22 juin 1633 : Abjuration par Galilée, à genoux, de ses idées sur le fait que la Terre tourne autour du Soleil

lundi 28 août 2017.
 

1) Galilée et l’Inquisition

Rappelons le contexte religieux de l’époque :

Vers le milieu du 16ème siècle, l’Eglise catholique romaine se décide à entreprendre une contre-réforme, face aux remises en cause de certains points du dogme par ceux que l’on appelait depuis 1530 les protestants.

L’espagnol Ignace de Loyola crée la Compagnie de Jésus, sorte d’armée de la foi au service du pape. Le Concile de Trente (1545-1563) réaffirme les points fondamentaux de la doctrine catholique et condamne sans appel le protestantisme.

Des procès en hérésie sont faits à ceux qui osent soutenir que la Terre n’est pas le centre du monde. En 1611, la fin tragique de Giordano Bruno (supplicié sur le bûcher le 17 février 1600) est encore dans tous les esprits des contemporains...

C’est dans L’Essayeur, paru en 1623, que Galilée s’exprime sur la constitution de la matière. Il est de nouveau en désaccord avec Aristote et semble admettre, avec Démocrite, que toute matière n’est que “combinaison en nombre, grandeur, figure, voire mouvement, de particules minimes”. Sa physique de la matière n’est cependant pas très précise et il y a quelque flottement, d’un passage à un autre, entre des particules très petites et des particules insécables8, qui correspondraient aux atomes de Démocrite.

Les jésuites de l’époque tirent alors “la sonnette d’alarme” : en remettant en cause la théorie d’Aristote sur la matière9, théorie que l’Eglise juge conforme aux Saintes Ecritures, Galilée est en train de commettre une hérésie.

De plus, il affirme aussi que la Terre n’est pas le centre du monde. Ses ennemis l’accusent, là encore, de ruiner les Saintes Ecritures.

Il est vrai qu’il entretient la polémique. Ne diffuse-t-il pas une lettre à la Grande-Duchesse douairière de Toscane, Christine de Lorraine, où il explique que « l’intention du Saint Esprit est de nous enseigner comment on doit aller au ciel et non comment va le ciel », revendiquant ainsi la liberté de la science ?

2) Le premier “avertissement” (1616)

Le 3 mars 1616, le Saint-Office condamne le système de Copernic et met ses livres à l’Index. Galilée n’est pas condamné mais il lui est interdit d’enseigner la théorie de Copernic. Il déclare se soumettre. Il revient donc vers l’enseignement et la recherche en mathématiques et en physique.

En 1618, le passage dans le ciel de trois belles comètes le ramène à ses études astronomiques.

En 1623, il publie Il Saggiatore (L’Essayeur). Dans cet ouvrage, consacré aux mathématiques et à la physique, Galilée compare l’univers à un livre gigantesque continuellement ouvert à nos yeux : “Le grand livre de l’univers (...) est écrit en langage mathématique, et les caractères sont des triangles, des cercles, et d’autres figures géométriques sans lesquelles il est impossible d’y comprendre un mot. Dépourvu de ces moyens, on erre vainement dans un labyrinthe obscur”.

Galilée prend position dans L’Essayeur pour une conception de la matière différente de celle d’Aristote.

En 1632, il publie le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde. Le Dialogue est découpé en quatre journées :

Galilée y présente l’état de ses connaissances en astronomie sous la forme d’un dialogue entre trois personnages : deux coperniciens (Salviati, porte-parole de l’auteur, Sagredo, un "honnête homme" curieux et ouvert et un défenseur du système de Ptolémée, Simplicio.

Il utilise pour ses deux premiers interlocuteurs les noms de personnes ayant réellement existé à son époque : Salviati était un noble florentin (1583-1614), Sagredo un noble vénitien (1571-1620). Simplicio est un personnage imaginaire dont le nom rappelle un commentateur célèbre d’Aristote qui vécut au 6ème siècle mais, pour Galilée qui aime bien les plaisanteries, il s’agit aussi d’un jeu de mots, c’est le “simplet”.

