27 décembre 1944 Mort du colonel Fabien, héros antifasciste

mercredi 16 mai 2018.
 

L’histoire officielle de la Résistance française antifasciste a surtout retenu l’Appel du 18 juin 1940, Jean Moulin trahi puis torturé à mort, le Vercors courageux mais écrasé...

Le colonel Fabien mérite au moins autant notre considération et la mémoire militante de ses combats.

Né en 1919, bientôt orphelin de mère, Pierre Georges commence à militer parmi les pionniers.

Lorsqu’éclate la grande crise de 1929 avec la misère noire qu’elle entraîne dans beaucoup de familles, il n’a que dix ans.

En 1931, le patronat des houillères des Cévennes impose une baisse des salaires de 10%. Les 15000 mineurs du Gard entrent en grève. Les enfants des familles grévistes intéressées sont accueillis dans la région parisienne. En échange de jeunes militants pionniers partent pour les Cévennes, dont Pierre Georges. C’est là qu’il reçoit sa première blessure. En contribuant à protéger la dispersion des derniers manifestants, il est frappé à la mâchoire par un mousqueton de la police à cheval.

De retour à Paris, il travaille pour survivre : apprenti boulanger, poseur de rivets aux chantiers de la Seine à Villeneuve-le-Roi puis sur les chantiers de chemin de fer, enfin ajusteur.

En février 1934, il participe à un groupe de protection physique des ouvriers juifs sans papiers pourchassés par la police et par les fascistes dans le quartier de Belleville.

De 1934 à 1936, il fait partie des groupes de jeunes résistant aux troupes de choc des ligues d’extrême droite qui essaient d’imposer leur terreur dans la rue, les quartiers et la porte des usines.

En juillet 1936, généraux félons et archevêques félés, organisent un putsch pour renverser la république espagnole. Pierre Georges n’a que 17 ans mais il part combattre, ment sur son âge, intègre les Brigades internationales et leur école d’officiers à Albacete.

Gravement blessé sur le front d’Aragon, il est rapatrié en France durant l’été 1938 et en profite pour se marier avec Andrée Coudrier, également militante. De leur union naît une fille.

Durant l’été 1939, il est emprisonné en tant que communiste de même que son épouse.

Il s’évade et intègre l’armée française sous une fausse identité comme sergent-chef.

Après la débâcle militaire, politique et morale du pays, il cache des armes dans la campagne de Corrèze.

Fin juillet 1941, il est nommé par la direction clandestine du PCF commissaire militaire de l’Organisation spéciale qui s’oriente vers la lutte armée contre l’occupant. Sous le pseudonyme de « Frédo », il est l’adjoint du colonel Albert Ouzoulias, commissaire politique. Tous deux ont pour mission de recruter, de former et d’encadrer des combattants choisis au sein des Jeunesses communistes.

Le 13 août 1941, Pierre Georges manifeste à Paris avec Samuel Tiszelman et Henri Gautherot contre l’occupation hitlérienne. Ses deux jeunes amis sont arrêtés puis fusillés le 19 août.

C’est alors que Pierre Georges planifie la première action armée meurtrière de la Résistance en France. Le 21 août 1941, il abat de deux balles de pistolet un officier nazi ( Alfons Moser) au métro Barbès - Rochechouart. Son action est désavouée dans une allocution à la BBC par le général Charles De Gaulle pour qui, la guerre doit être menée par « ceux qui en ont la charge, c’est à dire moi-même. » Le Parti communiste désavoue également son acte individuel mais Pierre est fier d’avoir vengé son grand ami Titi ( Tiszelman).

Recherché par toutes les polices, tous les fascistes et par les services nazis, Pierre Georges part pour les bois du Jura.

Le 8 mars 1942, il crée sous le pseudonyme de "capitaine Henri" un des premiers maquis du pays, dans le Doubs ( sabotages divers, en particulier de lignes électriques, déraillement de trains...). A ce moment-là, bien peu de Français participent à ce type d’action. Aussi, Pierre est arrêté le 30 novembre 1942, interné et longtemps torturé dans des conditions particulièrement atroces ; les nazis savent qu’il pourrait donner de nombreuses informations décisives. Son père est fusillé, sa femme livrée à la déportation (Ravensbruck).

Le régime de Vichy promet une prime importante à quiconque donnera des détails sur les lieux de repli de ce "capitaine Henri". C’est ainsi qu’il se voit dénoncé par un agriculteur et surpris par les gendarmes le 25 octobre 1942. Ses trois compagnons sont arrêtés, lui est grièvement blessé à la tête mais parvient à s’enfuir.

Le 30 novembre 1942, le voilà arrêté par des policiers qui le conduisent à la Préfecture de police de Paris où il subit un passage à tabac particulièrement sévère avant d’être livré aux nazis. Interrogatoires musclés, 3 mois de prison à Fresnes, transféré à la prison de Dijon, condamné à mort.

Le 1er juin 1943, il réussit à s’évader puis à reprendre contact avec le Parti Communiste. Il participe à l’organisation de maquis dans les Vosges, en Haute-Saône et dans le Centre-Nord puis prend la direction militaire des FTP de l’Est enfin d’une grosse partie de la région parisienne (rive gauche et banlieue Sud). C’est alors que Pierre Georges est désigné sous le pseudonyme du colonel Fabien.

Il se distingue à nouveau lors des combats pour la libération de Paris ; une balle lui transperce la cuisse. A la tête d’un groupe de FFI, il établit la jonction avec les éléments d’avant-garde de la 2e DB de la France libre puis conduit avec les unités du colonel de Boissieu la prise des quartiers parisiens de la Luftwaffe installés dans le palais du Luxembourg.

Lancé à la poursuite de l’armée nazie, il commande les 3000 soldats du 1er régiment de Paris qui deviendra le 151ème régiment d’infanterie. Le colonel Bichon décrit ainsi ces combattants que l’armée n’a pas équipé durant plusieurs mois : « Je m’aperçois avec stupeur que la-plupart des hommes ne portent que leurs propres chaussures civiles fatiguées, souvent éculées. Si à cet accoutrement de clochard- le mot n’est pas trop fort- on ajoute la pénurie d’un armement si hétéroclite qu’il sera souvent cause de graves accidents, on peut écrire, sans crainte d’être taxé de forfanterie, que ces braves petits gars rééditaient, sans se plaindre, les exploits des volontaires de 1793 ».

Le 27 décembre 1944, le légendaire colonel Fabien saute sur une mine dans des conditions restées inexpliquées.

Jacques Serieys

Bibliographie : Le colonel Fabien était mon père, Editions des Mille et une nuits, 2009


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