes libérales éculées et s’inscrivent dans la continuité du bilan de François Hollande.

Alors que même François Fillon s’est résigné à repousser l’objectif de réduction du déficit public sous la barre des 3 % du PIB d’ici à… 2020, Emmanuel Macron compte jouer les premiers de la classe de Bruxelles en annonçant le même objectif, mais pour 2017 ! Déjà en 2012, alors secrétaire adjoint de l’Élysée, c’est lui qui avait œuvré à enterrer au plus vite la promesse phare de François Hollande de renégocier le pacte budgétaire européen (TSCG). Le 14 mars, le candidat d’En marche ! devrait même se rendre en Allemagne, pour y rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel, qui regarde avec attention la percée du nouveau poulain de l’austérité – et qui s’était déjà félicitée de l’adoption de la loi Macron.

L’enterrement pur et simple de l’assurance-chômage

Pour rester dans les clous de Bruxelles, le candidat propose sans surprise une baisse drastique des dépenses publiques de 60 milliards d’euros, un objectif similaire à celui que s’était fixé François Hollande en 2012. Pour cela, il vise « 25 milliards d’économies sur la sphère sociale », dont 15 milliards sur l’assurance-maladie et 10 milliards sur l’assurance-chômage, « grâce aux réformes structurelles ». Mais c’est l’enterrement pur et simple de l’assurance-chômage que propose en réalité Emmanuel Macron, qui compte dégager les syndicats de la gestion du régime et substituer l’impôt de tous aux cotisations patronales. Celles-ci seraient en effet abaissées de six points et contrebalancées par une hausse de la CSG (Contribution sociale généralisée). Autrement dit, ce sont les salariés et les retraités qui paieront l’addition quand le patronat verra ses bénéfices progresser. Car l’ancien ministre de l’Économie ne s’en cache pas et n’est pas plus l’ennemi de la finance que François Hollande : pas une ligne dans son programme sur le comportement des banques, par exemple. En termes de fiscalité également, le capital peut déjà se frotter les mains : en plus d’un allégement substantiel de l’ISF, l’ancien associé de la banque Rothschild propose un prélèvement forfaitaire unique « au taux de l’ordre de 30 % », prélèvements sociaux inclus, qui constituera un avantage substantiel pour les foyers imposés aux taux marginaux les plus élevés.

La fonction publique pourrait être l’autre victime collatérale du projet Macron. Car le candidat a beau s’en défendre comme un diable en déclarant aux Échos ne pas vouloir toucher au statut de fonctionnaire, il évoque la possibilité de « recruter hors du statut ». Une manière de remplacer les postes supprimés par des contractuels. Le candidat d’En marche ! compte en effet réduire de 120 000 le nombre de fonctionnaires, dont 70 000 dans les collectivités territoriales. « Aujourd’hui, quand l’État décide d’augmenter les salaires des fonctionnaires, les collectivités n’ont pas leur mot à dire. Ce sera désormais à elles de décider pour leurs agents », annonce-t-il, en plus d’une « récompense à la performance », dont le candidat se garde bien de préciser les critères. Cerise sur le gâteau, Emmanuel Macron veut réintroduire la journée de carence dans la fonction publique, instaurée par François Fillon en 2011, avant d’être supprimée par le gouvernement Ayrault, invoquant comme la droite « le principe d’équité ». Pourtant, lui-même était monté au créneau à l’Assemblée nationale contre cette mesure avec des arguments de bon sens  : « Si l’on examine de près la situation des salariés du privé, on s’aperçoit que les deux tiers d’entre eux sont couverts par des conventions collectives qui prennent en charge les jours de carence », déclarait-il alors. Une volte-face qui ne sera pas la dernière.

Haro sur la Taxe d’habitation

L’Association des maires de France (AMF) exprime son inquiétude devant la promesse d’Emmanuel Macron d’exonérer 80 % de la population de la taxe d’habitation, privant ainsi les communes, et leurs intercommunalités, de 10 milliards de recettes, soit une perte de 36 % de l’ensemble de leurs ressources propres. D’autant que cette mesure serait «  non financée car l’État, depuis longtemps, ne compense plus réellement les conséquences de ses propres décisions  », ajoute l’AMF, qui y voit une remise en cause de la libre administration des collectivités locales et de «  leur capacité d’assurer les services publics essentiels  ».

Maud Vergnol Chef de la rubrique Politique de l’Humanité


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