18 juillet 1898 Marie Curie découvre le polonium puis le radium

mercredi 14 novembre 2018.
 

- 18 juillet 1898 Marie Curie découvre le polonium puis le radium

- 14 novembre 1903 Marie et Pierre Curie reçoivent le Prix Nobel de physique

« Dans l’intérêt de l’humanité toute entière » Pierre Curie et Marie Sklodowska

« En renonçant à l’exploitation de notre découverte, nous avons renoncé à la fortune qui aurait pu, après nous, être transmise à nos enfants. J’ai souvent dû défendre nos conceptions auprès de nos amis qui prétendaient, non sans raison valable, que si nous avions garanti nos droits, nous aurions conquis les moyens financiers nécessaires à la création d’un Institut du Radium satisfaisant.

Mais je demeure convaincue que nous avons eu raison d’agir ainsi. L’humanité a certainement besoin d’hommes pratiques qui tirent le maximum de leur travail sans oublier le bien général, sauvegardant leurs propres intérêts. Mais elle a besoin aussi de rêveurs pour qui les prolongements désintéressés d’une entreprise sont si captivants qu’il leur devient impossible de consacrer des soins à leurs propres bénéfices matériels.

Peut-être ces rêveurs ne méritent-ils pas la richesse : toutefois une société bien organisée devrait assurer à ses travailleurs les moyens efficaces d’accomplir leur tâche dans une vie débarrassée des soucis matériels et librement consacrée au service de la recherche scientifique. »

Marie Curie

1) Marie et Pierre Curie : Une belle histoire d’amour qui changera le monde

Imaginez d’une part un jeune homme Pierre, né à Paris en 1859. Il est d’une intelligence précoce, de caractère indépendant. Pierre Curie, instruit et éduqué par son père, n’a jamais été à l’école, car Jean Jaurès ne l’avait pas encore instituée. Bachelier Es-Sciences à 16 ans, licencié à 18 ans, chef des travaux à l’école de physique de Paris à 24 ans. Il n’est guère riche et ne vit que pour ses travaux scientifiques de cristallerie qui aboutissent à la première de ses grandes découvertes, avec son frère Jacques, la piezo-électricité, propriété de certains cristaux de produire de l’électricité.

Pierre Curie en cette fin de siècle est déjà un physicien très estimé de ses pairs , surtout à l’étranger, mais inconnu du grand public. Il est tellement absorbé par ses recherches qu’il les considère incompatibles avec le mariage.

Imaginez d’autre part une jeune fille née à Varsovie en 1867, douée d’une intelligence tout aussi précoce. A 16 ans elle a terminé ses études secondaires, première partout, mais comme sa famille est pauvre malgré le statut de professeurs de ses parents, Marie doit travailler tout de suite, tantôt comme gouvernante, tantôt comme répétitrice.

La Pologne partagée entre ses voisins est sous la férule russe et comme beaucoup d’intellectuels polonais ses parents subissent l’oppression de la terrible police tsariste et leur fille partage leur exécration. Marie milite à la fois pour l’indépendance de la Pologne et pour une forme de socialisme qui, bien sûr, est fort mal vu des autorités tsaristes. Il s’agit d’éduquer le petit peuple, d’enseigner la sociologie, la médecine, la philosophie, l’histoire à des ouvriers. Ces activités lui apportent des brimades de la police.

La vie est sombre et terne. Bientôt Marie rejoindra sa sœur Bronia qui faisait ses études de médecine à Paris.

Comme elle est particulièrement calée en physique, elle sera nommée par la Société pour l’encouragement de l’industrie nationale, pour entreprendre des recherches sur les propriétés magnétiques des aciers. Elle aussi ne vit que pour ses travaux et semble avoir exclu de sa vie l’amour et le mariage.

Et voilà qu’un jour, Kowalski, professeur de physique à Varsovie en voyage d’études à Paris reçoit à la fois Pierre et Marie, chacun expose ses travaux en cours. Ils constatent leur passion pour la science qui crée entre eux une sympathie vive et immédiate.

La Polonaise frappe le Français par son intelligence, sa détermination, ses compétences et son dédain pour les armes habituelles dont les femmes se servent c’est à dire la coquetterie. Mais, laissons-lui la parole : " Il me parut très jeune, bien qu’il fût alors âgé de 35 ans. J’ai été frappée par l’expression de son regard clair, sa parole un peu lente et réfléchie, sa simplicité. Son sourire à la fois grave et jeune inspirait la confiance. Il y avait entre sa conception et la mienne, malgré la différence de nos pays d’origine, une parenté surprenante, attribuable sans doute en partie à une certaine analogie dans l’atmosphère morale au milieu de laquelle chacun de nous avait grandi dans sa famille ".

Ils constatent leur passion réciproque pour la science qui créa une estime immédiate, une admiration mutuelle, prélude habituel à la tendresse et à l’amour qu’ils avaient pourtant exclu l’un comme l’autre de leur vie.

