30 décembre 1922 au 21 décembre 1991 Vie et mort de l’URSS

jeudi 31 décembre 2015.
 

A) Naissance de l’URSS Le 30 décembre 1922, l’Union des Républiques est proclamée

Contre l’avis de Lénine qui combattait 
le chauvinisme 
grand-russien, 
Staline impose 
la fusion entre 
la Russie et les autres Républiques. Le sort 
du pays est alors lié à celui du Parti communiste. 
Il ne survivra pas 
à la disparition 
de ce dernier.

L’URSS (Union des Républiques socialistes soviétiques) est née de l’éclatement de l’empire multinational tsariste en application du droit à l’autodétermination, mais aussi de la recomposition forcée par le pouvoir bolchevik d’une fédération de Républiques théoriquement indépendantes ou autonomes, et de la volonté centralisatrice d’un Parti communiste déjà stalinien.

La guerre joue un rôle décisif dans la désagrégation de la «  prison des peuples  » qu’est l’empire russe. Dès mars 1917, dans les pays baltes, en Finlande, Ukraine, Géorgie, Arménie et au Turkestan, des congrès nationaux prennent le pouvoir parallèlement à des soviets peu représentatifs. Le 15 novembre 1917, le nouveau pouvoir bolchevik proclame l’égalité des droits de tous les peuples, le droit à l’autodétermination pouvant aller jusqu’à l’indépendance, ainsi que les libertés politiques, culturelles et religieuses pour toutes les minorités. Cependant «  une union volontaire des peuples de Russie  » est jugée nécessaire et le terme russe Soiuz est ambigu, car il peut désigner aussi bien une union d’États fédérés qu’une alliance entre États indépendants. Ce décret reçoit néanmoins un accueil enthousiaste parmi les non-Russes. La Finlande, la Pologne, les pays Baltes, l’Ukraine, la Géorgie et l’Arménie proclament aussitôt leur indépendance, bientôt reconnues par la Société des nations.

Indépendances éphémères

Mais la guerre civile aggrave encore les menaces de démembrement d’une Russie soviétique subissant les assauts des armées blanches et les interventions des grandes puissances qui entendent lui arracher les richesses de l’Ukraine et de la Transcaucasie, ou, à défaut, contenir la contagion révolutionnaire derrière un «  cordon sanitaire  ». En repoussant les armées étrangères et en écrasant les forces nationalistes, l’Armée rouge restaure une République soviétique d’Ukraine qui signe en juillet 1920 un traité d’union ouvrière et paysanne avec la Russie soviétique. En se présentant en libératrice face aux ambitions territoriales de la Turquie, l’Armée rouge instaure des Républiques soviétiques à l’indépendance formelle en Azerbaïdjan, en Arménie et en Géorgie. En s’appuyant sur les bolcheviks locaux, souvent minoritaires, le pouvoir soviétique opère une véritable reconquête.

La solution fédérale n’en sera que plus ambivalente  : faut-il intégrer les Républiques et régions autonomes dans la République socialiste fédérative des soviets de Russie (RSFSR) ou multiplier les alliances bilatérales entre des Républiques indépendantes et la RSFSR  ? Si Lénine prône l’«  union volontaire de nations libres dans une fédération de Républiques nationales soviétiques  », le commissaire aux Nationalités, Staline, subordonne les questions nationales aux intérêts de la révolution soviétique, ou plutôt de la Russie.

Union fédérale ou centralisée  ?

Le projet de grande République musulmane autonome du Tatar Sultan Galiev est condamné dès 1920. Les minorités de Sibérie et du Caucase sont organisées dans de petites Républiques ou régions autonomes intégrées dans la RSFSR. Des traités bilatéraux unissent à la RSFSR les Républiques d’Ukraine et de Biélorussie, qui conservent leur propre diplomatie mais perdent leur souveraineté dans les domaines militaire, économique, financier et alimentaire. Alors que Lénine conseillait de passer des «  compromis acceptables  » avec les mencheviks géorgiens, Staline impose de force la fusion des trois Républiques caucasiennes dans une Transcaucasie unie à la RSFSR.

Deux conceptions de la fédération s’affrontent ouvertement en 1922. Staline fait adopter par le Comité central du Parti l’absorption par la RSFSR de toutes les Républiques indépendantes réduites à une simple autonomie. Lénine, malade mais scandalisé, y oppose «  une fédération de Républiques possédant des droits égaux  », y compris celui de sécession, et nommée «  Union des Républiques socialistes soviétiques  », sans aucune référence à la Russie. «  Je déclare la guerre, écrit-il, non pas une petite guerre, mais une guerre à la vie à la mort au chauvinisme grand-russien.  » Le Comité central approuve ce nouveau projet, mais rejette la demande des communistes géorgiens d’adhésion directe à l’URSS. Lénine, frappé d’hémiplégie, demande alors à Trotski «  de prendre vigoureusement la défense de la Géorgie  », lequel n’en fait rien  !

Le 30 décembre 1922, le 1er Congrès des soviets proclame la création de l’URSS : Lénine l’emporte formellement, mais Staline triomphe politiquement. Le 2e Congrès adoptera la Constitution de l’URSS le 31 janvier 1924. La fusion entre la Russie et la fédération que Staline prônait pour l’État est réalisée dans le Parti communiste doté du pouvoir dirigeant et d’un rôle centralisateur.

Le sort de l’URSS était lié à celui du Parti  : elle implosera en 1991 moins par la dissidence des Républiques fédérées que sous la pression du nationalisme russe et de la déliquescence du Parti communiste.

La constitution de l’URSS

L’URSS est définie comme l’association volontaire de Républiques fédérées ou autonomes. Toutes délèguent à l’État fédéral les compétences essentielles  : relations internationales, défense, sécurité, planification, monnaie, crédit, budget, commerce extérieur, transports et télécommunications.

L’URSS est dirigée par des organes fédérés  : le Congrès des soviets de l’Union, formé de délégués élus au suffrage restreint et indirect, à quatre degrés. Convoqué tous les deux ans, il délègue ses pouvoirs au Comité exécutif central formé de deux assemblées législatives  : le soviet de l’Union (400 membres représentent les populations des Républiques fédérées) et le soviet des nationalités (5 délégués par République fédérée et autonome pour compenser la prépondérance de la Russie). Réuni trois fois par an, le Comité exécutif délègue ses pouvoirs à un organe exécutif et administratif avec compétence législative, le Conseil des commissaires du peuple.

Jean-Paul Scot, historien

Source : http://www.humanite.fr/tribunes/nai...

B) Du 30 décembre 1922 au 21 décembre 1991

C’est en décembre 1922 que les congrès des soviets des Républiques socialistes soviétiques de Russie, d’Ukraine, de Biélorussie et de Transcaucasie décident de former l’Union des républiques socialistes soviétiques. La nouvelle U.R.S.S. regroupe la majeure partie des territoires de l’ancien Empire russe, désormais contrôlés, à la suite d’une guerre de cinq années, par le nouveau régime issu de la révolution d’Octobre 1917.

