Gaël Giraud : Le Bien Commun à la Lumière de l’Apocalypse.

dimanche 10 janvier 2021.
 

Voici une présentation des biens communs par l’économiste Gaël Giraud. La Bible apporte une dimension spirituelle à cette notion trop souvent réduite à sa matérialité.

Nous nous référons ici à une conférence donnée par Gaël Giraud à l’institut d’études avancées de Nantes sur les communs. Elle s’intitule : « Après la privatisation du monde ».

La présentation des communs a ici le mérite d’être à la fois concise et claire : il est vrai que Gaël Giraud est un excellent pédagogue. Elle est replacée dans un contexte économique et politique qui explique la force et l’actualité de cette notion : la privatisation du monde.

Voici le lien pour accéder à la vidéo :

https://m.youtube.com/watch?v=qT3BZ...

Une présentation sommaire de Gaël Giraud.

A contrario du titre du célèbre livre de Herbert Marcuse « L’homme unidimensionnel », Gaël Giraud peut être considéré comme un « homme multidimensionnel ».

C’est à la fois un homme de Raison, comme titulaire d’un doctorat de mathématiques appliquées et un homme de Foi comme prêtre jésuite doctorant en théologie.

C’est un humaniste praticien comme responsable économiste de l’Agence Française de Développement (de 2015 à 2 019).

C’es’t un ancien élève de l’École normale supérieure et a enseigné l’économie à l’école polytechnique puis à l’école des ponts. Il est spécialisé dans les mathématiques financières et la théorie des jeux.

C’est un chercheur comme directeur de recherche au CNRS et sur les modalités de la transition énergétique au sein du shift project. Pour plus de détails sur sa biographie et ses multiples publications voir article de Wikipédia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ga%C3...

Il a écrit un livre sur l’entreprise comme commun. L’Entreprise comme commun. Au-delà de la RSE de Swann Bommier et Cécile Renouard, édition.

Il est président d’honneur de la fondation Rousseau créée en 2020. Comme les économistes hétérodoxes Jacques Généreux et SteveKeen, il considère que l’économie néoclassique investie par le néolibéralisme n’a aucun fondement scientifique et mène l’économie mondiale à la catastrophe notamment avec sa frénésie de privatisation. Il se considère comme social-démocrate (mais pas dans sa version actuelle devenue ultralibérale).

En réalité, dans de nombreux domaines, ses positions sont identiques à celles de LFI notamment sur la résolution du problème de la dette et de la transition écologique.

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Quelques éléments sur la première partie de la conférence.

On peut distinguer quatre types de biens selon leur mode de consommation et leur mode d’accès.

La consommation d’un bien ou service peut-être exclusive ou non. L’accès à un bien ou service peut être régulé ou non.

On a donc quatre cas possibles et donc quatre types de biens ou services possibles.

1) Le bien privé la consommation est exclusive et l’accès est régulé (par exemple par le prix)

2) Le bien public la consommation n’est pas exclusive et l’accès n’est pas régulé (usage du soleil ; je préférerais usage de l’éclairage !)

Le bien commun : une structure fonctionnelle hybride.

3) ) Le bien commun de clans ou tribal. la consommation est exclusive et l’accès n’est pas régulé. Par exemple l’utilisation d’un étang pour pêcher. Ce type de bien commun nécessite l’existence de méta règles pour éviter ou résoudre les conflits éventuels d’utilisation.

4 le bien commun de club.La consommation n’est pas exclusive mais l’accès régulé. par exemple un club de jeu d’échecs.

Gaël Giraud donne des exemples d’utilisation de biens communs avec l’eau et la santé.

le droit romain distinguait trois types de biens avec ses terminologies propres.

En réponse à une série de questions après son exposé, Il considère pour sa part que les communs doivent coexister avec un État démocratique qui doit précisément favoriser leur développement.

Ils dénoncent la globalisation néolibérale qui prétend tout privatiser y compris des biens naturels et les souffrances sociales multiples qu’elle provoque. Il considère que les communs constituent un élément de réponse important à ce néolibéralisme destructeur.

Quelques éléments sur la seconde partie de la conférence

Cette conférence dépasse la notion de commun.

