17 janvier 1975 Les luttes féministes débouchent sur la loi Veil autorisant l’IVG

dimanche 12 novembre 2017.
 

A) Les luttes féministes débouchent sur la loi Veil (Jacques Serieys)

- 1) Pourquoi le combat politique pour le droit à la contraception et à l’IVG était-il aussi important ?
- 2) La droite contre le droit à l’IVG
- 3) Le difficile combat pour l’avortement

- B) « Je n’imaginais pas la haine que j’allais susciter » (Simone Veil)

- C) Le 17 janvier, la loi sur l’IVG aura 40 ans (Front de Gauche)

- D) La loi Veil pour l’IVG a 40 ans (Parti de Gauche)

La loi Veil sur l’Interruption Volontaire de Grossesse fait partie des victoires importantes gagnées par le mouvement social des années 1968.

1) Pourquoi le combat politique pour le droit à la contraception et à l’IVG était-il aussi important ?

Dans les années 1965 à 1975, le militantisme sur cette question fit partie des quatre à cinq objectifs essentiels à une époque où les motifs d’activité fleurissaient.

Personnellement, j’ai surtout participé au MLAC.

Le MLAC ( Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception), association dont le combat imposa la loi Weil

On ne peut séparer cette lutte pour le droit à l’IVG de la montée en puissance du mouvement féministe.

Mai 68 et les mouvements femmes des années 1970 en France (par Josette Trat)

Cent ans de féminisme

Pour un militant socialiste anticapitaliste, le droit à l’avortement constitue un droit individuel et démocratique de chaque femme : « Être favorable à la légalisation de l’IVG, c’est, tout simplement, être sensible à un problème de santé publique (et donc, économique) : car une femme qui veut avorter le fera, dans n’importe quelle condition, quitte à mettre sa santé ou sa vie en danger, et quoi qu’en dise la loi. Ainsi, dans les pays où l’IVG est pénalisée, les femmes avortent autant que dans les pays où elle est légale : interdire l’IVG n’a jamais fait baisser le taux d’avortement. En revanche, interdire l’IVG fait augmenter de manière dramatique le taux de décès des suites d’avortements clandestins : où l’IVG est illégale, le taux de mortalité est de 330, en moyenne, pour 100 000 avortements. Où l’IVG est légale, en revanche, le taux de mortalité oscille entre 0,2 et 1,2 pour 100 000 avortements. (...) Ce que chacun-e pense du statut de l’embryon, du commencement de la vie humaine ou de l’existence de l’âme ne devrait même pas faire l’objet d’un débat et ne devrait relever que des convictions intimes n’ayant strictement rien à voir avec la législation. » (Les chiennes de garde)

Combattre politiquement pour la contraception et l’avortement représentait effectivement une obligation en terme de santé publique dans les années 1960 et 1970 car les avortements clandestins occasionnaient chaque année environ 5000 morts, 200000 maladies infectieuses, 10000 à 15000 femmes stérilisées à vie.

Pour un militant socialiste anticapitaliste, la contraception et le droit à l’avortement constituent aussi une étape dans la maîtrise du plaisir sexuel et de la procréation, étape particulièrement importante pour les femmes (pour la « libre disposition de son corps »). Je lis souvent que cette dimension du combat politique des années 1968 relevait de son aspect hédoniste. Cette caractérisation me paraît restrictive. Sur le fond, le socialisme porte un objectif d’émancipation humaine dont l’émancipation sexuelle (voir par exemple les propositions concrètes de Reich pour favoriser l’apprentissage de la sexualité par les jeunes). Le socialisme que nous voulons passe par l’émergence de femmes et d’hommes nouveaux pour lesquels la sexualité correspond à une pratique de plaisir séparée des fonctions de reproduction.

2) La droite contre le droit à l’IVG

Séparer sexualité et reproduction paraît une banalité en 2012. Dans les années 1940, 1950 et 1960, la situation était très différente

- en raison d’un poids idéologique de l’Eglise et des courants cléricaux beaucoup plus lourd qu’aujourd’hui. « La sexualité est toujours une concupiscence mauvaise, sauf quand elle est appliquée à la procréation » (Saint Augustin) « La maîtrise de l’instinct... impose, sans nul doute, une ascèse... en particulier pour l’observance de la continence périodique » (encyclique de Pie XI sur l’amour conjugal, 1930) « Le mariage et l’amour conjugal sont ordonnés par leur nature à la procréation et à l’éducation des enfants » (concile Vatican II)

- en raison de courants politiques de droite et d’extrême droite qui assumaient bien plus qu’aujourd’hui le combat idéologique réactionnaire. La loi en vigueur stipulait « Quiconque, par aliments, breuvages, médicaments, violences ou par tout autre moyen aura procuré ou tenté de procurer l’avortement d’une femme enceinte ou supposée enceinte, qu’elle y ait consenti ou non, sera puni d’un emprisonnement d’un an à cinq ans, et d’une amende de 1800 F à 36000F ».