Dans les jours qui avaient suivi le renversement du gouvernement provisoire à Petrograd, le 25 octobre 1917, le nouveau pouvoir insurrectionnel dirigé par Lénine avait annoncé une série de décrets sur l’abolition de la propriété privée de la terre, sur le droit des peuples à l’autodétermination et sur la paix (conclue avec l’Allemagne au traité de Brest-Litovsk, le 3 mars 1918). La dissolution, le 6 janvier 1918, de l’Assemblée constituante où les socialistes-révolutionnaires étaient majoritaires, avait achevé la mainmise des bolcheviks sur le pouvoir. Mais, à cette date, ils ne contrôlaient qu’une partie de la Russie centrale. La formation d’armées contre-révolutionnaires (dites « armées blanches ») au sud, à l’est de l’Oural et à l’ouest du pays, soutenues par l’intervention des Alliés, avaient contraint les bolcheviks au conflit armé pour la conquête du territoire. La sanglante guerre civile, qui embrasa le pays à partir du printemps 1918, ne mit pas seulement aux prises l’Armée rouge avec les Blancs. L’ancien empire devint le théâtre de conflits multiples avec la montée des forces centrifuges, en particulier en Ukraine et dans le Caucase, et l’exacerbation des tensions sociales qui s’exprimaient, notamment, par des soulèvements paysans. Cette guerre civile s’acheva fin 1920 dans la partie occidentale de l’ancien empire, mais elle se poursuivit jusqu’en 1922, en Sibérie et en Asie centrale. La victoire des bolcheviks a été acquise au moyen d’une véritable dictature politique (la « terreur rouge » s’est appuyée sur la Tcheka, police politique du nouveau régime) et économique, le « communisme de guerre » (nationalisation de l’économie, réquisitions forcées de la production agricole, rationnement alimentaire, etc.). Cette victoire est ainsi sanctionnée par la création de l’U.R.S.S., le 30 décembre 1922, qui proclame l’égalité des républiques fédérées. Cependant, en fait comme en droit, ainsi que le stipule la Constitution de 1924, les différentes républiques de l’Union se trouvent sous la tutelle du centre politique, auquel elles délèguent nombre de compétences fondamentales (défense, sécurité, budget, etc.). Ainsi l’U.R.S.S., dès sa création, est marquée par la volonté des bolcheviks de créer un État fort et centralisé.

La pause de la NEP

Au sortir de la guerre civile, le pays est profondément meurtri et bouleversé : la production industrielle atteint à peine 12 % de celle d’avant-guerre et la désorganisation de l’agriculture conduit à la grande famine de 1921-1922, qui fait plus de 5 millions de victimes dans le sud du pays. De plus, les oppositions politiques au régime se ravivent avec la révolte, réprimée dans le sang en février 1921, des marins de Kronchtadt qui revendiquaient le pluripartisme et l’élection libre de nouveaux soviets. C’est dans ce contexte de bilan et de tensions que le Xe Congrès du parti, en mars 1921, décide de mettre en place la nouvelle politique économique (NEP). La NEP marque le début d’une détente, concrétisée par une relative libéralisation de l’économie : le commerce extérieur est légalisé, les petites entreprises dénationalisées, les réquisitions de la production agricole remplacées par un impôt en nature. Lénine, grand artisan de ce changement de cap, reconnaît la nécessité d’une transition longue vers le socialisme. Cette libéralisation économique contraste cependant avec les décisions politiques du X eCongrès concernant la conduite du parti. Sous l’effet du traumatisme créé par la révolte de Kronchtadt, le Xe Congrès proscrit toute fraction ou opposition au sein du parti, fournissant à ses organes bureaucratiques des pouvoirs et des moyens de contrôle nouveaux, que Staline, promu secrétaire général du Comité central dès 1922, saura tirer à son avantage, pour asseoir sa position.

Alors que le pays commence à se relever, une nouvelle vague de répression s’abat sur les socialistes-révolutionnaires, l’intelligentsia « indépendante » – plusieurs centaines de savants sont expulsés d’U.R.S.S. en 1922 – et l’Église orthodoxe, victime d’une très violente campagne anticléricale. Ces mesures répressives, qui accompagnent la nouvelle tolérance proclamée dans la vie économique et sociale, témoignent des fortes contradictions qui caractérisent la NEP.

La révolution culturelle

La volonté de créer un « homme nouveau », affranchi des entraves matérielles et spirituelles de la société capitaliste, s’est exprimée tôt, à travers plusieurs mesures spectaculaires : laïcisation de l’état civil et du mariage, décret sur le divorce (1917), légalisation de l’avortement en 1920. Proclamant la liberté de conscience, les bolcheviks promulguent, dès janvier 1918, la loi sur la séparation de l’Église et de l’État et sur la déconfessionnalisation de l’école. Une campagne en faveur de l’athéisme est lancée, dans le cadre d’un immense effort d’éducation populaire, destiné à répandre le matérialisme scientifique. La lutte contre l’analphabétisme, entreprise dès 1919 en Russie, est étendue à toute l’U.R.S.S. en 1923. Le principe de l’instruction gratuite et obligatoire des enfants, adopté dès 1918, est progressivement appliqué dans tout le pays – en 1932, 98 % des enfants seront effectivement scolarisés –, des facultés ouvrières (rabfak) sont créées en 1919, pour l’alphabétisation et l’instruction des adultes. L’enseignement est dispensé dans les langues autochtones. À cet effet, des diz aines de langues parlées sont dotées d’alphabets. Les moyens d’expression et d’information sont mobilisés pour les tâches de l’agit-prop et nombre d’artistes s’engagent avec enthousiasme dans la promotion de l’homme nouveau, expérimentant par la plume, le théâtre, le cinéma, de nouvelles expressions, où s’affirme la dimension utopique des années vingt.

La lutte pour la succession de Lénine

Si la NEP est caractérisée par la détente des relations entre l’État et la société, elle est aussi marquée par d’intenses affrontements pour la succession de Lénine qui, gravement malade à partir de 1922, meurt en 1924. Ces luttes se déroulent sur fond d’importantes controverses concernant les voies de développement du pays et le sens de la NEP dans la perspective de l’avènement du socialisme. À travers les différents courants qui s’affirment – celui de gauche avec Trotski, prônant la priorité à l’industrialisation ; celui de droite, défendant la poursuite de la NEP –, Staline mène surtout une lutte tactique et, sans prendre vraiment position, cherche à incarner la juste ligne du parti. En l’espace de cinq ans, il parvient à évincer les principaux dirigeants historiques du bolchevisme, pour s’affirmer comme le nouveau Lénine. Au-delà d’un habile arbitrage, Staline assure son ascension en usant de ses fonctions pour placer ses alliés aux postes clés. Il bénéficie des fortes mutations sociologiques du parti, s’affirmant parmi les nouveaux militants peu politisés comme l’homme du centre face aux concurrents « déviants ». Parvenu en 1927 à éliminer l’opposition unifiée de Trotski, Zinoviev et Kamenev, Staline engage la rupture avec la NEP et entreprend le « grand tournant » pour la construction du socialisme.