Gaël Giraud montre comment 20 siècles de christianisme ont influencé les constructions idéologiques contemporaines dans le domaine politique.

Son approche a le mérite d’être originale et intéressante pour qui s’intéresse aux mécanismes de formation des idéologies dans un contexte historique.

Il aborde le rôle important joué par le christianisme dans la formation de l’État moderne en Europe occidentale notamment avec le pape Grégoire VII, au XIe siècle.

Je fais ici une parenthèse. Il peut être utile de rappeler que bon nombre de révolutionnaires de 1789 étaient croyants. En témoigne le préambule de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793 dont je rappelle ici un extrait : « … En conséquence, l’Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Etre suprême, les droits suivants de l’Homme et du Citoyen.

Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Puis suivent les différents articles de cette déclaration qui est à la base même de l’existence de notre république. Ce n’est pas par hasard que l’instauration de la loi sur la laïcité de 1905 a été le résultat d’un long combat.

Revenons à la conférence.

Dans une approche « archéologique » de la construction des idéologies, la double interprétation de la vacance du trône de la souveraineté divine par le Christ mentionnée dans la Bible est intéressante.

Soit l’on considère que le Christ délègue un homme souverain inspiré par l’Esprit Saint pour occuper cette place : c’est la démarche adoptée par le pape Grégoire VII qui inaugure ainsi la croyance selon laquelle les rois sont les représentants de Dieu sur terre, animée par l’Esprit Saint, ils sont par nature infaillibles.

Cette place sacrée privilégiée sera disputée par rois et empereurs qui prétendront être des monarques de droit divin par sacrement. L’Église et ses clercs deviennent l’armature de l’État féodal moderne en Occident. Cela suppose pour le peuple un rapport au pouvoir de nature religieuse sacrée pouvant prendre un caractère ethnique et tribal.

Cette interprétation est à la source de l’idéologie de droite et d’extrême droite selon Gaël Giraud.

La notion de pureté d’immunité joue alors un rôle important. Est impur celui qui n’appartient pas à l’ethnie ou clan dont le système de valeurs est essentiellement de nature religieuse et ordonné (au double sens du terme) par le Chef du groupe d’appartenances, petits ou grands, auquel on se réfère. (État, communauté, région, tribu, clans, partis politiques,…)

Cette conception interprétative présuppose que les humains ne se font pas confiance les uns envers les autres et que la multitude est dans l’incapacité de s’auto gouverner.

Gaël Giraud a tout à fait raison d’avancer ici des idées de pureté et de confiance.

On rejoint ici le travail approfondi de Pierre-André Taguieff dans son ouvrage « La force du préjugé » dans l’origine de la xénophobie et du racisme : la peur du métissage.

Pour illustrer le problème de la confiance au sein du RN, on renvoie ici à l’annexe 2.

Dans l’autre interprétation que l’on pourrait qualifier comme démocratique, la place laissée vacante par le Christ doit être occupée par les hommes indistinctement.

Le peuple est capable de s’auto organiser et d’élire éventuellement un représentant incarnant la souveraineté du peuple. L’Esprit Saint qui anime cette souveraineté devient alors la volonté générale de Jean-Jacques Rousseau par exemple.

Cela repose sur l’idée que les citoyens se font confiance les uns envers les autres et que leur unité n’est pas de nature ethnique ou tribale mais repose sur une construction politique non assujettie à une croyance religieuse ou l’appartenance à une ethnie.

Cette conception est à la source de la gauche historique et notamment des courants socialistes et plus anciennement anime les multiples mouvements de résistance contre le despotisme et la tyrannie.

Remarquons que l’on retrouve ici le même antagonisme en philosophie politique : d’un côté Hobbes pour qui l’homme, par nature égoïste est un loup pour l’homme, conception prolongée par une conception du darwinisme social qui n’a pas grand-chose à voir avec la réalité de l’œuvre de Darwin et de l’autre, Rousseau pour qui des institutions politiques jouent un rôle important dans la détermination du comportement des hommes.

Si l’on veut actualiser cette différence de conception pour notre époque, de récents sondages sur le corps électoral concernant le critère de confiance des individus envers les autres confirment totalement cette vision.

