Disparition progressive des oiseaux. Constat et analyse des causes.

jeudi 29 octobre 2020.
 

Les oiseaux ont du plomb dans l’aile : en 25 ans, un tiers de la population des oiseaux a disparu en France.

Nous faisons ici le point sur ce grave problème de biodiversité.

1) Document 1 : les oiseaux en danger

Dans son magazine de l’environnement , l’émission « De cause à effet » sur France Culture, il a été question le 15/09/2020 de la diminution du nombre d’oiseaux.

https://www.franceculture.fr/emissi...

Titre de l’émission : les oiseaux en danger https://www.franceculture.fr/emissi... Présentation de l’émission sur le site

Une planète vivante de moins en moins vivante ? C’est ce que dénonce le dernier rapport ‘Planète vivante’ du WWF qui tire à nouveau la sonnette d’alarme, et parmi les espèces en danger, les oiseaux, du simple moineau à l’alouette des champs.

Dans ce contexte, des discussions sur la chasse aux alertes sur les dégradations des écosystèmes, les débats vont bon train. Depuis le rapport du Museum national d’histoire naturelle de Paris et du Centre national de la recherche scientifique de Chizé, dans les Deux-Sèvres, paru en mars 2018, l’effondrement de la population des oiseaux de campagne en France et en Europe est connu du grand public, et les chercheurs ont poursuivi leurs études, pour analyser et comprendre les dangers et dommages collatéraux d’une telle situation.

Où en est le déclin des oiseaux sauvages ? La France, est-elle en conformité avec les règles et normes européennes ? La pratique de la chasse et ses traditions doivent-elles s’adapter ? Face au silence des oiseaux, quelles alternatives ont été expérimentées ou sont en passe de l’être ?

Les intervenants

Réponses avec Frédéric Jiguet, ornithologue et biologiste de la conservation, professeur au Muséum national d’histoire naturelle. Auteur avec Aurélien Audevard du livre « Tous les oiseaux de France, de Belgique, de Suisse et du Luxembourg » paru chez Delachaux et Niestlé.

Jean-Philippe Paul, naturaliste, journaliste, auteur. Rédacteur en chef adjoint du bimestriel franco-suisse la Revue Salamandre dont le dernier numéro intitulé « Piaf, tout simplement » propose un grand dossier sur les moineaux.

Et François Omnès, chef du service usages et gestion de la biodiversité à l’Office français de la Biodiversité.

Et dans « L’œil du Monde-Planète », c’est la journaliste Perrine Mouterde qui nous livrera son choix Info de la semaine ; elle s’intéressera aux effets de la sécheresse sur les forêts françaises.

2) Document 2 : Des printemps de plus en plus silencieux.

Source : France Culture. Sciences. 20/03/2018 https://www.franceculture.fr/scienc...

Environ un tiers des oiseaux ont disparu des campagnes ces vingt dernières années, selon les observations du CNRS et du Muséum d’histoire naturelle. Principaux facteurs de cette diminution progressive, mais néanmoins catastrophique ? L’agrochimie, et la destruction des habitats.

Des printemps sans chants d’oiseaux ? C’est malheureusement ce qui nous attend. Des études du CNRS et du Museum d’histoire naturelle révèlent combien la biodiversité a pris du plomb dans l’aile ces vingt dernières années : près d’un tiers des passereaux, notamment des oiseaux de plaine, ont disparu de nos campagnes.

Nous avons rencontré Vincent Bretagnolle, chercheur au Centre d’études biologiques de Chizé, dans les Deux-Sèvres, qui dépend du CNRS et de l’Université de La Rochelle, afin de dresser un état des lieux. Un entretien un peu alarmant.

Les oiseaux disparaissent des campagnes à vitesse grand V, selon les observations du CNRS et du Muséum. Comment l’avez-vous constaté et quelle est l’ampleur des dégâts ?

On réalise des suivis à partir de points d’écoute : on comptabilise l’ensemble des oiseaux autour des ces localisations, qui sont les mêmes depuis vingt-quatre ans. Cela nous permet de quantifier les tendances au niveau des populations de l’ensemble des oiseaux qui habitent les plaines rurales, agricoles, notamment dans ce site d’études du sud du département des Deux-Sèvres, qui fait 450 kilomètres carrés. Nous avons constaté que l’ensemble du cortège des oiseaux de plaine a diminué, quelle que soit l’espèce, avec des vitesses différentes selon les espèces. L’espèce la plus abondante, l’alouette des champs, a par exemple diminué de 35% en l’espace d’un peu plus de vingt ans. Les dégâts sont encore plus spectaculaires pour d’autres espèces, comme les perdrix, qui ont diminué de 80 à 90% sur les vingt-trois dernières années.

