Au cinéma ce soir... Je me souviens... Lino Ventura

mardi 25 octobre 2016.
 

Je me souviens d’un désert, d’une jeep, de répliques d’Audiard, genre « Un imbécile qui marche ira toujours plus loin que deux intellectuels assis », d’Aznavour là aussi, comme par hasard, de Maurice Biraud qu’on découvrait acteur, d’une histoire d’amitié et d’humanité sur trame guerrière, les passagers d’ « Un taxi pour Tobrouk »,

Je me souviens de la scène de la cuisine dans les « Tontons flingueurs », quand il évoquait une Polonaise qu’on prenait au petit déjeuner, l’œil vague et humide, un tantinet pompette après ingurgitation d’une espèce de poison alambiqué par les malfrats,

Je me souviens d’une « Gifle » mémorable collée à Isabelle Adjani, et la honte du père face à sa violence soudain révélée,

Je me souviens d’une scierie dans les Vosges, avec Bourvil en patron au bord de la faillite, employant des repris de justice, rien que des « Grandes Gueules » et aux prises avec un sale type plein aux as, et lui, avec ses épaules de catcheur qui schlittait comme un né-natif, et Marie Dubois douce et blonde, qui fumait des Gauloises, c’est drôle les détails qui restent,

Je me souviens de son face à face avec Gabin, dans le « Clan des Siciliens », le vieux truand chef de gang et lui, le flic intègre, et Delon encore magnifique,

Je me souviens d’un polar politico-financier, « Adieu Poulet », accompagné par le meilleur espoir du cinéma français, à l’époque, Dewaere soi-même, là, sur la dernière scène, il s’en va, il file, il se tire, il ne veut plus rien savoir, en criant, il est pas là, Vergeat, il est à Montpellier, Vergeat, et on a tous envie d’être Vergeat, d’avoir cette force-là, de se barrer devant la lâcheté des puissants,

Je me souviens de son air accablé à force de Brel, épuisé par l’obstination de cet « Emmerdeur » de première classe,

Je me souviens d’un Sautet inouï (oui, je sais, c’est un pléonasme, trouvez mieux !), « Classe tous risques », déjà un plaidoyer contre la guillotine, et de son long voyage à la rencontre de sa revanche qui ne viendra jamais, avec ses petits, et Belmondo, déjà tellement mieux que ce qu’on lui demandera après,

Je me souviens de "Garde à vue", Serrault et lui, dans la nuit d’un réveillon, quelque part du côté de Cherbourg, un crime odieux et Romy, droite, froide et blessée à jamais,

Je me souviens de « Marie-Octobre », un huis-clos de trahison et de vengeance d’après la Résistance, toute une équipe de comédiens admirables, et une fin pitoyable,

Je me souviens enfin, je me souviens surtout de ce rôle inoubliable, dans « l’Armée des Ombres », le meilleur Melville, (c’est là qu’on en revient à ce qui occupe nos lycéens ce jour, par le bon vouloir du président), de toute cette période troublée, des lycéens fusillés (ça y est, ça vous revient le raccourci ?), et Signoret qu’on sacrifie pour qu’elle ne parle pas, et Cassel, et Meurisse, et l’ombre de tous les grands, et lui, en fil rouge, qui décidera de « ne pas courir » et n’échappera pas aux balles nazies,

Je me souviens de ses passages ici et là, quand la télé montrait, aux heures de grande écoute (on dit prime time, maintenant, autres temps, autres mots) des émissions comme le grand Échiquier, et qu’on le voyait se marrer avec ses potes, engueuler les uns et les autres qui se nourrissaient mal, disait-il, et ça faisait rigoler Brassens !

Je me souviens de Lino Ventura, aujourd’hui, parce que ça fait vingt huit ans qu’il n’est plus là...

brigitte blang prs 57


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