Les électeurs du RN ne font pas confiance en leurs « semblables » ce qui explique entre autres, leur hostilité aux différentes allocations de protection sociale. Celles-ci seraient indues ou gaspillées.

À l’opposé, les électeurs de la France insoumise font largement confiance en leurs semblables.

À l’inverse de la droite et de l’extrême droite, ils seront insensibles à la propagande contre « l’assistanat » » et réclament une augmentation des minima sociaux. Remarquons aussi que ce mépris des pauvres « assistés » par une partie de la population peut être aussi interprété comme l’intériorisation du mépris de classe des dominants.

Citons ici un extrait de l’étude sur les divergences idéologiques entre La France Insoumise et le FN– RN

« La deuxième série de divergences, spectaculaire également, porte sur le rapport à l’autre en général et à l’immigration en particulier. 38 % des sympathisants de la France insoumise estiment que l’on « peut faire confiance à la plupart des gens » contre 22 % dans la population générale et 7 % seulement chez les sympathisants du Front national. De même, 30 % des sympathisants de la France insoumise estiment qu’il « y a trop d’étrangers en France » – c’est cinq points de moins que la moyenne nationale – contre… 95 % pour ceux du Front national. Enfin, 58 % des premiers jugent l’islam « compatible avec les valeurs de la société française » – c’est dix-huit points au-dessus de la moyenne nationale – quand il n’y en a que 9 % des seconds. Si cette divergence est évidemment attendue, son ampleur n’en reste pas moins spectaculaire sur un sujet fondamental dans les relations interpersonnelles et structurant pour chacun de ces électorats. » Source : étude de la Fondation Jean-Jaurès

https://jean-jaures.org/blog/entre-...

Et on retrouve avec sept interprétations démocratique, par ailleurs,, l’idée que la république n’a pas de fondement ethnique mais est fondé sur des institutions construit politiquement, de même que l’État-nation.

Gaël Giraud montre que la Bible a traité du Commun en se référant au livre des Actes des Apôtres. 4, 32–37. Voici le texte

Le partage dans la communauté

« La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne se disait propriétaire de ce qu’il possédait, mais on mettait tout en -commun. C’est avec une grande force que les Apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et la puissance de la grâce était sur eux tous. Aucun d’entre eux n’était dans la misère, car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et ils en apportaient le prix pour le déposer aux pieds des Apôtres. On en redistribuait une part à chacun des frères au fur et à mesure de ses besoins. Joseph, que les Apôtres avaient surnommé Barnabé (ce qui veut dire l’homme du réconfort), était un lévite originaire de Chypre. Il avait une terre, il la vendit et en apporta l’argent, qu’il déposa aux pieds des Apôtres. ».

Je dois dire que ce texte m’a échappé dans la rédaction de mon article 2 ci-dessous (annexe) l’idée de Commun apparaît bien dans la Bible d’une manière positive.

On pourrait trouver de même de nombreuses occurrences où la notion de partage est évoquée. Voir : le partage du bien commun, gage de paix. http://www.presence-mariste.fr/Le-p...

Je vais compléter les propos de Gaël Giraud en ouvrant une parenthèse sur l’Apocalypse.

Mais on pourrait ajouter que la soif de richesses et de pouvoir des gouvernants, leur corruption morale et matérielle qui est celle aussi d’une partie du peuple, la cupidité et l’avidité de richesses des marchands et commerçants sur les causes de l’Apocalypse figurant dans la Bible comme on peut le dire précisément notamment, dans la septième trompette et la chute de Babylone.

On peut lire ses textes en utilisant le lien suivant : https://www.universdelabible.net/li...

pour les amateurs du « du grand effondrement » et de collapso logie, ils constateront que les différentes catastrophes écologiques sont décrites dans les six premières trompettes et la destruction de la Terre par les hommes dans la septième point trompette.

Il est mentionné une gigantesque invasion de sauterelles à la couronne d’or, capable de métamorphoses qui s’abat sur les hommes en épargnant les autres êtres vivants.

Les plus imaginatifs verront ici la présence du Corona virus !

