Financement des retraites : quels sont tous les paramètres à considérer ?

jeudi 9 janvier 2020.
 

Il ne s’agit pas dans cet article de faire la critique du projet dite de « réforme » de la retraite du gouvernement ou de faire des contre-propositions à celui-ci : cela a déjà été fait dans une multitude d’articles et de vidéos accessibles sur ce site.

Il s’agit simplement d’énumérer l’ensemble de tous les paramètres pouvant intervenir dans le financement des retraites le choix de certains paramètres et le refus de considérer d’autres constitue un choix politique, voir e même un choix de société.

Nous sommes évidemment ici d’accord avec le contre-projet de reforme proposée par La France Insoumise est disponible avec le lien suivant : https://lafranceinsoumise.fr/2019/1...

1–Les cotisants actifs.

Dans la retraite par répartition, ce sont les cotisations sociales des actifs qui financent les pensions des retraités. Donc le montant global des cotisations finance le montant global des retraites.

Le montant global des cotisations dépend : du nombre d’actifs versant une cotisation et du niveau des taux des cotisations sociales pour la retraite.

Il y a les cotisations sociales versées par les salariés, les cotisations sociales versées par les employeurs, les cotisations sociales versées par les travailleurs indépendants.

Les taux pour l’assurance vieillesse sont les suivants en pourcentages du salaire brut : 8,55 % sur salaire plafonné +1,90 % sur partie non plafonnés pour les employeurs ; 6,90 % sur salaire plafonné +0 40 % sur partie non plafonnés. Le plafond de la sécurité sociale et en 2018 deux 3321 €.

Le montant des cotisations sociales étant un pourcentage des salaires, celui-ci est d’autant plus grand que les salaires sont élevés. Ainsi, par exemple, une augmentation de 1 % des salaires rapporte 2,5 milliards d’euros de cotisations.

Le nombre d’actifs dépend de la démographie, c’est-à-dire du taux de natalité et de mortalité ; du solde migratoire (différence entre émigration et immigration).

Le montant global des cotisations dépend aussi : de la durée de l’activité des travailleurs. Cette durée dépend de l’âge de début de carrière, qui lui-même dépend de la durée de la scolarisation, et de l’âge de la retraite. Plus la période de scolarisation est courte et plus l’âge de la retraite est tardif, plus la durée d’activité est longue.

On peut donc augmenter le nombre total d’actifs en raccourcissant la durée des études et en reculant l’âge de la retraite.

D’autre part, le nombre d’actifs cotisants dépend aussi du nombre de chômeurs. Plus le chômage est élevé, plus la perte de cotisations sociales est grande.

De la même manière, plus les emplois à temps partiel et en intérim sont nombreux, plus la perte de cotisations est élevée.

Plus le nombre de travailleurs en incapacité de travail (longue maladie, invalidité,…) est élevé, plus la perte de cotisations est grande. Un autre facteur diminue man le montant global des cotisations et le travail dissimulé et le travail détaché.

La perte de cotisations patronales peut être du à des faillites mais aussi à des exonérations partielles ou totales de cotisations. Ainsi chômage, temps partiels lié à la précarité de l’emploi ; interruptions diverses de travail pour cause d’accident, maladie, etc. lié à la politique de santé publique et de la sécurité sur les conditions de travail ; exonérations diverses liées à une orientation politique favorable au patronat coûtent une perte de plusieurs dizaines de milliards d’euros en cotisations de retraite. La perte est encore aggravée de plusieurs milliards d’euros avec le travail dissimulé et détaché.

2–Les retraités.

Le montant global des pensions versées aux retraités dépend d’abord du nombre de retraités. Ce nombre dépend d’abord de la démographie des tranches d’âge concernées.

Le montant de la pension versée dépend de la durée de l’activité avant la retraite. Cette durée dépend elle-même de l’entrée dans la vie active et de l’âge de départ à la retraite.

Cette durée qui se mesure souvent en annuité dépend aussi du morcellement–continuité de la carrière dû à des périodes de chômage, de temps partiels, de maladies, d’interruptions pour élever les enfants. L’âge de la retraite peut être variable selon certaines professions. La loi fixe le nombre d’annuités ou de trimestres nécessaires pour obtenir la retraite à taux plein. Cela a été 37,5 annuités puis 40, puis 42.

