Bolivie, pays très pauvre, défend l’intérêt de sa population. Un exemple contre toutes les capitulations passées et présentes.

mercredi 23 octobre 2019.
 

Nous saurons d’ici quelques années jusqu’où le gouvernement du Mouvement d’Action vers le Socialisme bolivien aura réussi à aller dans ses objectifs sociaux et démocratiques. Constatons déjà qu’il essaie de défendre l’intérêt de son peuple et des peuples, sans capituler par avance sous les diktats du capitalisme financier transnational. Constatons qu’une telle attitude renforce le camp de la gauche et des peuples partout dans le monde ; à nous de contribuer aussi au rapport de force pour les aider à avancer.

Le président de Bolivie a également le sens des symboles. Il s’était réclamé, poing levé, du Che Guevara, lors de son discours d’investiture. Il vient de choisir le 1er mai 2006, lors d’une cérémonie à Carapari, pour annoncer la nationalisation de tous les hydrocarbures du pays, où l’armée a pris le contrôle des gisements gaziers et pétroliers.

Tout militant politique doit essayer d’analyser la façon dont se construit une victoire sociale et politique, même lorsqu’elle est conjoncturelle ou partielle. C’est d’autant plus important lorsque se développe une phase internationale de montée de la combativité.

La Bolivie, un pays porteur d’expérience progressiste, à suivre durant les années à venir (Jacques Serieys)

A) Notes sur l’histoire de la Bolivie : capitalisme, dictature et profits étrangers

La brutale colonisation espagnole a donné naissance à des Etats marqués par la domination très répressive de la classe riche liée aux intérêts capitalistes internationaux. Ainsi, la Bolivie a connu :

- la dictature des caudillos barbaros de 1848 à 1884 (Manuel Belzú, de 1848 à 1855 ; Mariano Melgarejo, de 1864 à 1871 ; Hilarión Daza, 1876-1880) ; le développement économique (argent, guano, nitrate, quinine...) de certaines provinces enrichit surtout des compagnies étrangères.

- un Etat oligarchique du grand patronat (étain, argent) de 1884 à 1899 (32 000 électeurs sur 1,7 million d’habitants en 1888) puis un régime oppressif avec une élite patronale urbaine dominant les millions de paysans indiens et les artisans métis des villes.

La période 1937 à 1953 voit le développement d’une poussée sociale et démocratique qui se traduit par exemple par la nationalisation des concessions de la Standard Oil en 1937, création des syndicats de mineurs, congrès indigène de 1945. De nouveaux partis apparaissent comme la Gauche révolutionnaire et le Parti Ouvrier Révolutionnaire (trotskyste). Ainsi naît le Mouvement Nationaliste Révolutionnaire qui transforme profondément le pays dans les années 1952 à 1964 : suffrage universel, première réforme agraire, nationalisation des trois grandes compagnies de l’étain.

En 1964, les USA soutiennent activement le coup d’Etat militaire du général Barrientos qui casse la poussée sociale et démocratique bolivienne. Guevara estime que la lutte armée représente la seule option politique possible face à une telle dictature ; il est écrasé par l’armée largement aidée par des agents de la CIA. Les grèves ouvrières sont réprimées par des méthodes bien pires qu’Oradour sur Glane. Ainsi, l’armée extermine sous les bombes larguées de ses avions des populations entières à Catavi, Milluni, Alto La Paz, SigloXX, Huanuni...

Face à la renaissance de la combativité populaire dans les années 1968 à 1971, la CIA pousse à un nouveau coup d’Etat et à l’instauration d’un fascisme militaire particulièrement sanglant dirigé par le général Hugo Banzer.

Nous saurons d’ici quelques années jusqu’où le gouvernement du Mouvement d’Action vers le Socialisme bolivien aura réussi à aller dans ses objectifs sociaux et démocratiques. Constatons déjà qu’il essaie de défendre l’intérêt de son peuple et des peuples, sans capituler par avance sous les diktats du capitalisme financier transnational. Constatons qu’une telle attitude renforce le camp de la gauche et des peuples partout dans le monde ; à nous de contribuer aussi au rapport de force pour les aider à avancer.

Le président de Bolivie a également le sens des symboles. Il s’était réclamé, poing levé, du Che Guevara, lors de son discours d’investiture. Il vient de choisir le 1er mai 2006, lors d’une cérémonie à Carapari, pour annoncer la nationalisation de tous les hydrocarbures du pays, où l’armée a pris le contrôle des gisements gaziers et pétroliers.

