Élections européennes 2019 : les marionnettes, les illusionnistes et l’autre monde des coulisses.

samedi 15 septembre 2018.
 

L’Europe ultralibérale de la grande bourgeoisie européenne.

1– L’objectif principal de la grande bourgeoisie européenne

S’il fallait résumer en une phrase ou deux l’objectif économico–politique principal des institutions européennes et notamment de la commission européenne de nature ultralibérale, c’est une modification du partage de la valeur ajoutée salaires/profits au détriment des salaires et à l’avantage des profits pour renforcer les pouvoirs, accroître les revenus et les patrimoines de la grande bourgeoisie européenne.

Pour être un peu plus précis, il s’agit de modifier d’une part la répartition salaires/profits dans la valeur ajoutée de chaque État européen et d’autre part de modifier la répartition du profit entre dividendes et investissements productifs dans l’économie réelle à l’avantage de la distribution de dividendes pour l’ensemble des entreprises privées de chaque État européen.

Cette politique a pour effet d’accroître les inégalités de revenus et de patrimoine au sein de chaque État.

Depuis 1980 environ, la part des salaires dans la valeur ajoutée a diminué avec quelques fluctuations annuelles et la part des profits investis dans la production s’est considérablement rétrécie.

Pour avoir une démonstration de ces 2 affirmations, on peut se reporter à l’étude de Michel Husson : le partage de la valeur ajoutée en Europe. https://www.cairn.info/revue-de-l-i...

Quant aux inégalités croissantes de patrimoines, on peut se reporter aux études récentes de Thomas Piketty : « Le capital au 21 ème siècle » et plus récemment « Rapport sur les inégalités mondiales 2018 » (éditions du Seuil ; un travail collectif de 100 chercheurs de 70 pays) Piketty remarque une diminution continue du patrimoine public au profit du patrimoine privé, fait que nous avions signalé dans notre dernier article.

On peut revoir son interview dans l’émission de France 2 : « On n’est pas couchés »

https://www.bing.com/videos/search?...

(Piketty a tout à fait raison de rappeler que l’un des dangers principaux de cette augmentation des inégalités est le développement des mouvements d’extrême droite en Europe et dans le monde.)

2– Existe-t-il une grande bourgeoisie européenne ?

Nous utilisons ici le vocabulaire « Grande bourgeoisie européenne » par commodité de langage en nommant ainsi les différentes bourgeoisies nationales habitant dans chaque État nation de l’union européenne. Mais cela ne signifie pas qu’il existe un bloc quasi homogène d’une classe bourgeoise européenne.

Néanmoins, les institutions européennes sont organisées de telle sorte qu’elles défendent les intérêts économiques des classes dominantes de chaque État européen.

En outre, le capital possédé par des gros actionnaires européens est aussi associé à des capitaux américains ou chinois par exemple. Le capital s’est fortement mondialisé.

L’analyse figurant dans l’article de la revue Convergences révolutionnaires intitulé « Existe-t-il un capitalisme européen ? » me semble juste . Voir article avec le lien suivant :

https://www.convergencesrevolutionn...

Mais il ne faut tout de même pas oublier qu’il existe une fédération patronale européenne (Business Europe). Et que lorsqu’un pays risque de placer au pouvoir un régime mettant en cause les privilèges de la classe dominante, les bourgeoisies des autres états européens voire à une échelle plus large, peuvent se coordonner économiquement pour faire échouer l’alternative politique jugée gênante ou indésirable.

On connaît l’alibi qui serait utilisé : non-respect des traités, illégalité de certaines mesures au regard du droit commercial concernant tel ou tel domaine. De même qu’Ernest Mandela qualifiait les dettes publiques des états de « chaîne d’or » comme moyens d’assujettissement des états au bon vouloir des créanciers privés de la grande bourgeoisie, on pourrait aussi qualifier de chaîne d’or les traités européens permettant d’assujettir les politiques étatiques aux intérêts d’ une grande bourgeoisie européenne.

