Le maréchal dictateur Mobutu, dictateur du Zaïre et pion de la CIA

lundi 9 juillet 2018.
 

Chouchou des USA et des démocraties occidentales durant 32 ans, il représente un cas type des dictateurs sanguinaires et corrompus installés par la CIA dans les années 1964 à 1978.

A) Le Congo, un pays riche, pillé et détruit par la Belgique

Dès le début de sa colonisation par la Belgique, le Congo a subi une ignoble exploitation. Le roi Léopold II justifie ainsi la terreur et le travail esclavagiste, le 11 décembre 1906 « Quand on traite une race composée de cannibales depuis des milliers d’années, il est nécessaire d’utiliser des méthodes qui secoueront au mieux leur paresse et leur feront comprendre l’aspect sain du travail ». Il accapare une grande partie des terres qui deviennent propriété d’Etat, donc du roi belge.

Plusieurs auteurs spécialisés sur cette période emploient le terme de génocide belge aux dépens des Congolais, la population estimée ayant chuté d’environ 20 millions à environ dix millions. Pour le moins, le roi des Belges et ses soutiens sont responsables de nombreux et terribles crimes contre l’humanité.

Voici comment le Comité pour l’Annulation de la dette du Tiers Monde décrit l’exploitation économique du pays sur la fin du 19ème et début 20ème siècles. Léopold II exploite systématiquement la population qu’il réussit à dominer notamment par la création de la Force publique, en exigeant de cette population qu’elle récolte du latex (du caoutchouc naturel), des défenses d’éléphants, et qu’elle fournisse la nourriture nécessaire aux besoins des colons. Le roi s’octroie un monopole sur à peu près toutes les activités et les richesses du Congo. Son modèle implique une récolte maximale des richesses naturelles du Congo par des moyens qui n’ont rien à voir avec des méthodes directement modernes de production industrielle. Non, il s’agit de forcer la population congolaise à récolter le latex pour ramener obligatoirement une certaine quantité par tête, à chasser pour ramener d’énormes quantités de défenses d’éléphants. Léopold II entretient une force coloniale dotée d’une armée principalement composée de Congolais et commandée entièrement par des Belges, pour imposer le respect de l’ordre colonial et le respect des obligations de rendement. Il utilisera systématiquement des méthodes d’une absolue brutalité. Par tête d’habitant, il fallait ramener tant de caoutchouc.

Pour forcer les chefs de villages et les hommes à partir à la cueillette, on emprisonnait leurs femmes dans des camps de concentration où elles étaient régulièrement soumises à des sévices sexuels de la part des colons ou des Congolais de la Force publique. Si l’on n’obtenait pas les résultats et les quantités obligatoires, on tuait pour faire des « exemples », ou on mutilait. Des photos de l’époque montrent des personnes victimes de ces mutilations, qui avaient un sens tout à fait précis. Les soldats de la Force publique devaient faire la preuve qu’ils avaient utilisé chaque cartouche à bon escient : ils devaient donc ramener une main coupée pour prouver que la cartouche avait bien servi à tuer un Congolais. La vision, la politique de Léopold II, roi des Belges et représentant des intérêts de la Belgique, du peuple belge, correspondait donc à un mode de colonisation extrêmement brutal.

Il dit d’ailleurs à propos du modèle de colonisation : « Soutenir que tout ce que le blanc fera produire au pays doit être dépensé uniquement en Afrique et au profit des noirs est une véritable hérésie, une injustice et une faute qui, si elle pouvait se traduire en fait, arrêterait net la marche de la civilisation au Congo. L’Etat qui n’a pu devenir un Etat qu’avec l’actif concours des blancs, doit être utile aux deux races et faire à chacune sa juste part. ». Manifestement la part qui revient au Congolais, c’est le travail forcé, la chicote et les mains coupées. Sur la question de l’exploitation sauvage du caoutchouc, je donnerai seulement quelques chiffres : l’exploitation du caoutchouc commence en 1893 et est liée aux besoins en pneumatiques de l’industrie automobile naissante et du développement de la bicyclette. On produit 33.000 kilos de caoutchouc en 1895, on en récolte 50.000 kilos en 1896, 278.000 kilos en 1897, 508.000 kilos en 1898… Les récoltes absolument énormes vont donc rapporter des bénéfices extraordinaires aux sociétés privées que Léopold II a créées, et dont il est l’actionnaire principal, pour gérer des affaires de l’État indépendant du Congo. Le prix du kilo de caoutchouc à l’embouchure du fleuve Congo est de 60 fois inférieur au prix de vente en Belgique.