Tout militant politique doit essayer d’analyser la façon dont se construit une victoire sociale et politique, même lorsqu’elle est conjoncturelle ou partielle. C’est d’autant plus important lorsque se développe une phase internationale de montée de la combativité.

B) La Bolivie sous domination impérialiste

La Bolivie a connu dans les années 1968 un mouvement social parmi les plus puissants de la planète mais il a aussi subi le rapport de forces de l’impérialisme américain faisant passer ses intérêts économiques avant toute autre considération. Ainsi, les droits démocratiques des Boliviens ont été foulés sous les bottes, les bombes, les assassinats, la terreur des militaires.

La dictature fascisante du général Hugo Banzer de 1971 à 1978 est exemplaire :

- formation de ce chien dans l’antre du fascisme militaire made in USA : la Escuela de las Américas à Panama.

- coup d’état militaire le 22 août 1971

- répression systématique des anticapitalistes et syndicalistes, participation à l’opération Condor pour éliminer les militants de la gauche radicale en Amérique latine

- interdiction des partis politiques

- corruption considérable de l’Etat, développement de l’industrie de la drogue en lien avec des intérêts financiers états-uniens.

De 1989 à 2003, la Bolivie a également subi la loi terrible de l’impérialisme sous forme d’une privatisation systématique de ses richesses. Ici aussi, la troïka (FMI, Banque mondiale, OMC) a sévi.

- privatisation de l’eau, « braderie » du gaz...

- 34 entreprises privatisées de 1989 à 1993, 41 de 1993 à 1997...

- glissement de l’impôt vers les populations pauvres

C) Du mouvement social face à l’impérialisme affameur au mouvement politique portant Morales à la présidence

Evo Morales a proclamé la prise de contrôle de l’ensemble des champs pétroliers par la compagnie publique nationale YPFB (Yacimientos Petroliferos Fiscales Bolivianos). "Le temps est maintenant venu, ce jour attendu, ce jour historique, où la Bolivie reprend le contrôle absolu de ses ressources naturelles". Cette décision correspond à l’intérêt du pays, riche par ses matières premières mais extrêmement pauvre comme Etat et comme peuple car les multinationales s’engraissaient de ses ressources naturelles, surtout depuis les ouvertures aux capitaux privés étrangers de 1996.

La Bolivie qui produit, en plus du gaz, 40.000 barils de pétrole par jour, est la nation la plus pauvre du sous-continent et la misère y touche 70% de la population. L’exploitation des hydrocarbures représente 15% de son PIB.

Depuis un an, la Bolivie a connu de véritables insurrections, contre le prix de l’eau et du gaz en particulier, car beaucoup d’habitants ne pouvaient ni payer l’eau ni se chauffer. L’élection d’Evo Morales fut le résultat de ces mobilisations pour une réappropriation de l’eau et du gaz.. Le nouveau gouvernement de gauche leur donne un débouché politique institutionnel. "Nous ne sommes pas un gouvernement qui se borne à faire de simples promesses, nous donnons suite à ce que nous proposons et à ce que le peuple réclame", a-t-il dit. Son vice-président, M. Garcia, a estimé que les revenus de l’Etat issus de la production des ressources énergétiques du pays passeraient à 780 millions de dollars, soit près de six fois plus qu’en 2002. C’est une leçon de choses à méditer d’une part pour tous ceux qu’effraie a priori "le rapport de force international en faveur du capitalisme", d’autre part pour tous ceux qui n’ont que les luttes à la bouche et refusent toute insertion dans "les institutions".

"L’Etat récupère la propriété, la possession et le contrôle total et absolu de ces ressources", a déclaré M. Morales, donnant lecture du décret de nationalisation édicté par son gouvernement en vertu de la "souveraineté nationale". Dorénavant, la compagnie publique YPFB (hydrocarbures de Bolivie), "assume la commercialisation, définit les conditions, les volumes et les prix, tant pour le marché intérieur que pour l’exportation".

Un délai de 180 jours a été donné aux compagnies pétrolières étrangères opérant dans le pays pour régulariser leur situation, à travers de nouveaux contrats d’exploitation.

"A la fin de ce délai, les compagnies qui n’auront pas signé leurs nouveaux contrats ne pourront plus continuer à opérer dans le pays", a averti M. Morales qui a dit miser sur cette "véritable nationalisation" pour redresser l’économie bolivienne.