Certes, comme l’explique l’ouvrage « Représenter le patronat européen – Formes d’organisation patronale et modes d’action européenne, Bruxelles, Peter Lang, 2013 », les patronats européens peuvent avoir des intérêts divergents et constituent une totalité hétérogène. Cependant, les gouvernements européens ultralibéraux ont justement pour mission d’homogénéiser leurs intérêts pour défendre l’intérêt général patronal en combattant notamment les revendications syndicales des salariés.

Voir article sur le site De la vie des idées : « Une Europe des patrons ? »

http://www.laviedesidees.fr/Une-Eur...

3 – Comment la grande bourgeoisie européenne s’y prend-elle pour arriver à ses fins ?

– Tout d’abord par les privatisations permettant d’engranger des profits nouveaux au détriment des états.

Par exemple, au lieu d’aller dans les caisses de l’État, les bénéfices de l’exploitation des autoroutes vont dans les poches des actionnaires privées.

Nous avons relaté dans une série de plus de 10 articles, le pillage des biens publics.

Une variante est de développer le « Partenariat Public–Privé » qui, très souvent, se réalise au détriment de l’organisme public.

– La deuxième technique consiste à faire stagner les salaires, les retraites, les salaires indirects (cotisations sociales,…). Cette stagnation des salaires est conditionnée par une pression du chômage, exigence de compétitivité pour obtenir des coûts de productions minimaux.

– La troisième technique consiste à privilégier la fiscalité des revenus du capital par rapport aux revenus du travail . Une technique associée à celle-ci est la diminution des charges fiscales et sociales des entreprises et d’organiser l’évasion fiscale par différents moyens.

– La quatrième technique est l’augmentation des profits financiers et notamment des profits bancaires. En particulier, on peut citer les intérêts récoltés par les emprunts des ménages endettés.

On constate une synergie entre d’une part la stagnation des salaires pour augmenter les marges des entreprises et d’autre part, faute d’un pouvoir d’achat suffisant, la nécessité pour les ménages d’emprunter et de verser alors aux banques des intérêts. Le pigeon est plumé 2 fois.

Pour une information assez complète sur les profits bancaires, voir l’article : « De quoi sont composés les profits bancaires ? »

http://www.nextbanq.fr/frais-de-ten...

4– Les outils–agents utilisés par la grande bourgeoisie pour mettre en oeuvre sa politique

Les agents d’influence :

–les appareils syndicaux patronaux ou associations patronales, le Medef, l’AFEP,… pour la France, Business Europe dont Gattaz a été élu président au niveau européen.

- Les lobbyistes des multinationales et les banques (plus nombreux que le nombre de fonctionnaires en poste à Bruxelles)

- Les think tanks libéraux (Montaigne, le siècle, fondation du Mont pèlerin, etc.)

- les partis politiques de droite, socio-démocrates et socio–ibéraux. - les agents de l’action idéologique de l’appareil médiatique privé et d’État qui se font aussi le relais des agents précédents auprès d’un large public, ce qui le place comme agent d’influence majeure.

Les agents exécutifs.

–La technostructure : l’ appareil juridique, conseillers en communication. On les trouve dans les différents ministères d’un gouvernement et notamment à la commission européenne. Ils constituent aussi des conseillers techniques du président.

–Les agents de l’action politique : le président, le gouvernement et parlementaires servant les intérêts de la grande bourgeoisie française et européenne. Macron est l’agent exécutif en chef avec sa « bande de parlementaires », de la feuille de route de la commission européenne.

5– la mise en œuvre des grandes lignes précédentes au service de la grande bourgeoisie européenne

Ces grandes lignes générales se concrétisent dans une foule de mesures préconisées par la commission européenne voire le FMI :

- inversion de la hiérarchie des normes du code du travail

- blocage du SMIC, du salaire des fonctionnaires et stagnation des salaires et des pensions par différents procédés techniques (hausse de la CSG,…)

- désindexation des pensions de retraite et des minima sociaux sur le taux d’inflation.

- remise en cause des minima sociaux

- pas de remise en cause des grands lobbys nucléaires, pharmaceutiques, chimiques.

