2017 : La semaine de clôture

mardi 23 janvier 2018.
 

Cette fin d’année me trouve frais et dispo. Quoique je n’ai eu aucun coup de blues ni déprime que m’ont attribué les bavards médiatiques, j’avais bien besoin d’une bonne montée au créneau de luttes après le big flop syndical sur les ordonnances. J’ai donc repris des forces au combat parlementaire contre la loi sur la sélection à l’Université. Mais j’ai assisté avec un vif plaisir à l’épuisement nerveux prévisible de la majorité parlementaire.

Il y fonctionne dorénavant des groupes de soutien psychologique. La crise frappe à tous les étages. Les pétages de plomb à répétition du sieur François de Rugy annonçant au perchoir qu’il modifiera la Constitution si les députés ne sont pas sages nous ont bien distraits. Autant que ses crises d’autorité à propos des teeshirts. Pauvre petit bonhomme ! On se souvient des moqueries de tous ces importants quand on leur disait qu’il fallait des vacances et que les séances de nuit étaient plus usantes que tout le reste ? Et leurs larbins dans les médias qui glosaient ! Ah ! Ah ! Attendez la suite, vous ne serez pas déçu. Tel est le sort promis aux armées d’opéras.

Pour le reste, je ne me risque pas à un bilan. Je méditerai ça au calme. Chaque mot pouvant donner lieu à buzz repris en boucle, le silence et l’absence sont devenus des stratégies de communication qui en valent d’autres. On a vu ce qu’il pouvait en coûter d’aller « parler aux Français » depuis une tribune glauque comme je l’ai fait en faisant confiance à France 2 et son « Émission politique ». De toute façon je nous crois tous capables d’aller à l’essentiel du sens qui se dégage de ces douze mois.

Pour le peuple français, ce fut une grande calamité que d’avoir été privé du choix entre le Macronisme d’un côté et nous de l’autre. Car c’est l’alternative politique réelle à ce moment de l’Histoire. Le libéralisme ou l’humanisme politique. Le deuxième tour, piège à gogos, préparé de longue main, et sauvé en dernière minute par de valeureux chiens de garde, a fonctionné. Le Pen a donc été rejetée et, donc, Macron est élu. L’oligarchie a pavoisé. Depuis, les 90 % de la presse tenus par 9 milliardaires ne reculent plus devant aucun ridicule pour encenser leur poulain. Car le président des riches les a gavés d’argent comme personne avant lui en aussi peu de temps. Plus de dix milliards en direct sur leurs biens personnels. Et le maintien de tout ce que Hollande avait déjà donné. Au peuple de payer ce lourd tribut.

Pauvre peuple. Au premier choc, une terrible défaite lui a été infligée sur ce qui est l’essentiel de son quotidien : le code du travail. La tactique macronienne du choc frontal a payé. Epuisé par la bataille sans issue contre la loi El Khomri, dirigé d’après d’étroits calculs boutiquiers, le mouvement social s’est dilué dans le sable des journées d’action sans horizon et sans union. Le reste a suivi quasi sans combat social organisé. Loi de finances pour les riches, loi de finances sur la sécu amputée de 5 milliards, loi Université et ainsi de suite : tout y est passé.

Pourquoi se gêner ? Le PS s’est quasiment auto-dissous, les Verts ont disparu et ce qu’il reste de PCF met davantage d’énergie à nous tirer dessus qu’à faire quoique ce soit d’autre. Mais la faiblesse de Macron est qu’il ne peut compter que sur des effets résultant de l’auto-blocage de ces appareils pour avancer. Il n’y a pas, si peu que ce soit, de dynamique populaire pour lui. Mais il est vrai qu’il s’installe à droite en devenant son leader d’évidence. Et cela d’autant plus après l’élection de Wauquier à la tête du parti Républicain. Il a donc assuré son emprise à droite et il l’élargit d’heure en heure. Il avance dans un concert de louanges et de servilité grisant. Il peut croire qu’il va s’envoler. Mais il sait bien qu’il n’en est rien. C’est pourquoi il est engagé dans une charge permanente.

Patience. Ne pas lâcher prise. Front après front, tenir la tranchée. Le reste suivra inéluctablement. Ma thèse est qu’à la première place qui résistera, il trébuchera. D’un côté il n’y a pas de majorité pour sa politique. De l’autre le dégagisme n’a rien perdu de sa vigueur. Ce fut d’ailleurs l’année du dégagisme le plus éclatant. Après la présidentielle et les législatives, chacune sous sa forme, le dégagisme a continué sa pénétration en profondeur. Le vote en Corse l’a démontré, une fois de plus, pour clore l’année électorale.

Dans ce contexte, pour nous, ce fut une année remarquable. Celle où nous avons fait 20% des voix à l’élection présidentielle, celle où nous sommes devenus un mouvement politique de masse à travers la tenue de trois Conventions et la collecte de six cent mille signatures d’appuis à notre programme politique, celle où nous avons constitué à nous seuls un groupe politique à l’Assemblée nationale. Celle où chacun a compris que la suite est dans nos rangs. Et que nous construisons de la cave au toit une nouvelle maison pour tous.

Là encore il faut de la patience. Même le « rassemblement de la gauche » si cher aux vieux appareils ne nous mène pas à plus de trente-cinq pour cent. À supposer que les additions fonctionnent, ce qui n’est pas le cas, il faudrait alors se demander comment arriver à 51 %. Avec l’union des ambiguïtés et le cortège des bilans personnels à trainer, c’est impossible. Plus que jamais « fédérer le peuple » est le chemin pour nous. Il n’y a pas le choix. C’est un travail en profondeur et en patience à accomplir. Il ne se traite pas comme par le passé en appuyant sur d’improbables boutons à mobilisations qui de toute façon n’existent plus. Tout part du terrain, de son auto-organisation, sans raccourci, sans tambour ni trompette.

Ce travail sérieux est lancé. Il faut des mois pour que des objectifs de cette nature infusent dans la profondeur des réseaux de notre mouvement dans un environnement social amplement en état de choc et de sidération. Mais c’est lancé. Ville après ville les insoumis mettent en place des agendas d’action. Evidemment, à la rentrée, nous retrouvons le travail de mobilisation contre la loi sur la sélection à l’entrée de l’Université. Les rendez-vous d’action sont fixés. Chacun est appelé à tenir son poste de combat avec sérieux et opiniâtreté. Ce sera le code de conduite pour toute l’année qui vient. Marcher sur deux jambes : la vie institutionnelle démocratique, la vie d’éclaireurs des chemins de luttes. Il ne fait aucun doute que les envies de mobilisations et les luttes en cours expriment un état du pays plus propice qu’il n’y parait. Et nous avons un avantage rare dans la sphère politique : nous savons ce que nous voulons et comment y parvenir.


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