B) Le Congo, un pays riche, pillé et détruit par les Etats capitalistes et leurs grandes entreprises

En 1955, le gouvernement belge envisage une décolonisation du Congo sur 30 ans. La Guerre d’Algérie, le processus de décolonisation de l’Afrique noire, les émeutes des 4 et 5 janvier 1959 à Léopoldville l’obligent à précipiter ce choix tout en cherchant à conserver d’une part une main mise économique, d’autre part des dirigeants politiques à sa solde.

Les USA commencent déjà à préparer la relève de la Belgique en particulier en repérant des officiers pouvant être manipulés pour un coup d’état militaire, si nécessaire.

La popularité de Patrice Lumumba, animateur du Mouvement National Congolais va contrarier ce plan. Cet humaniste attaché aux objectifs d’émancipation du Tiers Monde remporte les élections puis est élu chef du gouvernement.

A partir de juillet 1960, l’armée belge appuyée par les USA, la France et la Grande Bretagne, mène une sécession de la province la plus riche du pays : le Katanga. Lumumba commet l’erreur de demander l’aide de l’ONU qui, en réalité, prépare sa mort politique et physique.

Mi-janvier 1961, un avion français avec pilote français enlève Lumumba, violemment tabassé tout au long du parcours. Des soldats arrachent les cheveux et la barbiche du premier ministre congolais et l’obligent à la manger.

A l’arrivée au Katanga, devant un parterre d’officiers belges, les trois dignitaires congolais sont à nouveau passés à tabac. Le contingent suédois de l’ONU, présent, n’intervient pas. D’après les informations dont nous disposons actuellement, c’est le service de renseignement britannique MI6 (en particulier sa diplomate espionne Daphné Park) qui supervise l’assassinat du premier Premier ministre du Congo indépendant (révélation d’un Lord, David Edward Lea).

"L’ombre de la CIA a plané sur l’opération" affirme un enquête de La Libre Belgique ; sans aucun doute. En 2001 une commission d’enquête parlementaire belge a conclu à la "responsabilité morale" de la Belgique qui a présenté ses excuses au Congo.

Dans la soirée du 17 janvier 1961, Lumumba, Okipo et Mpolo sont exécutés dans des conditions, semble-t-il, inhumaines.

C’est alors que la CIA met en avant son pion, le sinistre maréchal Mobutu, repéré par elle depuis plusieurs années. Dès le 14 septembre 1960, il s’impose comme l’homme fort du pays en tant que chef d’état-major de l’armée, mais utilise quelques civils pour masquer la réalité.« Il ne s’agit pas d’un coup d’État militaire, mais plutôt d’une simple révolution pacifique. L’armée va aider le pays a résoudre ses différents problèmes qui deviennent de plus en plus aigus » explique-t-il.

Le 24 novembre 1965, il réalise un second coup d’état prenant lui-même le pouvoir officiellement.

C’est le début d’un régime autocratique dirigé d’une main de fer. Éliminant au passage tout potentiel opposant au nouveau pouvoir. À l’instar d’Évariste Kimba, Premier ministre déchu et trois autres politiciens, accusés de comploter contre les nouvelles institutions avant d’être pendus début juin 1966. Le ton est donné. L’année suivante, le « citoyen-président » crée le Mouvement populaire de la révolution (MPR), le parti-État. Il en devient le « père fondateur ». Tous les Congolais sont de fait membres de la formation politique. (site web Jeune Afrique)

Le 16 mai 1997, la guérilla de Laurent-Désiré Kabila le renverse.

