Le capitalisme n’est pas l’horizon enchanteur de l’humanité

jeudi 5 mai 2016.
 

La crise financière, économique et sociale de 2007 2012 prouve une nouvelle fois le danger mortel du capitalisme, après la colonisation, les guerres et le fascisme qu’il a suscités au 20ème siècle. Sa logique économique est totalement incompatible avec le fondement moral correspondant à nos aspirations : L’Humain d’abord. Maximisation du profit individuel, règne du grand capital financier, concurrence libre et non faussée, privatisation des services publics, réduction du coût du travail, diminutions des salaires et retraites, marchandisation de toutes les activités humaines, limitation de l’Etat et des collectivités publiques à un rôle de gendarme ne sont que les outils du 1% de privilégiés pour s’enrichir aux dépens des 99% de la société.

A) Le nouvel âge du capitalisme aggrave les conditions de vie des milieux ouvriers et populaires

Chaque jour le travail humain donne naissance à une quantité gigantesque de biens et de services. Depuis 1950, la production mondiale a été multipliée par 7. En moins de 2 siècles, le niveau de vie a été multiplié par 15, le volume des échanges internationaux par 100, la production mondiale de biens industriels par 200. Jamais au cours de son histoire l’humanité n’aura produit autant de richesses. Jamais elle n’aura connu un tel développement des sciences et des techniques.

Mais, loin d’annoncer une ère nouvelle d’épanouissement, cette période voit le retour en force d’un appauvrissement et d’un enfermement idéologique généralisé des populations.

L’emprise du nouvel âge du capitalisme s’impose partout, sans limites ni frontières, sur les populations humaines comme sur leur environnement, soumettant tout et chacun à la logique de la marchandisation et du profit maximal. Elle réduit partout le travail à une marchandise et pousse des millions d’êtres humains aux limites de la survie.

La paupérisation des populations et le saccage de la planète qui en résultent dégradent les conditions de vie de milliards d’hommes et de femmes, la majorité des populations du Sud sousdéveloppé, comme un nombre considérable et croissant d’habitants du Nord développé.

L’enfermement des consciences par l’idéologie dominante et les obscurantismes soumettent de plus en plus profondément les populations aux normes morales qui servent le système. C’est sans doute la servitude la plus solide car c’est la moins visible. Or il n’est pas d’esclave mieux enchaîné que celui qui se croit libre.

L’emprise du nouvel âge du capitalisme

Le capitalisme de notre époque exerce une domination sans précédent sur l’ensemble des activités humaines. Ralentie durant les Trente Glorieuses et la guerre froide, la puissance destructrice du capitalisme s’est décuplée avec la financiarisation de l’économie dans les années 1980. Puis, en 1989, quand la chute du mur de Berlin a exprimé une irrésistible aspiration à la liberté individuelle, le nouvel âge du capitalisme y a entendu un appel à la concurrence libre et non faussée de chacun contre tous.

Depuis, nous affrontons un processus de marchandisation généralisée du monde. La privatisation et la libéralisation massive des services publics en sont les indicateurs les plus significatifs. Elles en montrent aussi les conséquences. Les services publics étaient les moyens de mettre des secteurs vitaux au service de l’intérêt général. Ils étaient les droits de l’humanité en actes, le droit de se soigner, d’aller à l’école, de se déplacer, de communiquer... Aujourd’hui, ils ont été largement démantelés pour offrir un nouveau terrain de conquête et d’accumulation aux intérêts des actionnaires. Du coup, les droits humains fondamentaux sont remis en cause.

Libéré des règles qui lui étaient jusqu’alors imposées au nom de l’intérêt général, le capitalisme de notre époque a arraché une dégradation considérable de la condition salariale. Pour y parvenir, il n’a pas hésité à se servir du chômage de masse comme d’une stratégie, particulièrement efficace dans une société hautement urbanisée où le salariat est la seule condition sociale possible pour la quasi-totalité de la population. Soumis à une pression croissante, les salariés ont vu le rapport de forces social se dégrader et leurs protections reculer une à une. Le droit du travail et la protection sociale ont été méthodiquement rognés ou détricotés. La majorité travailleuse de l’humanité se trouve alors plus que jamais livrés aux exigences aveugles de la finance et aux variations du carnet de commande.