Ainsi interprété, l’absence de mise en commun des richesses produites et l’occupation du trône vacant par des gouvernants cupides et corrompus conduise à la destruction de Babylone à comprendre ici comme le monde productiviste et capitaliste où l’argent et le commerce sont les seules boussoles.

On constate donc ici, dans la Bible, que le mépris du commun, l’appropriation à outrance conduit le monde corrompu à sa perte.

La crise de la représentation politique peut donc s’interpréter de deux manières :

–lorsque le trône est occupé par des rois, empereurs dictateur qui ont trahi l’esprit saint et se sont accaparés des biens communs

–lorsque les occupants du trône sont des représentants du peuple qui ont arraché à celui-ci des biens communs pour en profiter eux-mêmes et ont permis à une oligarchie de s’en emparer trahissant ainsi par exemple ce que l’on nomme la volonté générale ou l’intérêt général. Une interprétation connexe ne fait pas forcément intervenir une institution représentative du peuple.

Ce peut être le peuple lui-même (figurée par la mer dans l’Apocalypse) qui s’auto gouverne qui se laisse corrompre par l’argent et une utilisation individualiste du bien commun. Une société autogérée n’est pas à l’abri de sa dislocation et de son explosion notamment par la rivalité des égos.

Je suis d’accord avec Gaël Giraud sur l’articulation État–Communs tels qu’il la conçoit.

Il serait évidemment réducteur de considérer que Grégoire VII serait l’inventeur de l’État.

Concernant la formation des premiers états, ils sont apparus avec les cités–états en Mésopotamie (dans le croissant fertile) et en Égypte environ 3500 ans avant JC.

L’invention des premières écritures à peu près à la même époque a permis l’administration la propagation du pouvoir de l’État central dont la souveraineté est incarnée par un roi ou un empereur. Cela a été possible suite à la sédentarisation des populations permises par l’invention et le développement de l’agriculture.

Robert Fossaert, dans son ouvrage en six volumes : « La Société » consacre un livre entier, le tome 5, sur les différentes formes d’État du néolithique à nos jours en insistant sur l’importance des rapports de classe. Nous n’aborderons évidemment pas ses différentes formes et niveaux de développement mais on peut simplement rappeler ce qui suit pour les rapports de classes.

La structure de classe apparaît alors et la puissance de la classe dominante est assurée par :

1) l’appropriation des richesses naturelles et celles produite par le travail ;

2) une exploitation massive de la force de travail du peuple ;

3) par l’action d’un appareil idéologique, généralement de nature religieuse à cette époque ;

4) la force armée ;

5) un appareil policier, législatif, judiciaire et administratif… remettant notamment la collecte de l’impôt, l’élaboration et l’application des lois. Remarquons que l’armée et la police agisse surtout sur les corps et que les appareils idéologiques et judiciaires agit surtout sur les esprits.

Cette structure de base a traversé les siècles en s’exprimant par des formes diverses. (Royauté, empire, démocratie république, dictatures, théocratie pouvant être éventuellement contrôlé par des oligarchies, ploutocratie, etc. C’est toute la diversité des formations et régimes politiques.

Ces entités étatiques peuvent à la fois s’assembler pour donner des états fédéraux ou désunion d’État (UE) ou ce composé de sous-ensembles : régions, provinces,…

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La privatisation de plus en plus étendue des biens matériels et intellectuels par le néolibéralisme contrôlé par les multinationales et sous l’impulsion des partis de droite, du centre, et sociaux-démocrates, depuis 40 ans en France et ailleurs conduit à une concentration de plus en plus important des richesses produites entre les mains d’une oligarchie en augmentant ainsi les inégalités et les injustices sociales. Au lieu de profiter électoralement à ce qu’ils défendent les biens communs et le partage des richesses comme par exemple LFI avec l’Avenir en commun, cette situation favorise la poussée des mouvements d’extrême droite pour des raisons multiples que nous n’analysons pas ici en détail.

On peut simplement signaler l’action puissante de l’appareil idéologique médiatique qui marginalise des forces politiques comme LFI, le PCF, le NPA, le PG, GRS qui sont les seuls à remettre en cause d’une manière précise la répartition des richesses produites par les 28 millions d’actifs. La seconde raison principale et le traumatisme causé par « l’expérience communiste » de ce que Robert Fossaert nomme plus exactement l’expérience du socialisme d’État.

