Julien Dray et "Le cirque de la Gauche socialiste" lors de son Université d’été de Nantes fin août 2002 ( par Pierre Broué)

samedi 21 avril 2018.
Source : Sélection 7
 

L’envoyé spécial du Monde à La Rochelle écrivait : "A l’issue des rencontres d’été de la Gauche Socialiste à Nantes, Jean Luc Mélenchon et ses alliés l’ont emporté à l’unanimité après trois jours d’empoignade sévères... "

Ce qui s’est passé est simple et encourageant. Ceux qui ont construit la Gauche Socialiste, qui veulent une vraie tendance de gauche et un vrai PS de gauche, se sont révoltés et ont exprimé leur volonté à travers une vraie bataille d’un Conseil National devenu organe d’urgence animé par des cadres provinciaux, Jacques Serieys de l’Aveyron et René Revol de l’Hérault, qui fut des nôtres. Ils ont décidé ... imposé à Dray la vaste raclée qu’il méritait depuis longtemps (moins de 5% des voix), et imposé une solution démocratique. Ses animateurs ont été cooptés en direction nationale.

Dray, toupie ou pantin ?

Eblouissant numéro d’acrobatie et magnifique démonstration du manque total de principes d’un militant devenu politicien qui estimait avant l’échec de son parti, devoir se ranger puisqu’il dépassait la cinquantaine et on l’avait vu candidat à peine voilé au poste de ministre de l’intérieur du gouvernement de gauche plurielle que tous les socialistes attendaient.

Il était devenu ouvertement partisan du bon côté du manche, porte-coton ou porte-serviette de François Hollande auquel il s’accrochait, mais à qui il devait payer les droits d’entrée dans la majorité en amenant, sinon la majorité du moins une fraction importante des effectifs de la GS. Or, il a perdu cette bataille-là.

Pour cacher sa capitulation après ses rodomontades, il devait fournir une explication cohérente. Il fit comme il put, expliquant qu’il avait enfin compris que Mélenchon et Emmanuelli ne cherchaient pas à organiser "une bande de gauchistes" (sic), mais seulement, comme lui, à pousser à gauche le Parti Socialiste...

La dernière pitrerie du clown

Revenons au Monde : celui du 17 septembre nous donne des extraits d’une lettre de Julien Dray aux membres de la GS et... à la presse après la convocation du Conseil National que Dray qualifie de réunion "des amis et collaborateurs" de Mélenchon (il parle même de son cabinet) qui, selon lui, sûre d’elle-même, persiste et signe dans sa volonté de liquider la Gauche Socialiste...

Lancé dans le roman policier, il parle d’une réunion d’août à Foix où Mélenchon et Emmanuelli se sont délibérément, dit-il, livrés à la liquidation sans condition de la Gauche Socialiste, célébrée au champagne".

Etait-il sous la table ou près d’une table d’écoute des RG ? Bien plus probablement, il a agi en concertation avec le secrétariat pour tenter de discréditer dans l’oeuf cette opération de gauche : là réside le peché originel qui le voue à la capitulation et à la trahison, car il est entraîné par la logique puissante de sa tentative de sabotage. Au total, un texte médiocre, affligeant, écrit par un excité aux abois et destiné à des imbéciles.

La route d’Argelès est longue

De nouveau Dray écrit, et c’est loin d’être clarificateur "J’irai" puis "je n’irai pas" ; mais quand il disait cela, il était clair qu’il faisait le nécessaire pour tout faire sauter...

Gérard Filoche a inlassablement joué les conciliateurs durant cette période, fort de son bulletin et unitaire pour tous. Lui aussi ira à Argelès, pour une fois dans cette période avec un projet sain, discuter le programme. Il chevauche cette fois une planche plus sérieuse et on peut espérer qu’il échappera à la noyade à laquelle il semblait promis.

Conclusion

Restent les deux inconnus qui ont réussi à incarner les militants de la GS à Nantes ; Jacques Serieys et René Revol sont aujourd’hui la conscience du groupe qui peut rassembler les militants maintenant qu’a péri l’ancien noyau et leur réponse à Dray le prouve.

Ils ont sans doute du talent. Mais il leur faut démontrer leur sens de l’Histoire, leur fermeté, leur attachement aux principes et, dans cette ambiance délétère, il apparaît maintenant qu’ils sont les seuls capables de se faire entendre sur la catastrophe que fut le vote Chirac...

Pierre Broué

Le Marxisme aujourd’hui n°49

Automne 2002


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