- Privatisation de la SNCF, des barrages, etc.

- restrictions budgétaires dans tous les services publics provoquant des dysfonctionnements permettant ultérieurement de justifier des privatisations, notamment dans le domaine de la santé, de la sécurité sociale, de l’éducation.

On constate donc que la politique autoritaire de Macron n’est rien d’autre que l’exécution des mesures préconisées par la bourgeoisie européenne via la commission européenne et ses lobbies. On ne peut que sourire lorsque l’on entend dire que Nicolas Hulot découvre la puissance des lobbies pour influencer les mesures gouvernementales.

En conséquence, aux prochaines élections européennes, voter contre l’Europe ultralibérale actuelle qui nous mène à la catastrophe ou voter contre la politique de Macron, c’est exactement la même chose.

Mélenchon , dans son discours du 25 août à Marseille, a tout à fait raison de parler de Macron comme étant un copiste de la liste des mesures imposées par les institutions européennes.

Pour avoir la vidéo, cliquez ici https://lafranceinsoumise.fr/2018/0...

6– L’enjeu politique de l’élection européenne de 2019

Les Français voteront-ils le 26 mai 2019 une fois de plus, avec une abstention massive, pour les extrémistes de l’Europe ultra libérale des Struck Chris des services publics et des acquis sociaux ?

Après Sarkozy, Hollande, Macron bat le record de l’obéissance aux injonctions de la commission européenne et de la BCE. Si sa liste est majoritaire, il faudra donc s’attendre au pire régression sociale dans un contexte de chaos économique.

La droite et le PS, à bout de souffle, on fait preuve de leur totale inefficacité pour améliorer les conditions de vie des salariés et résorber le chômage, ce qui est logique, compte tenu de leurs fonctions que nous avons décrit précédemment.

La France Insoumise avec ses alliés constitue donc la seule force alternative progressiste permettant de transformer les institutions européennes pour servir l’intérêt général des peuples et non pas des patronats

La bourgeoisie européenne est parfaitement consciente de ce fait qui constitue pour elle un danger. C’est la raison pour laquelle par utilisation de ces médias, elle donne une visibilité suffisamment importante à l’extrême droite pour que celle-ci puissent bénéficier d’un potentiel électoral relativement important de manière à pouvoir supplanter La France Insoumise ou des mouvements analogues alternatifs dans d’autres pays.

Et on entend alors, comme pour masquer leur complicité consciente ou inconsciente dans la montée de l’extrême droite, des journalistes pousser des cris d’orfraie.

Ce n’est pas par hasard que l’immigration, la question des réfugiés, la question des religions et de l’identité occupent un champ médiatique considérable car ces thèmes constituent un fonds de commerce pour l’extrême droite. En revanche, une thématique comme le partage des richesses, qui n’est pas au centre des préoccupations du RN mais plutôt une préoccupation de LFI, n’est pas abordée par les médias.

On peut donc prévoir sans grand risque d’erreur que les élections européennes de 2019 se feront sur ces thématiques et la sortie de l’Union européenne.

Et de cette manière, toutes les questions économiques et sociales abordées précédemment dans cet article seront marginalisées.

Annexe

Vidéo LFI sur l’Europe

https://www.bing.com/videos/search?...

École formation LFI. Cours vidéo sur les institutions européennes.

https://lafranceinsoumise.fr/2018/0... cliquez sur

Quelles sont les institutions européennes ? (Site Vie public)

http://www.vie-publique.fr/decouver...

Le lobbying dans l’union européenne.

Reportage : Mais qui donc contrôle vraiment l’union européenne ? (Vidéo 58 minutes)

https://www.youtube.com/watch?v=Zs5...

Un exemple récent de la puissance des lobbys sur l’action gouvernementale et parlementaire. Émission de France Inter du 01/09/2018 « Secrets d’info »

Bien-être animal : comment les lobbies et le ministre de l’Agriculture ont eu raison de Nicolas Hulot

36 minutes

https://www.franceinter.fr/emission...

Hervé Debonrivage


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