Entretien avec Bernie Krause, bioacousticien : "50% des sons de la nature ont disparu en 50 ans"

Combien disposez-vous de points d’écoute ?

Il y en a 160. C’est un maillage assez serré. Un point d’écoute couvre dix hectares, avec un rayon de deux cents mètres autour de l’observateur. Celui-ci note pendant dix minutes la présence, détectée soit par le son, soit par la vue, de l’ensemble des individus sur ces parcelles en forme de disques. Ce qui nous permet d’obtenir des densités exactes.

Les observateurs sont des ornithologues confirmés : des étudiants en thèse, moi-même, ou des contractuels, qui changent tous les ans. Au total, il y a eu jusqu’à aujourd’hui plus de trente observateurs différents sur les 160 points d’étude.

Quels sont les facteurs de cette extinction massive ?

C’est une diminution lente et progressive, pas une extinction massive. Mais en fait, c’est tout aussi alarmant : plus du tiers des oiseaux ont disparu ces vingt cinq dernières années. Et c’est une diminution généralisée : on l’observe dans le sud des Deux-Sèvres, mais aussi dans les mêmes proportions à l’échelle nationale, et à l’échelle de l’Europe entière.

Le facteur principal de cette érosion est l’intensification de l’agriculture, à travers deux processus. Le premier est l’homogénéisation et la perte des habitats : la diminution des prairies, des haies, des petites mares, des petits murets, etc., qui sont des habitats capitaux pour la reproduction des espèces. Le deuxième processus est l’utilisation de ce que l’on appelle l’agrochimie : les engrais et les pesticides, avec à la fois les insecticides, mais aussi les herbicides qui en éliminant les plantes, éliminent par ricochet les insectes.

Quels sont les risques pour l’écosystème ?

Les effets sont directs et indirects. Dans les plaines agricoles, les oiseaux sont principalement insectivores, donc ce sont des prédateurs en bout de chaîne alimentaire qui ont un rôle primordial sur la régulation des espèces d’insectes. C’est un premier point qui aboutira à un déséquilibre et à un dysfonctionnement de l’écosystème. Le deuxième point est qu’évidemment les oiseaux ont aussi un rôle important dans l’imaginaire collectif. Un rôle culturel dans nos sociétés. Et la disparition des oiseaux dans les campagnes, avec des printemps qui seront à n’en pas douter de plus en plus silencieux, a des répercussions aussi sur l’affect et le socio-culturel des sociétés qui vivent dans ces milieux.

Vous parliez de l’alouette des champs, quels problèmes autres oiseaux connus sont en train de s’éteindre ?

La liste est innombrable. L’alouette des champs suit une autre espèce qui a diminué de façon tout à fait alarmante, qui est l’hirondelle de cheminée. Celle que l’on trouvait dans les étables autrefois, qui nichait au milieu des vaches. On estime qu’à l’échelle de l’Europe on a perdu plus de la moitié de la population européenne d’hirondelles de cheminée en l’espace de vingt-cinq ou trente ans. Elles ont diminué parce que les étables ont peu à peu disparu, en tout cas celles où elle pouvaient faire leur nid, leurs colonies. Et puis elles se nourrissent de petits insectes volants, mais il n’y en a pratiquement plus dans les campagnes. Et si l’on se tourne vers des espèces de taille plus importante : la perdrix grise, emblématique et patrimoniale - pour les chasseurs notamment -on enregistre un déclin absolument spectaculaire. On a même réussi l’exploit de la faire disparaître d’un pays entier : à l’état sauvage, elle s’est définitivement éteinte en Suisse, dans les années 2000. Elle fait aujourd’hui l’objet d’un programme de réintroduction. Enfin, des espèces encore plus emblématiques, comme l’outarde canepetière, qui sont très inféodées au milieu agricole, sont aujourd’hui au bord de l’extinction en France.

En tant qu’ornithologue, quel est votre état d’esprit ? Accablement, colère ?

Il est empreint de réalisme. Ce déclin sans précédent à l’échelle de l’Europe va demander la mise en place de solutions très coûteuses. Elles devront imposer un tel changement au niveau des pratiques agricoles qu’elles ne seront pas mises en place en quelques semaines, ni en quelques mois. Mais en même temps je reste positif, parce que nous avons déjà des solutions : il existe des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement, de la nature et des oiseaux. C’est tout le domaine de l’agroécologie notamment, qui peut remplacer l’agrochimie en utilisant la biodiversité. C’est ce que l’on appelle des solutions fondées sur la nature. Mais on a besoin d’un véritable changement de paradigme au niveau de l’agriculture. C’est indispensable, ne serait ce que pour l’agriculture même, qui ne peut pas se passer des oiseaux et des insectes.

