Le Monde défend violemment le secret bancaire des paradis fiscaux !!!

mardi 13 août 2019.
 

Hier, 27 février 2008, les lecteurs du Monde ont pu y découvrir le plaidoyer le plus idolâtre, le plus excessif, le plus incroyablement méprisant de l’intérêt général jamais publié. Les paradis fiscaux représenteraient un havre de protection démocratique face aux états oppresseurs. Lamentable ! Revenez Monsieur Hubert Beuve-Méry ! Ils sont devenus fous !

Il est vrai que certains suppléments et articles du Monde comme Economie et Finances sont devenus un canal officiel d’expression de courants politiques "conservateurs libéraux". Etant habitué depuis longtemps à lire chaque jour ce quotidien, cela me navre profondément.

Voici ci-dessous un exemple de littérature typiquement libérale à l’anglo-saxonne, totalement contradictoire avec la culture journalistique intelligente et progressiste sur laquelle Le Monde a longtemps construit son lectorat.

Il s’agit d’un " Plaidoyer en faveur des paradis fiscaux". Pourquoi une telle plaidoirie ? "Même des démocraties peuvent devenir tellement étouffantes pour les minorités riches et méprisées qu’un compte bancaire offshore devient nécessaire". Incroyable ! Les minorités riches seraient aujourd’hui opprimées et méprisées dans le contexte du capitalisme financier transnational. Au fou !

Mais il y a pire dans cet article. L’auteur instrumentalise la Shoah pour justifier les paradis fiscaux. A vomir ! Pour lui, le secret bancaire des banques suisses "a donné une sécurité financière aux juifs et autres opprimés par le régime nazi, suffisamment chanceux pour y échapper".

La conclusion de l’article ne vaut pas mieux : "La popularité, en Allemagne, des comptes bancaires en Suisse et au Liechtenstein reflète la taxation excessive dans le pays. La chancelière Angela Merkel ferait mieux de mettre l’Etat au régime et d’engager une vraie réforme fiscale avant de trafiquer avec des documents bancaires volés".

De fait, cet article reprend l’argumentation récente du patron des banquiers suisses qui a placé sur un même plan la Gestapo et les agents du fisc de l’Allemagne actuelle.

Conclusion : Merkel est un Hitler en jupon.

Ce niveau de bêtise, d’ultra-libéralisme défenseur des intérêts des rapaces de la finance et de conservatisme idéologique représente une nouveauté sous le label du Monde. Cela porte un coup sévère à son image ; nous ne pouvons que le regretter. Certains membres de son comité de rédaction le regretteront peut-être un jour, eux aussi. Il est vrai que certains actionnaires pèsent peut-être plus qu’on ne le croie sur la ligne éditoriale du Monde.

Jacques Serieys, le 28 février 2008

Plaidoyer en faveur des paradis fiscaux

par Martin Hutchinson (Le Monde 27 février 2008)

L’achat, par l’Allemagne, de la liste de détenteurs de comptes bancaires au Liechtenstein est présenté comme un combat contre l’évasion fiscale. Mais les paradis fiscaux ont des raisons d’être. Quand l’Etat devient vraiment oppressif, ceux-ci constituent une protection essentielle pour l’épargne. Compte tenu des performances lamentables des gouvernements, de tels comptes constituent une liberté majeure pour les citoyens.

Même des démocraties peuvent devenir tellement étouffantes pour les minorités riches et méprisées qu’un compte bancaire offshore devient nécessaire. La polémique, à la fin des années 1990, sur les 50 000 comptes suisses en déshérence, soldés par les banques pour 1,85 milliard de dollars, a ignoré le rôle des banques suisses dans l’apport d’une sécurité financière aux juifs et autres opprimés par le régime nazi, suffisamment chanceux pour y échapper.

Le principe du secret bancaire, établi dans l’Acte bancaire suisse de 1934, a été une réponse à la pression des nazis pour obtenir les noms des détenteurs de comptes. Maintenant que l’Allemagne inflige des amendes aux possesseurs de comptes au Liechtenstein, on peut difficilement expliquer qu’une telle loi était inutile.

D’autres cas, moins extrêmes, abondent. En Argentine, le gouvernement a exproprié partiellement, ou totalement, l’épargne des classes moyennes pendant une décennie : les comptes bancaires à l’étranger ont été essentiels pour survivre.

UNE TAXATION EXCESSIVE

Dans l’ancienne Yougoslavie, les Serbes ont exproprié les détenteurs de comptes en devises étrangères. Certains pays, issus de l’éclatement de la fédération, ont restitué cette épargne. L’un d’entre eux, la Bosnie, ne l’a jamais fait. La prospérité de la Slovénie après son indépendance a été grandement facilitée par le manque de confiance dans le système bancaire yougoslave et le nombre élevé de comptes en Autriche. Même au Royaume-Uni, les tranches d’imposition les plus élevées ont atteint 90 % pendant plusieurs décennies, et même 135 % en 1968.

La popularité, en Allemagne, des comptes bancaires en Suisse et au Liechtenstein reflète la taxation excessive dans le pays. La chancelière Angela Merkel ferait mieux de mettre l’Etat au régime et d’engager une vraie réforme fiscale avant de trafiquer avec des documents bancaires volés.

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