16 mars 1937 : Le gouvernement de Front Populaire laisse fusiller par la police la manifestation antifasciste de Clichy

dimanche 10 décembre 2017.
 

- A) Les évènements du 16 mars 1937
- B) Lettre de Marceau Pivert aux Jeunesses Socialistes de la Seine après l’exclusion de vingt et un de leurs dirigeants par la direction de la SFIO pour avoir participé à la manifestation antifasciste de Clichy.

A) Les évènements du 16 mars 1937

Le 16 mars 1937, le Parti social français décide d’organiser une représentation cinématographique publique, dans Clichy, bastion ouvrier antifasciste. Ce PSF du colonel De La Rocque, organisation d’extrême droite, a par exemple, joué un rôle majeur dans l’attaque de l’Assemblée nationale le 6 février 1934.

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Pour bien marquer sa volonté d’une démonstration de force face à la gauche et aux syndicats ouvriers qui participent un peu partout en France à des actions antifascistes, les forces paramilitaires d’élite du PSF occupent le cinéma dès la veille (une centaine de militants) alors qu’une autre centaine (Equipes Volantes de Propagande) parade dans les abords et surveille les accès à Clichy. D’autres groupes du PSF rôdent dans tout le Nord de la capitale pour intervenir si nécessaire à Clichy.

Notre lecteur doit bien comprendre que la France de 1934 à 1937 a réussi à stopper la progression du fascisme contrairement à de nombreux autres pays européens grâce à la forte mobilisation ouvrière et populaire antifasciste. Le gouvernement de Léon Blum choisit de ne pas interdire la soirée provocatrice du PSF à Clichy parce qu’il veut se faire accepter par les milieux financiers et capitalistes (très liés au fascisme) afin de réussir un emprunt dont il a besoin.

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A l’appel du maire SFIO (Parti socialiste) de Clichy, du conseiller général communiste, et du député également communiste, une contre-manifestation de gauche est organisée. La direction des jeunesses socialistes de la Seine décide d’y participer malgré le refus d’interdiction affirmé par le gouvernement de Front Populaire.

En ce 16 mars, les contre-manifestants sont très nombreux (5000 à 8000 selon la police). Sont présents de nombreux militants communistes, des syndicalistes, des groupes socialistes de combat antifasciste (les TPPS : Toujours Prêts Pour Servir), des socialistes pivertistes et des trotskistes, des jeunes... Des ouvriers des établissements Geoffroy-Delore arrivent avec une centaine de matraques qu’ils ont fabriquées dans les ateliers...

A 19h30, le public venu participer à la représentation cinématographique du PSF est très clairsemé (400 personnes). Même De La Rocque n’est pas là. Les organisateurs annulent la projection.

Les forces de l’ordre cognent les contre-manifestants non informés de cela mais se heurtent à des groupes qui ne reculent pas. Vers 21h45, les forces de l’ordre (environ 1800 policiers) commencent à tirer, suite à des tirs provocateurs venus des rangs d’extrême droite (probablement d’activistes infiltrés de la Cagoule) ou suite simplement à la montée du choc entre policiers et manifestants du PSF d’un côté, contre-manifestants de l’autre. En tout cas, la police ne peut avoir fait usage à ce point de ses armes à feu sans ordre

La police tire durant 45 minutes (jusque vers 10h30) sur les contre-manifestants : 6 morts (5 communistes, une socialiste révolutionnaire) et 276 blessés (54 nécessitent une hospitalisation). Les morts et 48 blessés ont été atteints par balle de la police.

Sous l’égide du Front populaire, un immense cortège suit les obsèques de la fusillade, le 21 mars.

L’enquête sur les responsabilités dans les affrontements apporte des éléments troublants sur la possibilité d’une manoeuvre préméditée de l’extrême droite dans le cadre d’une stratégie de tension. Ainsi, la police a arrêté sur place deux paramilitaires activistes du Comité de rassemblement anti-soviétique (Cras) - une reconstitution du parti franciste - qui avouent être payés pour perturber des réunions et rassemblement de gauche. Or l’un d’eux figure parmi les blessés de Clichy.

La direction du Parti Socialiste exclut 21 dirigeants des Jeunesses Socialistes de la Seine pour avoir participé à la manifestation antifasciste.

Marceau Pivert publie alors la lettre ci-dessous, adressée aux Jeunesses Socialistes de la Seine après l’exclusion de leurs dirigeants par la direction de la SFIO après la fusillade de Clichy face aux fascistes.

B) « Goût de la vérité : c’est ainsi que la révolution forge la victoire » Lettre de Marceau Pivert aux Jeunesses Socialistes

« Pour être un jeune socialiste en 1937, faudra-t-il avoir adopté un catéchisme et juré de ne prendre contact avec aucune autre vérité ? Il y a des livres interdits, des fréquentations interdites, des sujets de discussion interdits, oui, mais chez les cléricaux, chez les conservateurs, chez tous ceux qui ont quelque chose à cacher aux jeunes générations.

Chez des socialistes, c’est impossible. A ces jeunes, il faut donner pour commencer, le goût de la vérité : ce que je porte en moi, je dois le dire aux miens, à mes compagnons de lutte, c’est ainsi que la science s ’est formée, c’est ainsi que la révolution forge la victoire.

Retenons le mot profond du grand libre penseur prolétarien Proudhon : « Le socialisme, par définition, fait confiance à la raison et à la libre investigation. » Nous faisons tous partie d’une vaste commission d’enquête qui fouille chaque jour tous les recoins de l’univers pour en maîtriser les forces naturelles. (...)

Ce qui éclate dans l’affaire des 21 exclus, c’est l’opposition entre une conception conservatrice du mouvement des jeunes et une conception véritablement digne d’un parti révolutionnaire. Il faut laisser plus de liberté aux JS.

A ces futurs encasernés, il faut donner le goût de tout ce qui est antidote de la caserne et du militarisme. Les indisciplines ne sont réelles que relativement à des règles statutaires désuètes et inspirées par une sorte de crainte de la jeunesse.

Sans doute les JS doivent être fidèles aux principes fondamentaux du parti, à ses décisions, sa mission historique. Mais le parti doit comprendre que la génération montante n’est pas rompue aux subtilités, aux contradictions, aux habilités parlementaires.

Lorsque la tension sociale s’aggrave, les parapets en papier sont incapables de contenir l’élan spontané de l’instinct de classe. »


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