C’est l’automne (poèmes, textes)

lundi 15 octobre 2018.
 

A) Les sanglots de l’Automne - (Paul Verlaine)

Les sanglots longs

Des violons

De l’automne

Blessent mon coeur

D’une langueur

Monotone

Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l’heure

...

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure ; Et je m’en vais

Au vent mauvais

Qui m ’emporte De-ci, de-là,

Pareil à la

Feuille morte.

(Poèmes saturniens)


B) Rêves d’Automne - (Alphonse de Lamartine)

Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !

Feuillages jaunissants sur les gazons épars !

Salut, derniers beaux jours ! le deuil de la nature

Convient à la douleur et plaît à mes regards !

...

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire,

J’aime à revoir encore, pour la dernière fois,

Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière

Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois !

...

Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire,

A ses regards voilés, je trouve plus d’attraits,

C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire

Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !

...

Ainsi, prêt à quitter l’horizon de la vie,

Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui

Je me retourne encore et d’un regard d’envie

Je contemple ses biens dont je n’ai pas joui !

...

Peut-être l’avenir me gardait-il encore

Un retour de bonheur dont l’espoir est perdu ?

Peut-être dans la foule, une âme que j’ignore

Aurait compris mon âme et m’aurait répondu ? ...

...

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphyr ;

A la vie, au soleil, ce sont là mes adieux ;

Moi, je meurs et mon âme au moment qu’elle expire,

S’exhale comme un son triste et mélodieux.

(Méditations poétiques)


C) Automne (Guillaume Apollinaire (1880-1918)

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux

Et son boeuf lentement dans le brouillard d’automne

Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux

.

Et s’en allant là-bas le paysan chantonne

Une chanson d’amour et d’infidélité

Qui parle d’une bague et d’un coeur que l’on brise

.

Oh ! l’automne a fait mourir l’été

Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises


D) L’automne. Théodore de Banville (1823 - 1891)

Sois le bienvenu, rouge Automne,

Accours dans ton riche appareil,

Embrase le coteau vermeil

Que la vigne pare et festonne.

...

Père, tu rempliras la tonne

Qui nous verse le doux sommeil ;

Sois le bienvenu, rouge Automne,

Accours dans ton riche appareil.

...

Déjà la Nymphe qui s’étonne,

Blanche de la nuque à l’orteil,

Rit aux chants ivres de soleil

Que le gai vendangeur entonne.

...

Sois le bienvenu, rouge Automne.


E) Mes joies de l’automne (Chateaubriand)


F) Couleurs d’Automne (Jean-Claude Brinette)

Arbres remplis de fruits qu’en cette saison la nature

Nous donne généreusement !

Gaieté dans les vignes où les raisins bien mûrs

Sont cueillis en chantant.

...

Premiers brouillards et champignons cachés des bois

Nonnettes voilées, bolets bais...

Sous les noyers les enfants cherchent les dernières noix

Que le vent fait tomber.

...

Dans un grand champ un percheron retourne la terre

En fumant des nasaux

Pendant qu’une volée d’oiseaux se battent à l’arrière

Pour quelques vermisseaux !

...

De temps à autre, des aboiements cassent le silence

Mêlés de coups de feu ...

Cache-toi petite biche des chasseurs sans clémence,

Si tu veux vivre heureuse,

...

Dans les sous-bois colorés et les arbres chargés

D’or, de feu et d’argent.

Tes amis les cerfs se battent comme des enragés,

Pour toi, jeune et charmante !

...

Pourtant chaque soir le soleil rétrécit sa course

En voyageur pressé.

Et chaque nuit : la Petit’ Ours se colle à la Grand’ Ours

Sans jamais renoncer !

...

Premiers cheveux blancs qu’on voit dans un miroir

Dès l’automne de l’âge,

Derniers vols d’hirondelles qui sentent venir le froid

Et partent vers les plages...

...

C’est la rentrée, les marrons sont tombés ; les feuilles

Voltigent au vent du Nord

L’enfant tout joyeux saute, les poursuit et les cueille

En sortant de l’école,

...

