Le 27 novembre 1674 : Le Comte de Rohan décapité

samedi 28 novembre 2020.
 

Initiée par des nobles, motivée par le rejet d’un nouvel impôt sur le patrimoine, exacerbée par la menace que la monarchie absolue fait peser contre les droits et traditions des gentilshommes, cette conspiration est pourtant singulièrement républicaine.

Depuis deux ans, le roi soleil est en guerre contre les Provinces Unies dont la république est le phare de la liberté politique en Europe. Dans le pays, les contestations n’ont pas disparu avec la Fronde. Elles se sont simplement commuées en sujets de philosophie politique, en discussion de salon. Autour du prince de Rohan, animé par le noble de robe normand Gilles du Hamel, sieur de Latréaumont, et soutenu par Van den Enden, bourgeois de son état, la conspiration dite de Latréaumont prévoit, elle, un peu plus que le simple meurtre du roi. Van den Enden, septuagénaire vigoureux, a été en charge de l’éducation des jeunes de la communauté juive d’Amsterdam au moment où Spinoza en était l’élève. Il a rédigé une ébauche approfondie de la forme du gouvernement qui devait remplacer l’absolutisme. Celle-ci résonne étrangement avec les revendications qui agiteront la vie des Français à peine plus d’un siècle après.

L’audace commence par supprimer toute notion d’un dirigeant représentant de Dieu sur Terre. Non seulement le droit divin n’est plus, mais la monarchie est remplacée par une assemblée de deux ordres, la noblesse et le peuple, qui gouvernera de concert. Cette assemblée élira ses représentants qui auront pour charge d’appliquer et défendre les lois qu’elle passera. Cette charge sera de plus dévolue pour un temps limité, avec l’obligation d’en rendre compte au moins à la fin du mandat et dès que cela est requis.

La « loi juste » est érigée comme le rempart à « la tyrannie », dans une anticipation saisissante de la constitution de l’an I (1793). Les sphères religieuses et politiques sont nettement séparées, catholiques et protestants sont traités sur un pied d’égalité et pourront accéder sans distinction aux charges électives. C’est proprement révolutionnaire en un temps où, onze ans avant la révocation de l’édit de Nantes, les discriminations ressurgissent avec force.

Ce qui sauvera Louis XIV c’est la qualité de son « renseignement ». Elaborée au printemps, la conspiration voit ses meneurs arrêtés à l’automne. Toutefois l’épisode a fait peur au pouvoir, qui préfère n’exécuter que quatre des soixante personnes arrêtées, par peur de la publicité donnée à ces idées.

Sylvère Cala


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