C’est l’abandon des jachères il y a une dizaine d’années, c’est l’usage des néonicotinoïdes, notamment en céréale, cet insecticide qui prive les oiseaux de leurs ressources en insectes, c’est l’augmentation d’utilisation de nitrate pour garantir une teneur en gluten du blé, c’est un amendement, c’est un engrais, mais qui va homogénéiser encore plus la flore spontanée et donc réduire à nouveau les ressources pour les oiseaux...

Fin de l’entretien

Bref commentaire Hervé Debonrivage :

On constate sur cet exemple combien le changement de méthodes dans l’agriculture, dans le traitement de la végétation, des sols de la flore et de la faune devient impératif. Le passage à l’agro agriculture a non seulement un impact bénéfique sur la santé humaine, comme cela est souvent rappelé, mais aussi sur la bio diversité.

3) Document 3.Les pesticides, principales causes de la disparition des oiseaux

Les pesticides, principales causes de la disparition des oiseaux en France. En trente ans, l’Europe a perdu plus de 421 millions d’oiseaux. Une situation alarmante due en grande partie au dérèglement climatique mais surtout aux pesticides.

Source : France Culture. Environnement. https://www.franceculture.fr/enviro...

Comment expliquer l’alarmante disparition de millions d’oiseaux ces dernières années ? Le dérèglement climatique désoriente les oiseaux migrateurs, mais le premier coupable est une molécule chimique : l’imidaclopride, qui agit sur eux comme un poison à mort lente lorsqu’ils picorent par exemple des graines enrobées de pesticides semées dans les champs.

Quels oiseaux sont en déclin ?

Le chardonneret élégant, le coucou, le milan royal, le pigeon ramier, la perdrix grise, l’alouette : la situation est alarmante. Non seulement ces oiseaux disparaissent, mais cette disparition s’est accélérée ces dernières années : "Depuis 1989, on a perdu en France à peu près un tiers des oiseaux des milieux agricoles, constate Frédéric Jiguet, ornithologue et professeur au Centre d’écologie et des sciences de la conservation du Muséum d’histoire naturelle. Les alouettes, les tourterelles des bois, les perdrix, sont des espèces en déclin et dont on perd chaque année 1 % à 2 % des effectifs. On a perdu à peu près un quart des coucous en France, l’une des espèces en déclin marqué."

En tout, près de 275 espèces sont touchées, dont 32 % d’oiseaux nicheurs. Certaines, comme le moineau friquet, ont presque disparu dans toute l’Europe de l’Ouest. D’autres plus gros, comme les merles, les pies ou les corneilles, qui mangent tout y compris des oisillons, survivent mais se réfugient en ville.

e phénomène n’est pas qu’européen. En cinquante ans, près de trois milliards d’oiseaux ont aussi disparu en Amérique du Nord.

Comment sait-on qu’ils disparaissent ?

Des comptages sont effectués chaque printemps par des centaines d’ornithologues et d’amateurs. Ils écoutent et enregistrent les bruits des oiseaux à des points précis et identiques d’une année sur l’autre, et notent toutes leurs observations. En les compilant, ils arrivent au constat que partout en France, ces espèces déclinent.

Quand une espèce perd 25 % de ses effectifs en dix ans, comme c’est le cas pour le chardonneret élégant par exemple, il est ajouté à la liste rouge des espèces menacées en France. Cette liste, éditée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ne cesse de s’étoffer.

Qui est responsable de la disparition de ces oiseaux ?

Les conséquences des activités humaines sur l’environnement sont, on le sait, une des principales raisons du déclin des espèces animales. Mais comment cela se traduit-il pour les oiseaux ?

• Les effets du changement climatique

De nombreux oiseaux qui migrent au printemps et en automne sont perturbés par les effets du dérèglement climatique. Le coucou en fait partie :

 La femelle a la particularité de ne pas élever son propre poussin et de pondre un œuf dans le nid d’une autre espèce, comme le rouge-gorge, explique Frédéric Jiguet. Avec le changement climatique, les printemps sont de plus en plus précoces en Europe. Quand les coucous arrivent de migration, les rouges-gorges ont déjà pondu leurs œufs, il est donc trop tard pour que les femelles coucous puissent pondre dans un nid de rouges-gorges.

• Les effets indirects des pesticides

Pour protéger les récoltes des insectes et animaux dits nuisibles, les agriculteurs utilisent depuis longtemps toutes sortes de pesticides, insecticides qui sont autant de poisons. En France, l’agriculture répand chaque année plus de 65 000 tonnes de pesticides pour traiter les céréales, la betterave ou encore les vignes. La plupart de ces produits ont des effets directs sur le déclin des oiseaux, qui se nourrissent de graines, d’insectes ou de petits rongeurs.

