Tout est la faute de 68 et des soixante-huitards !

samedi 19 mai 2018.
 

Agacée, donc, la camarade. Énervée par tout ce qu’elle entend sur 68. En ce moment, c’est pire que tout, vous avez vu ? Chacun y va de son couplet magique : c’était la porte ouverte à tous les excès, les enfants des soixante-huitards (qui s’écrit à présent 68ards... Fallait oser !) n’ont aucun repère, on les a malmenés, oubliés dans des amphis par là, nourris au lait froid ( ?), pas propres avant au moins cinq ans (re- ?), et j’en passe. Tout est de la faute de ces gens-là, la méthode globale, les maths modernes, le séisme du Sichuan, et la crise d’adolescence de votre dernière fille. Alors, on va quand même remettre un peu les choses en place, non ? 68, on connait, on y était.

Les bébés qu’on a faits après ou pendant, on ne les a pas gavés de télé, oh la non, bien au contraire, on s’en méfiait un tantinet des étranges lucarnes, on les a traînés en camping, sous la tente, en Vanoise, en Hollande, au Danemark, en Bretagne, un peu partout, histoire de leur montrer le monde « qui est quelquefois si joli », on ne leur a pas acheté pour Noël des jeux vidéos à la ... noix, mais des albums du Père Castor, on ne les a pas assis sur une mini-moto à peine qu’ils savaient marcher, pas de téloche-bébé le soir, mais des histoires qu’on lisait et qu’on finissait, même si on se relayait pour pouvoir aussi être sur le terrain et coller, distribuer, afficher, chacun son tour.

Nos filles ont vu leurs pères dans la cuisine, et n’en sont pas traumatisées pour autant, enfin je crois ! et n’ont pas pris Barbie comme modèle. Nos garçons n’ont pas reçu de flingues, même en plastique pour leurs étrennes, mais ce qu’on appelait encore des patins à roulettes (ça c’est une expression qui fait hurler de rire mes petits, à l’école, ils y voient quelque chose d’un peu olé-olé, style rouler un patin, sûrement !), on leur a fait entendre Steve Waring et Anne Sylvestre, ce qui vaut bien la Star’Ac et compagnie, et Émilie Jolie qui avait une autre allure que le Roi Lion, non ?

Bref, on ne va pas vous faire l’article, mais finalement, on a tous eu des « enfants de soixante-huitards » assez fréquentables, et plutôt contents d’être équipés de parents comme les leurs, qui leur ont au moins appris à ne pas mépriser le voisin, ni à taper sur leurs copains, ni à vouloir être le plus fort partout où ils passent. Ils ne sont pas obligatoirement des militants de toute première catégorie, pas tous, mais ils ont tous reçu des leçons de vie et d’amitié que bien des gamins actuels leur envient, ceux dont les parents ne pensent qu’à accumuler du bien et des thunes... Alors, quand j’entends les commentaires des uns et des autres, surtout des autres, en fait, je me retiens pour ne pas leur voler dans les plumes. Leurs soi-disant « manques de repères », ils peuvent bien se les monter en boucle. Jamais ils n’auront assez de fiel pour nous faire regretter ce printemps-là et tous ceux qui ont suivi.

Hier soir, j’écoutais d’un œil distrait le programme télé, en sourdine, comme il sied à qui veut lire un peu. Je vous raconterai : un traité d’économie de Bernard Maris... Pfouh ! On va en venir à bout, mais c’est plus compliqué que la couverture le laissait d’abord croire ! Bref, en deux mots : la télé donnait sur une chaîne un match de foot, et sur l’autre le prix Eurovision... Eh ? Vous saviez que ça existait encore ce machin ? Eh bien si, figurez-vous ! À un moment, on a bien cru que ça allait se terminer aux pénaltys. Pas le match, les chansons...

Dîtes donc, vous avez entendu la meilleure ? C’était sur le site de nos copains de l’Aveyron : paraîtrait que Franco, le caudillo soi-même, il aurait bidonné un de ces foutus prix pour que l’Espagne gagne. Vous dire l’année, ça m’a totalement échappé. Mais ça alors, pour une info, c’est une info ! Vous ne le croyez pas ? Un peu comme si on vous annonçait comme ça tout d’un coup que le Tour de France fonctionne à des trucs bizarres et que Simpson grimpait le Ventoux avec de la pharmacie dans la musette... Vous en seriez soufflés ? Moi aussi ! Apprendre comme ça que le type qui a terrorisé l’Espagne pendant 40 ans avait une âme de midinette et graissait la patte à des loufiats pour qu’une petite nana de chez lui soit couronnée reine d’un jour, c’est épatant, tout de même. Je veux dire épatant au sens réel du mot, ça m’épate, pas vous ? Les dictateurs écoutent des chansons d’amour... Je ne m’en remettrai jamais.

Pendant ce temps-là, Lyon a gagné le match. Tant mieux pour Lyon. Les autres ? je ne sais même plus qui c’était ! La honte absolue. Si les gamins savaient ça, ils seraient sûrement déçus. En parlant de gamins, justement, la palme d’Or à Cannes, ce soir, vous avez vu ça ? Magnifique ! Un film complètement atypique : « Dans les murs ». On y reviendra, mais qu’est-ce que ça fait plaisir de voir que le gros pognon n’est pas le chef partout. Vous verrez, cette bande de petits collégiens, avec leur prof de français, qui avait déjà raconté tout ça de manière magistrale dans son bouquin qui s’appelait pareil. Ça vous redonne envie de continuer, d’aller voir... C’est trop bien ! Merci au jury, donc, d’avoir compris que Laurent Cantet, c’est un gars de l’espèce la plus rare : de ceux qui aiment les autres. Bonheur !

brigitte blang

PS : Renseignement pris, ce serait en 68, le coup de l’Eurovision gagnée par l’Espagne... Quelle année, mes aïeux, mais quelle année ! D’ici à ce qu’on nous apprenne que certains ont voulu changer le monde, en même temps, y a pas des kilomètres !


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