Le grand tournant et l’avènement de l’ère stalinienne

En 1927, la production industrielle a retrouvé son niveau d’avant-guerre. En revanche, la quantité de céréales sur le marché est deux fois inférieure à celle de 1913, soulignant l’état de sous-développement de l’économie rurale. Prenant prétexte de la faiblesse des récoltes, le clan stalinien entreprend une vaste offensive contre la paysannerie et, renouant avec les pratiques du communisme de guerre, lance une campagne de réquisitions forcées des céréales. Face aux résistances paysannes, Staline radicalise l’intervention du centre, désigne comme ennemi de classe les koulaks (paysans riches, ou supposés tels : aucune définition de la « richesse » n’est bien sûr donnée par le pouvoir, qui soumet ainsi l’ensemble de la paysannerie à l’arbitraire de ses représentants locaux). L’expropriation et la déportation des koulaks (« dékoulakisation ») conduisent à la mise en place du Goulag (administration principale des camps) qui, sous l’égide de l’O.G.P.U. (ou « Guépéou », qui succède à la Tcheka), inaugure le système concentrationnaire soviétique, véritable société pénale parallèle de l’ère stalinienne. La dékoulakisation s’accompagne de la collectivisation des terres, menée à partir de 1929 dans un climat de violences extrêmes – massacres, déportations, etc. L’accalmie de la NEP est une époque révolue.

C’est dans ce contexte de brutalisation des rapports sociaux que Staline s’affirme comme le nouveau guide et l’instigateur du grand tournant pour la construction du socialisme. Cette deuxième révolution, qui apparaît au carrefour des années 1930, se caractérise par des bouleversements radicaux qui modifient en profondeur la physionomie de l’U.R.S.S. Le lancement du Ier plan quinquennal (1929-1933) donne priorité à l’industrie lourde et marque le début des grands chantiers pour la modernisation du pays. Une nouvelle classe ouvrière, issue en grande partie de l’exode rural provoqué par la collectivisation, est en train de naître. Au rythme d’une propagande sans relâche prônant l’émulation socialiste, le premier plan, conduit avec une poigne de fer, se donne des objectifs irréels et ne parvient pas à maîtriser l’ensemble des changements induits par la dynamique engagée. La déstructuration et l’épuisement de l’économie rurale se traduisent par une immense famine qui, en 1932-1933, fait, en Ukraine principalement, plus de 6 millions de victimes. Malgré ce désastre et l’état de désorganisation du pays, la fin du premier plan est fêtée comme une victoire.

En janvier 1934, le XVIIe Congrès du parti dresse le bilan du grand tournant et consacre l’assise de Staline, le « Lénine d’aujourd’hui ». Une accalmie se dessine après les immenses efforts consentis. Elle est cependant de courte durée. L’assassinat, le 1er décembre 1934, de Kirov, secrétaire du parti de Leningrad, par un jeune communiste, permet de légitimer la figure du complot déjà présente dans les propos des dirigeants, pour expliquer les défaillances nombreuses du système. Ce meurtre entraîne le renforcement de la répression (loi autorisant l’instruction accélérée des affaires de terrorisme) et accroît le climat de suspicion générale. Le lancement du mouvement stakhanoviste en 1935 – du nom du mineur Stakhanov ayant réalisé 14 fois la norme d’extraction – annonce la nouvelle mobilisation exigée de la société pour la « consolidation du socialisme ». C’est dans cette nouvelle période de consolidation que s’exprime la démesure du système stalinien à travers la grande terreur (1936-1938).

Ponctuée par les grands procès publics des dirigeants historiques du bolchevisme, la grande terreur ou Iejovchina (du nom de N. Iejov, nommé à la tête du N.K.V.D. qui succède à l’O.G.P.U.) est la période des purges les plus sanglantes : 2 millions d’arrestations, un tiers d’entre elles se soldant par des exécutions. La répression touche en particulier les cadres de l’armée, de l’administration, du monde scientifique et artistique, mais elle n’épargne pas non plus les simples citoyens. La typologie des victimes est brouillée. Sur fond de terreur aveugle, l’équipe stalinienne prône la nouvelle légalité socialiste et un ordre social marqué par le retour aux valeurs traditionnelles. La nouvelle Constitution soviétique de 1936, « la plus démocratique du monde » selon Staline, étend le suffrage universel à tous les citoyens de l’U.R.S.S., elle reconnaît la légitimité de l’État, qui n’est plus considéré comme une forme politique transitoire, et précise l’organisation de l’U.R.S.S. en 11 républiques fédérées. Toute une série de mesures – dans le domaine de la famille (interdiction de l’avortement en 1936, restriction du divorce), de l’organisation des grands corps (rétablissement des grades dans l’armée en 1935), de la culture (remise en valeur de la littérature russe classique, réhabilitation partielle de l’histoire impériale grand-russe) – marquent la mise en place d’un fort conservatisme social. La bipolarité consolidation/répression s’estompe fin 1938 avec la mise à l’écart de Iejov. À la veille de la guerre, le pouvoir stalinien est parvenu à détruire, dans le parti et dans le pays, tous les liens de solidarité personnels, professionnels et politiques : seul triomphe le principe d’allégeance absolu à la personne du guide suprême, Joseph Staline.

Le pacte germano-soviétique et la grande guerre patriotique

L’U.R.S.S., qui a rétabli ses relations diplomatiques avec l’Occident au milieu des années 1930 et qui y a orchestré la lutte antifasciste à partir de 1934, se tourne brutalement vers l’Allemagne, en août 1939, et conclut un pacte avec Hitler : les protocoles secrets du pacte germano-soviétique prévoient le partage de l’Europe orientale entre les deux puissances. C’est en vertu de ces protocoles que l’U.R.S.S. annexe, de septembre 1939 à août 1940, aidée en cela par l’offensive nazie, la Pologne de l’Est, la Carélie, les États baltes, la Bessarabie et la Bucovine du Nord.

Le brusque revirement de l’Allemagne contre l’U.R.S.S., en juin 1941, marque l’entrée de l’U.R.S.S. dans la guerre, aux côtés des Alliés. L’opération Barbarossa, déclenchée le 22 juin 1941 par Hitler, prend Staline par surprise. En quelques semaines, les Allemands occupent l’Ukraine, la Biélorussie et menacent de prendre Moscou à l’automne. Dès l’été est signé un accord de coopération anglo-soviétique, tandis que les États-Unis accordent un premier prêt à l’U.R.S.S. Enfin, Staline réussit à mobiliser la population au service de la « grande guerre patriotique », en favorisant l’union nationale par des concessions, notamment dans le domaine religieux : l’Église orthodoxe peut se réorganiser légalement en 1943 ; l’islam soviétique est doté, en 1941, de quatre directions spirituelles.

Après dix-huit mois de revers et de défaites, les Soviétiques remportent la difficile victoire de Stalingrad, en février 1943. Ce succès marque un tournant dans la guerre et le début de la contre-offensive décisive de l’Armée rouge pour la reconquête du territoire (victoire de Koursk en juillet 1943). À partir de 1944, l’Armée rouge participe à la libération de l’Europe occupée (Pologne, Roumanie, Hongrie, Bulgarie) et se lance dans la dernière bataille de Berlin (mars 1945), qui s’achève par la capitulation de l’Allemagne.

L’âge classique du stalinisme (1946-1953)

Grâce à sa participation à la victoire, le poids de l’U.R.S.S., qui a payé un très lourd tribut à la guerre, s’est considérablement accru sur la scène internationale. La participation des Soviétiques à la libération de l’Europe n’est pas sans contreparties. Dès 1944, l’Armée rouge reprend le contrôle des États baltes, de l’Ukraine polonaise et de la Bessarabie, qui sont intégrés à l’U.R.S.S. Fort des accords passés avec les Alliés au cours et à la fin de la guerre (conférences de Téhéran et de Yalta) et de la présence de l’Armée rouge dans les pays libérés, le pouvoir soviétique étend son influence à l’ensemble des États d’Europe centrale et orientale, entre 1945 et 1948. La constitution du bloc soviétique, déterminante dans la rupture avec les Alliés, est à l’origine de la guerre froide et de l’édification d’un monde divisé entre Est et Ouest qui, jusqu’à la fin des années 1980, conditionnera les rapports de forces internationaux.

