16 mars 1968 : Le massacre de My Lai ( un Oradour sur Glane perpétré par les USA)

mardi 28 mars 2017.
 

1968 : face à l’espérance grandissante d’un autre monde qui s’épanouit parmi la jeunesse, les salariés et les peuples opprimés aux quatre coins de la planète, les USA décident de faire un exemple au Vietnam. Le 16 mars, trois sections de GI’s commandées par le lieutenant Calley arrivent a bord d’hélicoptères, bombardent le village paysan de My Lai (appelé aussi Song-My et Truong-Ang), l’envahissent, y perpétuent de nombreux actes de sauvagerie (dont viols et sodomie devant les enfants terrorisés) puis massacrent tout le monde à la mitrailleuse.

1) Témoignage recueilli par David Lamp, correspondant de l’agence UPI, sur le massacre final

" C’était le matin. Nous prenions notre premier repas de la journée lorsque, soudain, des obus d’artillerie commencèrent à tomber sur le village... Le bombardement a été intensif et a duré pendant près d’une demi-heure. Nous avons ensuite entendu le grondement des hélicoptères. Il y en avait huit, des gros, des engins de transport de personnel. Des soldats américains descendirent et pénétrèrent dans le village...

" Soudain, nous avons vu plusieurs soldats préparer une arme que je n’avais jamais vue, montée sur un trépied. Ce fut le début de la panique. Les femmes se mirent à pleurer, les enfants à crier...

" Et la fusillade commença. Je fus parmi les premiers touchés : une balle dans la jambe. Je tombai et d’autres corps tombèrent sur moi. Je n’osais plus bouger et c’est sans doute ce qui m’a sauvé. Je suis resté ainsi pendant une heure jusqu’à ce que les soldats s’éloignent".

Source : Le Monde du 27 septembre 1979

2) Comprendre le massacre de 350 à 500 villageois, y compris femmes, vieillards et enfants

"La province de Quang Ngai avait dû être une zone merveilleuse avant la guerre - écrit Hersh - Située sur la côte nord orientale du Sud Vietnam, ses rizières et ses terrains agricoles fertiles s’étendaient des montagnes ondulées de la Chaîne Annamite jusqu’aux douces plages de sable blanc de la Mer de Chine Méridionale".

Quang Ngai était aussi la troisième province en ordre de grandeur, mais elle avait un défaut impardonnable aux yeux de l’occupant Usa : elle était considérée "la forteresse vietcong la plus solide du pays tout entier".

Ainsi, Quang Ngai devient le territoire de la première grande opération américaine de la guerre du Vietnam : nomme en code "Starlight", objectif liquidation de "l’étau communiste" : "zone de feu libre". En deux ans,il y eut 138 000 sans abri et environ 70% de la population "fut détruite par des bombes, des grenades ou par les flammes".

Dans un tel cadre toute escalade est facile, presque naturelle. "Dénichons ces bâtards et entassons-les les uns sur les autres", c’est le slogan préféré. Un des colonels les plus célébrés au Vietnam fut George S. Patton, quelqu’un qui dans ses discours avait l’habitude "d’emphatiser l’idée qu’une action de guerre est une situation extrême où il s’agit de tuer ou d’être tué et il se servait de la phrase selon laquelle il aimait voir voler en l’air des bras et des jambes".

Pour "nettoyer" la zone des vietcongs, il faut donc détruire les villages qui leur donnent refuge et protection, en appliquant la "simple" stratégie de la terre brûlée, mot d’ordre "cherche et détruis". C’est ainsi qu’arrive aux recrues la synthèse - la simplification - d’une telle philosophie : "Si des ordres spécifiques du genre "ne tirez pas sur les femmes" n’arrivent pas, tout est du gibier".

Bien reçu. La Compagnie Charlie - de bien braves garçons - s’adapte : tout "est du gibier". Et William Calley s’y adapte très bien, un sous-lieutenant de 24 ans originaire de Miami, "il avait l’aspect d’un garçon, grand d’environ un mètre soixante et peu sûr". Il sera un des massacreurs pleins de bonne volonté de civils sans défense à My Lai, tombé, comme beaucoup de la même Compagnie, dans "cette spirale de violence gratuite".

Pas seulement Calley. Par exemple, "ce fut Carter qui commença avec les atrocités". Tandis qu’ils défilaient à travers un village - c’est l’un des 50 témoignages recueillis par Hersh - Carter (un autre GI de la Charlie) offre une cigarette à un vieillard, un papa-san : l’homme la prend et tout de suite après Carter commence "soudain à le battre avec la crosse de son fusil en lui cassant la mandibule et plusieurs côtes. La plupart de la compagnie resta là à regarder, personne ne dit un mot".

Ou encore. Carter raconte lui-même dans un interview : "Nous avons essayé de le faire parler, mais il s’y refusait. Alors je l’ai saisi et poussé dans le puits, ensuite le lieutenant Calley lui a fait sauter la cervelle et moi aussi j’ai tiré sur lui, je me dis, "au diable ce gueux", et vous savez ce que je veux dire. C’était un vietcong".