La droite se battait partout, de façon virulente, contre l’idée d’un assouplissement de cette loi. Marie-Madeleine Dienesch, 36 ans députée MRP puis gaulliste, vice-présidente de l’Assemblée nationale, membre de six gouvernements, présidait l’association Laissez les vivre. Le cardinal Renard réaffirmait en 1972, la position intransigeante de l’Eglise catholique « Toute vie humaine doit être respectée... Toute vie humaine est en elle-même une valeur imprescriptible, de la conception jusqu’à la mort... Justifier l’avortement , c’est justifier, tôt ou tard d’autres formes de meurtres. »

Face à la campagne des progressistes pour la contraception et l’avortement, rappelons aussi le Manifeste des belles personnes (généraux, amiraux, magistrats, grands professeurs, mandarins des hôpitaux...) paru dans Le Monde le 27 mars 1971 protestant « solennellement contre ce projet d’assassinat institutionnalisé ... Nous dénonçons cette tentative de légalisation du meurtre. »

L’avortement était interdit et clandestin aux Etats-Unis et en France mais il était :

- libre en URSS, Hongrie Japon,

- dépendant de l’autorisation d’un ou plusieurs médecins en Pologne, Tchécoslovaquie, Bulgarie, RDA, Roumanie, Grande-Bretagne.

3) Le difficile combat pour l’avortement

Le combat pour l’Interruption Volontaire de Grossesse a surgi des aspirations féminines. Pour autant qu’il m’en souvienne , les premières mobilisations des années 1960 sur le sujet sont apparues aux Etats Unis avant de franchir l’Atlantique pour trouver un écho en Allemagne, en France, en Espagne... Ce combat a été mené également sans répit durant la décennie 1965 1975 par des courants syndicaux, par les groupes féministes (MLF), par des associations comme le planning familial. Dans mon itinéraire militant, je me rappelle de l’engagement de la gauche de l’UNEF, de la MNEF et des Comités d’Action Lycéens sur ce sujet.

La première brèche dans les fortifications de la droite sur ce sujet est venue avec le vote de la loi Neuwirth en décembre 1967 autorisant la contraception.

28 décembre 1967 : la loi Neuwirth légalise la pilule contraceptive (écho de l’Aveyron)

La détermination de la droite à empêcher ce progrès se comprend par le seul fait qu’elle avait recalé au Parlement les onze propositions précédentes en ce sens.

Autre preuve de la détermination de la droite à empêcher ce progrès, la loi Neuwirth attendra 1972 pour que soit publié le décret réglementant la production et la prescription de la pilule.

De 1971 à 1974, l’hégémonie idéologique conservatrice sur la question de la contraception et de l’avortement prenait eau de toutes parts. Il était temps pour les dirigeants politiques de droite de sortir de cette impasse qui pouvait leur faire perdre des élections.

Le 5 avril 1971, la presse publie le Manifeste des 343 "salopes"

En juillet 1971, Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir fondent l’association Choisir la cause des femmes.

Les manifestations se multiplient, de plus en plus nombreuses, de plus en plus portées par l’ensemble du mouvement étudiant par exemple.

Le long combat du droit à l’avortement

D’octobre à novembre 1972, le procès de Bobigny met publiquement en lumière la question de l’avortement. Une jeune lycéenne de 16 ans ayant avorté après un viol se trouve poursuivie. Sa mère, employée de la RAP (1500 francs de salaire), a essayé de l’aider mais n’a pu payer le gynécologue (4500 francs l’opération) vu qu’elle élève seule ses trois filles. La tentative d’avortement est réalisée pour 1200 francs mais se termine par une hémorragie et une hospitalisation ...

Défendues par Gisèle Halimi, la fille, sa mère et trois autres personnes sont finalement acquittées par la justice. La dépénalisation de l’avortement a avancé judiciairement et dans l’opinion publique.

En février 1973, le Nouvel Observateur publie le Manifeste de 331 médecins qui revendiquent avoir pratiqué des avortements malgré l’interdiction de la loi française.

Enfin, le 17 janvier 1975, la loi Veil est votée.

4) Le droit à l’IVG est sans cesse remis en question par les conservateurs

Irlande, Espagne, Etats Unis, France : l’obscurantisme religieux reprend du poil de la bête face à l’IVG

Le droit à l’avortement en ligne de mire des euroconservateurs

Commando anti-IVG et agression contre le planing familial à Grenoble

Droit à l’Interruption Volontaire de Grossesse. Où en sommes-nous ?