Sur le plan intérieur, le bilan de la guerre est particulièrement lourd : 26 millions de victimes, dont 13 millions de soldats, 25 millions de sans-abri. Au cours du conflit, l’emprise sur la société s’est relâchée : mais la répression n’est cependant pas en reste, elle s’est déplacée, touchant des peuples entiers accusés de collaboration avec l’ennemi. Dès 1944, les déportations des Tatars de Crimée, des Tchétchènes, des Ingouches, des Balkars, des Kalmouks, et d’autres peuples encore, grossissent les effectifs du Goulag de plus de un million de personnes. Dans l’après-guerre, les « nationalités » (peuples punis auxquels s’ajoutent les Baltes, les Ukrainiens et les Roumains, accusés de résistance nationaliste) composent la majorité de la population des camps. Le IVe plan quinquennal (1946-1950) entraîne une nouvelle mobilisation sociale pour la reconstruction du pays. En 1950, la production industrielle dépasse de 73 % celle de 1940, mais la production agricole atteint à peine celle enregistrée à la veille de la guerre. Cette période est marquée par le renforcement des contraintes idéologiques : l’exaltation du rôle de « peuple dirigeant » des Russes accompagne l’accroissement de la mainmise du centre sur les républiques ; la lutte contre les influences « décadentes » de l’Occident confirme la fermeture du pays ; enfin, la campagne contre le « cosmopolitisme », à partir de 1948, prend une tournure ouvertement antisémite, touche les cadres de Mingrélie – une région du sud de la Géorgie (1951) – et culmine avec le complot des « blouses blanches » : des médecins juifs furent accusés par Staline de tentative d’assassinat sur sa personne, peu avant sa mort, le 5 mars 1953.

Nikita Khrouchtchev et les limites de la détente

La disparition de Staline entraîne le passage rapide du totalitarisme à un régime autoritaire, témoignant de l’importance de la personnalité du chef dans le système de gouvernement mis en place entre 1930 et 1953. Les années Khrouchtchev sont synonymes de détente (sur le plan intérieur comme international), mais elles constituent aussi l’ultime tentative de mobilisation de la société pour la « construction du communisme ».

En l’absence de tout candidat désigné par le guide, une lutte s’engage dès mars 1953 pour la succession au poste de Staline. La concurrence entre Gueorgui Malenkov et Nikita Khrouchtchev se dénoue finalement en faveur de ce dernier qui, dès 1956, sort l’U.R.S.S. du stalinisme. Malgré les affrontements internes, un consensus se manifeste très tôt sur l’assouplissement du régime : dès le 27 mars est décrétée l’amnistie de près de 900 000 personnes. Beria, ministre de l’Intérieur de Staline, est arrêté le 26 juin et exécuté. Sa disparition entraîne la réorganisation de son ministère, qui perd la gestion du Goulag. La police politique s’autonomise et prend le nom de Comité à la sécurité d’État (K.G.B.).

L’avènement de N. Khrouchtchev est marqué par la réorientation de l’économie en faveur du développement de l’industrie légère et des biens de consommation. Cette politique, qui répond aux demandes tant de la population que des industriels, favorise aussi le relèvement des prix d’achat de la production agricole par l’État et provoque, par conséquent, la hausse des revenus des kolkhoziens. L’autre volet de la nouvelle orientation, lancé en mars 1954, concerne la mise en valeur des « terres vierges » au nord du Kazakhstan, en Sibérie, et dans l’Altaï ; 37 millions d’hectares sont ainsi mis en culture : l’opération, payante à court terme (ces terres fournissent la moitié de la récolte de 1956), reste cependant difficile à gérer, car les nouvelles terres sont tributaires d’importants investissements et particulièrement vulnérables au climat difficile des régions.

Le XXe Congrès du P.C.U.S., en février 1956, consacre une étape décisive dans la politique extérieure et intérieure de l’U.R.S.S. Sur le plan international, N. Khrouchtchev y présente sa doctrine de « coexistence pacifique », qui annonce la détente des relations avec l’Ouest et la fin de la guerre froide. Sur le plan politique, N. Khrouchtchev prône un retour au léninisme. Mais c’est la divulgation, devant les seuls délégués soviétiques, les 24 et 25 février, du « rapport secret », qui fait de ce Congrès un événement sans précédent et scelle la rupture avec le stalinisme. N. Khrouchtchev y dénonce le « culte de la personnalité » de Staline et rejette la responsabilité des nombreux excès passés, non sur le parti, mais sur la seule personne de son chef. Rapidement divulgué en U.R.S.S. et hors du pays, le rapport crée un choc sans précédent, en particulier dans les démocraties populaires agitées par les révoltes polonaise et hongroise. Les remous importants suscités par le rapport secret, au sein du parti, vulnérabilisent la position de N. Khrouchtchev, qui reprend cependant l’avantage en obtenant du Comité central la condamnation du « groupe anti-parti » et l’exclusion de Molotov, Malenkov et Kaganovitch, en 1957.

Le dégel culturel et social

L’équipe poststalinienne mène, sur le plan culturel et social, une politique plus libérale, tout en réactivant le mythe de la construction du communisme. N. Khrouchtchev rétablit une plus grande autonomie syndicale, baisse la durée du travail et dépénalise les relations de travail ; il lance un vaste programme de construction de logements, permettant, avec la hausse du niveau de vie (+6 % par an), de s’assurer un fort soutien dans la société. Le système carcéral retrouve sa fonction régulatrice, la majorité des détenus étant des droits communs. Cependant, N. Khrouchtchev relance, à partir de 1957, les méthodes de mobilisation des masses, prônant le rattrapage et le dépassement des États-Unis. Sur le plan culturel, la déstalinisation s’exprime de façon spectaculaire dans un premier temps, à travers la parole retrouvée. Mais les limites au dégel culturel se font rapidement sentir, en particulier lors de l’interdiction faite à Boris Pasternak de publier le Docteur Jivago et de recevoir le prix Nobel en 1958. L’affaire Pasternak précipite une crise de conscience de l’intelligentsia. C’est à la fin des années 1950 qu’apparaissent les premiers mouvements dissidents (divulgation, notamment, de samizdats). Après le XXIe Congrès du parti (1959), la ligne « dure » se confirme : le mythe de l’édification du communisme donne lieu à plusieurs campagnes idéologiques et, notamment, à une forte offensive antireligieuse.