Et il y a même cette autre histoire, racontée à l’auteur par le soldat William Doherty : "J’ai donné un coup de pied au suspect renversé à terre. Après, quand j’ai vu que c’était une femme, je me suis arrêté, mais certains de mes camarades ont continué à la frapper... Elle était encore vivante. Quelqu’un me suggéra d’appeler un hélicoptère et de la faire transporte à l’hôpital. "Elle n’a pas besoin d’être évacuée", s’exclama un GI et soudain il lui tira un coup de feu à la poitrine".

Quand ils arrivent à My Lai 4, l’idée est de raser le village pour contraindre le 48ème bataillon vietcong à décamper, avec le soupçon que s’y trouvaient ses caches. "C’est bon les gars - dit le capitaine Ernest Medina, 33 ans, surnommé "Chien Fou", qui se disait "fier de tuer les vietcong" - quand nous arriverons, nous allons ouvrir la saison de la chasse. Et quand nous partirons pas une seule chose restera vivante. Nous ferons place nette".

Précisément. "Les tueries débutèrent sans préavis. Ils étaient tous agenouillés, ils pleuraient et ils priaient et ce fut à ce moment-là que des soldats les rejoignirent et exécutèrent des femmes et des enfants en leur tirant à la tête".

Ceux de la Compagnie Charlie avaient leurs "règles". Primo : ils mettaient le feu aux cabanes et attendaient que les gens s’en échappent pour les tuer. Secundo : ils faisaient irruption dans les maisons et tiraient sur les habitants. Tertio : ils rassemblaient les civils en groupe et puis les exécutaient. "Tout cela d’une manière absolument délibérée. C’était un meurtre de masse".

Enfin, le jour du massacre, ce 16 mars. Calley s’adressa à Robert Maples et lui dit : "Maples, prépare la mitrailleuse et tire sur tous ces gens". Puis, ils s’en allèrent...

La même nuit, les Vietcongs revinrent à My Lai et aidèrent les survivants à enterrer leurs morts. Il aura fallu cinq jours. Les discours funèbres furent tenus par des guérilleros communistes. "Nguyen Bat n’était pas communiste à l’époque du massacre mais celui-ci lui fit changer d’idées. "Après la tuerie, tous les habitants de la zone devinrent communistes".

Extrait de My Lai Vietnam de Seymour Hersh

3)L’enquête de Seymour Hersh "My Lai Vietnam"

Elle a impressionné non seulement l’Amérique mais le monde entier, raconte, avec la force inéluctable des faits documentés et rapportés tels qu’ils se sont "simplement" passés, le massacre perpétré dans ce village perdu du Sud du Vietnam, habité par 700 personnes qui furent presque toutes tuées, y compris les femmes, les vieillards et les enfants. Le massacre ne fut pas perpétré par des féroces escadrons de la mort nazis, mais par la Compagnie Charlie, de braves garçons, de jeunes soldats du contingent américains, "les rejetons de la nouvelle frontière kennedyenne". Sous le nom de chasse aux vietcong.

Comment ces atrocités ont pu être perpétrées, ce livre l’explique bien : et c’est là que réside précisément sa déconcertante actualité. De braves garçons du même genre, des soldats, de jeunes recrutes, des femmes soldats même enceintes sont réapparus comme des gardiens brutaux, des tortionnaires volontaires en uniforme stars ans stripes en Irak, en Afghanistan, dans les Balkans, même à Milan (voir Abu Omar...) ; et comme toujours, comme à l’époque, tout a été encore une fois présenté sous couvert des ordres donnés et même de l’alibi de la normalité (c’était la situation qui l’exigeait...).

Ce n’est pas par hasard si l’Hersh du scandale Vietnam (il obtint à l’époque le Prix Pulitzer) est le même Hersh qui a dévoilé les atrocités d’Abu Ghraib : un fil rouge direct et même trop alarmant.

Le massacre de My Lai naît et grandit jour après jour, nourri par mille épisodes de cruauté, physique mais aussi psychologique et mentale, systématiquement mise en œuvre par les marines en tant que troupes d’occupation. Reconstruit dans sa menue et déconcertante genèse, il révèle de façon parfaite comment le brave garçon du contingent - le simple Gi, le Government Issue, l’objet d’ordonnance, c’est-à-dire un soldat USA quelconque en uniforme - peut se transformer en un massacreur autorisé, en un killer légitime.

Le cadre de référence, avant tout : la scène de l’action.

Vietcong, il vaut mieux le rappeler, qui étaient-ils ?

