Jean Cavaillès, philosophe mathématicien et résistant.

mercredi 17 juillet 2019.
 

JeanCavaillès, philosophe mathématicien et résistant.

La pensée explosive et en actes de JeanCavaillès. Continuer son travail de chercheur tout en n’organisant une multitude d’actes de sabotage contre l’envahisseur est une mission quasi impossible. Elle a pourtant été accomplie par Jean Cavaillès mais au prix de sa vie.

Dans l’émission « La conversation scientifique » d’Étienne Klein du 25/05/2019, on rend hommage à Jean Cavaillès, héros de la Résistance.

On peut écouter l’émission en utilisant le lien suivant :

https://www.franceculture.fr/emissi...

Présentation de l’émission sur le site :

Jean Cavaillès (1903-1944)

Au printemps 1944, un philosophe français qui s’était intéressé de très près aux mathématiques était fusillé par les Allemands dans la Citadelle d’Arras. Il venait d’avoir quarante ans et s’appelait Jean Cavaillès. Ce philosophe, qui avait été reçu major au concours d’entrée à l’Ecole Normale en 1923, n’aimait guère les tours d’ivoire. C’est pourquoi il fut aussi un combattant, un résistant, un chef de réseau, un homme d’action et même de coups de main : avec quelques copains, il fit gaillardement sauter des ponts, des transformateurs, des trains et des usines.

Jean Cavaillès fut en somme « un philosophe mathématicien bourré d’explosifs », pour reprendre les mots de Georges Canguilhem. Le mot explosif était ici à prendre au sens propre et au sens figuré, car sa pensée était elle aussi radicale : selon lui, la tâche de la philosophie est de substituer au primat de la conscience le primat du concept. La philosophie doit refuser le déclin de la preuve pour devenir fille de la rigueur, c’est-à-dire s’apparenter davantage aux mathématiques qu’à la littérature : philosopher, c’est démontrer, et non pas verser dans le psychologisme ; philosopher, c’est une affaire de concepts plutôt que l’épanchement des états d’âme de l’intellect. Car la recherche de la vérité réclame qu’on s’oublie un peu.

Si Cavaillès est entré en résistance, c’est non par appartenance à une ligne politique, mais « par logique » : la lutte contre l’inacceptable est inéluctable, donc nécessaire, un point c’est tout. Par lutte, il ne faut pas entendre l’indignation chuchotée dans les couloirs, le porte-à-porte patriotique ou l’alimentation des boîtes aux lettres en tracs vengeurs. Par lutte, il faut entendre ici le combat les armes à la main.

Arrêté et emprisonné à plusieurs reprises, évadé chaque fois sauf la dernière, il ne renonça jamais, ni à l’action la plus subversive, ni à la réflexion la plus abstraite. En 1942, dans la solitude héroïque d’une prison, il écrivit un ouvrage intitulé Sur la logique et la théorie de la science, qui ébranlera plus tard la scène philosophique.

Cavaillès fut arrêté par la Gestapo en août 1943, à Paris, puis condamné à mort et exécuté cinq mois plus tard, en février 1944. Son cadavre fut jeté dans une fosse commune, avec comme seule indication « l’inconnu n°5 ». Ceux qui le fusillèrent n’avaient sans doute pas à l’esprit que pour un philosophe mathématicien, être appelé l’« inconnu », cette chose que les mathématiques permettent de réduire calmement par le calcul, c’était la plus belle des épitaphes.

À moins que ce ne fut cette autre, prononcée par Georges Canguilhem : D’ordinaire, pour un philosophe, écrire une morale, c’est se préparer à mourir dans son lit. Mais Cavaillès, au moment où il faisait tout ce qu’on peut faire quand on veut mourir au combat, composait, lui, une logique. Il a donné ainsi sa morale, sans avoir à la rédiger.

Mais qui donc était cet homme, Jean Cavaillès ?

Les trois invités de l’émission pour répondre à cette question.

Hourya Benis Sinaceur, philosophe, Directrice de recherche émérite au CNRS.

Alya Aglan, historienne, spécialiste de l’histoire de la résistance, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Jean-Jacques Szczeciniarz, Président de la Société des Amis de Jean Cavaillès.

HD


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