Vers la chute de Khrouchtchev

La période 1958-1964, après les cinq années de croissance qui viennent de s’écouler, est marquée par des difficultés importantes. Les récoltes catastrophiques du maïs, planté dans les nouvelles terres, sont ressenties comme l’échec de la campagne de défrichement : à partir de 1960, la crise de l’agriculture est patente et l’U.R.S.S. est contrainte d’importer pour 1 milliard de dollars de céréales en 1963. La hausse des prix alimentaires suscite des protestations, voire des émeutes dans le monde ouvrier. Sur le plan politique, la nouvelle offensive antistalinienne, lancée par N. Khrouchtchev lors du XXIIe Congrès, en 1961, accroît l’opposition au sein du parti. La nomenklatura, inquiétée dans ses prérogatives par les ambitieux projets khrouchtchéviens (réorganisation, notamment, du parti en deux branches, industrielle et agricole), se désolidarise du secrétaire général. C’est finalement une révolte des appareils qui aboutit à la destitution de Khrouchtchev, annoncée par communiqué, le 14 octobre 1964, dans l’indifférence d’une société soviétique déçue dans ses espoirs nés de la déstalinisation.

Brejnev et les années de stagnation

Pour la première fois dans l’histoire de l’U.R.S.S., le règlement de la succession a été prévu lors de la destitution de N. Khrouchtchev, avec la nomination de Leonid Brejnev comme premier secrétaire du parti. L’ère brejnévienne, qui dure près de vingt ans, est caractérisée à la fois par une stagnation politique et économique et par la transformation de la société qui acquiert, de fait, une certaine autonomie face à l’État. La nouvelle équipe dirigeante opte pour le conservatisme politique, tout en recherchant une meilleure efficacité sur le plan économique. Malgré de réelles divergences sur les choix de développement, le gouvernement centre tous ses efforts sur le maintien d’un compromis. Il privilégie la stabilité des cadres, l’enracinement local des bureaucraties et assoit sa cohésion sur la généralisation du clientélisme. Les années 1970 marquent l’âge d’or de la nomenklatura, vaste réseau de potentats locaux qui, du centre aux périphéries, se constitue par un système de parrainage et s’appuie sur des intérêts convergents. Cette nouvelle « féodalité soviétique » se traduit politiquement par la présence majoritaire des cadres régionaux au sein du Comité central. Au cours de cette décennie, un culte dérisoire est rendu à la personnalité vieillissante de Leonid Brejnev, qui incarne la solidarité d’une nomenklatura docile.

Jusqu’au début des années 1970, des efforts sont tentés pour rationaliser le système productif. Les entreprises obtiennent une certaine marge de manœuvre, les ouvriers étant incités à produire plus, grâce à des « fonds de stimulation ». Alekseï Kossyguine se fait l’ardent partisan du développement de l’industrie légère et de l’amélioration qualitative de la production. Mais, à partir de 1972, la ligne défendue par Leonid Brejnev et Mikhaïl Souslov, prônant la priorité à l’industrie lourde, en particulier dans le domaine militaire, est adoptée et confirmée par le Xe plan quinquennal (1976-1980), qui prévoit, outre le renforcement du complexe militaro-industriel, le développement du front pionnier énergétique en Sibérie, afin de stimuler l’exportation de matières premières et de favoriser l’importation de technologies occidentales.

Le bilan des tentatives de rationalisation de la production est négatif ; les mesures incitatives sont freinées par le renforcement de la bureaucratie. Dans le secteur industriel, la situation de sous-emploi de la main-d’œuvre conduit à une baisse de production. La consommation stagne, la pénurie des biens de consommation s’installe. La situation du secteur agricole est encore plus catastrophique : le manque d’infrastructures de transport, l’échec de la campagne des terres vierges conduisent le pays à importer massivement les céréales (40 millions de tonnes par an entre 1979 et 1984). Les mesures mises en place par le gouvernement en faveur des kolkhoziens ne parviennent pas à enrayer l’exode rural, ni à augmenter la production.

Les mutations sociales

La nouvelle Constitution de 1977, élaborée durant 15 ans, abandonne le mythe du passage au communisme et de la fin de l’État, au profit du nouveau concept de « socialisme développé » ; l’État devient « l’État du peuple tout entier ». La volonté proclamée d’inclure la société dans les affaires du pays est en contradiction avec l’affirmation du rôle dirigeant du parti. Toutefois, le développement de nouvelles structures socioculturelles favorise l’apparition de quelques champs d’autonomie sociale. Au cours de ces décennies, la société soviétique connaît une profonde transformation : ralentissement de la croissance démographique, accroissement important du taux d’urbanisation et hausse du niveau de l’éducation. C’est l’émergence de cette société urbaine cultivée qui est à l’origine de nouvelles « structures informelles », voire de la constitution d’une opinion publique. L’adhésion au parti ne représente plus qu’un passeport pour l’accès à une carrière digne de ce nom. La contestation du régime change, elle aussi, de nature dans les années 1970. La dissidence, qui se fonde désormais sur le respect de la légalité du régime, se renforce grâce à la signature de l’Acte final des accords d’Helsinki, qui lui fournit un cadre juridique international de référence et de défense des droits de l’homme. Ainsi, l’exil du physicien Andreï Sakharov en 1980 et l’expulsion de l’écrivain Aleksandr Soljenitsyne, en 1974, suscitent de vives réactions à travers le monde.

À la mort de Leonid Brejnev, en novembre 1982, l’impasse économique dans laquelle se trouve le pays est patente. Le bref intermède Andropov-Tchernenko (le premier reste en fonction 14 mois, avant de mourir, et le second 13 mois) n’est marqué que par quelques velléités de lutte contre la corruption, dans un contexte de déstabilisation lié aux très fortes tensions internationales, ainsi qu’à l’enlisement de l’intervention en Afghanistan – l’armée soviétique y affronte les moudjahidin entre 1979 et 1989.

Gorbatchev et l’effondrement de l’U.R.S.S

L’élection de Mikhaïl Gorbatchev, le 11 mars 1985, au poste de secrétaire général du P.C.U.S., ouvre une nouvelle période, la dernière dans l’histoire de l’U.R.S.S., caractérisée à la fois par une forte volonté réformiste « d’en haut », visant à rendre plus efficient le système soviétique existant, et par une radicalisation incontrôlée « d’en bas », en réponse à l’ouverture politique, qui entraînera, au terme de six années de perestroïka, l’effondrement de l’U.R.S.S.

Le gouvernement formé par M. Gorbatchev est constitué de personnalités acquises à l’urgence de réformes : le « rapport de Novossibirsk », publié dès 1983, montrait déjà officiellement les déficiences, nombreuses, du système. Mais, dans l’esprit de la nouvelle équipe, il devient évident que de nouvelles réformes structurelles ne peuvent être conduites sans l’adhésion de la société. En 1986, les orientations du groupe gorbatchévien se précisent avec la mise en avant de deux mots d’ordre : la « perestroïka » (restructuration), qui vise à la réforme du système, et la « glasnost » (transparence), qui marque la volonté de ne plus masquer les réalités et d’engager un nouveau dialogue social. Cependant, une fois lancé, le mouvement déborde très vite la direction gorbatchévienne.