Certains voient dans le mot « commun » le mot communisme, non pas dans son sens originel, mais dans sa déviation stalinienne. La privatisation du monde et l’effondrement de l’ex URSS permet d’examiner le concept de « Commun » avec sérénité..

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Annexe 1 :

Articles d’Hervé Debonrivage sur les communs.

) La lumière du bien commun. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

2) Le bien commun dans la doctrine sociale de l’Église http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

3) La flamme du commun http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

4) Chronique No 11 : du pillage des biens publics aux Communs. La crise du privativisme. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

5)) Les communs : une notion complexe qui peut être ambiguë. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

6) Avec les communs la pensée est de retour. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

7) Loi numérique : le domaine commun placé hors champ par le privativisme. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Rappelons que nous avons aussi rédigé une série de 11 articles intitulée : Chronique du pillage desbiens publics.

La France Insoumise lors de ces amphis de l’été 2020 à, entre autres, organisé une conférence débat sur le thème : repenser la propriété avec une sixième république. La vidéo est accessible avec le lien suivant :

https://www.youtube.com/watch?v=pEq...

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Annexe 2

Les populismes de droite reposent sur un rapport blessé à autrui.

Source : l’Opinion. Par Ivanne Trippenbach le 09 Septembre 2019

https://www.lopinion.fr/edition/pol...

La Fabrique de l’Opinion « Les populismes de droite reposent sur un rapport blessé à autrui, un malaise lié à la solitude de la société post-industrielle » par Yann Algan :

« La confiance a longtemps été ignorée de l’analyse électorale. En réalité, son pouvoir explicatif est central pour comprendre les succès des forces antisystème »

Quels liens entre innovation numérique, confiance en son voisin et vote « antisystème » ? Yann Algan et trois chercheurs se sont penchés sur l’analyse économétrique de données de sciences sociales sur la France, l’Europe et les Etats-Unis (enquêtes Cevipof, European Social Survey, World Values Survey, résultats électoraux…) pour expliquer la montée des forces populistes.

Il y a dix ans, vous décriviez une « société de défiance » qui freine l’emploi, la croissance et l’aptitude au bonheur. C’est donc aussi la clé du populisme ?

Oui, c’est le point central de notre étude. Deux facteurs essentiels permettent de comprendre la montée des forces antisystème dans les démocraties occidentales. Le premier, bien connu, est économique. Les électeurs antisystème, de la droite populiste comme de la gauche radicale, sont les classes populaires et moyennes les plus exposées aux risques liés à la mondialisation, à la révolution numérique et aux mutations économiques. La crise financière de 2008 a en outre été un point de rupture dans la confiance des citoyens vis-à-vis des institutions, des partis politiques traditionnels, des experts et des économistes. Mais un deuxième facteur culturel se dégage : la confiance envers autrui. Cette variable a longtemps été ignorée de l’analyse électorale. En réalité, son pouvoir explicatif est considérable, y compris relativement aux autres facteurs sociaux (niveau de revenus, catégorie socioprofessionnelle…) pour expliquer les poussées populistes.

Comment cette méfiance se traduit-elle ?

Chez les électeurs du Rassemblement national, ce qui ressort de manière distinctive est une méfiance vis-à-vis des autres, un rapport blessé à autrui. On le perçoit bien sûr dans la relation à l’immigré. Tous les partis relevant de la droite antisystème partagent une forte coloration xénophobe, y compris dans les pays scandinaves, pourtant mieux protégés de la crise et des inégalités. Mais cela va bien au-delà de l’immigration : lorsqu’on les interroge, les électeurs du RN nous disent se méfier des autres en général, du voisin, ...

Annexe 3 :

–Audition de Gaël Giraud au Sénat sur la transition écologique et sur l’avenir économique de la France et de l’Europe. https://www.youtube.com/watch?v=6UQ...

–Interview surThinker viw de Gaël Giraud.

https://www.youtube.com/watch?v=-8j...

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Hervé Debonrivage

–Institut Rousseau https://www.institut-rousseau.fr/


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