20 février 1934 au Nicaragua : L’assassinat de Sandino

mercredi 21 février 2018.
 

Les Etats-Unis, version propagande

Devant la Fondation Woodrow Wilson (Washington), le président Franklin D. Roosevelt déclara en 1933 : « ... si j’étais engagé dans une campagne politique, en qualité de citoyen d’une autre république d’Amérique, peut-être me sentirais-je fortement tenté de jouer avec les peurs des compatriotes de cette république, et j’accuserais les Etats-Unis d’Amérique du Nord d’avoir une sorte de désir impérialiste de s’agrandir égoïstement... ».

Transmis par radio aux délégués de la Conférence panaméricaine de Montevideo, la « politique du bon voisinage » séduisit les gouvernements latino-américains. Glosant sur les paroles du président Wilson (1913), Roosevelt ajouta : « La compréhension doit constituer le sol sur lequel devront pousser tous les fruits de l’amitié ».

Les Etats Unis, version réalité impérialiste

Quelques jours plus tard, l’aviateur états-unien Earle V. Kingsley parla à Managua avec l’ambassadeur Arthur Vliss Lane des traités qu’il avait conclu avec Anastasio Somoza, chef de la Garde nationale [1], afin d’affréter « un avion pour larguer des bombes sur les Sandinistes ». Le diplomate retint le volontaire et l’avertit que depuis le premier janvier de cette année-là, plus aucun soldat étranger ne stationnait dans le pays.

Pendant ce temps, le dirigeant des guerrillas du Nicaragua Augusto César Sandino ne savait que faire de la paix. Après avoir livré six ans d’une guerre victorieuse contre l’armée la plus puissante du monde (1927-32), le héros était parvenu à un accord avec le versatile président Juan B. Sacasa une fois tenu sa parole de désarmer la « petite armée folle » [2].

Sandino dans le contexte difficile du stalinisme

Depuis le Mexique, le dirigeant Vicente Lombardo Toledano fit pression sur lui : « ... que le général Sandino définisse mieux son attitude après la paix, parce que le monde américain hésite, et cela ne convient pas à l’intérêt général ni à Sandino en particulier. » Cependant, la Garde nationale (organisée par les marines durant l’occupation) continuait d’assassiner, pourchassant, fusillant les Sandinistes et brûlant leurs maisons.

Les relations de Sandino avec la gauche mexicaine étaient-elles tortueuses ? En juin 1930, le bruit courant que le chef du « Parti libéral en armes » avait reçu l’appui du gouvernement de Plutarco E. Calles, le Parti communiste mexicain (PCM) publia dans El Machete un brûlot qui le déclarait « traître à la cause de l’internationalisme prolétarien ».

Dans un communiqué du 29 mai, le PCM déclara : « Le guérillero nicaraguayen (Sandino), en s’alliant au gouvernement contre-révolutionnaire du Mexique, est devenu l’instrument de l’impérialisme yankee ».

Ce qu’il y a de curieux dans cette affaire, c’est que l’intervention de 1927 (des Etats-Unis) obéissait justement à l’aide que le Mexique apportait aux libéraux nicaraguayens en lutte contre Adolfo Díaz [3], la marionnette conservatrice des Etats-Unis, qui avait déclaré que l’intervention se justifiait parce que « ... Le Nicaragua est un pays faible et pauvre qui ne peut résister aux envahisseurs et aux agents du bolchévisme mexicain ».

L’assassinat du 20 février 1934

Conscient des risques qu’il courait, Sandino décida de rencontrer le président Sacasa. Le 20 février 1934, il quitta son quartier général et partit vers Managua accompagné de son père, de l’écrivain Sofonías Salvatierra, et des généraux Estrada et Umanzor. Les Sandinistes dînèrent avec le président et, à neuf heures passées, ils quittèrent la résidence.

En arrivant aux guérites du Champ de Mars, qui se trouve au pied de la demeure présidentielle, la voiture de Sandino et sa suite furent arrêtées par un officier de la Garde et conduites à la prison du Hormiguero. Le président Sacasa, mis au courant par sa fille de ce qui se passait, parla au téléphone avec l’ambassadeur des Etats-Unis, lequel promit de faire son possible « pour éviter le pire ».

Du Hormiguero, Sandino, Estrada et Umanzor furent transférés en camion dans un endroit des environs de la ville appelé La Calavera. Des rafales de feux croisés tuèrent le « général des hommes libres » (Sandino) et les siens. Quelques minutes plus tard, dans un autre endroit de Managua, son grand frère Sócrates Sandino était assassiné.

Quelques jours plus tard, Somoza ravagea le village sandiniste de Wiwilí. Les corbeaux, les chiens et les porcs des environs s’offrirent un festin de chair humaine. Le gouvernement annonça une amnistie pour les Sandinistes, à condition qu’ils se présentent dans la ville de Jinotepe « pour leurs papiers ». Ceux qui s’y fièrent tombèrent assassinés.

Le président Sacasa n’éleva pas la voix contre la tuerie. En 1936, Somoza le chassa à coups de pieds du Palais de Tiscapa et le nouveau « paladin de la démocratie » se fit rédiger un décret qui lui attribua simultanément la Croix de la valeur, la Médaille de la distinction et la Médaille présidentielle du mérite.

Le 21 septembre 1936, après l’exécution de Somoza par le poète Rigoberto López Pérez, le président Dwight Eisenhower déclara : « La nation et moi, personnellement, déplorons la mort du président Somoza, survenue à la suite d’une lâche agression commise par un assassin ». Il convient de signaler que le discours de Roosevelt annonçant l’ère du « bon voisinage » fut prononcé un 28 décembre, jour des Saints Innocents.

par José Steinsleger

NOTES :

[1] Durant leur intervention au Nicaragua entre 1927 et 1932, les Etats-Unis ont créé une garde nationale dont le jefe director sera un marine jusqu’en 1932. Le flambeau fut passé ensuite au général Anastasio « Tacho » Somoza. (Rédaction RISAL)

[2] Nom donné à l’armée de Sandino. (Rédaction RISAL)

[3] Adolfo Díaz, président de la République nicaraguayenne entre 1913 et 1916.

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RISAL - Réseau d’information et de solidarité avec l’Amérique latine

URL : http://risal.collectifs.net/

Source : La Jornada (www.jornada.unam..mx), février 2004.

Traduction : l’équipe du RISAL.


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