La glasnost conduit très rapidement à la remise en cause de la légitimité du pouvoir, notamment à travers la relecture du stalinisme puis de la Révolution. Aux côtés des débats historiques, les domaines les plus divers, tels que l’écologie, l’idéologie, la politique des nationalités, prennent le devant de la scène. Les revendications nationales se multiplient : à la fin des années 1980, la commémoration du pacte germano-soviétique dans les trois républiques baltes donne une impulsion décisive aux forces centrifuges. Le pluralisme des opinions, encouragé par la glasnost, pose la question de leur expression politique. Mais Gorbatchev prône d’abord des réformes économiques. L’équipe dirigeante casse les mécanismes de l’économie planifiée, mais ne parvient pas à définir une alternative cohérente, et procède par demi-mesures. Le développement, encouragé, de l’autonomie des entreprises est entravé par le maintien d’un fort contrôle. Par ailleurs, le gouvernement ne réussit pas à formuler des propositions susceptibles d’insuffler de nouvelles motivations chez les travailleurs. L’échec des réformes économiques, perceptible dans le quotidien des citoyens, éclipse la portée des réformes politiques d’importance, celles-ci sont également pénalisées par le maintien du rôle dirigeant du parti. Néanmoins, les réformes institutionnelles, telle la création du Congrès des députés du peuple, élu en partie au suffrage universel direct, donnent une certaine visibilité aux multiples comités, groupes, embryons de partis politiques nés des micro-univers de la décennie précédente. Cette démocratisation par le bas met en lumière le caractère partiel de l’ouverture politique de l’équipe dirigeante. À partir de 1990, la question du pluralisme finit par être ouvertement posée lorsque Boris Ieltsine, l’un des principaux dirigeants du P.C.U.S., quitte le parti avec fracas.

Les atermoiements du gouvernement à l’intérieur du pays contrastent avec ses initiatives radicales sur le plan international. De nouveaux axes de la politique soviétique se dégagent : volonté d’atténuer les tensions Est-Ouest, en engageant de nouvelles négociations sur le désarmement et en mettant fin aux conflits régionaux ; intensification des échanges économiques. La reprise du dialogue avec l’Occident progresse rapidement et culmine lors des révolutions de 1989, dans les États satellisés par l’U.R.S.S. Le désaveu des gouvernements communistes dans les démocraties populaires, qui s’opère par la négociation ou la violence, est marqué par le laisser-faire de l’U.R.S.S. En 1990, la popularité extrême de Gorbatchev sur la scène internationale est à la mesure de la désaffection qu’il suscite dans l’opinion publique soviétique. Au cours des années 1990-1991, les tensions se multiplient. La proclamation de l’indépendance de la Lituanie encourage les revendications des autres républiques et rejoint les aspirations à une véritable alternance démocratique que permet le vote, par le Congrès, de l’abrogation du rôle dirigeant du P.C.U.S (article 6 de la Constitution). L’année 1991 précipite la fin de l’U.R.S.S. : B. Ieltsine, élu triomphalement à la tête de la Russie au suffrage universel, en juin, incarne une nouvelle légitimité face à M. Gorbatchev. Devant l’accélération des événements, qui menacent la cohésion de l’U.R.S.S., les éléments les plus conservateurs du parti fomentent un coup d’État qui échoue au bout de trois jours (19-21 août). La résistance conduite par B. Ieltsine, soutenu par l’opinion et la majorité de l’armée, relèguent M. Gorbatchev dans l’ombre. La tentative de putsch accélère le mouvement de sécession des républiques et la défection des membres du parti. Lorsque M. Gorbatchev démissionne de ses fonctions, le 25 décembre, l’U.R.S.S. n’existe déjà plus.

La politique extérieure de l’U.R.S.S Une lente intégration dans la communauté internationale

Après la Première Guerre mondiale, l’Union soviétique, première patrie du socialisme, fait figure d’État isolé sur la scène internationale. À l’exception notable de l’Allemagne, avec laquelle elle noue des relations durables à partir de 1922, la normalisation de ses liens avec les grandes puissances – son existence est reconnue de jure par la France et la Grande-Bretagne en 1924 –, reste longtemps formelle. Les dirigeants soviétiques, tout en cherchant à établir des relations diplomatiques avec les autres États, ne cachent pas leur ambition de promouvoir un nouvel ordre mondial fondé sur le marxisme. La création de la IIIe Internationale (Komintern) en 1919 est, en effet, progressivement marquée par l’emprise de Moscou sur les jeunes partis communistes occidentaux, dont l’U.R.S.S. constitue le modèle. Le poids du double jeu soviétique dans les relations avec les pays occidentaux s’estompe cependant lors de l’arrivée de Hitler au pouvoir. La nouvelle menace que représente l’Allemagne nazie entraîne le rapprochement de l’U.R.S.S. avec les grandes puissances, qui se concrétise par son entrée à la Société des Nations en 1934. Mais ce front commun reste fragile. La faiblesse des démocraties face à l’expansionnisme allemand, en particulier lors de l’annexion de l’Autriche en 1938, conduit peu à peu l’Union soviétique à un revirement d’alliance.

La Seconde Guerre mondiale et la guerre froide

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, malgré la force des antagonismes idéologiques, l’U.R.S.S. stalinienne se tourne vers son premier allié historique et signe avec l’Allemagne un pacte de non-agression (23 août 1939), dont les protocoles secrets prévoient le partage de l’Europe orientale entre les deux puissances (pacte germano-soviétique). L’U.R.S.S. se tient dès lors hors du conflit mondial jusqu’à l’invasion surprise des armées allemandes qui pénètrent en territoire soviétique le 22 juin 1941. L’agression du IIIe Reich détermine le basculement de l’U.R.S.S. dans le camp des Alliés et entraîne sa participation décisive à la libération de l’Europe à partir de 1944 (guerre germano-soviétique). Mais la contribution soviétique à la victoire sur l’Allemagne nazie ne se fait pas sans contrepartie. La présence de l’Armée rouge jusqu’à Berlin permet à Moscou, après les accords de Yalta (février 1945), d’assurer sa mainmise sur l’Europe orientale, avec la création, en 1947, du Kominform, et l’organisation, entre 1946 et 1949, de gouvernements communistes dans les États de la région. Le camp des vainqueurs se déchire ainsi au cours de l’immédiat après-guerre à travers la soviétisation de l’Europe de l’Est et le rôle désormais prépondérant des États-Unis dans la sphère occidentale. Par ailleurs, l’U.R.S.S. signe en février 1950 un traité d’amitié et d’assistance mutuelle avec la Chine. L’antagonisme des deux grandes puissances détermine la réorganisation des relations internationales autour de la bipolarité Est-Ouest, dans un climat de guerre froide qui dure jusqu’au milieu des années 1950.

Les difficultés de la coexistence pacifique

La mort de Staline, en 1953, et le dégel khrouchtchévien conduisent à une première détente qui, sous le nom de coexistence pacifique, marque l’établissement de nouvelles règles de statu quo. L’hégémonie de l’U.R.S.S. en Europe orientale ne se desserre pas pour autant, comme le montrent la signature, en mai 1955, du pacte de Varsovie avec sept démocraties populaires et l’intervention de l’armée soviétique à Budapest lors de la révolution hongroise de 1956, puis en Tchécoslovaquie en 1968. Parallèlement, l’Union soviétique développe son influence internationale en soutenant les pays du tiers-monde récemment décolonisés, mais ses rapports avec la Chine se détériorent à partir de 1955, jusqu’à la rupture en 1961. La confrontation Est-Ouest se poursuit indirectement, notamment au Viêt Nam et à Cuba, où l’U.R.S.S., qui soutient militairement le régime de Fidel Castro, installe des missiles en 1962, provoquant une grave crise internationale.