B) 26 novembre 1974 « Je n’imaginais pas la haine que j’allais susciter » (Simone Veil)

C) Le 17 janvier, la loi sur l’IVG aura 40 ans (Front de Gauche)

Nous pensions que le droit à l’interruption volontaire de grossesse était une victoire et un acquis. Et pourtant, ce droit qui permet aux femmes de poursuivre ou non une grossesse est sans cesse malmené notamment sous couvert des politiques d’austérité avec la fermeture des centres IVG, mais aussi avec la remontée des extrêmes droites. Sans oublier les forces réactionnaires et conservatrices qui n’ont de cesse de le remettre en cause, que ce soit au sein du l’Union Européenne où dans les pays qui le composent.

Souvenons nous que le parlement européen avait rejeté en décembre 2013 le rapport Estrela qui réclamait, pour les femmes, un accès généralisé à la contraception et à des services d’avortement sûrs.

Peu de temps après en Espagne, ce droit a été remis en cause. Grâce aux mobilisations massives et populaires et à la solidarité internationale, les femmes espagnoles ont conservé ce droit. En Italie, il est aussi gravement menacé et ce sont les praticiens qui le remettent en cause. Le droit d’avorter existe depuis 1978. Mais il n’est plus garanti. : 70% d’entre eux invoquaient la clause de conscience en 2010, ils seraient 85% voire 90% aujourd’hui. Résultat, les avortements clandestins se multiplient. Mais nous pensons aussi à tous ces pays où l’avortement est encore et toujours interdit en Europe et au-delà.

En France, en plus des politiques d’austérité sur les services publics, les conséquences de la loi « Hôpital Patients Santé Territoire » dite Bachelot entraîne, notamment la fermeture de nombreuses maternités où sont pratiqués les IVG, remettant en cause l’accès et donc le droit à l’avortement Pour nous, le droit à l’IVG garantit la liberté et l’autonomie des femmes.

Nous avons gagné cette liberté et nous n’y renoncerons pas !

Les féministes du Front de Gauche seront présent-es lors de la manifestation pour les 40 ans de la loi Veil afin de réaffirmer ce droit, d’exiger les moyens humains et matériels pour l’exercer sur l’ensemble du territoire et d’exprimer leur solidarité envers les femmes du monde entier qui combattent pour l’obtenir !

Le 17 janvier 2015, rendez-vous à 14 h 30 à Bastille, Paris

C) La loi Veil pour l’IVG a 40 ans (Parti de Gauche)

Le 17 janvier 1975 sortait le décret d’application de la loi portée par Simone Veil, alors ministre de la santé. L’argument mis en avant était principalement de mettre fin aux conditions terribles dans lesquelles les femmes recourrais à l’avortement. Avec cette loi, la pratique médicale d’interruption de la grossesse était reconnue en cas de détresse des femmes.

Cette loi c’est avant tout la victoire du mouvement militant, après une série de mobilisations

Le 17 janvier 1975 sortait le décret d’application de la loi portée par Simone Veil, alors ministre de la santé. L’argument mis en avant était principalement de mettre fin aux conditions terribles dans lesquelles les femmes recourrais à l’avortement. Avec cette loi, la pratique médicale d’interruption de la grossesse était reconnue en cas de détresse des femmes. Cette loi c’est avant tout la victoire du mouvement militant, après une série de mobilisations.

Le droit à l’avortement, des années de combat :

- > Depuis 1920 : les femmes ont l’interdiction de disposer de leur corps. Leur vie sexuelle se réduit au droit à la reproduction.

- > 1971 : publication du Manifeste des 343 femmes qui déclarent avoir avorté.

- > 1972 : procès de Bobigny.

- > 1973 : publication du Manifeste des 331 médecins déclarant avoir pratiqué l’avortement et création du MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception). Celui-ci se livre à une pratique illégale de l’avortement par la méthode par aspiration.

- > Le 17 janvier 1975 : promulgation de la loi sur l’avortement (précédée d’une loi autorisant la contraception). Elle est adoptée pour 5 ans à l’essai.

- > 6 octobre 1979 : Nous sommes 50 000 dans la rue pour confirmer définitivement la loi.

- > 1982 : obtention du remboursement de l’IVG après de nouvelles mobilisations.

- > Durant les années 90 : actions de commandos contre les CIVG.

- > 27 janvier 1993 : obtention par la CADAC du délit d’entrave à l’IVG.

- > Loi du 4 juillet 2001 : l’ANCIC*, la CADAC* et le MFPF* obtiennent la loi qui reconnaît comme droit unique, le droit à la contraception et à l’avortement. Enfin l’IVG sort du Code pénal !