Ci-dessous deux extraits d’articles concernant les années de pouvoir de Mobutu.

B1) Mobutu, l’homme-léopard qui a ravagé le Congo (Les Inrocks)

Tyran sanguinaire, mais allié fidèle de l’Occident, il avait fait de la colonie belge du Congo le Zaïre, un immense Etat dont il ne sut pas faire fructifier les richesses et unifier les populations et qui sombra dans le chaos. Une imposante biographie retrace l’existence de ce personnage hors normes.

Zaïre, années soixante-dix. Une curieuse séquence apparaît sur les écrans de télévision. Un charismatique homme noir, lunettes au nez et toque de léopard sur la tête, descend du ciel et surgit du fond des nuages. Cette scène céleste sera répétée chaque soir, juste avant le journal national. Spot de propagande, l’animation kitsch met en scène un homme bien trop grand pour le petit écran.

Celui qui émerge de la lumière s’appelle Mobutu. Mais ses surnoms – le Guide suprême”, le Tigre ou le roi du Zaïre – ou son titre officiel Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga (“Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter”) révèlent la mégalomanie du personnage et l’aura qu’il était parvenu à acquérir auprès de ses concitoyens.

De l’élimination de son rival charismatique Lumumba en 1960, son coup d’Etat de 1965 puis sa chute en 1997, Joseph-Désiré Mobutu est resté 32 ans à la tête de cet Etat immense, aux richesses potentielles énormes. Né en octobre 1930, il a pris le contrôle de la colonie belge du Congo, dont il a “africanisé” le nom en Zaïre avant de le faire sombrer dans la misère, la violence et la corruption. Son culte aigu de la personnalité, son nationalisme exacerbé et son éloquence lui ont permis d’incarner pendant une période une forme de renouveau de l’Afrique à la naissance des indépendances. La biographie que lui consacre aujourd’hui le journaliste Jean-Pierre Langellier met cependant en lumière sa mégalomanie assassine.

Source : http://www.lesinrocks.com/2017/04/1...

B2) « Mobutu » : un dictateur africain chouchou des démocrates occidentaux (RFI)

Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat financé par les Occidentaux qui voyaient en lui un rempart contre les communistes, l’homme avait fait régner la terreur dans son pays, éliminant méthodiquement ses opposants et spoliant son peuple. C’est cette histoire quasi-Shakespearienne de crimes de sang, de corruption et de pillage que raconte le journaliste Jean-Pierre Langellier dans la biographie qu’il vient de consacrer au dictateur congolais, mort quelques mois seulement après son départ précipité de son pays. Correspondant en Afrique du quotidien Le Monde entre 1979 et 1983, le journaliste français avait rencontré à plusieurs reprises le chef d’Etat zaïrois.

Les grandes étapes de la vie de Mobutu sont connues. Il est entré dans la vie politique en tant qu’ami et confident de l’éphémère premier Premier ministre du Congo indépendant, Patrice Lumumba, avant de s’imposer en profitant des rivalités entre le Premier ministre et le président. Il a surtout profité des craintes de la Belgique, l’ex-puissance coloniale, de voir sa mainmise sur les immenses ressources du Congo mise en cause à court terme par le pouvoir postcolonial. Il sera aussi son bourreau.

Le biographe de Mobutu raconte aussi comment son protagoniste fut très vite repéré par la CIA qui l’a instrumentalisé dans sa « guerre froide » contre les communistes. Le long règne de Mobutu a été aussi marqué par des atrocités commises contre les opposants au régime (l’assassinat de l’opposant Pierre Mulele en 1967, le massacre des étudiants du campus de Lumumbashi en 1991) et la corruption qui avait atteint des proportions jamais égalées ailleurs en Afrique. « La terreur et l’argent étaient les principaux ressorts du mobutisme », proclame Langellier.

Source : http://www.rfi.fr/afrique/20170516-...


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