On ne gagne que les combats que l’on mène (Guilhem Serieys, réponse à Michel Naudon, 24 juin 2006)

lundi 20 mai 2019.
 

Le travail inlassable de PRS repose sur la volonté de donner un débouché politique en 2007 aux aspirations populaires apparues lors des luttes comme lors du scrutin du 29 mai. Non pour faire de la propagande ou pour "déborder" le PS mais pour contribuer à unir la gauche sur un programme mobilisateur, gagner électoralement puis engager au pouvoir une politique de refondation républicaine de la France, de répartition des richesses, en un mot une politique de gauche. Agir pour un tel projet, pour l’unité et pour mobiliser notre camp vont de pair, d’après nous.

Jean-Michel, ton texte me semble sectaire par certains aspects . Il repose sur la supposition d’inévitables renoncements de Jean Luc Mélenchon et de PRS alors que "la petite gauche anti-libérale" ferait de son mieux . C’est à mille lieues de la réalité, ne serait-ce que dans les rapports de force. Ou alors manques-tu d’informations ? Je ne vais pas ici répondre à tous tes arguments mais je profite de l’occasion pour exprimer un point de vue global. Une chose est sûre et le 29 mai nous l’a montré : on ne gagne que les combats que l’on mène. Refusons donc les attitudes fatalistes.

L’histoire n’est pas écrite à l’avance.

Depuis la campagne électorale du 29 mai 2005 notre attitude à été guidée par une boussole : l’Union de la gauche sans exclusive sur la base du NON. Sur la base du NON parce que le référendum sur l’Europe a montré que le peuple de gauche est majoritairement anti-libéral ; donc d’une part, le social libéralisme est minoritaire à gauche, d’autre part il est payant électoralement de répondre aux aspirations anti-libérales.

Ainsi l’unité du mouvement issu du NON nous est apparue comme une exigence, une sorte de mandat que le peuple nous a donné. J’y reviendrai.

Pour ce qui est du Parti Socialiste, les camarades de la contribution "Trait d’Union" dont je faisais partie, ont défendu dans les mois qui ont précédé le congrès du Mans une ligne simple : unité des socialistes du NON (Fabius, Emmanuelli, Montebourg, Peillon, Mélenchon, Filoche...) car c’était la seule manière de gagner, d’incarner une alternative crédible à la direction Hollande, de rendre ce parti au peuple de gauche. Tu peux le vérifier puisque cette contribution est mise en ligne sur ce site.

Oui mais voilà, cela n’a pas été possible ; si Fabius et d’autres étaient partants, NPS a choisi de faire bande à part pour des raisons suicidaires (d’ailleurs NPS s’est bel et bien suicidé puisque Montebourg s’est fait voler son courant par Emmanuelli) exprimées en ces termes : "la gauche du Parti sera plus forte divisée ; cela permettra de ratisser large". Si NPS avait fait le choix de l’unité, je suis persuadé que le congrés du Mans aurait pu être une grande partie du débouché politique attendu par le NON de gauche.

Nous n’avons rien à nous repprocher : on ne pouvait pas signer à la place des autres. Refuser la synthèse avec la majorité aurait été logique politiquement. Mais il fallait le faire tous ensemble ; or NPS avait choisi de toute façon de rejoindre la direction. Pour ce qui est de Mélenchon, il faut rappeler que le groupe Hollande-Dray avait comme objectif de l’exclure du PS. Il a commencé le Congrès du Mans en affrontant 10 minutes de huées. Or la force de PRS vient de son rôle de Trait d’Union dans la gauche. Je souligne au passage que la motion Fabius-Mélenchon a obtenu lors de la synthèse, des engagements du PS (qui se retrouvent dans le projet) qui rendent possible l’Union de la gauche : respect du vote du 29 mai, nationalisation d’EDF, refus de l’alliance au centre, abrogation des lois sur les retraites, du CNE, des lois Sarkozy... Il est possible qu’une fois au pouvoir, certains socialistes (et d’autres à gauche) profiteraient de leur place dans les institutions pour oublier ces avancées ; nous serions en bonne position pour mener bataille d’entrée sur ces sujets.

Concernant le Projet socialiste qui vient d’être adopté, les délégués de Trait d’Union sont rentrés en commission nationale avec l’idée de voter contre. Ils ont bataillé avec d’autres et les points les plus libéraux ont été retirés (retraites à la carte, mondialisation heureuse... voir sur notre site "projet du PS : des avancées sans véritable clarification" et "je me suis abstenu sur le projet socialiste"). Mais on ne peut pas demander au PS de rédiger un manifeste pour la gauche anti-libérale. Ce n’est pas un projet centriste, c’est un projet social démocrate classique, et c’est déjà ça. A vrai dire, en le lisant, je me dis que que si la gauche au pouvoir l’applique dans son intégralité, on aura déjà avancé. Par contre, je trouve qu’il manque terriblement de souffle, de sens, d’espoir, c’est plus un catalogue qu’un projet et c’est un problème.

Or, il est urgent de réhabiliter l’idée qu’une autre société est possible,que le capitalisme financier transnational (et ses ravages sociaux, écologiques..) n’est pas une fatalité. Le projet s’inscrit clairement dans une voie d’accompagnement social du libéralisme et ce n’est pas assez. Nos camarades se sont abstenus sur le projet, nous ferons de même le 22 juin dans les sections socialistes.

Fabius a voté pour le projet car la direction a intégré l’ensemble de ses amendements. Il est grand et autonome. Nous ne sommes pas des petits soldats de Fabius, chacun le comprend. Il reste à mon sens le candidat socialiste le plus à même de faire respecter le vote NON du 29 mai. Imaginez un instant la faible crédibilité d’un socialiste qui a expliqué que le NON de gauche était un vote xénophobe, expliquer une fois élu Président de la République, que la France refuse la Constitution européenne. Ce n’est pas sérieux.

Donc il faut un candidat socialiste issu du Non. Et il faut refuser le social-libéralisme. Donc il faut rendre la gauche anti-libérale la plus forte possible à gauche. La perspective des élections de 2007, l’unité créée autour du NON de gauche appellent à un rassemblement autour d’un candidat unique à la gauche du PS. C’est le moyen pour sortir la gauche anti-libérale de l’impuissance. Cette impuissance prend actuellement plusieurs formes, selon les partis qui constituent cette gauche, repli bureaucratique, oppositionisme stérile au PS (refus d’envisager la prise du pouvoir), purisme (références récurrentes à la théorie, absence de stratégie pratique et de prise en compte des rapports de force réels). Ces trois phénomènes sectaires participent de l’éclatement de la gauche, renforcé par la prétention du PS à s’estimer naturellement hégémonique à gauche (autre forme catastrophique de sectarisme).

Ce sont donc ces difficultés que nous devons dépasser. Il faut les dépasser parce que l’Union des gauches sans exclusive est à la fois une condition à la victoire en 2007 et une garantie contre la dérive droitière de la gauche. L’Union appelle à la fois au rassemblement de la gauche anti-libérale et à la désignation d’un candidat socialiste issu du NON. Mon point de vue est que PRS doit être un élément moteur des deux processus.

Nous sommes conscients de la difficulté mais nous refusons de céder à la facilité intellectuelle, nous ne faisons pas du témoignage ni de l’astrologie ; nous croyons possible d’initier une nouvelle culture à gauche. Encore faut-il mener le combat.

La tâche est ardue mais le militant hardi !

Allez, au boulot.


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