Parmi eux :

1.La bromadiolone, pesticide répandu depuis les années 70 pour lutter contre les campagnols, tue aussi par ricochet les rapaces, notamment les milans, victimes collatérales de ce raticide. Cet anticoagulant est indirectement ingéré par ces oiseaux, qui s’empoisonnent en se nourrissant de rongeurs.

2.Les vermifuges sont utilisés sur les animaux (chevaux, vaches, moutons) pour éliminer les insectes parasites. Certaines espèces d’oiseaux comme la bergeronnette, le tarier, ou l’étourneau, se délectent de ces insectes, et sont à leur tour empoisonnés par ces produits vétérinaires.

3.Les néonicotinoïdes, insecticides les plus virulents, sont responsables du déclin des abeilles et de trois quarts des insectes. Commercialisés depuis les années 80, ils sont interdits en France depuis septembre 2018. En Allemagne, on estime qu’à cause d’eux, la biomasse des insectes a diminué de 80 %. Faute d’insectes, les oiseaux ne peuvent plus nourrir correctement leurs oisillons.

Ce constat explique que les oiseaux des champs, directement en contact avec les pesticides, soient plus affectés que ceux des forêts.

Comment les pesticides agissent-ils sur les oiseaux ?

Qu’ils soient insecticides, désherbants, ou fongicides, les pesticides ont tous des effets sur la santé des oiseaux. "Ils vont agir sur plusieurs organes, notamment le foie et l’encéphale, détaille Norin Chaï, vétérinaire à la ménagerie du Jardin des plantes à Paris. Ils vont entraîner des lésions au niveau reproducteur, affiner et fragiliser la coquille des œufs. Les pesticides peuvent aussi entraîner des lésions nerveuses, causer des retards de croissance, une baisse de la fertilité, des pertes de repère dans l’espace, etc."

Les pesticides dérèglent également les hormones thyroïdiennes, indispensables au vol et à la migration des oiseaux, comme le coucou et l’hirondelle. "Les hormones thyroïdiennes sont essentielles pour la prise de poids et les changements des muscles, précise Barbara Demeinex, biologiste et endocrinologue, et autrice du livre Cocktail toxique : comment les perturbateurs endocriniens empoisonnent notre cerveau (Odile Jacob, 2017). Elles sont indispensables pour la navigation. À cause de l’interférence des pesticides, les oiseaux vont littéralement perdre le Nord."

Plus de 287 produits suspects ont été recensés. Des produits qui ne sont pas seulement cancérogènes mais aussi mutagènes et reprotoxiques, c’est-à-dire qu’ils affectent aussi les mécanismes de la reproduction.

Pourquoi on parle d’effets sublétaux

Les pesticides causent une mort lente chez les oiseaux. Chez la perdrix grise, le pigeon biset ou chez le ramier, les effets, dans un premier temps, ne sont pas visibles. "La majorité des pesticides ont des effets sublétaux, c’est-à-dire des effets insidieux, liés à des expositions plus longues où répétées à ces produits", analyse Olivier Cardoso, écotoxicologue à l’ONCFS, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. Avec pour conséquence "des troubles neurologiques, des troubles de l’immunité, des perturbations endocriniennes, qui vont mettre en jeu la santé de l’animal, mais pas forcément de manière foudroyante, violente, et qui vont même avoir parfois des effets transgénérationnels et des effets sur la population globale de ces animaux, avec un affaiblissement général de ces populations."

Pesticides et mortalité des oiseaux : causalité démontrée

En février 2018, l’ONCFS a publié un rapport qui prouve pour la première fois que les oiseaux sont bien exposés aux pesticides, et en particulier l’imidaclopride. Cette molécule appartient à la famille des néonicotinoïdes utilisés dans les champs pendant plus de vingt ans.

Ce rapport précise que "sur 3 000 cas suspects d’oiseaux empoisonnés sur 20 ans, 239 carcasses ont été récupérées près de champs fraîchement semés dans les zones de culture céréalière intensive du Nord et du Centre de la France. Plus de cent cas ont été associés à une réelle exposition à l’usage agricole de la molécule insecticide imidaclopride. Dans les deux tiers des cas, les oiseaux avaient mangé des semences traitées. La mortalité par empoisonnement a donc été déclarée probable dans 70 % des cas." *** 4) Documents 4 : Quelques éléments sur la situation au niveau mondiale. Oiseaux : des espèces menacées. (Petite vidéo) Source : association suisse de protection des oiseaux https://www.youtube.com/watch?v=cs4...

*** Annexe :

Ligue de Protection des Oiseaux (LPO). Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligue...

Siite de la LPO : https://www.lpo.fr/

oiseaux.net . Les oiseaux de France. (Encyclopédie) https://www.oiseaux.net/oiseaux/fra...

Hervé Debonrivage


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message