Bien que la langue scientifique soit encore le latin, L’Essayeur et le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde sont écrits en italien pour être plus accessibles aux “honnêtes gens”. Le style est alerte, souvent ironique et mordant.

Dans le Dialogue, Galilée laisse entendre ses convictions en faveur du système de Copernic. Des dignitaires ecclésiastiques qui s’intéressaient à ses travaux lui avaient conseillé d’expliquer dans une préface que le système de Copernic n’est qu’une simple hypothèse. Mais le livre sort sans préface !

3) Le drame final (1633 - 1642)

Galilée est convoqué à Rome par le tribunal de l’Inquisition. Il est mis en arrestation dans le palais de l’ambassadeur de Toscane, comparaît devant le Saint-Office mais ne peut convaincre ses juges. Au bout de vingt jours de détention, il est ramené au palais de l’ambassadeur.

Le 22 juin 1633, on lui annonce qu’il est condamné.

Que lui reproche-t-on ?

Le premier chef d’accusation, formulé dans la sentence prononcée par le tribunal de l’Inquisition, semble répondre très clairement à cette question :

“Comme ainsi soit que toi, Galileo Galilei, fils de Vincenzo Galileo, florentin, âgé de 70 ans, dénoncé à ce Saint-Office pour ce que tu tenais pour véritable la fausse doctrine, enseignée par aucuns, que le soleil est le centre du monde et immobile et que la terre ne l’était pas et se remuait d’un mouvement journalier(…)”.

C’est donc l’affirmation du mouvement de la Terre qui semble valoir à Galilée d’être condamné. En présence de cardinaux inquisiteurs, Galilée, qui est un vieillard de soixante dix ans presque aveugle, doit, à genoux, abjurer12 solennellement la thèse copernicienne qu’il sait être vraie. Le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde est mis à l’index.

On prétend qu’il murmura en se relevant : “E pur si muove” (“Et pourtant elle tourne”) ce qui paraît bien improbable car il aurait risqué d’être brûlé vif comme Giordano Bruno.

Pour les inquisiteurs qui ont jugé Galilée, toute connaissance est soumise à la vision du monde présentée par les récits bibliques. A leurs yeux, la démarche de Galilée qui s’appuie sans à priori sur l’observation et l’expérience, remet en cause cette représentation du monde et peut-être la foi en Dieu, tout au moins la puissance et l’autorité de l’Eglise dont les affirmations devenaient alors contestables.

C’est le début d’un long affrontement entre la recherche scientifique et une représentation religieuse du monde. De nos jours, les domaines respectifs sont mieux délimités. Et Galilée compte parmi ceux qui, au début des Temps modernes, ont contribué à mettre en route cette évolution.

4) L’abjuration de Galilée

Abjuration de Galilée (1633) (version réduite)

Moi, Galileo Galilei, florentin, physiquement présent devant ce tribunal, agenouillé devant vous, Très Eminents et Révérends cardinaux inquisiteurs dans toute la République chrétienne contre la perversité hérétique, ayant sous les yeux les sacro-saints évangiles que je touche de mes propres mains,

Je jure que j’ai toujours cru, que je crois maintenant et qu’avec l’aide de Dieu je continuerai à croire tout ce que tient pour vrai, prêche et enseigne la Sainte-Eglise catholique, apostolique et romaine. Attendu que ce Saint-Office m’avait intimé juridiquement l’ordre d’abandonner la fausse opinion selon laquelle le Soleil est au centre du monde et immobile tandis que la Terre n’est pas au centre du monde et qu’elle est mobile,

Attendu que je ne pouvais enseigner en aucune façon la dite fausse doctrine, après qu’elle m’eût été notifiée contraire à la Sainte-Ecriture, Attendu, d’autre part, que j’ai écrit et donné à imprimer un livre dans lequel je traite de la doctrine déjà condamnée, en y apportant des raisons très efficaces en sa faveur,

J’ai été jugé véhémentement suspect d’hérésie.