Vers la détente

Au début des années 1970, la quête d’un équilibre, de part et d’autre, se concrétise par plusieurs accords sur la limitation des armements (accords SALT de 1972 et 1979) et par la conférence d’Helsinki (1975) sur la sécurité et la coopération en Europe, qui marque le point d’orgue de la détente. Les pays occidentaux y avalisent l’influence soviétique sur l’Europe de l’Est, mais l’U.R.S.S. s’engage de son côté à respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales. La fin de la décennie est cependant ternie par l’intervention soviétique en Afghanistan (1979) qui entraîne un nouveau durcissement des relations internationales.

Celui-ci ne s’estompe qu’à partir de la seconde moitié des années 1980, à la faveur des changements politiques intervenus à Moscou. Mikhaïl Gorbatchev s’impose, en quelques années, comme le plus ferme partisan de la réduction des armements. Le dialogue avec les États-Unis reprend à partir de 1985 (aboutissant notamment, en 1987, à la signature d’un accord sur l’élimination des missiles à moyenne portée en Europe). Le retrait soviétique d’Afghanistan (1988-1989), la non-intervention de l’U.R.S.S. face à l’implosion des régimes communistes en Europe centrale et orientale (1989), ainsi que la normalisation des relations avec la Chine matérialisent la nouvelle donne soviétique. Mais une fois engagée sur la voie des réformes et l’abandon de son hégémonie, l’U.R.S.S. se trouve elle-même confrontée à sa désagrégation interne.

C) 21 décembre 1991 (Hérodote)

Le 21 décembre 1991, à Alma-Ata, au Kazakhstan, les représentants de onze républiques soviétiques constatent le décès de l’URSS.

Née à peine 69 ans plus tôt, le 30 décembre 1922, l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques cède la place à une éphémère Communauté des États Indépendants (CEI). Seules les trois républiques baltes et la Géorgie s’en tiennent à l’écart. Mais dans les années suivantes, les autres républiques vont s’en détourner à leur tour et tenter de vivre en pleine indépendance. Une rapide agonie

Dix ans plus tôt, l’URSS faisait encore trembler le monde. Son armée se battait en Afghanistan et le dernier « tsar rouge », Leonid Brejnev, pointait ses missiles nucléaires sur l’Europe occidentale.

Mais l’élection à Rome d’un pape polonais en la personne de Karol Vojtyla, Jean-Paul II, ébranle la puissance soviétique. En son nom, les ouvriers polonais font chanceler le gouvernement communiste de Varsovie.

À Washington, le président Ronald Reagan balaie les stigmates de la guerre du Viêt-nam. Il engage les États-Unis dans une course aux armements que l’on surnomme la « Guerre des étoiles » en référence à un film célèbre.

Le gouvernement soviétique, victime d’une économie à bout de souffle, est incapable de suivre son rival sur ce terrain. Il est contraint à des reculades successives sur la question des missiles, en Afghanistan et en Pologne.

Le 13 mars 1985, un réformateur, Mikhaïl Gorbatchev (54 ans), est élu par le Soviet Suprême à la présidence du Praesidium, en fait à la direction du pays. Lucide, il engage aussitôt une vaste modernisation de l’économie et des institutions. Les mots « perestroika » (réforme ou restructuration) et « glasnost » (transparence) résonnent dans le monde entier.

Le 28 mai 1987, Matthias Rust (19 ans) atterrit sur la Place Rouge à bord d’un Cessna Mais il est trop tard et le régime craque de toutes parts. La catastrophe nucléaire de Tchernobyl (26 avril 1986) et l’insolence d’un jeune pilote allemand qui se pose sur la Place Rouge, à Moscou (28 mai 1987), en font la démonstration.

Le Mur de Berlin tombe le 9 novembre 1989. La contagion révolutionnaire gagne la petite république soviétique de Lituanie, proche de la Pologne par l’histoire, la culture et la religion catholique.

Les Lituaniens entraînés par Vytautas Lansbergis (un professeur de musique !) commencent à parler ouvertement d’indépendance et de démocratie. Leur Parlement proclame unilatéralement l’indépendance de la Lituanie le 11 mars 1990.

Tandis que le monde entier suspend son souffle, Mikhaïl Gorbatchev poursuit les réformes en contenant les troubles. Il est élu à la nouvelle fonction de Président de l’URSS par le Congrès, le 14 mars 1990, et reçoit le prix Nobel de la paix le 6 juin 1990 à Oslo. La Russie fait cavalier seul

Les structures fédérales de l’URSS n’en finissent pas de se fissurer et, le 12 juin 1990, le 1er Congrès du peuple de la RSFSR (République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie), autrement dit la Russie actuelle, adopte une Déclaration sur la souveraineté étatique de la république de Russie. C’est une deuxième atteinte à l’intégrité de l’URSS après l’indépendance unilatérale de la Lituanie quatre mois plus tôt.

Ce vote reste sans conséquence pratique mais il sera plus tard considéré comme l’acte d’émancipation de la Russie nouvelle et son anniversaire deviendra dès 1994 fête nationale chômée en Russie !...

En janvier 1991, des troupes soviétiques entrent en Lituanie. À Vilnius, la capitale, le 13 janvier, elles tentent de s’emparer de la tour de télévision. Les Lituaniens résistent. On compte 14 morts parmi eux. Ce sont les seules victimes civiles qu’ait à se reprocher Mikhaïl Gorbatchev.

Au Kremlin, le 19 août 1991, les conservateurs tentent de le renverser par la force. Ils sont eux-mêmes battus grâce à l’esprit d’initiative d’un leader encore inconnu, Boris Eltsine, élu deux mois plus tôt président de la Fédération de Russie, principale entité de l’URSS.

Mikhaïl Gorbatchev ne maîtrise plus les événements et la réalité du pouvoir tombe entre les mains de Boris Eltsine.

Le 25 décembre 1991, quatre jours après avoir signé l’acte de décès de l’URSS à Alma-Ata, Mikhaïl Gorbatchev quitte définitivement le Kremlin. Il ne reste plus qu’à liquider l’héritage de Lénine. C’est chose faite en quelques mois... Dans la capitale des derniers tsars, la population se prononce par référendum pour un changement de nom. Leningrad retrouve son nom d’origine allemande : Saint-Pétersbourg !

3) Décembre 2011 Vingt ans après Une société russe qui se cherche encore

Deux décennies après la fin de l’URSS, 
un gros malaise 
s’est installé en Russie, conséquence des mesures libérales 
et de la crise mondiale. Une partie de la population manifeste son mécontentement, exaspérée par les inégalités et la maigre qualité des services publics. Le contrat passé avec Vladimir Poutine – qualité 
de vie en échange d’un monopole du pouvoir – est bien écorné.

