C’est l’automne (poèmes, textes)

dimanche 24 septembre 2017.
 

Automne

Guillaume Apollinaire (1880-1918)

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux

Et son boeuf lentement dans le brouillard d’automne

Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux


Et s’en allant là-bas le paysan chantonne

Une chanson d’amour et d’infidélité

Qui parle d’une bague et d’un coeur que l’on brise


Oh ! l’automne a fait mourir l’été

Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises


L’automne

Théodore de Banville (1823 - 1891)

Sois le bienvenu, rouge Automne,

Accours dans ton riche appareil,

Embrase le coteau vermeil

Que la vigne pare et festonne.

Père, tu rempliras la tonne

Qui nous verse le doux sommeil ;

Sois le bienvenu, rouge Automne,

Accours dans ton riche appareil.

Déjà la Nymphe qui s’étonne,

Blanche de la nuque à l’orteil,

Rit aux chants ivres de soleil

Que le gai vendangeur entonne.

Sois le bienvenu, rouge Automne.


Mes joies de l’automne (Chateaubriand)


Chant d’automne

Charles Baudelaire (1821-1867)

I

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;

Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !

J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres

Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,

Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,

Et, comme le soleil dans son enfer polaire

Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;

L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.

Mon esprit est pareil à la tour qui succombe

Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,

Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.

Pour qui ? - C’était hier l’été ; voici l’automne !

Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,

Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,

Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,

Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,

Même pour un ingrat, même pour un méchant ;

Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère

D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !

Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,

Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,

De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

Les fleurs du mal

Automne malade

Guillaume Apollinaire (1880-1918)

Automne malade et adoré

Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies

Quand il aura neigé dans les vergers

Pauvre automne ! Meures en blancheur

Et en richesse de neige et fruits mûrs.

Aux lisières lointaines, les cerfs ont bramé

Et que j’aime ô saison, que j’aime tes rumeurs

Les fruits tombant, sans qu’on les cueille

Le vent et la forêt qui pleurent

Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille

Les feuilles qu’on foule,

Un train qui roule

La vie s’écoule...

Rhénane d’automne

Guillaume Apollinaire (1880-1918)

Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme

Écoutez la chanson lente d’un batelier

Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes

Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds


Debout chantez plus haut en dansant une ronde

Que je n’entende plus le chant du batelier

Et mettez près de moi toutes les filles blondes

Au regard immobile aux nattes repliées


Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent

Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter

La voix chante toujours à en râle-mourir

Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été


Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire


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