Un autre Noël : petite histoire de la planète sexe, vue et racontée par Agnès Giard

vendredi 21 juillet 2017.
 

Puisque Noël est avant tout une fête païenne, celle qui marque le solstice d’hiver, le prochain retour du printemps et le triomphe des puissances de vie et de germination, voici une petite histoire du pénis, organe magique, symbole de richesse, fécondité et bonheur.

- Au temps des Cro-Magnons, il y a 35 000-40 000 ans, on représente hommes et femmes seulement par leurs sexes. Vulves et phallus. Des bâtons percés - au manche orné de pénis en érection et de testicules - servent à redresser les sagaies, de façon toute symbolique. Il faut que ça soit droit, pour pouvoir frapper au but et assurer la survie du groupe.

- 3000 ans av JC : en Egypte, pour célébrer le culte du taureau Apis (dieu de la fécondité), on cherche dans tout le pays un jeune taureau aux parties génitales hors du commun. Transporté en grand pompe à Memphis, il est enfermé dans un temple avec un harem de vaches, ses concubines.

- 2000 ans av JC : en Bretagne, les femmes stériles se frottent le ventre avec la poussière ramassée sur les menhirs et dansent la ronde autour des pierres dressées.

- Les Grecs et les Romains rendent un culte au Phallus, représenté sous des formes diverses dans les maisons, dans la rue, dans les temples et dans les champs. Des bornes en pierre ornées d’érections assurent la protection des foyers et des récoltes. Des pénis ornent même les portes et servent de flèches de direction.

- Les anciens Hébreux ont du mal à abandonner les cultes phalliques que leurs pères partageaient avec toutes les civilisations du Moyen-Orient : dès que Moïse s’éloigne, ils se refabriquent des sexes en or, des olisbos pour leur plaisir (Ezéchiel, 16,17).

- Godefroy de Bouillon offre à la ville d’Anvers le prépuce du Christ qu’il avait rapporté de Palestine.

- 1505 : Léonard de Vinci fait une découverte fondamentale. Il établit que c’est du sang et non pas de l’air qui rend le sexe si dur pendant l’érection.

- Le roi de France Charles IX met sa braguette en valeur avec un rembourrage aux si impressionnantes proportions que le noble Villandri le touche sans faire exprès. Il est condamné pour crime de lèse-majesté. On ne plaisante pas avec les bijoux royaux.

- 1540, le roi Henry VIII se fait peindre en armure avec une coque métallique aussi grosse d’un avant-bras. C’est la puissance du souverain.

- XIXe siècle : à Saintes (en Charente), le dimanche des Rameaux est appelé “La fête des pines”. On distribue aux fidèles des biscuits en forme de phallus, qui sont mangés religieusement.

- A la fin des années 60, Jim Morrison fait mine d’ouvrir sa braguette devant un public de fans à Miami. Son strip est interrompu par des policiers. Mais certains témoins, en extase, affirment avoir vu son pénis. Une légende veut que Elvis Presley (the King of Pelvis) soit ressuscité. Les stars du rock ont-elles pris la place de Jésus ?

- A la fin des années 70, Elridge Cleaver, ex-Black Panther, lutte contre la “castration sociale” en lançant des jeans avec une grosse coque cousue sur le devant, en forme de pénis.

- En 1971, la groupie Cynthia “Plaster Caster” s’affirme comme une artiste : elle a fait les moulages des pénis en érection de 41 rock-stars dont Jimi Hendrix et surtout Clint Poppie le chanteur des Dead Kennedys, qui remporte la palme du plus gros… moulage.

- 1973 : le chirurgien Scott invente les tuteurs gonflables à pompe. Ce sont des baguettes flexibles insérées dans le pénis, comme un os. On peut les rendre rigides en appuyant sur une pompe placée à l’intérieur des testicules.

- En 1997, Mme Bobbit coupe le pénis de son mari et va la jeter sur l’autoroute. On retrouve l’organe à temps pour la greffer et M Bobbit, restauré, tourne dans deux films pornos. A la même époque, la majorité des adolescents américains estiment qu’une fellation n’est pas un acte sexuel : élevés aux films pornos, ils résument la sexualité à la seule pénétration, dans sa version la plus caricaturale. Le gros pénis des pornstars a remplacé le phallus sacré et mystique.

- En 2008, le Viagra fête ses dix ans. Créé pour traiter l’angine de poitrine, il est passé dans l’usage comme un dopant sexuel. Plus de 50% des spam sont des publicités pour le Viagra et ses dérivés (Cialis, Levitra et leurs innombrables versions génériques). Plus de 500 milliards de spam sont bloqués par certains providers avant qu’ils n’atteignent les boîtes à lettre des internautes. La plupart d’entre eux sont intitulés "Get bigger", "Votre partenaire est-elle heureuse ?", "Quelques centimètres de plus" et renforcent chez l’homme la croyance qu’il doit absolument bander très dur et très longtemps pour procurer du plaisir. Comme s’il n’y avait pas quantité d’autres moyens pour faire l’amour. Comme si l’homme seul était responsable du plaisir. Comme si la sexualité ne se résumait qu’à la pénétration.

Conclusion du site Doctissimo : "Le pénis a historiquement triomphé de la vulve, qu’il a reléguée au second plan. La récente révolution de la condition féminine vers plus d’égalité le remettait à sa juste place, comme un des éléments du plaisir sexuel et de la procréation, rôles qu’il doit apprendre à partager." Hélas, les médicaments style Viagra "risquent de lui redonner une trop grande confiance en lui, en éliminant la peur des défaillances, et le conforter dans sa volonté de domination sans partage."


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