Retraite par capitalisation : une double peine pour les salariés.

lundi 20 janvier 2020.
 

Fonds de pension sur fond de passion médiatique : Un abîme sans fond pour les salariés du privé et du public.

La retraite par capitalisation promue par des sociétés privées invitant les salariés à avoir un plan épargne retraite (PER) constitue un double piège conduisant à une double peine.

Il faut d’abord savoir que l’épargne réalisée par les salariés ou travailleurs indépendants pour financer leur retraite à la fin de leur carrière, est placé dans des fonds de pension et d’investissement contrôlés par des actionnaires qui transforment cette épargne en actions cotées en bourse.

Il est bien évident que l’objectif de ces actionnaires et d’obtenir le meilleur rendement possible en utilisant toutes les techniques de la spéculation boursière.

Une telle épargne retraite peut s’avérer très rentable quand les cours de bourse sont favorables, et dans ce cas, les institutions financières en font la publicité en proclamant même que les PER favorisent la croissance et l’emploi Mais sur le long terme, les krachs financiers petits ou grands. Sont relativement fréquents, les cours de bourse peuvent alors s’effondrer. Et on a vu ainsi des fonds de pension perdre 30 à 50 % de leur valeur voir même être complètement ruinés. Et des retraités voir leur épargne–retraite volatilisée.

On peut se reporter à ce sujet l’excellent article du Monde diplomatique de Mai 2003 :

« Les retraités trahis par les fonds de pension »

https://www.monde-diplomatique.fr/2...

On peut se reporter aussi à une étude financière montrant les intrications entre les fonds de pension et le système financier international instable et générateur d’effondrements https://www.persee.fr/doc/ecofi_098... On peut citer un passage édifiant de Wikipédia concernant les fonds de pension :

« …Les retraités, en tant que capitalistes, participent aux pertes comme ils ont pu auparavant profiter de l’expansion[réf. souhaitée] (pendant que les fonds de CalPERS doublaient par exemple). En faisant le choix de la libéralisation des régimes de retraite, les collectivités locales se sont tournées vers des investissements à risques dans des proportions démesurées. En conséquence, les fonds de pension accusent en 2017 près de quatre mille milliards de dollars de financements manquant. Plusieurs grandes villes comme Dallas, Chicago, Philadelphie ou la Nouvelle-Orléans ne paient plus l’intégralité des retraites dues à leurs ex-fonctionnaires et cette situation devrait continuer de se détériorer »

(Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonds... )

On pourrait ainsi parler de « retraite casino » pour la retraite par capitalisation.

Mais là n’est pas l’essentiel de notre propos.

1) Les actionnaires pour rentabiliser leur fonds d’investissement peuvent être conduits à des licenciements voir même tout simplement à détruire certaines entreprises jugées non rentables. Cela a pu provoquer des recours en justice conduisant même la Cour de cassation à remettre en causes certaines pratiques capitalistiques. Voir article : « licenciements économiques et fonds d’investissement : halte ! » (FO)

https://www.force-ouvriere.fr/licen...

Pour avoir une idée concrète et détaillée de la manière dont un fonds de pension ( en l’occurrence américain) peut détruire progressivement une entreprise industrielle, voir article de La Rotative. Info : https://larotative.info/sandvik-m-a...

Si de gros actionnaires sont parfaitement au courant de ce genre de pratique il en est pas de même pour les petits retraités contribuant aux fonds de pension.

Pourtant, objectivement, ces retraités ou salariés cotisants sont des Capitalistes contribuant à des licenciements de salariés.

Ainsi la retraite par capitalisation a un caractère diabolique (diable = celui qui divise en latin) car elle contribue à opposer et rendre fortement antagoniques des vies de salariés. : Le « bonheur » des uns faisant le malheur des autres. Un système hautement perfide, donc.

Les revenus actionnariat le des fonds de pension augmentent les profits dans le partage de la valeur ajoutée. En même temps, les licenciements provoquent une perte de cotisations sociales diminuant ainsi la part des salaires dans le partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits.

2) La retraite par capitalisation fondée sur une assurance individuelle est en contradiction avec la notion de solidarité notamment intergénérationnelle et entre retraités puisque le système par répartition peut contribuer à une redistribution corrective du revenu entre retraités.

Les cotisants par capitalisation contribuent à enrichir les actionnaires des institutions financières et qui réalisent des superprofits obtenus par spéculation boursière. Ils participent ainsi à une augmentation des profits dans le partage de la valeur ajoutée entre salariés et actionnaires. En même temps, le non versement de cotisations sociales pour la retraite diminue d’autant la part des salaires dans la valeur ajoutée.

En conclusion : par des mécanismes divers, la retraite par capitalisation favorise les profits dans le partage de la valeur ajoutée et défavorisent les salaires.

Ainsi, la retraite par capitalisation est un facteur de l’inégal partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits.

En bref, avec la retraite par capitalisation les salariés subissent une Double peine :

- > 1) des licenciements possibles et des pensions incertaines rendant ainsi précaires leurs conditions de vie ;

- >2) Un partage de la valeur ajoutée (PIB) qui leur est défavorable.

Hervé Debonrivage


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