Russie, envoyé spécial. Dans les rues du centre de Saint-Pétersbourg, une dizaine de sans domicile fixe sont adossés à un banc, non loin du quartier Dostoïevski, l’écrivain pétersbourgeois. Ils viennent là, car « l’endroit est à l’abri des regards et du vent », explique l’un d’entre eux. Totalement laissés pour compte par les autorités aussi bien locales que nationales. Depuis la fin de l’URSS en 1991, près de 5 millions de Russes ne disposent par exemple d’aucun logement. « Ces malheureux sont le reflet des maux de la société actuelle. Ils illustrent toute son inégalité », s’emporte Nadia, une cinquantaine d’années, habillée à la mode occidentale. Employée par une société de tourisme, elle dit ne pas se résoudre à cette misère rampante. D’ailleurs, elle-même est contrainte de vivre sous le même toit que sa fille adulte, qui travaille pour faire face au coût de la vie. « Je n’ai aucune illusion sur l’époque soviétique, seulement, la pauvreté, l’inflation, l’accès payant aux services de santé et à l’enseignement ont détruit ce qu’on avait mis des années à construire pour ne garder aujourd’hui que les aspects les plus durs du capitalisme. »

Les difficultés sociales qu’affrontent de nombreux Russes sont la résultante de cette société qui s’est construite depuis les vingt dernières années, du fait d’une politique libérale impulsée sous Eltsine durant les années 1990 et ensuite avec la période Poutine à partir des années 2000, même si une classe moyenne a bénéficié durant une décennie de la redistribution de la rente gazière et pétrolière. « La majorité de la population n’en est pas moins amère. Car les services publics jadis bon marché, comme le logement, les transports, la culture et les loisirs, sont devenus beaucoup moins accessibles. Les exigences de Russes ont augmenté et ils dénoncent une perte de leur qualité de vie », explique Myriam Désert, chercheuse associée au Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen (Cercec).

De plus en plus l’État abandonne ses obligations sociales pour les confier aux associations, qui doivent prendre en charge de plus en plus de problèmes sociaux dont, par exemple, la lancinante question du logement. Aujourd’hui, 21,1 millions de personnes vivent en Russie sous le seuil de pauvreté (moins de 5 euros par jour). Une situation qui va s’accentuer avec le ralentissement du développement économique qui est apparu avec la crise de 2008 et qui dépend d’une économie de rente dans la tourmente avec la crise financière européenne. « La population russe est consciente d’une crise qui dure dans le temps. Les deux inquiétudes qui ressortent de tous les sondages sont l’inflation des prix et la dégradation de la qualité de vie », rappelle Lev Goudkov, directeur du centre Levada.

Vladimir Poutine connaît ses premières difficultés depuis son arrivée au pouvoir, en 1999, succédant à Eltsine. La Russie ressort traumatisée de la « thérapie du choc » imposée, en 1991, par Boris Eltsine, au lendemain de la chute de l’URSS. Entouré d’économistes ultralibéraux, dont le chef du gouvernement Egor Gaïdar, le ministre des Finances Boris Fedorov et Anatoli Tchoubaïs, ministre en charge des privatisations, le président russe appliquera une libéralisation à marche forcée de l’économie russe. Durant les deux mandats de Boris Eltsine, la Russie connaîtra un net recul du niveau de vie de la population, une corruption généralisée, accompagnée d’une casse des services publics et de l’appropriation par une poignée d’individus des biens de la collectivité nationale  : les oligarques.

Toutes les mesures prises (privatisations massives, réductions budgétaires, flexibilité sociale, instauration du marché libre), sont soutenues par le FMI, la Banque mondiale, les États-Unis et l’Europe pour qui ces mesures sont des retombées considérables et doivent contribuer à réparer « l’anomalie » que constitua à leurs yeux l’expérience soviétique. L’économie russe plongera avec ses méthodes dans une crise majeure en 1998, qui marquera le retour au troc. « Alors qu’au début de la décennie la quasi-totalité de la production relevait du secteur étatique, dès 1998, environ 70% du PIB est produit par le privé. Les conséquences pèsent durablement sur le développement du pays qui a nourri un processus de régression industrielle, débouchant sur une domination des secteurs rentiers », explique Cédric Durand du Cemi-Ehess (1).

Cet accaparement des richesses du pays a permis à une minorité de dominer l’ensemble de la société, provoquant de fortes inégalités. Lorsque Vladimir Poutine arrive au pouvoir, il bénéficie en 1999 d’un soutien populaire important pour rétablir un État fort et centralisé. C’est le début du contrat tacite passé entre le pouvoir et la société  : la stabilité en échange de la monopolisation du pouvoir. Avec l’envol des prix des hydrocarbures sur les marchés mondiaux, dont la Russie est l’un des premiers producteurs, Poutine a assuré à 80% de la classe moyenne un fort développement de son niveau de vie. Cette classe moyenne qui représente près de 20% de la population russe (143 millions) s’est construite durant les années 2000.

La crise financière de 2008 met à mal les bénéfices de l’économie rentière. La classe moyenne reproche aujourd’hui au pouvoir de ne plus redistribuer les dividendes de la manne pétrolière et gazière, la réservant à l’oligarchie proche du Kremlin. Aux yeux de nombreux Russes, l’ascenseur social semble aujourd’hui en panne (taux de chômage de 8 %). Cette incertitude du lendemain engendre une forte baisse de la popularité de Poutine (autour de 40 %, selon le centre de sondages VTsIOM).

« Les politiques libérales du pouvoir ont sapé les dernières protections sociales existantes, allant jusqu’à la remise en cause du Code du travail et du régime des retraites. Même au sein des structures publiques, l’idée d’un enseignement payant apparaît », constate Myriam Désert. Le budget adopté pour 2012-2014 annonce un renforcement des mesures libérales avec des coupes budgétaires importantes dans l’éducation, la santé et le logement. En 2005, la suppression de la gratuité pour les classes les plus défavorisées dans les transports avait déjà provoqué une importante mobilisation.

D’autres mouvements sont apparus ces dernières années, démontrant que la société russe n’est plus apathique, à la différence des années 1990. L’exaspération de la population s’est manifestée à travers de multiples révoltes spontanées, comme celles survenant à la suite des incendies meurtriers durant l’été 2010. Plusieurs associations se sont aussi mobilisées pour sauver la forêt de Khimki (banlieue de Moscou), véritable poumon de l’agglomération moscovite, qui était menacée par la construction d’une autoroute. Des luttes syndicales ont également éclaté en 2009 en Sibérie du fait de la crise économique. « Ces mouvements sociaux dénotent un ras-le-bol à l’encontre d’une classe dirigeante qui entretient la corruption pour maximiser ses profits et d’une pseudo-élite composée d’oligarques. Ils ne sont pas hostiles à l’État, mais demandent une plus grande implication de sa part pour en finir avec ces inégalités », estime Myriam Désert.

L’apparition d’une véritable société civile russe butte sur un tissu social déchiré. Pour Lev Goudkov, « les écarts de niveau de vie, le patriotisme, les inégalités entre les grandes agglomérations et les petites villes ne permettent pas l’apparition d’une société civile. Elles favorisent une détérioration des relations sociales et le chacun pour soi ».

Malgré les manifestations qui ont éclaté dans les rues de Moscou au lendemain des législatives du 4 décembre, la victoire de Vladimir Poutine à la présidentielle du 4 mars n’apparaît pas devoir être remise en cause. L’homme fort de la Russie devra relever néanmoins plusieurs défis, car ces protestations et le recul de Russie unie aux législatives (– 15 % par rapport à 2007) ont démontré la fin son état de grâce depuis 1999. Dans la perspective de cette échéance électorale, l’actuel premier ministre devra s’assurer le soutien de cette classe moyenne sans briser celui d’une classe plus précaire. Car l’électorat des classes populaires et rurales pourrait se tourner davantage vers le Parti communiste, Russie juste, ou les partis du nouveau bloc de gauche qui portent des revendications sociales  : à savoir une médecine gratuite et une réforme de l’éducation.

(1) « Les privatisations en Russie et la naissance d’un capitalisme oligarchique », dans Recherches internationales, 2005.


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