Par conséquent, je viens d’un cœur sincère et d’une foi non feinte abjurer, maudire et détester les susdites erreurs et hérésies et en général toute erreur, hérésie et secte contraire à la Sainte-Eglise. Et je jure qu’à l’avenir, je ne dirai ni affirmerai jamais plus, ni verbalement ni par écrit, des choses qui puissent me rendre suspect d’hérésie. Moi, Galileo Galilei, j’ai abjuré et signé de ma propre main.

Rome, couvent Santa Maria sopra Minerva, le 22 juin 1633.

Après son abjuration, Galilée peut revenir en Toscane, à Arcetri, dans une villa où il est prisonnier.

Lorsqu’il obtient, après de nombreuses démarches, le droit d’aller assister à la messe dans l’église voisine, les habitants reçoivent l’ordre de s’écarter de lui, il est interdit de lui parler. Seule, l’une de ses filles qui est religieuse, l’accompagne en le soutenant.

Devenu aveugle en 1636, il continue à travailler avec ses disciples, surtout Viviani et Torricelli.

Il publie en 1638 ses Discours autour de deux nouvelles sciences. Ces deux nouvelles sciences étaient pour lui “la mécanique et les mouvements locaux , c’est à dire les deux branches de la mécanique que nous appelons de nos jours la statique et la dynamique.

Dans cet ouvrage, Galilée reprend ses anciens travaux de mécanique, corrigeant les erreurs qu’il avait pu faire antérieurement, preuve de sa grande intégrité intellectuelle.

Cependant, conséquence scientifique de sa condamnation, il ne fait intervenir aucune considération astronomique.

5) Que se passe-t-il après la condamnation de Galilée ?

Le procès de Galilée a eu un fort retentissement dans toute l’Europe. Galilée a de nombreux défenseurs, mais il a aussi des détracteurs.

En France, grâce au gallicanisme13, le décret du Saint-Office n’est pas pris en compte et les ouvrages de Galilée circulent assez librement. Ils y trouvent de puissants protecteurs, tel le célèbre religieux Mersenne qui fait publier les Mécaniques de Galilée en 1634. Mais s’il est possible de lire ses ouvrages, on ne peut pas se réclamer publiquement de Galilée, ni écrire d’ouvrages défendant son point de vue.

C’est ainsi que Descartes renonce en 1633 à la publication de son Traité du Monde dans lequel il soutient la théorie du mouvement de la Terre.

Cependant, au milieu du 17ème siècle, l’astronomie connaît un tel succès et suscite tant d’enthousiasme que les gouvernements offrent des crédits pour construire des observatoires : l’observatoire royal de Greenwich, en 1662, l’observatoire de Paris, en 1666.

Des académies réunissent des personnes qui font toutes sortes d’expériences scientifiques. Nombreux sont les érudits ou les "honnêtes gens" qui achètent ou font construire une lunette pour faire des observations. Molière lui-même, dans Les Femmes savantes ne parle-t-il pas de ces "lunettes à faire peur aux gens" ?

C’est seulement en 1757 que la Congrégation de l’Index décide d’annuler le décret interdisant les œuvres qui traitent du mouvement de la Terre.

En 1822, le Saint-Office, se ralliant à la décision précédente, revient sur la condamnation de l’ouvrage de Copernic ainsi que de ceux de Kepler et de Galilée.

6) Ce qui a été révélé en 1985

Dans un ouvrage paru en 1985 et intitulé Galilée hérétique, un érudit italien, Pietro Redondi, révèle des dessous inconnus de "l’affaire Galilée". Ayant pu accéder à des documents jusque là inaccessibles, il reprend minutieusement toutes les pièces du procès et, au terme d’une démonstration magistrale, aboutit à une conclusion stupéfiante : la véritable raison de l’acharnement des jésuites contre Galilée ne serait pas son "héliocentrisme" d’inspiration copernicienne mais sa conception atomiste de la matière, en contradiction directe avec le dogme de l’Eucharistie15.

Le Vatican, avec la complicité du pape Urbain VIII, aurait alors retenu comme chef d’accusation son hérésie, somme toute mineure, en astronomie, pour mieux éviter de condamner son hérésie majeure en philosophie.