En juillet 1895 les deux jeunes gens se fiancent, elle a 28 ans, il en a 36 et se marient le 26 juillet 1895 à midi à la mairie de Sceaux. Comme cadeau de noces ils reçurent deux bicyclettes neuves. Comme voyage de noces, un vagabondage à bicyclette, à travers l’île de France. Cette histoire d’amour durera jusqu’à la mort.

L’histoire scientifique qui la double ne s’arrêtera pas : elle bouleversera le monde contemporain et l’électricité atomique qui éclaire les foyers français et étrangers., trouve en partie sa source dans l’intelligence de ces deux êtres d’élite qui habitaient 24 rue de la Glacière à Paris.

Après leur mariage le couple consacre tout son temps, tous ses loisirs à la science. Un rapport du physicien Henri Becquerel, les met sur la voie d’un mystérieux rayonnement. La radioactivité.

Le 18 juillet 1898, Marie Curie annonce la découverte du polonium, nommé ainsi en référence à son pays d’origine. Le 26 décembre, avec Gustave Bémont, elle annonce la découverte du radium.

Les Curie sont séduits et intrigués par ce phénomène ils veulent percer le mystère de la radioactivité.

C’est le début d’un rêve dans un morne hangar de la rue Lhomond où des années durant ils travaillèrent avec un équipement de fortune et des installations rudimentaires pour mettre en évidence des loi sur la radioactivité, son origine atomique et surtout la découverte de deux corps nouveaux : Le Polonium (en souvenir de sa patrie d’origine) et le Radium.

C’est en 1902 qu’enfin, Marie et Pierre réussissent à obtenir un décigramme de Radium pur poids atomique 225.

En juin 1903 Marie Curie présente sa thèse de Doctorat (recherches sur les substances radioactives). L’Académie des sciences de Suède décerne, le Prix Nobel de Physique, pour moitié à Henri Becquerel, pour moitié à Madame Curie. C’est à partir de ce moment que l’importance de leur découverte sera reconnue et commencera à valoir une gloire dont leur modestie s’accommodera toujours mal.

La grande ouverture de la physique atomique est démarrée. Ils restent passionnés par les recherches qu’ils ont menées ensemble et refusent les avantages qu’ils pourraient en tirer, en faisant breveter leur découverte. Au contraire ils la donnent à la science et au monde entier. Ils continuent leurs recherches et découvrent que le radium guérit les lèpres, les tumeurs et certaines formes de cancers. C’est la naissance de la curiethérapie qui deviendra plus tard la radiothérapie et puis la cobaltothérapie.

Le 19 avril 1906 Pierre Curie est écrasé par un camion à chevaux rue Dauphine. Il sera inhumé dans le cimetière de Sceaux. Marie continuera désormais seule la tâche qu’ils avaient entreprise à deux, mais la vie de Maria n’a pas été facile. On lui reprochait d’être une femme étrangère, catholique, russe, allemande, polonaise, juive. Marie résiste à une offre de rentrer en Pologne mais accepte la proposition du Dr Roux, directeur de l’Institut Pasteur, de créer l’Institut de Radium, un laboratoire de recherches biologiques. Cet Institut sera terminé en juillet 1914.

Par la suite Irène Curie, leur fille épousera en 1926 un jeune ingénieur Frédéric Joliot , jeune chercheur de l’Institut de Radium auquel elle ajoutera son propre patronyme. Irène et Joliot Curie découvrent la radioactivité artificielle ce qui leur valut un Prix Nobel. Et ainsi les travaux de leur mère pouvaient continuer. Ils reprirent la tradition familiale des mariages d’amour et de science, qu’ils illustrèrent à leur tour avec un éclat mémorable et touchant.

Les travaux de leurs parents ont été repris par les scientifiques du monde entier et ont abouti à ce que savent nos savants contemporains.

N’est-ce pas là également une forme d’intégration ?

http://www.beskid.com/curie.html

2) L’œuvre politique et scientifique de Marie Skłodowska-Curie

La Polonaise, née le 7 novembre 1867 à Varsovie, rejoint Paris en 1891. Après des études en science, elle devient la spécialiste des substances radioactives, avec son mari Pierre Curie. Prix Nobel, elle doit pourtant faire face au sexisme et à la xénophobie...