La mesure concerne quelque 26 compagnies étrangères dont Repsol (Espagne), Total (France), Exxon (Etats-Unis), British Gas (GB), Petrobras (Brésil), implantées dans le pays qui détient après le Venezuela les deuxièmes réserves de gaz d’Amérique du Sud, estimées à environ 1.550 milliards de mètres cubes.

Les compagnies étrangères "sont obligées de remettre la propriété et toute la production des hydrocarbures à YPFB", a souligné M. Morales. Le décret impose aussi aux compagnies étrangères une nouvelle répartition des revenus pétroliers, réservant une part de 82% à l’Etat.

Cet accroissement de la part de l’Etat doit notamment "couvrir le coût de l’exploitation et les investissement", a expliqué le président bolivien.

Le président Morales, qui s’est rendu dans les principales régions productrices, Santa Cruz, Tarija et Cochabamba, où la population est venue lui témoigner son soutien, a souligné qu’il "ferait respecter par la force" cette décision, précisant que les militaires contrôlaient 56 gisements d’hydrocarbures.

Aussitôt après cette annonce, le commandement général de l’armée a indiqué que des militaires avaient pris, lundi, le contrôle des champs pétrolifères du pays. Cette mesure a pour but d’"assurer le fonctionnement des structures de production pour garantir l’approvisionnement", remplir les engagements internationaux et alimenter le marché national, précise un communiqué militaire.

L’armée qualifie la décision du gouvernement de "nationalisation intelligente" qui conduira les compagnies étrangères à des négociations placées sous "les signes de l’équité et de justice". Ce qui signifie que l’Etat vendra lui-même le gaz, reléguant les compagnies étrangères au rang de simples opérateurs, le décret annulant la disposition légale qui prévoit que l’Etat ne possède plus le gaz une fois extrait du sol. Ces nationalisations ne sont qu’un début, "demain nous nous occuperons des mines, puis du secteur forestier et éventuellement de toutes les ressources pour lesquelles se sont battus nos ancêtres", a poursuivi Evo Morales.

Jacques Serieys le 5 mai 2006

Texte en document complémentaire : Bolivie 2006 2019, un pays en transformation

http://alter.quebec/bolivie-un-pays...

L’économie de la Bolivie a subi une transformation économique structurelle durant la présidence d’Evo Morales. Le PIB réel (ajusté en fonction de l’inflation) par habitant a augmenté de plus de 50% au cours de ces 13 dernières années. C’était deux fois le taux de croissance de la région Amérique latine et Caraïbes. Même si l’économie régionale latino-américaine a ralenti au cours des cinq dernières années, la Bolivie a enregistré la plus forte croissance du PIB par habitant en Amérique du Sud.

Au cours des 13 dernières années, la Bolivie a enregistré des excédents de balance des paiements, ce qui a contribué à maintenir la stabilité macroéconomique. La solide croissance économique du pays a considérablement contribué à la réduction de la pauvreté et de l’extrême pauvreté. Le taux de pauvreté est tombé en dessous de 35% (contre 60% en 2006) et le taux d’extrême pauvreté est de 15,2% (contre 37,7% en 2006).

La transformation économique de la Bolivie a été possible grâce aux transformations politiques globales dans le pays. Ceux-ci comprenaient une nouvelle constitution avec des mandats économiques importants ; la nationalisation et la propriété publique des ressources naturelles et de certains secteurs stratégiques de l’économie ; investissements publics redistributifs et politiques salariales ; coordination des politiques entre la Banque centrale et le ministère des Finances ; et les politiques monétaire et de taux de change visant à dépolluer le système financier bolivien.

La renationalisation des hydrocarbures en 2006 a été vitale pour le progrès économique et social de la Bolivie depuis lors. Au cours des huit premières années de l’administration Morales, les recettes tirées des hydrocarbures par le gouvernement national ont été multipliées par sept, passant de 731 millions de dollars à 4,95 milliards de dollars. Bien que cette hausse soit due en partie à la hausse des prix, la plupart résultait de la nationalisation et des modifications apportées à la politique.

L’importance de la nationalisation des hydrocarbures par le gouvernement pour le progrès économique de la Bolivie au cours des 13 dernières années ne saurait être trop soulignée. Ces recettes étaient essentielles pour permettre au gouvernement de parvenir à la stabilité macroéconomique (par exemple, éviter les problèmes de balance des paiements, maintenir un taux de change stable, augmenter considérablement l’investissement public) et financer les dépenses sociales.

