27 au 31 mai 1936 Grève victorieuse des salariés de Citroën

jeudi 28 août 2008.
 

Dans l’après-midi du 27 mai, les ouvriers de l’atelier d’engrenage du 31, quai de Grenelle cessent le travail. Ils réclament une augmentation de salaire, l’augmentation du temps accordé pour les repas et l’octroi de quinze jours de vacances payées. La centaine d’ouvriers décide d’occuper l’atelier. Ils y passent la nuit du 27 au 28 mai. On compte alors en région parisienne « 50 000 métallurgistes (qui) campent dans les usines », d’après l’Humanité du samedi.

Le 28, une rencontre est organisée avec la direction à l’issue de laquelle les grévistes décident de poursuivre le mouvement. Les ouvriers de l’atelier du 65, quai de Grenelle rejoignent ceux du 31 dans la lutte. Ce sont désormais près de 1 400 « Citroën » qui sont en grève. Une délégation est reçue par Pierre Michelin, propriétaire de la société André Citroën depuis 1934.

Dans la soirée du 28 mai 1936, une formation musicale égaye cette deuxième nuit d’occupation. Un appareil radio donne les dernières nouvelles du mouvement social. Un meeting est organisé à l’intérieur de l’atelier. D’autres ouvriers des autres usines Citroën de la région parisienne sont présents.

Le 29, la grève devient générale chez Citroën. Un fanion rouge est hissé devant la porte principale. D’autres drapeaux – rouges et tricolores – flottent par la suite à toutes les portes d’entrée des usines Citroën.

Dans la matinée de ce troisième jour de grève, une délégation est envoyée auprès de Pierre Michelin. D’après la presse parisienne, le PDG de Citroën aurait déclaré que « la direction étudiait avec attention le cahier de revendications présenté ». Mais il aurait également précisé que « cette affaire dépassait de loin la portée d’un simple désaccord entre employés et employeurs ». Pierre Michelin attend de connaître la décision du gouvernement Sarraut – Léon Blum n’ayant toujours pas été investi –, attendue dans l’après-midi. Un autre rendez-vous est programmé en fin de journée. Au cours de cette troisième entrevue, Michelin s’engage à reconnaître les délégués syndicaux et à ne pas appliquer de sanction pour faits de grève. Par contre, il refuse toujours de satisfaire la demande d’augmentation des salaires. Les ouvriers obtiennent gain de cause après avoir cessé le travail

De retour à Javel, les délégués des usines Citroën décident à l’unanimité de continuer la grève. Une quatrième réunion est convoquée le lendemain, samedi 30 mai, à 9 heures. Jean-Pierre Timbaud y participe pour le syndicat CGT des métaux. Eugène Hénaff représente l’Union des syndicats CGT de la région parisienne. Trois autres délégués les accompagnent, précise le rédacteur de l’Humanité parti à la rencontre des métallurgistes en grève. Cette nouvelle rencontre se déroule toute la journée. La question des salaires demeure toujours le point sur lequel la direction se montre inflexible. L’Humanité rapporte que Timbaud « vient rendre compte de l’entrevue aux ouvriers rassemblés dans l’immense atelier »  : « Camarades, (…) les patrons sont édifiés sur votre volonté de lutte. Continuez votre calme, votre discipline, et vous vaincrez. » En fin de journée, les pourparlers reprennent  ; un accord est trouvé dans la soirée, intégralement publié dans l’Humanité du 31 mai 1936.

Quatre jours après avoir cessé le travail, les ouvriers de Citroën obtiennent  :

– une augmentation de 10 % du salaire horaire,

– un salaire horaire minimum de 4 francs pour les hommes comme pour les femmes,

– l’engagement de la direction de réduire les heures supplémentaires permanentes,

– la durée du « casse-croûte » passe de 20 minutes à 30 minutes,

– le paiement de la journée du 29 mai,

– l’interdiction de fumer dans l’usine est levée sauf dans les endroits dangereux,

– le pointage aux heures régulières est supprimé.

La mobilisation a ouvert une brèche dans ce bagne industriel moderne qu’est Citroën.

Alexandre Courban Historien, L’Humanité

Dans l’Humanité du 31 mai 1936 Chez Citroën, rue Balard (reportage)

«  Nous traversons la grande allée, puis voici les ateliers d’une propreté exemplaire (...). Tout est parfaitement organisé, çà et là, on fait une belote, on se presse autour d’un accordéoniste, on joue à saute-mouton. Le sentiment et le désir de vaincre n’excluent pas la gaieté. Une rumeur lointaine nous parvient  ; bientôt nous nous trouvons devant près de 5 000 ouvriers et ouvrières. Une délégation est auprès de M. Michelin, le patron. Alors on attend patiemment (...). Cette foule respire l’enthousiasme, la joie et l’espoir. “Alors, les gars, on tient le coup  ?” C’est alors cinq, dix, quinze voix qui répondent  : “Oui, mon vieux, jusqu’au bout.” »


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