Maria Skłodowska naît à Varsovie le 7 novembre 1867. Après ses études secondaires et des positions d’institutrice particulière, elle se rend à Paris en 1891, où elle rejoint sa sœur. À l’université, ses résultats sont exceptionnels  : elle est reçue première pour sa licence de science-physique et obtient également le premier rang au concours de l’agrégation en 1896. Peu avant, elle a épousé Pierre Curie. Les premiers travaux scientifiques de Marie Curie portent sur les «  propriétés magnétiques des aciers trempés  ». Mais ce sont ses recherches sur les substances radioactives qui lui valent une immense renommée savante. Elle publie avec Pierre Curie, en 1898, deux notes décisives dans les comptes rendus à l’Académie des sciences. Dans la première, les époux Curie font part de la découverte d’une «  substance dont l’activité est environ 400 fois plus grande que celle de l’uranium  ». En hommage au pays natal de Marie Curie, ils proposent de l’appeler polonium. Peu de temps après, Marie et Pierre Curie mettent au jour une «  nouvelle substance radioactive  », proche du baryum, qu’ils décident de nommer radium. Ces travaux constituent le socle du doctorat que Marie Curie soutient en 1903, la même année où les époux obtiennent conjointement le prestigieux prix Nobel de physique. Les résistances à l’irruption d’une femme dans un champ scientifique exclusivement tenu par des hommes sont nombreuses. Mais les manifestations de soutien le sont également. En 1906, lors du premier cours de Marie Curie à la faculté des sciences, le Journal assure que «  les débuts de Marie Curie en Sorbonne prennent la forme d’une manifestation en faveur du féminisme  ». La presse rapporte que «  l’amphithéâtre de physique générale qui ne contient que deux cents places était occupé par plus de trois cents étudiants et étudiantes. (…) Le public reste dans les couloirs pour faire une ovation au nouveau professeur  ». Son nom est aujourd’hui inscrit dans l’épaisseur du monde social

L’Académie des sciences, haut lieu de la misogynie conservatrice, lui refuse ostensiblement un fauteuil lorsqu’elle s’y présente en 1911. La presse se déchaîne alors. L’Aurore, qui la soutient, retient de la tentative d’élection la fierté pour Marie Curie «  qu’une telle bataille se soit livrée sur son nom  ». Tout à sa haine xénophobe, l’Action française pronostique «  pour le renom de l’Académie des sciences, que ces misérables Russes vont échouer  ». L’Académie de Stockholm, de son côté, toujours en 1911, décernera à Marie Curie un second prix Nobel, de chimie cette fois.

L’engagement public de Marie Curie peut sembler limité. Elle fera même de cette discrétion politique une caractéristique de sa démarche. Elle s’exprime en faveur du droit de vote des femmes, soutient une suffragiste britannique, ou expose son opposition à la peine de mort. Mais ces points de vue ne sont jamais articulés à une position politique plus générale. Plus exactement, c’est par son travail savant qu’elle entend manifester, le plus largement possible, son attachement aux valeurs les plus essentielles de la science. Ainsi, pendant le premier conflit mondial, elle met à disposition ses connaissances sur la radiologie en formant des manipulateurs radio et en déployant des ambulances spécialisées. Elle participe, avec Albert Einstein, à la Commission de coopération de la Société des nations à propos du rôle des savants. Dans un rapport remis à l’Académie de médecine de Paris en 1931, elle entend défendre la «  reconnaissance du droit des savants  », notamment le «  droit de bénéficier des résultats de ses recherches, tant pour vivre à l’abri du besoin que pour disposer des moyens de travail qui lui sont nécessaires  ». L’Institut du radium, fondé en 1909, constitue un lieu de recherche pour les travaux de Marie Curie sur la radioactivité. C’est aussi un espace de certification et de standardisation des mesures de radioactivité. De même, l’activité scientifique de Marie Curie s’articule étroitement aux logiques de l’industrie de la radioactivité émergeant au début du XXe siècle.

L’œuvre politique de la scientifique réside dans sa pratique savante elle-même  : elle y défend sa vision de la science, la possibilité pour les chercheurs de vivre de leur travail et l’importance de la propriété de ce qu’ils découvrent. Mais cet ethos de la science ne signifie pas, bien au contraire, une rupture complète avec les demandes sociales  : du secours de guerre à l’industrie, Marie Curie s’est ancrée dans son époque. Elle fait désormais partie des références culturelles communes et partagées  : des bourses de recherche européennes aux établissements scolaires, son nom est aujourd’hui inscrit dans l’épaisseur du monde social. Son parcours intellectuel brillant n’a pourtant pas été sans obstacles. Les forces réactionnaires et conservatrices se sont déchaînées contre une scientifique faisant montre de ses capacités d’autonomie et d’émancipation. Une exposition au panthéon

À l’occasion des cent cinquante ans de sa naissance, une exposition intitulée «  Marie Curie, une femme au Panthéon  » retrace le parcours de la scientifique hors normes – la seule à ce jour à avoir reçu deux prix Nobel – et d’une famille qui ne l’est pas moins, avec un mari, Pierre Curie, lui aussi récompensé pour ses recherches, et leur fille, Irène Joliot-Curie, distinguée avec son époux Frédéric en 1935 pour leur découverte de la radioactivité artificielle. Le monument national rend hommage à la scientifique franco-polonaise à travers une rétrospective, organisée conjointement par le Centre des monuments nationaux (CMN) et le musée Curie. Il s’agit aussi pour le Panthéon de «   mettre la culture scientifique à l’honneur  », jusqu’au 4 mars 2018, tous les jours de 10 heures à 18 heures. Tarifs  : de 7 euros à 9 euros.

Jérôme Lamy Historien des sciences


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