Vietcong, c’est-à-dire Vietnamiens rouges, Vietnamiens méchants : simplement de pacifiques habitants de Quang Ngai, presque tous des paysans, qui n’acceptaient pas la politique de leur gouvernement, sous l’emprise des Usa envahisseurs, et qui osaient se révolter. Des vietcong, c’est-à-dire, pour les Américains envahisseurs, des militants communistes aux ordres de Hanoi et à balayer en tant que tels. Zone infestée par les communistes, zone à "normaliser".

de Maria R. Calderoni traduit de l’italien par karl&rosa

pour le site www.bellaciao.org

Source d’origine :

www.liberazione.it

4) Mai 1967 Un massacre américain au Vietnam dix mois avant My Lai

TOLEDO, Ohio (AP) - L’armée américaine a clos et gardé secrète une enquête montrant que des soldats d’une unité d’élite avaient mutilé et tué des centaines de villageois vietnamiens en 1967, quelques mois avant le massacre de 500 civils à My Lai en 1968, selon un journal local américain.

Alertée par un soldat scandalisé - le seul à avoir été réprimandé - l’armée a enquêté pendant quatre ans et demi et trouvé des éléments à l’appui de 20 crimes de guerre commis par 18 hommes de la Tiger Force, précisait dans ses éditions de dimanche le journal "The Blade", paraissant à Toledo dans l’Ohio. Le dossier a été transmis au Pentagone et à la Maison Blanche avant d’être refermé en 1975.

Pour le porte-parole militaire Joe Burlas, l’affaire relevait d’une procédure en cour martiale qui ne s’applique qu’aux soldats d’active, soit seulement trois membres des Tigres au moment de l’enquête. Leurs commandants, conseillés par des avocats militaires, ont renoncé à poursuivre, en raison du manque de preuves physiques et du temps écoulé. Quatre cents témoignages sous serment pas toujours concordants avaient été recueillis, précise Joe Burlas.

D’après "The Blade", des Tigres ont lancé des grenades dans des bunkers où se cachaient des villageois, dont des femmes et des enfants, et abattu des paysans sans sommation. Dans l’enquête de l’armée, 27 hommes affirment que couper les oreilles des morts était devenu courant. "A un moment, presque tout le monde avait son collier d’oreilles", reconnaît un infirmier, Larry Cottingham.

"Nous ne pensions pas survivre (...) La seule façon de survivre est de tuer parce que vous n’avez pas à vous inquiéter des morts", explique l’ex-sergent William Doyle, qui n’a pas tenu le compte de ses victimes tant elles étaient nombreuses.

L’unité de 45 volontaires, attachée à la 101e division aéroportée, avait été créée pour espionner les forces nord-vietnamiennes dans le centre du Sud-Vietnam. L’enquête du "Blade" montre qu’au moins 78 villageois ont été tués par balles ou à l’arme blanche, mais le journal estime le bilan réel à plusieurs centaines de morts.

Tout remonterait à mai 1967. Moins d’une semaine après s’être installés dans les collines, les soldats ont commencé à torturer et tuer des prisonniers, au mépris de la loi militaire américaine comme des conventions de Genève de 1949.

Il y avait "une loi non écrite" permettant de tuer des prisonniers, déclare le sergent Forrest Miller aux enquêteurs militaires. D’autres disent s’être vengés d’attaques dans lesquelles leurs camarades ont été tués ou blessés.

"Tout le monde était assoiffé de sang, on voulait se les faire", se souvient l’ancien infirmier Rion Causey, de Livermore, en Californie. Une nuit, raconte l’ex-lieutenant James Hawkins, un vieux charpentier a été frappé puis abattu parce qu’il criait grâce trop fort, ce qui risquait selon lui d’alerter l’ennemi : "Je l’ai éliminé illico".

"C’était mal. Ces gens n’embêtaient personne", s’insurge William Carpenter, qui dit n’avoir pas utilisé son arme. Seul le sergent Gerald Bruner a osé menacer ses camarades avec son fusil après qu’ils eurent tué un villageois désarmé.

Nombre de soldats assurent que certains commandants leur permettaient d’attaquer des civils dans certaines circonstances, d’autres le leur interdisant catégoriquement. L’unité aurait commencé à brûler des villages dont les habitants refusaient de gagner des camps de réfugiés où la nourriture manquait.

Le journal ajoute que des commandants étaient au courant des atrocités commises et qu’ils ont, dans certains cas, encouragé les soldats à continuer. Deux hommes qui ont tenté de faire cesser les tueries ont reçu un avertissement de leurs supérieurs avant d’être transférés dans d’autres unités, d’après les registres militaires.

Les Américains partis, les villageois disent avoir creusé des dizaines de fosses communes.

En mars 1968 survenait le massacre de 500 civils vietnamiens à My Lai, à la suite duquel la hiérarchie militaire promettait de prendre au sérieux les allégations de crimes de guerre et pourtant, à en croire "The Blade", l’armée, informée en 1971, a attendu un an avant d’interroger les témoins.

Quant à la soudaine clôture du dossier, elle laisse perplexes les quatre experts judiciaires militaires interrogés par le journal. Et aujourd’hui, il leur semble peu probable qu’après tout ce temps les coupables soient poursuivis et sanctionnés. Tous n’en sont pas pour autant sortis indemnes. Sur les 43 militaires interviewés par "The Blade", une douzaine expriment des remords et une dizaine souffrent de traumatismes psychiques.


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