Il est également clair que la capacité du gouvernement à choisir cette voie beaucoup plus productive n’a été possible qu’après avoir été libérée des contraintes imposées par les accords du FMI. Lorsque Evo Morales est arrivé au pouvoir en 2006, la Bolivie était liée par des accords de prêt avec le FMI depuis 20 ans et son PIB par habitant était inférieur à celui de 1980. Plusieurs documents du FMI montrent que le Fonds s’oppose à toute forme de nationalisation ou même à toute forme de nationalisation. tentatives moins importantes d’accroître le contrôle du gouvernement sur les ressources en hydrocarbures. « Les services du [FMI] ont salué l’engagement du président [Carlos] Mesa de mettre son veto à toute loi inappropriée sur les hydrocarbures », a annoncé le cinquième réexamen du fonds en vertu de l’accord de confirmation (prêt) en mars 2005, un peu plus d’un an avant la nationalisation dirigée par Mesa successeur, Evo Morales.

Bien que certaines des politiques économiques menées par la Bolivie au cours des 13 dernières années s’inscrivent dans le respect des prescriptions politiques standard, d’autres impliquent l’utilisation d’une boîte à outils élaborée de manière interne et hétérodoxe.

Par exemple, la Banque centrale a appliqué une politique monétaire non conventionnelle par le biais d’un programme d’assouplissement quantitatif commençant en 2010, afin d’acheter des instruments financiers émis par des entreprises d’État ainsi que des obligations d’État. En décembre 2018, près de la moitié (44%) du bilan de la Banque centrale était investi dans des actifs nationaux (contre 12% en 2010). Il est à noter que cette augmentation significative de la masse monétaire créée par la Banque centrale ne s’est pas accompagnée d’une augmentation du taux d’inflation des prix. Les fonds de la Banque centrale sont destinés à contribuer au programme d’investissement de la Bolivie dans les dépenses d’investissement stratégiques de ses entreprises d’État.

L’engagement du gouvernement en faveur de l’investissement public est également en dehors de la sagesse conventionnelle actuellement dominante et a maintenu l’investissement public bolivien en pourcentage du PIB au plus haut niveau en Amérique latine. L’investissement global (public et privé) a également été considérablement plus élevé que par le passé pour la Bolivie, représentant en moyenne 21,8% du PIB au cours des cinq dernières années. Et les efforts de la Bolivie pour promouvoir la croissance économique ont été concentrés sur le marché intérieur, conformément à sa stratégie de développement.

La modification de la taille du système financier bolivien a également été impressionnante. Les dépôts ont augmenté en moyenne de 14% par an (entre 2008 et 2019). Le taux de change et les politiques monétaires de la Bolivie ont été des facteurs clés dans la revitalisation du système financier : la part des dépôts en dollars dans le système financier est passée de 34% en 2008 à 1% en 2019, grâce à une combinaison de mesures dissuasives et réglementaires. Les prêts dirigés aux secteurs productifs et les plafonds de taux d’intérêt bas font partie de la panoplie d’outils déployée avec succès par les autorités monétaires. Le crédit total dans le système financier a augmenté en moyenne de 16% par an depuis 2008.

Cependant, des défis importants demeurent. Bien que la Bolivie ait connu une croissance économique soutenue au cours de ces années, elle reste l’un des pays les plus pauvres d’Amérique du Sud. Son secteur exportateur reste concentré en termes de produits et de destinations. La croissance des investissements de la Bolivie s’est récemment traduite par des déficits importants de la balance courante, toujours durables, et des déficits importants du secteur public non financier. La Banque centrale a contribué à cela en finançant les dépenses en capital des entreprises d’État. Aucun risque majeur n’est prévu pour le compte capital de la Bolivie, mais il convient de noter qu’un important stock d’actifs financiers de la Bolivie est déposé à l’étranger. La dette publique libellée en devises de la Bolivie a récemment augmenté, mais elle ne pose pas de risque à court ou à moyen terme, principalement parce qu’elle est à très long terme et également concessionnelle (c’est-à-dire

Les autorités boliviennes encouragent d’importants investissements dans la souveraineté alimentaire et s’efforcent de devenir une puissance agricole afin de diversifier leur économie. Ils attirent également des investissements considérables pour industrialiser leurs matières premières, dans le but de devenir un leader mondial dans l’exportation de batteries au lithium. Ces investissements stratégiques font partie de l’Agenda Patriótica 2025 de la Bolivie, qui oriente sa politique économique à moyen terme.

Andrés Arauz

Mark Weisbrot

Andrew Bunker

Jake Johnston


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