La grève d’Aubin (6 octobre 1869) qui inspira l’Ode à la misère de Victor Hugo

mardi 7 mars 2017.
 

En 1863, 372 enfants travaillent sur les chantiers du canton, essentiellement au chargement des hauts-fourneaux, au triage et lavage du charbon, à raison de 12 heures par jour, dimanche compris. Des femmes travaillent aussi dans des conditions difficiles, sur des postes inhumains.

Les 2000 mineurs du canton s’enfoncent chaque jour sous terre par des galeries dangereuses dont la gueule s’ouvre parfois directement dans la rue. Ils s’en vont travailler sur des filons au trajet imprévisible, au rendement très irrégulier. Les actionnaires veulent toucher le maximum de dividendes même lorsque le charbon se vend mal. Aussi, les mineurs sont payés à la tâche, au jour le jour, à l’appréciation de l’ingénieur en chef qui parfois évince des wagons entiers du volume donnant droit à salaire (sous prétexte d’une trop forte proportion de schiste). Les salariés réclament un autre mode de constatation des travaux.

Le mercredi 6 octobre 1869, l’équipe de jour de la mine du Crol cesse soudain le travail en fin d’après-midi, sort des entrailles de la terre, parcourt les terrils pour engager les brigades de nuit à ne pas "descendre" et entrer dans la la lutte.

A l’aube, ils font encore le tour des mines avec ceux du Montet. Femmes et enfants en tête, le cortège débouche sur la forge principale et le bâtiment administratif.

L’armée tire ! 14 morts (dont deux femmes et un enfant de 7 ans) ! 22 blessés dont 3 décèderont le lendemain !

Les familles ouvrières sont abattues par le chagrin, méprisées par leur direction et les autorités civiles, accablées par la lassitude d’un combat inégal, incapables de réagir collectivement vu l’importance des renforts militaires qui arrivent de partout, y compris de Montpellier.

Le travail reprend. 27 ouvriers sont alors arrêtés et jugés pour :

" - atteinte à l’aide de violence, menace et manoeuvres frauduleuses à la liberté du travail et de l’industrie.

- violation de domicile, outrages et voies de fait envers des citoyens

- provocation, rebellion, outrages et voies de fait contre des soldats agissant pour l’exécution des lois et des ordres de l’autorité, complicité, incidents".

26 des mineurs jugés vont écoper de prison (jusqu’à un an).

Les républicains et premiers militants ouvriers s’indignent. La presse nationale s’émeut. Bientôt, ce sera la guerre de 1870 puis la Commune.

Jacques Serieys

2) Complément

La grève de 1869 inspirera à Zola son chef d’oeuvre Germinal et à Victor Hugo son "Ode à la misère".

Les vers du poète sont plus précis et plus percutants que de longues analyses, les voici :

" - Quel âge as-tu ? - Seize ans. - De quel pays es-tu ?

- D’Aubin. - N’est-ce pas là, dis-moi, qu’on s’est battu ?

- On ne s’est pas battu, l’on a tué. - La mine

Prospérait. - Quel était son produit ? - La famine.

- Oui, je sais, le mineur vit sous terre, et n’a rien.

Avec la nuit de plus, il est galérien.

Mais toi, faisais-tu donc ce travail, jeune fille ? -

- Avec tout mon village et toute ma famille,

Oui. Pour chaque hottée on me donnait un sou.

Mon grand-père était mort, tué du feu grisou.

Mon petit frère était boiteux d’un coup de pierre.

Nous étions tous mineurs, -lui, mon père, ma mère,

Moi. L’ouvrage était dur, le chef n’était pas bon.

Comme on manquait de pain, on mâchait du charbon.

Aussi, vous le voyez, monsieur, je suis très maigre ;

Ce qui me fait du tort - Le mineur, c’est le nègre.

Hélas, oui ! - Dans la mine on descend, on descend.

On travaille à genoux dans le puits. C’est glissant.

Il pleut, quoiqu’on n’ait pas de ciel. On est sous l’arche

D’un caveau bas, et tant qu’on peut marcher, on marche ;

Après on rampe ; on est dans une eau noire ; il faut

Étayer le plafond, s’il a quelque défaut ;

La mort fait un grand bruit quand tout à coup elle entre ;

C’est comme le tonnerre. On se couche à plat ventre.

Ceux qui ne sont pas morts se relèvent. Pas d’air.

Chaque sape est un trou dont un homme est le ver.

Quand la veine est en long, c’est bien ;quand elle est droite,

Alors la tâche est rude et la sape est étroite :

On sue, on gèle, on tousse ; on a chaud, on a froid.

On n’est pas sûr si c’est vivant tout ce qu’on voit.

Sitôt qu’on est sous terre on devient des fantômes.

- Les pauvres paysans qui vivent sous les chaumes

Respirent du moins l’air des cieux. - On étouffait.

- Pourquoi ne pas vous plaindre aussi ? - Nous l’avons fait.

Nous avons demandé, ne croyant pas déplaire,

Un peu moins de travail, un peu plus de salaire.

- Et l’on vous a donné, quoi ? - Des coups de fusil.

- Je m’en souviens, le maître a froncé le sourcil.

- Mon père est mort frappé d’une balle. - Et ta mère ?

- Folle. - Et tu n’as plus rien ? - Si. J’ai mon petit frère.

Il est infirme, il faut qu’il vive de façon

Que j’ai mendié, mais on m’a mise en prison.

Je ne sais pas les lois, mais on me les applique.

Que fais-tu donc alors ? - Je suis fille publique."

Bibliographie :

Emile Pouget La plume rouge et noire du Père Peinard aux Editions Libertaires ( Auteur : Xose Quiben Ulla)

Germinal en Rouergue (Auteur : Louis Cassiat)


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