Dans notre pays, la modification spectaculaire du partage de la richesse produite (plus de dix points de valeur ajoutée sont passés en 25 ans des salaires vers les profits) témoigne du basculement des rapports de force entre capital et travail qui caractérisent le nouvel âge du capitalisme. Il y a dans cette inversion un parfum de retour au 19e siècle, avant les vagues émancipatrices victorieuses qui ont jalonnés le 20e. Le rétablissement du contrat journalier et du droit de licencier sans motif avec le Contrat Première Embauche montre l’ampleur du retour en arrière visé. Le sens du progrès se trouve dès lors inversé. C’est d’autant plus absurde que le progrès technique et technologique est mis au service d’un mode de développement qui gaspille les ressources rares et menace les équilibres écologiques de la planète.

Lorsque les intérêts du capital s’imposent au détriment de l’intérêt général, le peuple des citoyens disparaît au profit d’un marché éclaté de clients renvoyés à l’irréductible différence des pouvoirs d’achat et des préférences de consommation individuelle. La mondialisation néo-libérale prétend rapprocher les hommes. En réalité, elle les divise et les oppose, donnant naissance à un monde morcelé et fracturé où la solidarité et l’unité humaines n’ont pas leur place. Un monde où l’Empire états-unien impose sa domination violente.

B) un apartheid social planétaire

Le monde ressemble de plus en plus à un océan de pauvreté où se barricadent quelques îlots de richesse.

Sur les 6,6 milliards d’être humains, près de la moitié, 2,8 milliards, vivent avec moins de 2 dollars par jour. 20% de la population mondiale n’a pas d’eau potable, 40% n’a pas d’installations sanitaires, 40% n’a pas l’électricité. 842 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde (1 habitant sur 8). Si l’on ne fait rien, il y en aura 100 millions de plus d’ici 2015. En face, 1% des personnes les plus riches du monde ont désormais un revenu égal aux 57% les plus pauvres. Les trois personnes les plus riches possèdent une fortune supérieure au PIB des 58 pays les plus pauvres, soient 600 millions de personnes.

La pauvreté n’est pas un à-côté provisoire du système mais son principal résultat en même temps que son moteur. C’est l’appauvrissement des uns qui rend possible l’accumulation toujours plus grande dans les mains des autres.

Au Royaume-Uni, on est passé de 7 millions de pauvres au début de l’ère Thatcher à plus de 12 aujourd’hui. Aux Etats-Unis, de 35 millions à la fin des années 1990 à plus de 40 aujourd’hui, sans parler des 50 millions de travailleurs qui n’ont aucune couverture sociale. En France aussi, la pauvreté se développe à grande vitesse. On y compte désormais 7 millions de pauvres dont 2 millions d’enfants. Cette explosion de la pauvreté est alimentée par la croissance rapide du nombre de travailleurs dont les revenus sont dorénavant insuffisants pour leur permettre de vivre dignement de leur travail. Ce sont les « travailleurs pauvres » naguère réservés aux Etats-Unis.

La pauvreté n’est pas une persistance du passé, un phénomène marginal ou le résultat de comportements individuels. Elle découle du chômage de masse et de la précarisation du travail qui constituent le cœur des politiques libérales. Elle est le résultat direct d’un partage des richesses spoliateur. La pauvreté est le fruit logique d’une oppression accrue du travail par le capital.

C) Le capitalisme saccage la planète

Il met de plus en danger les sols, les eaux, l’air, la faune, la biodiversité... Prenons un seul exemple de l’urgence : celui des GES (gaz à effet de serre).

Selon les climatologues, il faudrait que les pays industrialisés, premiers responsables de l’émission des gaz à effet de serre (GES), réduisent leurs émissions de 25 à 40 % d’ici à 2020 et de 80 à 95 % d’ici à 2050 (par rapport à 1990). Faire diminuer les émissions dans ces proportions est impératif pour limiter à 2°C la hausse des températures par rapport au niveau de l’ère préindustrielle. Au-delà, l’emballement climatique se produirait. Il ne serait plus possible de maintenir une température vivable sur terre.

Jusqu’ici, les mesures mises en oeuvre et prévues par les différents États sont tout à fait insuffisantes. Les mesures que préconise notamment l’Union Européenne, qui n’envisage de réduire ses émissions que de 20 % en 2020, sont très en deçà des enjeux. Et alors que leurs émissions de GES par habitant sont les premières au monde, la proposition des Etats- Unis (réduction de 5 % des émissions sur la même période) est, quant à elle, une véritable provocation vis-à-vis des autres Nations.

