Louis XIV : Misère et gaspillage

mercredi 1er mars 2017.
 

Cet article comprend seulement deux documents :

- le premier donne une idée des repas pantagruéliques servis à la Cour de Versailles. Que personne n’imagine qu’il s’agit là d’une exception due à la réception de l’ambassadeur du Portugal. Nous savons par des contemporains les fortunes dépensées pour satisfaire les estomacs de la famille royale. La princesse Palatine nous indique par exemple dans une de ses Lettres : " Le Roi, feu Monsieur, Monsieur le Dauphin et Monsieur le duc de Berry étaient de forts mangeurs. J’ai souvent vu le Roi manger quatre assiettées de soupes diverses, un faisan entier, une perdrix, une grande assiettée de salade, du mouton au jus et à l’ail, deux bonnes tranches de jambon, une assiettée de pâtisserie, et puis encore du fruit et des confitures..."

- le second rend compte de la misère qui s’abat sur la France dans les années 1693 et 1694

« 

A ») Dîner servi à Versailles, à l’ambassadeur du Portugal, le 28 février 1696

Potages (12 potages)

- 12 pigeons aux choux
- 6 poulets farcis aux asperges
- 10 petits potages hors-d’œuvre
- 2 perdrix aux béatilles
- 1 canard aux navets
- 2 hauts de côtes de moutons au poireaux
- 1 poularde au riz
- 1 poularde pour potage de santé
- 4 ris de veau aux truffes et aux culs d’artichauts
- 2 poulets farcis aux oignons
- 4 pigeons au basilic

Entrées

- 1 grande entrée
- 1 pièce de bœuf de 15 kg garnie de boudin de saucisses et d’andouilles

Hors-d’œuvres

- 1 tourte de 8 pigeons
- 6 poulets fricassés
- 2 poulardes au coulis de béatilles
- 2 perdreaux
- 2 poulardes en filet
- 1 pâté haché
- 8 pigeons fricassés
- 2 pièces de veau pour fricandeau aux asperges

Rôts et entremets

Premier plat d’entremets

Pâté de jambon

2 plats de rôt

- 2 poulardes
- 2 oiseaux de rivière
- 6 poulets
- 5 perdrix

2 autres plats de rôts en plat de Savoie

- 1 poularde
- 4 poulets
- 4 perdrix
- 4 bécasses
- 4 canards

Dans un autre plat de Savoie

- 4 salades en jatte
- 4 petits plats entremets

B) 1 700 000 Français meurent de faim et de précarité en 1693 et 1694

En 1693 et 1694, deux années terribles, près de 1,7 million de Français trouvent la mort. Autant que durant la Première Guerre mondiale, mais pour une population deux fois moindre. C’est la grande purge des miséreux que la cherté du pain jette sur les chemins pour y mendier et qui meurent au hasard de leur errance.

Dans la capitale, à l’été 1694, l’heure est à l’angoisse et non encore a la colère. À l’initiative des clercs, de longues processions se forment autour de la chasse de sainte Geneviève, patronne de la cite. Sur ordre de la municipalité et appointes par elle, des « chasse-gueux » se chargent d’expulser les pauvres ; il en va ainsi également dans la plupart des villes de France. Condamnes a l’errance, les malheureux se jettent dans les champs sur le blé encore vert et le dévorent : il faut instituer un système de surveillance des récoltes. Mais la situation des campagnes n’est pas meilleure : dans bien des régions, en particulier dans le Massif central - le Limousin et l’Auvergne sont particulièrement touches —, de nombreux paysans quittent leurs villages et se lancent à leur tour sur les routes, tachant, a force de mendier, de gagner les villes ou ils espèrent trouver de la nourriture...

Quand toutes les céréales sont épuisées - le froment, le seigle, l’avoine après le blé -, es pauvres se trouvent réduits à recueillir les glands ou les fougères pour en faire une sorte de pain. Ces « méchantes herbes » achèvent de ruiner la santé des malheureux, qui enflent après y avoir eu recours. Les orties, les coquilles de noix, les troncs de chou, les pépins de raisin moulus n’ont pas meilleur effet. Les curés, qui nous renseignent sur ces tristes expédients, parlent aussi des bêtes, ( qu’on ne nourrit plus et qui meurent avant les hommes : les charognes de chiens, de chevaux et « autres animaux crevés » sont consommées en dépit de leur état de pourriture des sources indirectes mentionnent des cas de suicides et d’autres, plus rares, d’anthropophagie.

Durant tout l’été 1694, la chaleur, qui accélère la putréfaction des milliers de cadavres sur les chemins, est responsable de graves épidémies. La typhoïde, notamment, propagée par l’eau et les aliments souillés, achève ceux qui ont réussi à se nourrir un peu. Les organismes, affaiblis, sont moins féconds : la natalité, loin de compenser le nombre des morts, fléchit durant tous ces mois...

Cité par M. Lachiver, les Années de misère/ Paris, Fayard, 1991

Sources :

TDC n°687 (Versailles et Louis XIV Le miroir de l’absolutisme)

Louis XIV, sa cour et le régent :

http://books.google.fr/books?id=MFs...


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