Firmi et sa mine ; la vie des mineurs à la veille de la grande grève de 1886

lundi 15 avril 2019.
 

L’exploitation outrancière des salariés et de la nature par le capitalisme actionnarial ne date pas d’aujourd’hui.

Durant le dernier quart du 19ème siècle, la mine à ciel ouvert de Firmi dévorait le sol jusqu’au pied des maisons ( voir photo ci-dessous).

1) La grève de 1878

Depuis l’échec de la Commune de Paris, le mouvement ouvrier subissait une répression et des conditions de travail très dures. Le jeudi 14 mars 1878, les mineurs du Bassin de Decazeville apprennent par voie d’affiches une diminution de 10% de leurs salaires à dater du 1er avril. La grève va durer trois semaines, trois semaines de privations horribles pour des familles vivant déjà sur de faibles revenus. Les ouvriers se sentent isolés, souvent attaqués à la fois par la presse royaliste et la presse républicaine. Dans les jours qui suivent la reprise, 26 meneurs sont convoqués devant le tribunal pour entrave à la liberté du travail et condamnés à de la prison ferme : 3 mois, 45 jours, 40 jours...

2) Conditions de travail des mineurs en 1886

Le 6 février 1886, le journal « L’Economiste français » compare celles-ci à l’enfer :

« Les mines de Decazeville ont une certaine ressemblance avec le séjour où, dit-on, les grands pêcheurs se tordent éternellement dans la géhenne du feu. .. La chaleur dans les galeries avancées est insupportable. C’est ainsi qu’à Combes on a dû abandonner complètement l’exploitation d’un étage où la température des galeries atteignait 40 degrés. En certains endroits, notamment à Bouvray, on est obligé de lutter sans cesse contre les feux tant extérieurs qu’intérieurs qui dévorent tout dès qu’on ne les contient plus... »

3) Aléas de l’exploitation minière et salaires en 1886

La mine découverte de La Vaysse avait apporté des bénéfices à la Compagnie et aux actionnaires ; comme elle atteignait en 1886 les maisons du village de la Martinie et que le Conseil d’administration ne voulait pas les acheter, l’exploitation se reporta surtout sur la mine de Firmi.

C’est le mineur qui fit les frais d’une situation économique plus difficile.

« Il est réduit au chômage dix à quinze jours par mois. .. Les feuilles de paye excédaient bien rarement les soixante francs. Là-dessus, il fallait encore acheter ses outils, les faire aciérer, payer sa poudre, ce qui représentait environ cinq francs par mois à déduire. Enfin, des amendes venaient fréquemment diminuer ce maigre acquis » .

Ainsi, les salaires qui oscillaient dans les années 1870 entre 150 et 200 francs sont tombés en 1886 à moins de 60 francs.

Il ne s’agit là que des ouvriers en activité, les ouvriers malades, blessés... survivent avec 0,5 à 0,75 francs par jour (dimanches et jours fériés non payés) s’ils ont cotisé à la Caisse de Secours. Pour bénéficier de la retraite il fallait avoir passé sa vie en « bons et loyaux services » vis-à-vis de la compagnie ; et ce pour toucher 240 francs par an pour un ouvrier, moins d’un franc par jour...

La société a également intérêt à disposer d’un volant de chômeurs. Le maire de Decazeville en signale 250 pour sa seule ville et alerte sur leur situation particulièrement « désastreuse » ; au chômage, ils remboursent les avances faites préalablement par la Compagnie, en particulier à l’économat ( commerce de l’entreprise). Après une vague de licenciements, la misère est telle qu’un mouvement d’émigration vers la Californie prend forme.

4)Les familles en 1886 (enquête de Louis Cassiat)

« La misère s’était installée dans plus d’un foyer. Un hiver particulièrement rude avait encore précipité cet état de dénuement presque complet. Les prix avaient, pour la-plupart, augmenté dans le même temps où les revenus subissaient une baisse catastrophique... Le vin, la viande et beaucoup d’autres denrées de première nécessité avaient connu une hausse sensible.

« On arrivait maintenant au bord de l’abîme.

« Dans les baraques... dans les taudis du faubourg Fonvergnes que l’on désignait sous le nom de « casernes » et où les familles de mineurs s’entassaient en d’affreux et malsains logements... tout un monde vivait dans la misère, dans l’angoisse, dans la peur du lendemain. 92% des familles n’avaient rien à transmettre à leurs descendants, ni foyer, ni héritage d’aucune sorte ».

Alexandre Zévaès, député du Parti Ouvrier de Jules Guesde apporte les précisions suivantes sur la Coopérative créée par la Compagnie et la situation des familles de mineurs de Decazeville au début de l’année 1886 : « Plus l’ouvrier mineur et sa famille se serrent le ventre, rognant sur le pain, rognant sur la viande, plus la Compagnie cisaille les journées. C’est elle qui paie directement l’économat (coopérative), par des prélèvements pratiqués sur le salaire, les sommes dues par l’ouvrier. Si bien qu’il arrive que des pères de famille restent des mois sans voir la couleur d’une pièce d’argent. Si bien que de pauvres femmes doivent s’endetter de viande et de pain à l’économat pour revendre pain et viande afin de pouvoir payer le loyer » (souvent également propriété de la société).

4) C’est dans un tel contexte qu’en 1886 le Conseil d’administration de la Compagnie décide plusieurs mesures visant à améliorer la situation financière de l’entreprise aux dépens des mineurs : la plus importante, une réduction de 34% de la masse salariale.


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message