18 au 22 mars 1848 Milan en révolution chasse l’armée autrichienne

mercredi 25 octobre 2017.
 

La péninsule italienne vit un embrasement général en 1848 1849. Elle représente même le principal moteur du printemps des peuples d’Europe.

A) Le contexte

- L’Italie a largement participé à la longue période révolutionnaire de 1773 à 1802 (pensée des Lumières, réformes du despotisme éclairé, participation à la Révolution française d’intellectuels militants comme Buonarotti, création alors de républiques : cisalpine, ligurienne, d’Alba, ancônitaine, bergamasque, bolonaise, bresciane, crémasque, étrusque, parthénopéenne, italienne, de Pescara, romaine, tibérine). Durant le premier empire, les progrès d’une révolution bourgeoise se diffusent dans la péninsule avec son économie, son droit, sa logique "nationale" par l’autonomie de la vice-royauté confiée à Eugène de Beauharnais...

En 1814, les armées de Napoléon sont écrasées par celles de toutes les royautés d’Europe. Son armée d’Italie, composée essentiellement de jeunes recrues italiennes, est, elle, victorieuse sur le Mincio et tient le Nord de la péninsule face aux troupes autrichiennes. L’abdication de Napoléon 1er le 6 avril rend inévitable la reddition dans la péninsule. L’Autriche devient pour cinquante ans la puissance dominante de l’Italie, annexant des terres (en particulier duché de Parme) et s’appuyant politiquement sur la papauté et l’Eglise.

Le royaume de Lombardie-Vénétie est créé par le congrès de Vienne après Waterloo et la deuxième abdication de Napoléon 1er. Il s’agit d’un État dépendant de l’Empire autrichien ; l’ordre public y est assuré par l’armée de celui-ci. Le gouverneur (nommé par Vienne) accapare les fonctions essentielles ( impôt, police, éducation, censure, administration générale du patrimoine, travaux publics, la nomination et le contrôle des congrégations provinciales...). L’archiduc Rainier d’Autriche, frère de l’empereur, a le titre de vice-roi avec deux capitales : Milan et Venise. La Lombardie et la Vénétie, séparés par le Mincio ont chacun leur propre gouvernement appelé conseil du gouvernement ainsi que des congrégations provinciales et municipales. Le pouvoir réel est accaparé cependant par l’élite germanophone autrichienne ; le reste n’est que comédie.

Face à l’Europe conservatrice, absolutiste, cléricale, nauséabonde de la Sainte Alliance, le peuple français épuisé ne connaît pas de mouvement progressiste important durant la Restauration (1815 1830). Tel n’est pas le cas en Italie où une montée de combativité se développe dès 1817 (progrès du carbonarisme, soulèvement de Macerata...) culminant avec la vague révolutionnaire de 1820-1821, en particulier à Naples et en Piémont. La nouvelle période révolutionnaire des années 1830 1831 bénéficie également de la combativité italienne avec des mouvements importants dans les duchés et les légations pontificales. Cependant, l’échec de ces sociétés secrètes et insurrections, pousse certains dirigeants de la franc-maçonnerie à modifier leur projet ; c’est ainsi que naît en particulier le mouvement Jeune Italie de Mazzini, réfugié à Marseille.

Durant les années 1840, la nouvelle phase de montée de la combativité s’exprime dans la péninsule italienne par des mouvements très divers.

B) Les premiers soulèvements de janvier à mars 1848

- 3 janvier 1848 Insurrection de Milan contre la domination impériale autrichienne (6 morts et 50 blessés)

- 12 janvier 1848 Insurrection de Palerme contre le roi des Deux-Siciles

- 27 janvier 1848 : Insurrection de Naples qui oblige Ferdinand II à promettre une constitution promulguée quelques jours plus tard

- 11 février 1848 Léopold II de Toscane, cousin de l’empereur Ferdinand Ier d’Autriche, concède une constitution approuvée par la plus grande partie de ses sujets.

- 4 mars 1848, Charles-Albert (souverain du royaume de Piémont Sardaigne) accorde aux états sardes le "statut albertin"

- 14 mars 1848 le pape Pie IX concède le Statut fondamental pour le gouvernement temporel des États de l’Église (les Etats pontificaux couvrent alors tout le centre de la péninsule italienne)

- 17 mars 1848 Immense manifestation populaire à Venise qui impose au gouverneur autrichien la libération des détenus politiques, parmi lesquels Tommaseo et Manin

C) Les cinq journées glorieuses de Milan du 18 au 22 mars 1848

Les flambées révolutionnaires de Paris, Vienne et Budapest confortent les républicains et patriotes italiens dans la conviction que le moment est favorable.