Intervient ensuite la période ciblée pour déterminer le montant de la pension : toute la carrière, les 10 meilleures années, les 25 meilleures années, les six derniers mois On détermine ainsi le salaire moyen retenu (SAM).

Ensuite le montant de la pension dépend du taux de remplacement entre le salaire moyen retenue et le montant de la pension : par exemple 50 % ou 75 %.

Il est donc bien évident que le montant global des pensions versées aux retraités dépend de la ddétermination de l’âge de départ à la retraite, du nombre d’annuités pour avoir une retraite à taux plein, du coefficient de remplacement.

3–Autres facteurs intervenant dans le financement des retraites.

La productivité du travail permet à chaque travailleur de créer plus de richesses dans un temps donné. Ainsi, entre 1970 et 2018, la productivité a été multipliée par trois. Cela signifie qu’en 2018

Un actif équivaut à trois actifs de 1970. Cela explique qu’en 1970, il y avait des actifs pour financer la retraite de trois personnes et qu’en 2018 il fallait 10 actifs pour financer la retraite de plus de six personnes. Et entre ces années, les pensions ont considérablement augmenté. En 1970 le taux de pauvreté chez les retraités était de 28 %, il est de 4 % en 2018.

En 1970, le montant global des retraites s’élevait à 7 % du PIB et ce montant s’élève en 2018 à 14 % du PIB. Certes, le ratio nombre de cotisants/nombre de retraités mentionnés dans les rapports sénatoriaux et les médias a certes son importance, mais la menace d’un nombre insuffisant d’actifs pour financer les retraites est donc une manipulation.

Un autre facteur à prendre en compte est la manière dont la pension de retraite est indexée : elle peut l’être sur les prix c’est-à-dire sur la hausse du taux d’inflation ou sur le salaire moyen.

La désindexation des pensions sur les salaires provoque un décrochage du revenu des retraités à la croissance économique. Ainsi, avec la réforme Balladur de 1993, la désindexation sur les salaires et l’indexation sur les prix couplée à la prise en compte des 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures a provoqué une perte de pouvoir d’achat

de 16 % pour les hommes et 20 % pour les femmes nées entre 1945 et 1954.

Les retraites et le partage de la valeur ajoutée c’est-à-dire du PIB entre salaires et profits des cotisations sociales constituent un salaire indirect.

Le montant des retraites est donc Olivier fondamentalement partage de la valeur ajoutée entre salariat et patronat. Rappelons que la hausse du PIB dépend des gains de productivité.

Si les gains de productivité étaient également répartis entre capital et travail, le financement des retraites se trouverait du même coup réglé. Voir l’étude de cette question en cliquant sur le lien suivant : https://lille.snes.edu/IMG/pdf/Les_...

Nous avons ici restreint le financement des retraites à l’apport des cotisations sociales sur les revenus du travail.

Mais, toujours en restant dans le cadre de la retraite par répartition, il serait possible d’envisager une taxation de certains revenus du capital sans que celle-ci soit étroitement tributaire des marchés boursiers. Il est aussi possible d’envisager de créer de nouvelles cotisations sociales sur certaines machines ou robots permettant ainsi de limiter la perte de cotisations provoquées par le remplacement de l’homme par la machine.

Le journal suisse « Le Temps » a réalisé un bon article faisant un tour d’horizon sur cette possibilité. Voir le lien : https://www.letemps.ch/economie/fau...

4–Conclusion.

En conclusion, on constate qu’il existe de nombreuses solutions pour financer les retraites et que le recul de l’âge de la retraite est loin d’être la seule solution possible même si le rapport nombre d’actifs/nombre de retraités diminue fortement.

Évidemment, toutes les solutions défavorables à la classe dominante capitaliste (hausse des cotisations patronales, suppression des exonérations de cotisations, hausse des salaires, etc.) sont rejetées par ses serviteurs politiques.

Là encore, la division de la société en deux classes antagoniques et le partage de la valeur ajoutée produite par la population active constituent les causes fondamentales du problème sociale abordée, en l’occurrence le financement des retraites.

Annexe

Histoire des retraites https://fresques.ina.fr/securite-so...

Réforme Balladur 1993 https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%... es_retraites_de_1993

Retraite en France. Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Retra...

Hervé Debonrivage


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