Le 17 janvier 1975 - 17 Janvier 2015 40 ans sur la loi IVG Par Claire Piot & Jennifer Léonie Bellay Pour nos droits, reprenons la rue ! Entre la remontrée de l’ordre moral, des extrêmes droites, l’impact de la réforme Bachelot du juillet 2009, les Fermetures de centres d’ IVG,culpabilisation insidieuse, lobbies qui s’installent à l’aise dans les institutions européennes...et autres politiques d’austérités, de destruction des services publics de soin et de la santé de proximité....Il est primordial en tant que militant-es du Parti de Gauche et pour l’égalité entre les femmes et les hommes, de réaffirmer et continuer à se mobiliser pour le droit à avoir accès à l’interruption Volontaire de Grossesse ( IVG). «  Mon Corps m’appartient, c’est mon territoire  » 40 de la loi Veil pour l’IVG  ! Le 17 janvier 1975 sortait le décret d’application de la loi portée par Simone Veil, alors ministre de la santé. L’argument mis en avant était principalement de mettre fin aux conditions terribles dans lesquelles les femmes recourrais à l’avortement. Avec cette loi, la pratique médicale d’interruption de la grossesse était reconnue en cas de détresse des femmes. Cette loi c’est avant tout la victoire du mouvement militant, après une série de mobilisations. Le droit à l’avortement, des années de combat  :  Depuis 1920 : les femmes ont l’interdiction de disposer de leur corps. Leur vie sexuelle se réduit au droit à la reproduction.  1971 : publication du Manifeste des 343 femmes qui déclarent avoir avorté.  1972 : procès de Bobigny.  1973 : publication du Manifeste des 331 médecins déclarant avoir pratiqué l’avortement et création du MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avorte
-  ment et de la Contraception). Celui-ci se livre à une pratique illégale de l’avor
-  tement par la méthode par aspiration.  Le 17 janvier 1975 : promulgation de la loi sur l’avortement (précédée d’une loi autorisant la contraception). Elle est adoptée pour 5 ans à l’essai.  6 octobre 1979 : Nous sommes 50 000 dans la rue pour confirmer définitive
-  ment la loi.  1982 : obtention du remboursement de l’IVG après de nouvelles mobilisations.  Durant les années 90 : actions de commandos contre les CIVG.  27 janvier 1993 : obtention par la CADAC du délit d’entrave à l’IVG.  Loi du 4 juillet 2001 : l’ANCIC*, la CADAC* et le MFPF* obtiennent la loi qui reconnaît comme droit unique, le droit à la contraception et à l’avortement. Enfin l’IVG sort du Code pénal !

I) Le droit à disposer de notre corps :un combat permanent

En Espagne, le droit à l’avortement a bien failli ne plus exister. Sans les manifestations massives de rue et la solidarité internationale, les femmes de ce pays ne pourraient plus accéder à ce droit.

Austérité et destruction du service public !

En France, la loi Bachelot sur l’hôpital dite loi « Hôpital Patients Santé Territoire » entraîne, entre autres, la fermeture de nombreuses maternités où sont pratiqués les IVG.

Ces fermetures compliquent l’accès à l’avortement et tendent à le réduire gravement.

Les gouvernements français nous imposent des politiques d’austérité. Les conséquences touchent en premier lieu les femmes. La destruction des services publics porte son lot de réduction de personnel et de moyens, privatisations, fermeture de structures notamment dans la santé. Ces quinze dernières années, ce sont ainsi plus de 150 CIVG qui ont fermé. Encore aujourd’hui, des femmes françaises doivent donc encore s’organiser pour aller avorter à l’étranger faute d’accès à un CIVG en France.

Contre l’ordre moral !

Les mouvements réactionnaires sont offensif et se développent et véhiculent ainsi leurs idées nauséabondes, anti démocratiques, rétrogrades, sexistes, LGBTIphobes. Pendant plusieurs années le Centre d’Interruption Volontaire de Grossesse de l’hôpital Tenon a dû subir une prière de rue mensuelle organisée devant l’hôpital par des groupes catholiques.

Le gouvernement actuel n’a cessé de reculer devant eux : sur les ABCD de l’égalité, sur les stéréotypes de genre. Il a aussi reculé sur la PMA pour toutes les femmes qui était pourtant une promesse du candidat Hollande. A contrario, il reste inflexible sur nos revendications.

Et mon corps dans tout ça ?

Le droit à l’IVG c’est avant tout un combat pour ma liberté. « Mon corps m’appartient Là-dedans, mon ventre est à moi, mon utérus, mon vagin, tout ça m’appartient. Là-dehors, aussi, ma peau, ma nuque, mes cheveux, mes lèvres, toutes mes lèvres. Ça m’appartient. Là-dedans encore et là-dehors aussi, mes idées, mes opinions, mes peurs, mes envies, mon plaisir, ma vie. »


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