Durant les trois premiers mois de 1848, les soulèvements aux quatre coins de l’Italie chauffent l’ambiance de la capitale milanaise dans laquelle nous pouvons noter en particulier un boycott du tabac (« sciopero del fumo »), destiné à pénaliser les taxes du gouvernement autrichien.

L’empire autrichien réagit selon sa nature, c’est à dire par une répression de type absolutiste :

- intervention de l’armée sur Milan (6 morts et 50 blessés) mais aussi dans les autres villes lombardes, en particulier pavie.

- arrestation et emprisonnement de militants patriotes.

- censure complète à partir du 1er janvier 1848...

Lorsque la révolution éclate dans Vienne même (capitale de l’empire), la chaudière milanaise est prête à exploser. Les divisions entre modérés qui demandent des réformes ou une petite autonomie, républicains, bonapartistes, alliés du Piémont... auraient pu essouffler la combativité. En fait, la répression aveugle de l’armée sert de catalyseur.

Le 18 mars, suite à une échauffourée au palais du gouverneur, les soldats autrichiens occupent les points stratégiques, terrorisent les passants, arrêtent une centaine d’élus et personnalités respectées...

La première réaction d’opposants à l’empire réactionnaire d’Autriche tombe des fenêtres et des toits (vases de fleurs, objets divers, petits meubles, matelas, tuiles...). Peu à peu, des tirs se font entendre puis des barricades se forme. Des milices révolutionnaires se forme dont le vieux général napoléonien Teodoro Lechi reçoit le commandement.

19 mars Au petit matin, 1600 barricades coupent complètement l’accès aux différents quartiers, essentiellement défendues par des ouvriers, des artisans, des jeunes. Les enfants des orphelinats (martinitt) assurent la liaison entre elles. Quelques dirigeants de milieu populaire prennent la tête des combats. Des compagnies et sections autrichiennes se trouvent coupées les unes des autres ; aussi, leur chef, le vieux général Radetsky, abandonne le centre pour mieux défendre le château et les bastions.

L’écho du soulèvement milanais est énorme dans toute la Lombardie où des corps francs se forment ( Côme, Pavie...) et volent au secours de la ville insurgée. Il dépasse même les limites de la Lombardie atteignant par exemple Gênes d’où les mazziniens partent à 300 et de nombreuses autres régions. Cependant, le roi de Piémont Sardaigne craint plus ces nouveaux volontaires, souvent républicains, que les Autrichiens ; aussi, il ne les laissera passer qu’après la libération de la ville.

20 mars Jusque là, la direction politique du mouvement a été assurée par l’ex-municipalité en place sous les Autrichiens, représentant surtout le milieu aristocratique modéré plus ou moins autonomiste. Par ses atermoiements, ses erreurs, sa volonté de ne pas se couper complètement de Vienne, sa démarcation permanente vis à vis des insurgés, elle a laissé passer des occasions favorables et perd sa crédibilité. Sous la pression populaire :

- elle promulgue les trois décrets proposés le 18 : destitution du chef de la police, ordre à la police de remettre ses armes à la municipalité, création de la garde civile

- elle crée quatre comités exécutifs ( sécurité publique, finances, subsistance, défense de la ville)

Le groupe d’insurgés d’Agostino Anfossi parvient sur le dôme, tenu par les chasseurs tyroliens et y déploie le drapeau tricolore italien.

21 mars Un gouvernement provisoire est formé par les insurgés et la municipalité ; il prend contact avec le roi de Piémont Sardaigne pour qu’il intervienne à leurs côtés. L’administration autrichienne quitte la ville. Au prix de lourdes pertes, les révolutionnaires prennent plusieurs positions fortes de l’armée (palais de la via Monte di Pietà, caserne San Simpliciano, bureaux de la police...).

22 mars La population armée se lance à l’assaut des grandes portes de la ville et les prend (porta Tosa et porta Comasina), permettant la liaison avec les régions rurales.

Vers 23 heures, le général en chef autrichien ordonne la retraite de ses troupes vers les forteresses du quadrilatère lombard (Peschiera, Mantoue, Legnago et Vérone) protégées entre le Mincio, le Pô, l’Adige. Avec le renfort des troupes qui accourent de Vienne, il compte repartir à l’assaut de Milan. La première guerre d’indépendance italienne va commencer.


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