Les solutions proposées actuellement ne sont pas crédibles. Car elles reposent essentiellement sur les mécanismes de marché alors que la crise économique et financière a, une fois encore, montré leur incapacité à se substituer à l’action publique et collective. La politique du « marché pilote » international de droits à polluer est clairement défaillante et les projets de l’Union européenne et des Etats-Unis en la matière relèvent du mirage idéologique.

Les fausses solutions sont également technologiques. Le nucléaire, outre qu’il s’agit d’une technologie porteuse de risques majeurs, ne peut être en aucun cas la solution : même un développement ambitieux du parc nucléaire ne réduirait les émissions de gaz à effet de serre que de façon très marginale. Les agrocarburants industriels quant à eux posent de nombreux problèmes environnementaux et aggravent la crise alimentaire sans contribuer à la baisse des émissions.

D) Le nouvel âge du capitalisme est synonyme de recul de la dignité humaine, de recul du sentiment collectif

A l’échelle de l’humanité toute entière, le phénomène de paupérisation se renforce, tandis que la planète se dégrade irrémédiablement. L’acceptation de cette situation est l’un des signes majeurs du recul actuel de civilisation. Le fondateur du libéralisme économique, Adam Smith écrivait au 19e siècle : « Aucune société ne peut être florissante et heureuse si une écrasante majorité de ses membres vivent dans la pauvreté et la misère. »

Qui dirait cela au 21e siècle parmi ceux qui se réclament du libéralisme d’Adam Smith ? Les néo-libéraux s’efforcent à l’inverse de faire croire que la pauvreté relève de la fatalité ou de la seule responsabilité de ceux qui la subissent. Car pour que la pauvreté devienne tolérable et n’entraîne pas la remise en cause de l’ordre social qui la produit, il faut à la fois que les pauvres se soumettent et qu’une majorité de satisfaits considère la misère comme un fait acceptable. Ceci se passe sous toutes les latitudes par l’incorporation de la morale du « chacun pour soi ».

Il nous faut donc le réaffirmer avec force. Aucun individu ne peut vivre en personne libre lorsque son projet d’existence se résume à la survie. Mais aucune société ne peut être libre tant que règne une pauvreté massive. La gauche mexicaine a comme slogan « pour le bien de tous, les pauvres d’abord ». Sur tout le continent sud-américain, les nouveaux gouvernements de gauche placent leur action sous ce signe. Nous nous plaçons dans la même perspective et voulons attaquer de front la paupérisation de masse. On ne fera pas régresser cette dernière par de simples politiques sectorielles plus ou moins agrémentées de discours compassionnels. Pour s’attaquer aux racines de la misère, c’est le fonctionnement de la société capitaliste dans son ensemble qu’il faut remettre en cause.

Eradiquer la pauvreté, c’est l’objectif prioritaire pour la gauche au pouvoir, pour redonner la dignité et la liberté à des millions de personnes. C’est aussi une condition de la réunification du peuple que le néo-libéralisme a divisé. C’est conjurer le risque de la guerre sans fin de tous contre celui qui est encore plus pauvre que soi, dont se nourrit le racisme, et qui laisse tranquilles et incontestés ceux qui amassent des fortunes considérables en accaparant l’essentiel des richesses produites. C’est pourquoi, en France aussi, nous disons que ce qui est bon pour les pauvres est bon pour tous.

CONCLUSION

extraite de L’Humain d’abord, programme du front de Gauche pour les élections présidentielles 2012

L’humanité a déjà surmonté de nombreuses catastrophes. Derrière la crise du système capitaliste qui se déroule sous nos yeux, il y a la possibilité d’un monde meilleur. Nous devons la saisir. Elle est à notre portée. Encore faut-il que nous le décidions. La catastrophe écologique, l’explosion des inégalités, de la précarité et de la pauvreté, les violations répétéesde la démocratie, le refus de rapports humains fondés sur la solidarité et la coopération, tout ceci a une cause dont l’action humaine peut venir à bout. Tous ces maux trouvent leur commune origine dans la caractéristique essentielle de notre époque : la domination sans partage du capital financier sur le monde. Or cette domination en apparence inébranlable est en réalité d’une grande fragilité. Car elle dépend tout entière de choix politiques que les peuples peuvent inverser. Affrontons la finance et nous retrouverons rapidement un avenir.


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