En effet, Galilée avait énoncé en 1623 sa théorie corpusculaire de la matière, lors de la parution de son ouvrage Il Saggiatore (L’essayeur). Dès cette époque, les jésuites l’avaient accusé de mettre en cause le dogme de l’Eucharistie. Le pape Urbain VIII étant alors au faîte de sa puissance, l’affaire n’avait pas eu de suite.

Mais, en 1632, à l’occasion de la publication du Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, les jésuites lancèrent sur le même thème un nouvel assaut et le pape ne put s’opposer à leurs attaques.

Selon Pietro Redondi, le pape eut au moins le pouvoir d’en détourner le cours en organisant un simulacre de procès destiné à éviter le pire.

Dès lors, Galilée apparaît comme celui qui, en s’attaquant à la pierre angulaire de la foi catholique, a contribué, plus que d’autres, à l’émancipation future de la démarche scientifique.

7) Le scientifique Galilée

Au début du XVIIe, des savants hollandais eurent l’idée d’utiliser un jeu de lentilles pour construire un instrument optique capable d’agrandir les images : une lunette. L’usage de cet instrument fut d’abord limité aux militaires, mais en 1610 un astronome italien, Galileo Galilei dit Galilée, construisit sa propre lunette et la tourna vers le ciel. Il fit alors découverte sur découverte en un laps de temps record.

Galilée décrivit cette même année les merveilles qu’il avait découvertes dans Sidereus Nuncius (Le messager des étoiles) : la Voie Lactée n’apparaissait plus comme une tache diffuse mais était en fait formée d’une myriade d’étoiles, la surface de la Lune n’était pas lisse mais présentait des montagnes et des cratères, la planète Jupiter était accompagnée d’un cortège de quatre satellites en orbite. Un peu plus tard, Galilée fit encore d’autres découvertes : la planète Saturne n’apparaissait pas sphérique mais présentait un disque déformé, indice de l’existence d’un ou de plusieurs objets autour d’elle, la planète Vénus n’avait pas toujours le même aspect mais présentait des phases successives tout comme la Lune, et, enfin, le disque du Soleil n’était pas uniforme mais parsemé de petites taches sombres.

Les observations de Galilée furent le coup de grâce pour la conception aristotélicienne du monde, en tout cas dans la communauté scientifique. Les taches sur le disque solaire ainsi que les montagnes et les cratères de la Lune, prouvaient que les corps célestes étaient loin de la perfection qu’Aristote leur attribuait. Les satellites de Jupiter apportaient la preuve que la Terre n’était pas le centre de tous les mouvements célestes. Enfin, les phases de Vénus ne pouvaient s’expliquer que si cette planète tournait autour du Soleil, pas autour de la Terre.

A la lumière de ces découvertes, Galilée publia en 1632 Dialogo Sopra I Due Massimi Systemi Del Mondo (Dialogue sur les deux principaux systèmes du monde), dans lequel il comparait les systèmes du monde de Ptolémée et de Copernic. Galilée laissant évidemment apparaître que le modèle de Copernic était correct, ce qui lui attira les foudres de l’Eglise, qui avait repris à son compte la théorie d’Aristote depuis le XIIIe siècle. Malgré les précautions que Galilée avaient prises en présentant le système de Copernic comme un simple modèle, il fut forcé par l’Inquisition à abjurer cette doctrine en 1635 et ses livres furent mis à l’Index. Mais le progrès de la science était en marche et plus rien désormais ne pouvait l’arrêter.

Remarquons encore que les observations du ciel à l’aide d’une lunette ne furent pas la seule contribution de Galilée à la science. Au début de sa carrière, l’astronome italien s’intéressa au problème du mouvement des corps sur Terre. Il montra, en étudiant le mouvement d’objets sur des plans inclinés, que les idées d’Aristote dans ce domaine étaient également erronées. Le philosophe grec pensait qu’un corps isolé de toute influence extérieure devait forcément tendre vers l’absence de mouvement. Galilée montra par ses expériences que cela était faux et qu’un tel objet allait en fait continuer à se mouvoir à une vitesse constante. Isaac Newton allait reprendre cette idée et en faire l’une de ses lois du mouvement.

Source de la partie 7 : http://www.astronomes.com/pages/oli...


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