Le Congrès de la salle de la rue d’Arras (20 21 octobre 1876) Histoire du mouvement ouvrier

vendredi 21 octobre 2016.
Source : Site de FO
 

La délégation ouvrière française, envoyée à l’Exposition universelle de Philadelphie, en 1876, rétablit le contact avec les organisations ouvrières internationales interrompu par la guerre franco-allemande et par les événements survenus après la défaite tragique de la Commune. Les délégués se rendirent compte qu’aux États-Unis les ouvriers avaient la liberté syndicale qui leur permettait de défendre avec plus de vigueur leurs intérêts vitaux.

De retour de Philadelphie, le journaliste républicain Trébois, ami de Gambetta, proposa dans la Tribune, la convocation d’un Congrès ouvrier. Les syndicats parisiens trouvèrent l’idée excellente, et aussitôt, créèrent un comité d’initiative en vue de la préparation du Congrès de Paris. Ce comité, dans les circulaires adressées à tous les groupements syndicaux, manifesta son aversion à l’égard des idéologies politiques et réaffirma sa conception d’indépendance envers l’État. Il y avait là une volonté consciente, déterminée, de maintenir l’autonomie absolue du mouvement corporatif. « Il ne sera question à ce Congrès, disait la circulaire, que des intérêts immédiats du travail... Dégagés de la tutelle de l’État, les travailleurs entendent faire eux-mêmes leurs propres affaires et ne réclament que la liberté de réunion, et d’association comme le seul moyen d’équilibrer dans la production et la consommation les rapports entre le capital et le travail. »

La réunion du Congrès fut favorablement accueillie par les ouvriers dans la période où l’activité du mouvement syndical était jusqu’à 1878 frappée d’interdiction. Ce Congrès, bien que vivement critiqué parce qu’il refusait d’aborder les problèmes politiques, avait un autre grand intérêt : pour la première fois depuis la Commune, les délégués ouvriers venus de tous les coins de la France, purent renouer les liaisons entre les Chambres syndicales.

Le Congrès s’était ouvert le 20 octobre 1876, dans la salle d’Arras, avec la participation de 360 délégués, mandatés par 94 groupements et 2 Unions formées à Lyon et à Bordeaux, représentant 1.100.000 travailleurs salariés.

L’ordre du jour comportait huit questions précises qui furent discutées à fond, notamment :

1° Le travail féminin ;

2° La situation des Chambres syndicales pour lesquelles le Congrès revendiqua la complète liberté d’action ;

3° Les conseils de prud’hommes pour lesquels furent demandé des pouvoirs plus larges (libre nomination du président) ;

4° L’institution de l’enseignement professionnel à la place du contrat d’apprentissage ;

5° La représentation ouvrière au Parlement (nécessaire, mais non sans danger) ;

6° Les coopératives ;

7° Les Caisses de retraites et d’assurances ;

8° Les associations agricoles (dont on souhaitait le développement).

Les délégués estimèrent que la coopération résoudrait radicalement la question sociale, car elle renferme le but définitif du mouvement syndical.

Le Congrès insista sur la journée de huit heures, la suppression du travail de nuit dans les manufactures et l’égalité du salaire pour les femmes.

Toutes les résolutions du Congrès de la salle d’Arras étaient imprégnées encore des idées coopératives et mutuellistes. Pourtant, un chapitre nouveau commençait dans l’histoire syndicale. Jules Guesde écrivit dans le journal Les Droits de l’Homme (15 octobre 1876) : « On était à peu près unanime, à reconnaître l’importance de ce Congrès... C’était la première fois qu’il était donné au prolétariat de faire entendre sa voix. »

René Gibère


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