Et des plus belles couleurs, il s’en remplit les mains,

Puis les porte à sa mère,

Qui pour ne pas décevoir, garde précieusement :

Ce trésor éphémère

(Jean-Claude Brinette)

G) Chant d’automne. Charles Baudelaire (1821-1867)

...

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;

Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !

J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres

Le bois retentissant sur le pavé des cours.

...

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,

Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,

Et, comme le soleil dans son enfer polaire

Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

...

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;

L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.

Mon esprit est pareil à la tour qui succombe

Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

...

Il me semble, bercé par ce choc monotone,

Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.

Pour qui ? - C’était hier l’été ; voici l’automne !

Ce bruit mystérieux sonne comme un départ. ...

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,

Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,

Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,

Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

...

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,

Même pour un ingrat, même pour un méchant ;

Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère

D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

...

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !

Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,

Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,

De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

Les fleurs du mal


H) Automne (René-Guy Cadou)

Odeur des pluies de mon enfance

Derniers soleils de la saison !

A sept ans comme il faisait bon

Après d’ennuyeuses vacances,

Se retrouver dans sa maison !

.

La vieille classe de mon père,

Pleine de guêpes écrasées,

Sentait l’encre, le bois, la craie

Et ces merveilleuses poussières

Amassées par tout un été.

.

O temps charmant des brumes douces,

Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,

Le vent souffle sous le préau,

Mais je tiens entre paume et pouce

Une rouge pomme à couteau.

René-Guy Cadou ("Les amis d’enfance " ; "Poésie, la vie entière" - Seghers)


I) Automne malade. Guillaume Apollinaire (1880-1918)

Automne malade et adoré

Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies

Quand il aura neigé dans les vergers

Pauvre automne ! Meures en blancheur

Et en richesse de neige et fruits mûrs.

...

Aux lisières lointaines, les cerfs ont bramé

Et que j’aime ô saison, que j’aime tes rumeurs

Les fruits tombant, sans qu’on les cueille

Le vent et la forêt qui pleurent

Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille

...

Les feuilles qu’on foule,

Un train qui roule

La vie s’écoule...


J) Rhénane d’automne. Guillaume Apollinaire (1880-1918)

Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme

Écoutez la chanson lente d’un batelier

Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes

Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds


Debout chantez plus haut en dansant une ronde

Que je n’entende plus le chant du batelier

Et mettez près de moi toutes les filles blondes

Au regard immobile aux nattes repliées


Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent

Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter

La voix chante toujours à en râle-mourir

Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été


Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire


K) Automne (Jules Breton)

La rivière s’écoule avec lenteur. Ses eaux

Murmurent, près du bord, aux souches des vieux aulnes

Qui se teignent de sang ; de hauts peupliers jaunes

Sèment leurs feuilles d’or parmi les blonds roseaux.

...

Le vent léger, qui croise en mobiles réseaux

Ses rides d’argent clair, laisse de sombres zones

Où les arbres, plongeant leurs dômes et leurs cônes,

Tremblent, comme agités par des milliers d’oiseaux.

...

Par instants se répète un cri grêle de grive,

Et, lancé brusquement des herbes de la rive,

Etincelle un joyau dans l’air limpide et bleu ;

...

Un chant aigu prolonge une note stridente ;

C’est le martin-pêcheur qui fuit d’une aile ardente

Dans un furtif rayon d’émeraude et de feu.


L) L’automne a dénudé... (Pierre QUILLARD)

L’automne a dénudé les glèbes et le soir,

Un soir d’exil et de mains désunies,

S’approche à l’horizon de plaines infinies,

Roi dévêtu de pourpre et spolié d’espoir.

...

Ô marcheur aux pieds nus et las qui viens d’asseoir

Sans compagnon, parmi les landes défleuries,

Près des eaux mornes, quelles mêmes agonies

Alourdissent ton front vers ce triste miroir ?

...

Je le sais, tout se meurt dans ton âme d’automne.

Laisse la nuit prendre les fleurs qu’elle moissonne

Et l’amour défaillant d’un coeur ensanglanté,

...

Pour qu’après le sommeil et les ombres fidèles

Les clairons triomphaux de l’aube et de l’été

Fassent surgir enfin les roses immortelles.


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